Carnets d'atelier

Les apparences

Ce matin, j’avais envie de m’installer tranquillement au jardin et de peindre, ce qui ne m’était plus arrivé depuis longtemps. Ce que j’ai fait.

Mais mon cerveau a décidé qu’il en irait autrement.

Je ne vous en avais pas parlé ici parce que j’avais décidé de ne pas le faire. Parce que j’estime que c’est extrêmement privé et relativement gênant. Je ne sais pas pourquoi je le fais aujourd’hui. Un trop plein ? Mais je souffre de dépression depuis de nombreux mois et j’ai été mise en arrêt maladie longue durée.

Apparemment c’est parfois difficile à croire. Parce que je suis tout sourire. Parce que je suis rire. Mais parfois je donne le change. Ce n’est pas un effort pour moi, cela me vient naturellement, de donner le change. Et puis c’est vrai, je suis aussi rires et sourires. Heureusement. Visiblement, l’un n’empêche pas l’autre. Cela s’appelle « Une dépression souriante », et le terme me plait car il me décrit assez bien, dans mes contradictions.

La dépression est une maladie compliquée à comprendre pour qui ne l’a pas vécue de l’intérieur ou via l’entourage proche. Tout à coup le gouffre s’ouvre devant nos pieds, sans raison apparente parfois, ou pour des raisons que l’on a marre de ressasser en boucle. Et soudain tout est devenu impossible, jusqu’à la moindre respiration.

Oui elle est difficile à comprendre et les lieux communs sont pléthore, entre « Secoue-toi un peu », « Mais pourtant tu as tout pour être heureuse » et « Tu verras, quand les beaux jours vont arriver, tout ira mieux », « La dépression c’est la maladie du manque de courage » (Jung en personne, apparemment) que j’ai la chance de n’entendre que très peu voire pas du tout, étant bien entourée.

Si je vous parle de cela, c’est parce que justement le gouffre s’est ouvert sous mes pieds alors que je peignais au jardin.

Bon d’accord, j’écoutais « Blizzard » de Fauve et cette chanson que je connaissais déjà mais peut-être sans y prêter assez attention m’a percutée de plein fouet tant elle entre en résonance avec certains de mes démons.

Et je me suis mise à souffrir moralement tout en peignant un paysage dans les tons magenta, ce que je trouvais extrêmement antagoniste.

C’est de là qu’est partie ma réflexion : Ce soir je vais poster des photos idylliques (parce que je ressens en ce moment le fort besoin de partager mes avancées graphiques) et mon entourage va penser que je me la coule douce au soleil alors qu’intérieurement c’est le chaos le plus sombre qui puisse être.

D’où mes questions :

Peut-être suis-je comme ces personnes que je critique parfois, qui semblent étaler leur bonheur sur les réseaux sociaux alors que l’on sait que derrière, il y a crise ?

C’est une attitude humaine assez courante et simple à expliquer, entre envie de ne pas inquiéter les autres, besoin de se leurrer et envie de faire miroiter ce que l’on est pas. Ce n’est pas si grave à mon sens, peut-être juste un brin interpellant.

Mon second questionnement est plus fondamental. Pourquoi ce décalage presque systématique entre ce que je ressens et je peins ? Je ne nie pas que je suis couleurs vives, joie et allégresse. Mais parfois, pour qui me connait bien, je peux aussi être sombre, et cela ne transparait absolument pas dans mes peintures et dessins. A un tel point que souvent, je me demande si, à force de dessiner des petites filles qui observent des plans d’eau et à force de peindre des nénuphars, je ne serais pas en train de passer à côté de moi-même, de ce que j’ai vraiment envie de montrer, d’exprimer. En gros, je peins des fleurs roses alors que je voudrais clasher de l’encre de chine sur une toile immense que je pourrais ensuite lacérer. Je joue au vieux bonhomme barbu installé tranquillement dans son jardin (Monet) alors que je suis quand-même un rien David Lynch (qui, en fait, est peut-être, selon moi, à l’inverse, un « faux torturé », mais soit).

Et ce matin, un peu par magie, je reçois un magnifique cadeau de l’existence via le commentaire de Malyloup qui me dit « Je ne pourrais pas me lasser de tes nénuphars, ils me transportent dans des ailleurs qui me comblent ».

La formule, en plus d’être poétique, m’a donné un élément de réponse : Et si, en fait, je peignais presque systématiquement « Des ailleurs qui me comblent »?

En réponse à tout ce qui ne me comble pas. En réponse aux vécus douloureux. En réponse à la tragédie. En réponse à ma parfois trop haute mélancolie.

Cette piste me semble importante à suivre.

Et en attendant, apprenons à ne pas toujours nous fier aux apparences.

« Parce qu’on est de ceux qui guérissent » – FAUVE

23 réflexions au sujet de “Les apparences”

  1. Écouter Fauve. Et peindre en magenta. C’est fort! Vous savez peut-être que le « nouveau » projet de Fauve s’appelle Magenta ?
    Vos peintures expriment une immense force de vie. Même si cela n’efface pas le reste. It’s gonna be fine… 😊… Enfin, sauf si vous écoutez Blizzard toute la journée, bien sûr. 😉

    1. Leur nouveau projet s’appelle magenta ?! Je l’ignorais ! C’est un peu dingue, quand même. Merci pour la « force de vie », ça me fait chaud au cœur. Après j’ai écouté Claire Diterzi pour souffler un peu 😁

  2. Les ricains l’appellent le blues, ma grand-mère l’appelait neurasthénie, Baudelaire le spleen… même quand on ne l’appelle pas, elle vient… cette salope drapée de voiles noirs… Combien je suis avec toi, ma Chouchou, en pensées, presqu’en présentiel (c’est un terme en vogue ces temps-ci) tellement je pense à toi… Je communique très peu sur mes états d’âme sur FB mais je sais, je suis absolument certaine d’une chose : le génie créatif nous sauve !.. Tes toiles sont superbes, tes couleurs et tes thèmes sont lumineux et tes « petits Mickeys » ont une délicieuse tendresse teintée de cette ironie douce qui t’appartient. Et pourquoi, après tout, ne jetterais-tu pas de l’encre noire sur du Canson ?.. Histoire de voir ce que ça donne ?.. Il y a des lavis qui lavent les noirceurs de l’âme… Tendres bisous et à très vite… :-*

    1. P.S. J’ai voulu te faire un smiley « bisou » mais ça n’a pas marché, ouate de phoque !

      1. Merci Chouchou, je t’avais bien reconnue. Je sais à quel point, hélas, tu connais ce fléau. Et c’est une bonne idée, je vais tenter le clash à l’encre de Chine. Ça va m’être salutaire. Je t’embrasse fort

      2. j’adore l’encre de chine et les lavis de couleurs sur lesquelles glissent un porte-plume rempli d’encre car on ne sait jamais ce qu’il va advenir…..(on peut secouer le porte-plume et voir la tâche s’étaler, prendre possession de l’espace…..)
        voilà des années que je te lis et il me semble que j’ai toujours su qu’on avait beaucoup en *commun* …..je ne me fie pas aux apparences et je fais confiance à mes ressentis
        au delà de la psychanalyse (à laquelle je n’ai pas échappé 🙂 ), j’ai découvert il y a deux ans qu’il existe un petit nombre de personnes qu’on nomme à présent ‘haut potentiel’ (c’est un ami belge qui m’a fait découvrir ‘ça’ et je ne l’en remercierai jamais assez, lui qui est en dépression, burn out depuis…..toujours)….
        dans mes recherches sur le sujet, j’ai trouvé une personne que d’aucun dirait ‘complètement barrée’ et avec laquelle je me sens très en phase (comme avec toi d’ailleurs 😉 ): https://www.youtube.com/channel/UC7Yk9etJuOySaIIyniflrkw
        et si tu vas voir le billet que j’avais programmé pour ce matin, il y est question de Monet….comme par ‘hasard’ 🙂
        et je me permets aussi de t’embrasser bien fort, tout en tendresse (eh oui, paradoxe des mots, des maux….hihihi 😉 )

      3. C’est drôle tu es la deuxième à me parler de haut potentiel sur la même journée. Peut-être me pencher un jour sur le sujet ? Quant à Monet, oui j’ai vu ton bel article. Décidément on est connectées

      4. Penche toi juste un peu sur les vidéos de Raymonde et tu verras bien si ça te parle 😊 on est tellement connectées que l’on s’est écrit à la même minute 😂
        Et puis je suis dans le jardin de ma fille aînée où dans trônent, dans son minuscule bassin, des nymphéas blancs….comme dans le jardin de Monet que j’ai eu la chance de visiter….et crois-le si tu veux, j’en ai pleuré! (Pleurer de cette visite à Giverny 😉)
        Bisousssss

      5. C’est le cadeau que ma sœur me faisait pour mes 40 ans, cette visite chez Claude. Mais elle a été annulée pour cause de pandémie mondiale. Pas grave, j’irai plus tard

      6. Il paraît que lorsque deux hp se rencontrent, ça ne fait que rigoler….on est bien parties là, non?! 🤣

      7. Ouiiii! Mais HPe….le petit e est super important car il veut dire émotionnel…..tout ça à ne pas confondre avec gros Qi…..et là c’est le i qui est important 😂🤣

  3. Merci de prendre la peine de partager ça avec nous. Parce que comme tu dis, c’est privé. Et pourtant la meilleure solution pour en sortir c’est d’en parler. Je suis bien placé pour le savoir parce que ça m’est arrivé il y a 17 ans et demi et même si ça va mieux depuis, je me demande parfois si j’en suis vraiment sorti.
    Je ne pense pas qu’il faille chercher un lien entre ce que tu ressens et ce que tu peins. Tu peins ce que tu as envie, c’est facile et tu as le contrôle dessus. Ce que tu ressens, malheureusement c’est plus compliqué et surtout ça ne se commande pas.
    Sinon le « haut potentialisme » c’est un sujet compliqué. C’est attirant parce que ça donne une solution à toutes les interrogations qu’on a depuis toujours et ça explique pourquoi on se sent différent du reste du monde depuis si longtemps, mais moi j’ai arrêté d’y croire. Je suis comme je suis sans avoir besoin qu’on mette un nom dessus. Et puis je n’aime pas ce nom. Même si c’est toujours mieux que « surdoué », ça laisse penser qu’on a tout ce qu’il faut pour accomplir de grandes choses et que si on ne le fait pas on aurait raté quelque chose. Pendant un moment j’aimais dire que j’étais un zèbre et que quand on me trouvait bizarre c’est parce que je montrais mes rayures. Mais finalement j’ai choisi l’albatros : mes ailes de géants m’empêchent de marcher comme les autres

    1. C’est très vrai, que sur les peintures on a le contrôle contrairement aux émotions. Pour ce qui est de HP etc, je ne me sens pas non plus à l’aise avec tout ça, dans le sens où je ne pense pas que cela pourrait m’aider que l’on me colle une étiquette.

      1. Si, ça peut aider quand on est jeune et en pleine construction de sa personnalité : on a plein de questions et ça donne des réponses. J’aurais adoré qu’on me le dise à 15 ans, ma vie aurait été bien plus simple. Mais passé un certain âge on est au dessus de tout ça et en creusant un peu on trouve toujours des aspects de l’étiquette qui ne nous correspondent pas

      2. Ah mais je suis persuadée que cela peut aider beaucoup de monde, et à tout âge. Moi ça ne me parle pas. Pour l’instant, du moins

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