4. On ne peut jamais être tranquille (Raoul)

« Etant donné que le trajet est long, il faut partir très tôt demain » a prévenu Saint-Amour.

« Tu veux dire vers 10 heures du matin ? » ai-je demandé en me frottant les yeux de sommeil et en baillant un peu afin de leur faire comprendre qu’il commençait à se faire tard.

Cela faisait longtemps que j’aurais dû être dans mon lit, profondément endormi après avoir lu tranquillement mon bouquin en sirotant ma verveine.

Mon heure était passée depuis longtemps, et je suis très à cheval sur les horaires, mais Natha et Monaco ont débarqué à l’improviste, excités comme des coucous avec leur idée de grand voyage. Je les aurais bien fichus à la porte, mais Augusta m’aurait encore dit que je suis un vieux rat bougon, ce en quoi elle aurait parfaitement raison. Apparemment, la politesse et la bienséance ne sont pas mon fort, mais que dire alors d’eux deux qui ne s’annoncent pas ? Après tout, un petit coup de fil pour prévenir de leur venue, ça ne mange pas de pain et j’aurais pu prétexter au téléphone que l’on était très occupés aujourd’hui et qu’il valait mieux qu’ils passent une prochaine fois.

Mais la vérité, c’est qu’à part cette histoire inintéressante de concours de bulles de chewing-gums, nous n’avions absolument rien à faire de nos vies, ni ce jour-là ni les suivants.

Moi, j’aime bien les voyages, car je suis un grand aventurier dans l’âme, un peu comme Indiana Jones. Et je pense qu’ils vont avoir besoin de moi, parce qu’ils ne sont pas débrouillards pour un sou. Une vraie équipe de bras cassés. Mais je préfère leur cacher mon enthousiasme, pour éviter qu’ils soient trop sûrs d’eux et qu’ils n’arrêtent pas de se la ramener, avec leur soi-disant grand projet.

« Non, quand je dis tôt, c’est tôt. Vers 4h30 du matin, je dirais. » a continué Saint-Amour.

J’ai râlé. Qu’est-ce que c’est pénible, ces départs en vacances, quand on se fait tirer de notre sommeil en plein milieu de la nuit.

Saint-Amour a ajouté : « Raoul et moi on se relayera pour conduire ».

Là, Natha a déclaré, avec une innocence qui frise la bêtise : « Je vais conduire aussi ». On s’est tous regardés sans dire. Cette femme conduit mal. Une vraie calamité. Faites-la conduire de surcroit dans les virages de montagne, et je ne donne pas cher de nos peaux. Mais c’est un sujet tabou, car elle est persuadée d’être la prudence incarnée et sa persistance à vouloir nous conduire à gauche et à droite, ajoutée à sa susceptibilité, font que nous devons sans cesse inventer toutes sortes d’excuses pour nous sortir de ce mauvais pas.

« Le mieux, c’est peut-être que vous dormiez ici avec nous » ai-je déclaré d’un air solennel, à la fois pour faire diversion et pour enfin pouvoir regagner mon lit douillet.

Une réflexion sur “4. On ne peut jamais être tranquille (Raoul)

  1. Mieux vaut être un rat bougon qu’un rat bougrit !

    Pauvre Raoul ! C’est vrai que ces départs de vacances en France en pleine nuit, c’est quand même éprouvant

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