Jane Austen et des croquettes

Wépion, 17 août 2022

Bien chère Mère, très chère Adèle,

Etant donné que vous vous êtes retirées à la montagne en vue d’un repos amplement mérité, je suis en garde de la maisonnée et j’espère me montrer digne de la confiance que vous me témoignez.

Tout se passe pour le mieux en cette délicieuse compagnie que représentent nos animaux domestiques, si tant est que l’on considère comme normales les situations suivantes :

Stanislas, cette adorable petite chatte grise, me prive souvent du bénéfice qu’une nuit complète de sommeil serait en droit d’amener à mon organisme en m’éveillant à des heures indûes afin de réclamer que je remplisse sa bolée de croquettes, de préférence au ras (au rat fonctionne aussi).

Happy de la Champenotte, ce vieux sage, commence peut-être quant à lui à battre la campagne car il s’évertue chaque matin à vider les pots de plantes de la terre qu’ils contiennent dans l’étrange dessein de la répandre sur le carrelage, avec un goût assez sûr, il est vrai, témoignant d’un sens esthétique développé et subtil.
Voyons le côté positif de toute cette affaire : il m’est obligatoire de passer quotidiennement l’aspirateur, besogne que j’aurais en d’autres temps délaissée.

Akatek continue à m’apporter chaque matin, au lever, une souris détêtée qu’il pose en offrande sur la terrasse. Ces petits cadavres désarticulés sont eux aussi du meilleur goût, dans le sens esthétique du terme, s’entend.

Kodak, ce noble Seigneur, toujours pareil à lui-même, reste si précieux et délicat qu’il demande l’autorisation pour toute tentative d’entreprise. Il demande la permission de sortir au jardin, assis sur le pas de la porte, porte qui demeure ouverte, bien entendu, et il demande également à ce que je le dépose aux points stratégiques suivants : sur Jocelyne, la machine à laver, en vue de manger son mou, ainsi que sur le bureau d’Adèle, qui, de son odeur, lui rappelle certainement sa Maîtresse.

Pour ma part, j’ai entrepris de grandes transformations dans votre potager, mais je vous en ferai part par missive plus tard car il me tarde de lire encore un brin de Jane Austen en écoutant tomber cette pluie si délicate qu’on ne l’attendait plus.

Je reste votre très dévouée Nathalie Sacré.

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