Le jour où je me suis tapé la honte de ma vie

13 octobre 2014. Il était vingt et une heures quand j’ai terminé mon animation à la bibliothèque.

J’avais huit minutes montre en main pour remonter la ville et sauter dans mon train, ce qui était déjà un peu tendu à la base, et comme pour augmenter le degré de difficulté de mon existence, je tenais contre moi un grand sachet en papier contenant des lampes, lampes que j’avais utilisées pour la déco. Si je le tenais de la sorte, c’est que ses poignées avaient cédé dans la journée. J’étais donc dans la Venelle, en train de saisir l’alarme d’une main et de tenir mon grand sac de l’autre, fermant du pied la lourde porte cochère de la bibliothèque, quand Caro m’envoie un SMS : “Je sors du resto, rejoins-moi devant et on rentre ensemble en voiture”.

“Une sauveuse. Ma sœur est une sauveuse” me dis-je en mon moi-même. Désormais tranquille, je ralentis le pas et vais à sa rencontre. Nous remontons la rue de Fer en discutant avec passion de chaussures à talons.

Une fois n’est pas coutume, il y avait du monde en ville. Le festival du film battait son plein. Un immense attroupement de cinéphiles se tenait là, en une longue file disciplinée et patiente. Deux autocars sont arrivés à notre hauteur, déversant leurs occupants sur le trottoir. Des badauds traversaient la rue, obligeant les voitures à s’arrêter, provoquant un embouteillage. Bref, c’était le méga bordel en ville.

Ma sœur s’indigne du regard visiblement trop appuyé des conducteurs et des passants : “Putain, mais qu’est-ce qu’ils ont tous à te regarder comme ça, ces mecs ? Ils veulent des jumelles ou quoi ?! Bon… qu’est-ce que je disais, moi ?” “Les paires de chaussures…”  “Ah, oui, j’ai pris les deux paires, finalement.” Là, je me stoppe net et j’émets un cri d’horreur. “ Ça va, je fais encore ce que je veux, jusqu’à preuve du contraire.” s’indigne ma sœur, courroucée. “Non, lui dis-je. Ce n’est pas à cause de ça que je crie ! Regarde !” Et je baisse la tête pour lui montrer ce que je viens instamment de découvrir : ma robe est remontée le long de mes bas et se trouve calée dans mon manteau.

En fait, je suis en train de me promener cul nu dans la rue.

J’ai cru que les yeux de Caro allaient sortir de leurs orbites. Nous sommes restées figées sur le trottoir quelques secondes, digérant l’information. Dès qu’elle a retrouvé l’usage de la parole, elle a marmonné : “Mais… Tu es comme ça depuis longtemps… ?”.

Aussitôt j’ai compris sa méprise. Elle croyait que j’avais oublié de mettre ma jupe dès le matin et que je m’étais promenée les fesses à l’air toute la journée. J’ai aussitôt mis fin à ses croyances en replaçant ma robe sur mes bas.

“Que celle à qui cela n’est jamais arrivé me jette la première pierre” ai-je déclaré. Ce que Caro a démenti immédiatement en déclarant d’un ton sans appel. “C’est faux. Il n’y a qu’à toi que ça arrive, ce genre de trucs”. Et elle est partie dans un long fou rire.

Si tu l’avais entendu, Gary ! On aurait dit une hyène hystérique. 

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