Barrage policier

4 octobre 2022. Je me suis rendue d’un pas très décidé chez le docteur Valium (j’ai désormais MA tranche horaire, comme les habitués des cabinets).

Cela faisait quelques jours que quelque chose rôtissait sur le grill de ma conscience et je ressentais un besoin pressant d’aller vider mes entrailles entre ses quatre murs.

J’ai pris mon élan, comme avant de sauter du grand plongeoir, et je me suis élancée dans le vide.

Si je te disais que j’ai pleuré des rivières, ce ne serait qu’une image édulcorée, une métaphore littéraire te cachant la triste réalité plus terre à terre qui est que je me suis tellement mouchée que le docteur Valium a avancé vers moi la corbeille qui était à ses pieds en me disant : “Ne vous tracassez pas, j’en ai encore plusieurs paquets. »

Ensuite, pour ne rien te cacher, ma morve s’est mise à couler sur mes vêtements. J’ai crié un « Erk ! » de dégoût, mais comme elle en a vu d’autres (elle a fait la guerre du Vietnam de la santé mentale), elle n’a pas bronché et a continué à soutirer patiemment tout ce qu’il y avait à extraire de moi.

Une fois sortie, j’ai continué à pleurer dans ma voiture. J’ai sillonné le village en larmoyant, traversé le pont en sanglotant, longé la Meuse en gémissant, quand soudain un barrage policier s’est dressé devant moi.

Plusieurs policiers, de concert, m’ont invitée à me ranger sur le bas-côté et j’ai obtempéré à la manière d’un automate, les yeux brouillés. J’ai coupé la musique, ouvert ma fenêtre.

Le policier s’est penché vers moi et a déclaré :

– Contrôle de routine. Veuillez me tendre votre permis de conduire ainsi que les papiers de votre véhi…

Mais assez rapidement, il a vu que je n’avais pas l’air dans mon assiette car il m’a demandé, avec un air inquiet : « Ça va, Madame ?! ».

Devant tant de sollicitude, j’ai redoublé de larmes et hoqueté un assez long « Noooon ».

– Qu’est-ce qui vous arrive ?

Voyant que je ne peinais à articuler, il m’a rassurée :

– On est en dehors de la relation policière, là.

– Je sais… je sors de chez ma psy.

Il a eu l’air surpris de celui qui se demande si sortir de là dans un état pareil ne serait pas contre-productif, alors, pour le rassurer, je me suis justifiée :

– Il fallait que ça sorte.

Il a hoché la tête, reconnaissant muettement que chaque être humain a un jour à vider le trop-plein.

Il m’a regardée dans les yeux, comme pour vérifier que je n’allais pas directement m’encastrer dans la berne centrale en le quittant.

J’ai plongé la main dans le sac qui était posé sur mon siège passager et j’en ai sorti mon portefeuille afin de saisir mon permis de conduire, mais il m’a stoppée d’un geste en disant :

– Ne vous tracassez pas avec ce contrôle. Oublions les papiers, ce n’est pas la peine de vous stresser avec ça.

– Merci, ai-je balbutié.

– Est-ce que vous vous sentez en mesure de conduire ? Si pas, garez-vous ici en retrait, le temps de vous calmer.

Ce que j’ai fait.

Il m’a ordonné de respirer tranquillement. M’a dit que quand je serais en mesure de repartir, je n’avais qu’à lui faire signe.

Quand j’ai eu l’impression d’avoir attendu suffisamment pour pouvoir le rassurer sur le fait que j’avais repris mes esprits, je le lui ai dit. Il a éparpillé ses collègues loin de lui à l’aide de grands gestes puis il a stoppé la circulation afin que je puisse regagner la chaussée en toute sécurité, telle une diva éplorée.

Ainsi s’est déroulé, mon cher Gary, mon premier contrôle policier.

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