Lyme

La théorie des cuillères

Connais-tu la théorie des cuillères, mon petit Gary ? Personnellement je ne la connaissais pas mais je l’ai vue passer au hasard de mes lectures sur internet et elle est fort connue dans le monde passionnant des maladies chroniques et du handicap.

Je vais faire simple : Imagine qu’au lever, tu disposes de 12 cuillères. 

Que faire avec autant de cuillères, me demanderas-tu. Tu me répondras à raison que tu as assez avec la touillette dans ton café et une cuillère à soupe pour entortiller tes spaghettis. 

Mais il se fait que les cuillères en question te permettent d’évaluer ton énergie de la journée. Moi par exemple, en ce moment, faire une randonnée de 5 kilomètres dans les bois me coûterait à peu près 18 cuillères, alors qu’une personne saine n’en utiliserait que deux. Si je ne veux pas me retrouver en déficit de cuillères, je dois donc faire du gras sur le canapé. C’est mathématique.

Tu me connais un peu. Je suis restée longtemps calée sur cette histoire de cuillères. J’essayais vainement de comprendre “pourquoi des cuillères?”. Comme si elles symbolisaient quelque chose. Pourquoi pas des ananas ? Pourquoi ne pas en profiter pour lancer un nouveau système métrique à base de caniches ? Pourquoi 12 et pas 18 ou 52 ? J’avais la désagréable impression de me retrouver adolescente, essayant de comprendre mes cours de mathématiques. Je restais toujours calée et angoissée par le pourquoi (pourquoi E est-il égal à MC au carré?) sans percuter qu’il fallait simplement admettre cette formule comme étant un fait établi, un postulat de départ. Peut-être que si on m’avait expliqué cela d’emblée, j’aurais eu un peu plus que 12 % à mes examens (encore ce fichu 12). Je n’ai pas tout de suite compris qu’il s’agissait d’une unité, tout simplement. 

Dans le cas de la maladie de Lyme, par exemple, la fatigue est extrêmement handicapante. Déjà parce qu’il s’agit d’une accélération du vieillissement cellulaire (Tu as 78 ans au lieu de 40) et ensuite parce que la bactérie Borrelia se loge dans les cellules du corps afin de pouvoir se déplacer, mobilisant ainsi toute l’énergie de sa victime. 

C’est pour cette raison que me faire à manger me coûte 13 cuillères, que faire les courses m’en coûte 52, que faire un trajet en voiture m’en coûte tout autant. 

Ce que la théorie ne dit pas, c’est que le matin, il est rare que je dispose de 12 cuillères. J’en ai parfois deux ou trois tout au plus. Que veux-tu : nous ne sommes pas tous égaux devant la cuillère. Personnellement, je ne suis pas née avec 12 cuillères en argent dans la bouche et c’est fort regrettable. 

Et puis, détrompe-toi, il n’est pas simple d’être fatigué. C’est fatiguant. Et surtout, c’est très mal perçu par la société et inquantifiable par les médecins. Comme dirait mon meilleur ami : “Arrête un peu d’être fatiguée. Tu te reposeras quand tu seras morte”. 

Oui, je sais, Gary, il est peut-être temps que je change d’amis.

3 réflexions au sujet de “La théorie des cuillères”

  1. On n’est pas tous égaux devant la cuillère, ni non plus devant les questions qu’elle suscite : moi je me serais demandé si c’étaient des cuillère à café ou des cuillères à soupe ou si elles doivent être toutes identiques ou si on peut choisir différentes tailles.
    Cela dit, ce genre de théorie est adaptable à l’infini : si la cuillère te gène, tu peux tout recalculer avec quelque chose qui te parle un peu plus, comme par exemple des gaufres au chocolat

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