Voyages

Pairi Daïza

Aujourd’hui, tout comme les rivières des environs, je suis sortie de mon lit. (Première fois en sept mois/je veux bien une médaille/tu vois que je retrouve de ma superbe).

Je me suis rendue à Pairi Daïza avec Caro et Célia, deux éminentes spécialistes animalières.

Caro nous a annoncé d’emblée: “Moi, s’il y a un bien un truc qui m’emmerde sur Terre, ce sont les animaux”. Ça foutait bien l’ambiance. C’est vrai que ma sœur est loin d’être une Brigitte Bardot. Les chiens l’indifférent, elle a la hantise des chauve-souris, elle a pris les renardeaux qui sont en poster chez le médecin pour des oursons, et j’en passe. Mais elle tient tout de même à faire découvrir à sa fille la grande diversité de la faune mondiale, et cette visite avait la saveur des excursions de l’enfance.

Cette photo n’est pas de moi, je l’ai éhontément volée sur le net

Il faut savoir qu’en matière d’excursions, nous avons été élevées à la dure : pas de restaurant à midi mais un sandwich avec des oeufs qui ont eu chaud et un saucisson suant, pas de boisson sucrée mais une gourde d’eau tiédasse, pas de promène-couillons mais des pieds pour marcher, pas de souvenirs à la boutique mais des rêves plein la tête et des kilomètres plein les bottes. Caro a décrété à Célia : “Moi, j’ai été élevée par des sauvages. Des gens qui m’ont fait faire du camping et de la randonnée dans les montagnes alors que je rêvais de lire un bouquin dans un transat. Alors, pour ma fille, je vais me venger”. Et elle a ajouté : “On va prendre le petit train.” J’ai blêmi. De peur et d’envie. “On a le droit de prendre le petit train ?” “Oh que oui!” a-t-elle répondu. J’ai douté : “Et si quelqu’un l’apprenait? ». Elle a levé les yeux au ciel et elle a dit d’un ton ferme : “Jean-Chri, où que tu sois, regarde-nous : on va prendre le petit train.” Et elle a ajouté, en me regardant : “On va aussi aller manger des frites. Et acheter un nounours.”

C’est peut-être un peu trop d’émancipation à la fois, Gary, mais le programme me convenait. Caro, en bonne mère, a déposé une madeleine dans tous les sacs, y compris nos sacs à mains, en cas de petit creux. Célia m’a glissé : “Comment fait-elle pour penser comme ça aux autres ? Moi si j’avais des biscuits, je ne voudrais pas les donner, je les mangerais en cachette”. Je lui ai répondu qu’en toute honnêteté, moi aussi j’aurais fait pareil.

On a commencé en douceur, avec la petite ferme. Des canards verticaux se dandinaient et s’ébrouaient dans une mare. J’ai dit à Hannah : “Oh, regarde ! Ce sont des coureurs indiens!”. Caro m’a taclée. Elle m’a dit : “Tu ne peux pas dire une saloperie de canard, comme tout le monde ?”. Je crois que ma soeur est jalouse de mes connaissances animalières. On a aussi vu un truc brun avec des grands bois et une maman a dit à sa fille : “Regarde le beau cerf” et je me suis dit que si un jour elle se retrouvait nez à nez avec ça dans les forêts d’Ardennes, c’est qu’elle en a pris de la bonne. Mais soit. Tout le monde ne peut pas être aussi féru que moi.

Ensuite on est montées dans le petit train. Je crois que Mélanie m’oblige trop à regarder Jurassic park, parce que rentrer par une porte automatique sur des rails dans un parc parcouru de câbles gros comme mon poing, ça m’a un peu foutue en stress, j’avais l’impression qu’un Raptor allait surgir de derrière les bambous pour faire de moi sa madeleine du goûter. Je crois que je ne suis pas la seule à qui ça a tapé sur le système parce que ma sœur s’est penchée vers moi et m’a demandé tout bas, derrière son masque : “Dis… est-ce que les mammouths existent encore?”. J’ai fait des yeux grands comme des soucoupes puis, voyant qu’elle était sérieuse, j’ai répondu avec un ton pédagogue : “Non ma chérie, ce sont des bestioles préhistoriques ». Et elle a dit : “Ah”. Silence. “Parce que j’en vois un.” Je me suis tournée dans la direction qu’elle montrait d’un doigt tremblant et là, derrière les branchages, j’ai vu une masse brune immense. Elle a dit : “C’est peut-être une statue”. Et j’ai trouvé que cette explication était somme toute plausible, alors j’ai répondu qu’en effet, ce devait être une statue.La masse a bougé. J’ai crié : “Le mammouth a bougé !!!” et Célia a dit, toute excitée : “Il y a un mammouth?”. La voix dans l’enceinte nous a dit que c’était un éléphant et Célia a demandé : “Mais Seigneur, c’est un éléphant ou un mammouth ? Il faudrait savoir!”. On lui a dit : “Célia, ça ne peut pas être un mammouth, enfin !” “Et pourquoi donc ?” “Parce que les mammouths n’existent plus” a dit Caro avec une voix lugubre et une main qui mimait une gorge qui se tranche. “Couic, les mammouths”. Visiblement, Célia n’était pas convaincue parce qu’elle a dit : “Ah bon ? Et pourtant il y en a !” “Ah oui ? Et où ça?” “Dans l’âge de glace”. Parfois, Gary, ma famille me donne juste envie de me taper la main sur le front en soufflant.

Pour le goûter, on a fait une petite halte sur un banc. Nos madeleines ont beaucoup intéressé les canards des environs qui se sont rappliqués en gang, rendant Célia et Caro très nerveuses, l’une criant : “Dégagez, volatiles de malheur!” et l’autre se mettant debout sur le banc, comme attaquée par des crocodiles affamés. Pendant ce temps, les canards en question picoraient avec leur bec les orteils d’Hannah qui riait aux éclats.D’ailleurs, c’est la seule chose qu’elle ait retenue de Pairi Daïza, parce que dans la voiture, quand on lui a demandé si c’était bien, elle s’est montrée du doigt, a fait le signe du canard avec sa main puis a montré ses orteils.

Montrez à ma nièce des pandas roux, des hyènes, des hippopotames et tout le tintouin et elle vous parlera des canards qu’elle voit tous les jours sur le halage.

4 réflexions au sujet de “Pairi Daïza”

  1. Cruelle et classique désillusion de l’adulte face aux petits enfants qu’on emmène voir des choses extraordinaires : ils n’ont pas la même vision du monde que nous. Un moineau qui vient picorer des miettes, un toboggan à la plaine de jeu et ils ont réussi leur journée. Du coup, forcément, les ibis rouges, les poules d’eau à queue verte, les singes roux du Cap et les maki-kata qui grimpent sur les épaules resteront encore inconnus pendant quelques années (heureusement ça fini par changer en grandissant)
    Chez toi je ne sais pas, mais le long de la Sambre à Salzinnes on peut voir des cormorans sur le halage, ça peut augmenter la dose d’exotisme par rapport aux canards

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