5. Les préparatifs (Saint-Amour)

Que feraient-ils tous sans moi, je vous le demande ?

A les entendre, partir à la montagne peut se faire comme ça, à l’improviste, à la « one again ». Autant de nonchalance me laisse pantois.

Si on écoutait Natha, elle n’emmènerait pour tout bagage qu’un short et des clapettes, et une fois sur place, elle se plaindrait de n’avoir rien à se mettre. Je la vois d’ici : elle me prendrait mes affaires, sans scrupule. Je la connais. Elle est ce genre de personne qui, en voyage, n’emporte rien et compte sur les autres, c’est-à-dire moi. Et moi, telle une Mary Poppins avec mon sac à rallonge, je lui tendrais une fois un coupe-ongle, une fois un rouleau de papier wc.

Tout cela ne peut plus durer. Il est temps qu’elle se responsabilise.

Et les autres ne valent pas mieux, à part peut-être Augusta, que je tirerais un peu du lot, mais bon, c’est un ange, donc approximativement parfaite.

Et pourtant, il me semble que cela tombe sous le sens que voyager demande un minimum d’organisation.

Il faut faire les valises, bien-sûr. Et penser à tout : matériel de randonnée, tenues pour la pluie. Mais il faut aussi penser au matériel de camping et le tester préalablement pour vérifier que tout est bien complet et en état de fonctionner.

Je les ai fait venir ce soir, prétextant un grand repas.

J’ai fait cuire des moules dans du vin blanc, ajouté quelques petits légumes.

Pendant ce temps-là, j’ai demandé à ce que chacun gonfle son matelas. Faire gonfler les matelas afin de vérifier qu’il n’y ait pas le moindre trou est une étape d’une importance capitale, cruciale, même.

Natha, comme a son habitude, n’a rien voulu entendre et n’en n’a fait qu’à sa tête. Elle est restée assise devant l’apéritif, observant tout le monde gonfler son matelas, imperturbable. « Tu es certaine que tu ne veux pas vérifier si tout va bien ? », lui a demandé Monaco, apparemment bien décidé à me venir en aide.

« Bon, ok, je vais le faire, puisque vous insistez tant » a-t-elle articulé en se levant péniblement et en se trainant jusqu’à son matelas qu’elle a d’abord observé un long moment, semblant hésiter.  « J’ai vraiment la flemme de souffler là-dedans », a-t-elle dit. « J’ai toujours l’impression que l’air reste dans ma tête et qu’au bout de quelques minutes elle va éclater en plein de petits morceaux et que ma cervelle va se retrouver sur les murs du salon ».

Toujours ce sens de l’exagération qui lui est propre. Toujours cette fainéantise. Mais elle s’est mise à souffler, résignée.

Raoul semblait bougonner, mais il s’est plié à l’exercice. « Tu verras, lui ai-je dit « Tu me remercieras ».

On est passés à table. Quand on a eu terminé notre casserole de moules, on est allés vérifier l’état des matelas.

Verdict : seul le matelas de Natha était dégonflé.

Une réflexion sur “5. Les préparatifs (Saint-Amour)

  1. Ces jolis les aquarelles, ça renforce le côté dramatique du gonflage de matelas par rapport aux dessins habituels.

    A propos de matelas, comment se fait-il qu’ils avaient tous le leur à disposition ? Quand on va manger des moules chez Saint-Amour, on emporte son matelas pneumatique, ça fait partie de la tradition ?

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