Baby-sitting, Partir en cacahuète

Une matinée avec Grande Tata

Mardi soir.

Je rentre de vacances. Trainant ma lourde valise derrière moi, détendue comme il se doit, la peau bronzée, toujours chaussée de mes clapettes et vêtue de mon paréo, je crie « Yassas ! Salut les culs blancs!  » à Caro et Adèle, qui sont effectivement aussi blanches que le cul d’Edward Cullen en plein hiver.

Faut croire qu’elles savaient que j’allais me la ramener et que ça ne leur a pas plu, parce qu’elles avaient profité de mon absence pour me tendre un piège.

Elles ont énoncé, d’un ton sans appel et comme si c’était une évidence : « Vendredi, on va chez Ikea pendant que tu gardes Hannah ».

Je n’ai même pas eu l’occasion de protester, de dire que moi aussi je voulais aller traîner dans les showrooms et manger des boulettes de renne. Elles avaient même préparé leurs arguments parce qu’elles ont prévenu, bien avant que je puisse verbaliser quoi que ce soit : « Ils ont fermé le restaurant ».

Vendredi matin. Voilà le jour J.

6h45. Bébé a réveillé toute la maisonnée. Ce n’est pas grave, il fallait de toute façon se lever.

7h12. Adèle veut se faire un oeuf sur le plat parce que sinon elle ne va pas pouvoir manger de toute la journée. Soudainement, je m’inquiète de la durée de l’évènement. « Mais euh… vous comptez partir toute la journée ? » « Ah oui, me dit Caro, on ne rentre que dans l’après-midi. Le dîner d’Hannah est dans le frigo ».

7h13. L’oeuf d’Adèle est pourri. Elle doit le jeter. Elle est dégoûtée des oeufs à vie. C’est bien fait pour elle, ça lui apprendre à aller chez Ikea sans moi.

7h52. Caro me donne quelques infos avant de partir : J’ai mis ses vêtements ici, avec un body en plus si jamais elle fait caca et que ça déborde. Elle me voit faire la moue et ajoute : « Rassure-toi, c’est pure spéculation car ça n’arrive pour ainsi dire jamais ».

8h. Je dis à Bébé : « Voilà, les culs-blancs sont parties. A nous la baraque et la belle vie. On va faire une teuf de malade ». Bébé me regarde avec ses yeux d’inuit et lève les deux bras au-dessus de la tête en signe d’acquiescement. Ca va chauffer.

8h02. Happy s’approche de nous. Merde, je l’avais presque oublié celui-là. Le fait qu’il soit là complique un peu la donne.

Il faut savoir que Bébé, Chien et moi, ce n’est pas forcément la combinaison gagnante. Plutôt la triangulation de l’Enfer. Les arcanes de la jalousie et du laxisme. En gros, Chien est jaloux de mon amour pour Bébé. Il se roule à mes pieds mais il est dangereux pour Bébé alors je soulève Bébé dans les airs pour la protéger mais Bébé veut aller par terre alors elle grinche, ce qui énerve Chien qui bondit sur mes genoux. En général, à ce stade, l’affaire étant totalement hors de contrôle, je me mets moi aussi à geindre d’impuissance et Mère, qui désapprouve fortement la situation, arrive et nous sépare tous les trois en disant qu’on est impossibles.

Sauf que là, on était seuls. Pas grave, on est des débrouillards.

8h18. Je dépose Bébé par terre pour qu’elle puisse crapahuter à son aise, mais Chien est jaloux alors il arrive, se couche entre elle et moi, demande une caresse, mais c’est dangereux qu’il reste à côté de Bébé, surtout qu’elle s’apprête à lui enfoncer les doigts dans les trous de nez. Je n’ai pas envie qu’il lui dévore le visage alors je soulève Bébé et je la pose dans son parc. Jusque là, tout est cousu de fil blanc. Je connais la situation sur le bout des doigts. Je gère. Mais Bébé ne veut pas aller dans son parc. Alors elle crie. J’ordonne à Chien d’aller se coucher dans son panier. Chien, exceptionnellement, obéit. Je sors Bébé du parc pour qu’elle puisse jouer par terre. Bébé va chercher Chien dans son panier. Bébé ne peut pas aller dans le couloir de Chien. Bébé le sait très bien. Mais Bébé teste les limites de Grande Tata. Je dis « Non ». Bébé me regarde, sourit, et avance encore d’un cran. J’explique : « Tu ne peux pas aller dans le couloir du chien. C’est son espace vital. On a chacun droit à son espace vital ». Là, je ressens très fort ce que je dis, et je me trouve des petits airs de Françoise Dolto. Mais Bébé avance quand-même. Je dis, avec ma voix de GPS : « Faites demi tour dès que possible ». Ca marche. Je prends un peu d’assurance. Je sens que je gère carrément la situation alors je décide d’augmenter le niveau de difficulté et de vider le lave-vaisselle. Confiante, j’ouvre le lave-vaisselle. J’en sors une assiette. Bébé arrive. Elle veut mettre sa main dans les couteaux. « Non, Bébé, tu ne peux pas ». Bébé arrête. Chien arrive. Il lèche les couteaux. « Non, Chien, tu ne peux pas ». Chien s’en va. Je vais ranger mon assiette dans le meuble. Bébé en a profité pour faire un numéro d’équilibriste sur le lave-vaisselle. Je me souviens des paroles de Mère : « Si tu veux faire quoi que ce soit, dépose Hannah dans son parc ». Je dépose Hannah dans son parc. Elle crie. Elle ne veut pas être prisonnière du parc. Je la sors du parc. Je viderai le lave-vaisselle la semaine prochaine.

8h40. Bébé montre des signes de fatigue. Je vais la mettre dans son lit. En montant les escaliers, je remarque qu’elle refoule de l’arrière-train. Une forte odeur de bouche d’égout. Je la pose sur la table à langer. J’ouvre le lange. Apocalypse. J’envoie un massage à Caro : « Tu disais que les cacas qui débordent étaient rares, mais je te confirme qu’ils existent ». Elle me répond par un émoticône de gros caca. Je sens qu’on se fout de ma gueule, dans cette famille.

8h43. Je m’effondre sur le canapé, ravie d’avoir droit à un temps de récupération. J’entends des bruits à l’étage. Des grands bruits. Comme si quelqu’un déplacait des meubles. Ca ne peut pas être Bébé. Ou alors Bébé est en mode exorciste. Ca continue. Un vrai Ramdam. Je m’inquiète. Bébé serait-elle sortie de son lit pour déplacer la garde-robes ? Je monte les escaliers, sur le qui-vive, un exemplaire de « L’ami des jardins » en mains, prête à sauver Bébé des griffes d’un léopard. J’entrouvre la porte de la chambre. En fait, Bébé tape ses pieds dans la bibliothèque pour s’endormir. Ah ok d’accord.

Je redescends.

Il est 8h45 du matin.

Je suis à bout de forces.

3 réflexions au sujet de “Une matinée avec Grande Tata”

  1. Etrange coïncidence, mais je disais ce week end à une amie qui fêtait son anniversaire avec une foule de gens dont son adorable bébé de six mois qu’il existe deux sortes de personnes : celles qui ont des enfants et qui donc maitrisent les bébés et adorent s’en occuper et celles qui n’ont pas d’enfant et qui galèreront toute leur vie dans ce genre de situation.
    Courage, les bébés finissent toujours par grandir. Cela amène d’autres genres de problèmes mais c’est beaucoup moins physique.

  2. waouh très bien ton histoire même si pas drole pour toi ! elle l’est quand je la lis ! ________________________________

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