Autres parasites

Trois histoires de souris

Cette nuit, je me réveille en sursaut, les sens en alerte, le cœur battant la chamade.

martine cauchemar

Quelque chose roule sur mon plancher.

Dans une logique somme toute assez probante, je subodore que ce quelque chose doit être un petit objet de décoration qui serait tombé d’une étagère et aurait roulé jusqu’à moi, puisque le plancher de ma chambre est légèrement incliné.

Par pure curiosité intellectuelle, j’allume ma lampe de chevet et découvre, au pied de mon lit, un quignon de pain tout sec.

what the fuck

Jusqu’à preuve du contraire, je n’ai jamais installé de quignon de pain dans ma chambre en guise de décoration.

Je m’interroge un instant, bouche entrouverte et regard absent, sur la raison de la présence de cet élément nouveau dans mon environnement.

Bien qu’ayant l’esprit suffisamment ouvert pour adhérer aux théories de matérialisation d’objets, je ne trouve pas de sens philosophique à la téléportation d’un vieux bout de pain sur mon plancher, qui plus est en pleine nuit.

Fatiguée d’avoir à me triturer les méninges afin de trouver une explication au phénomène, je décide rapidement de m’en remettre à la loi cosmique qui veut que chaque événement ne trouve pas forcément son sens dans la logique humaine.

J’éteins et décide de me rendormir.

casper

C’est alors que j’entends un bruit de sac en plastique que l’on fouille, suivi d’un « Tic tic tic » très rapide.

Je sens les battements de mon cœur s’accélérer dans ma cage thoracique et une vague de panique me tordre le ventre. Je rallume.

Et là, je tombe nez à nez avec une souris.

La pire de mes hantises après les rats, les monstres marins et les Dinosaurus sans chocolat.

 

souris ratatouille

« Salut, Nathaliochka »

Visiblement indifférente au fait que je sois en train de hurler comme une possédée, elle décide de se rendre vers ce qui semble être son morceau de pain.

N’y tenant plus, proche de l’évanouissement, je me mets à hurler en frappant dans les mains, histoire de gagner quelques secondes de répit en la faisant changer de trajectoire, méthode qui fonctionne. Elle court dans le sens inverse, accompagnée du mesquin « tic tic tic » de ses pattes, effrayée elle aussi.

Je saute de mon lit, quitte ma chambre, dévale l’escalier au triple galop, m’engouffre dans le salon, décide de terminer la nuit dans la canapé.

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Le lendemain matin, lorsque j’ouvre un œil, j’aperçois mes colocataires.

Ils se tiennent tous les trois autour de moi, vêtus de vieux pyjamas.

L’haleine fétide et le cheveu défait, ils m’interrogent.

« Que fais-tu là, Nathaliochka ? me demande Anael. « Tu dors dans le salon enroulée dans un plaid comme une pauvre âme en peine alors que tu as (faut-il te le rappeler) la plus grande chambre de la maison ».

Quand je leur ai conté ma mésaventure, Anne m’a répondu, le plus naturellement du monde : « Ben oui, c’est Pascaline, la souris. Cela fait plusieurs semaines qu’elle habite avec nous mais Caro nous a demandé de ne rien te dire. Il parait que tu aurais développé une paranoïa, si tu avais été au courant de son existence».

Je me suis alors drapée de mon plaid et ai quitté le salon la tête haute, leur disant que je n’étais pas une trouillarde.

Depuis, chaque fois que j’entre dans ma chambre, je frappe dans les mains pour intimer à Pascaline l’ordre de vider mes lieux et j’entends, à l’étage en dessous, mes colocataires glousser et se gausser de moi.

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Ce qu’il faut savoir, c’est que j’ai un passif plutôt lourd en matière de rongeurs.

Lorsque j’étais adolescente, une souris avait installé ses appartements dans le mur qui séparait ma chambre de la cuisine.

Nous l’avions surnommée Marie-Charlotte.

Vivant aux crochets de ma famille en éventrant tous nos paquets de pâtes et de céréales, elle semblait couler des jours heureux.

Je crois que c’est au cours de ces années que ma paranoïa des rongeurs s’est amplifiée.

Notre cohabitation était difficile.

Nos horaires ne correspondaient pas.

Elle vivait la nuit et moi le jour.

Son cri me glaçait les sangs.

Le bruit de ses pattes m’arrachait le système nerveux.

Chaque nuit, je cognais mon poing sur le mur pour essayer de faire taire son tapage.

Impressionnée, elle cessait alors ses allées et venues pendant plusieurs minutes, parfois même plusieurs heures. Mais inlassablement elle recommençait.

Je crois que Marie-Charlotte suivait des stages de feng-shui et qu’elle aménageait son appartement afin d’en améliorer l’énergie vitale.

Bien évidemment, ma grande hantise était qu’elle entre dans ma chambre sans y être invitée.

Mère avait tenté de me rassurer à ce sujet. « Tu vois bien qu’elle est emprisonnée dans le mur », affirmait-elle, anéantissant par cet argument toute notion de logique. (J’étais jeune et innocente, peut-être, mais je réalisais tout de même que Marie-Charlotte n’avait pas pu se matérialiser dans mon mur sans accès à l’extérieur. De plus, elle accédait facilement à la cuisine).

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Comme les paroles maternelles ne ma rassuraient guère, un concile familial se forma et nous décidâmes de passer à la solution radicale qui anéantirait mes peurs et, par la même occasion, Marie-Charlotte.

Jean-Chri fila au Brico et en ramena un piège rutilant. Je frissonnai devant ses méthodes barbares, mais ma tranquillité avait un prix.

C’est là que commença la traque.

Chaque soir, nous lui tendions une offrande placée dans un ressort métallique. Le lendemain, nous allions relever la souricière, tels des braconniers du Grand Nord et, à coup sûr, nous le retrouvions vide.

Tout notre stock de fromage y est passé.

Marie-Charlotte, habile stratège, déjouait tous nos pièges.

A croire qu’elle détenait un master en l’art et la manière de récupérer des morceaux de fromage dans des systèmes à leviers mécaniques.

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Un matin de mon adolescence, je fus réveillée de manière somme toute assez brutale.

Le « tip tip tiip » strident de Marie-Charlotte résonnait dans mes oreilles.

Mais ce n’était pas « comme d’habitude ».

C’était très proche de moi.

Trop proche.

Je sentais que le moment que j’avais tant redouté était venu : elle avait quitté ses appartements et partait à la conquête de mon territoire.

Je pensais déjà à ce que Mère dirait en apprenant la nouvelle, et cela ressemblerait à coup sûr à quelque chose comme « Avec le bordel qui règne dans ta chambre, pas étonnant que la souris vienne y faire son nid. ». Puis je fus interrompue dans mes divagations car à nouveau, elle émit son cri.

J’ouvris enfin les yeux, pestant contre celle qui rendait ma vie infernale.

Elle était là.

Elle se tenait sur moi, les pattes arrière plantées dans mon édredon, me jetant un regard plus bovin que souricier.

Vive comme l’éclair, je soulevai mes draps en hurlant et expédiai Marie-Charlotte au plafond.

Je sortis de ma chambre tel un diable hors de sa boite et alertai Mère, qui lisait tranquillement dans le canapé.

Alertée par mon vacarme, Caro nous rejoignit.

Mère, d’un air las, me dit « Oui mais Natha !, ce n’est qu’une petite souris de rien du tout. Je vais aller te la neutraliser, moi. »

Elle enfila ses pantoufles, se saisit d’un balai et se rendit dans ma chambre, escortée par ses filles.

Caro me jetait un regard affligé qui semblait dire « Quelle lopette, ma sœur. Quelle petite nature »

Nous entrâmes dans ma chambre. Marie-Charlotte se tenait au milieu.

Mère frappa le sol d’un coup de balai.

Aujourd’hui encore, j’ignore qu’elle était sa stratégie – peut-être faire reculer l’animal jusqu’à la porte de sortie – mais toujours est-il qu’elle échoua lamentablement. Le coup de balai fit en effet détaler Marie-Charlotte, mais dans notre direction.

Nous hurlâmes toutes trois et, d’un seul élan, bondîmes sur mon lit.

C’est à ce moment précis que Jean-Chri entra dans ma chambre, probablement alerté par notre ramdam.

Il nous trouva juchées sur le lit, les unes serrées aux autres, solidaires, brandissant un balai bien inutile, jetant des regards angoissés vers la souris qui nous regardait passivement en remuant les moustaches.

Sans se départir de son flegme légendaire, il attrapa une boite en carton, invita Marie-Charlotte à s’y rendre, ce qu’elle fit immédiatement, un peu comme si elle avait affaire à « l’homme qui murmurait à l’oreille des souris » en personne.

Puis, princier, il nous dit « Vous pouvez descendre du lit, maintenant ».

« Enfin, si c’est la souris qui vous faisait peur »

Autres parasites

Yves Lecoq

Que le chat fasse « Miaou » et que le chien fasse « Wouf wouf », je veux encore bien l’admettre. De tous temps, l’être humain a été tenté de retranscrire le cri des animaux qui l’entourent afin de pouvoir rendre au mieux des sons qui lui sont étrangers. Besoin permanent de synthétiser.

Dans le même genre d’idée, le poisson qui fait « Bloup bloup » me parait déjà plus difficilement acceptable.

Mais ce qui dépasse mon entendement, c’est que l’inconscient collectif essaye de faire gober aux enfants que le coq, noble gallinacée, roi de la basse-cour, pousse un magistral « Cocorico » aux lueurs du jour. « Cocorico ». Mais pourquoi donc ? C’est d’une absurdité sans nom, et le croire serait d’une naïveté affligeante.

En tout cas, Yves Lecoq, qui vit dans le jardin d’à côté, est à mille lieues d’entonner ce genre de chant. S’il était véridique, ce « Cocorico » sonnerait délicieusement à mes oreilles (reconnaissez que ça a de la gueule, du rythme, de la prestance, de l’originalité). Mais il n’en n’est rien. Son chant à lui ressemble plus au bruit d’une scie à métaux. Ou d’un castrat qu’on étrangle.

Il faut savoir qu’en plus de posséder une voix éraillée, Yves Lecoq est noctambule. Les lueurs de l’aube, il s’en tamponne sévère. La touche romantique de ciel rose qui s’élève par-dessus son tas de fumier, il s’en bat le jonc. Lui, ce qui le fait kiffer, c’est la nuit. Sa marotte, c’est l’obscurité. Son heure favorite, c’est trois heures du matin. C’est à cette heure de la nuit qu’il est au zénith de sa forme. Et il tient à en avertir le voisinage, c’est-à-dire moi.

Il crie sous ma fenêtre un « Debout, vieille morue», qu’ il alterne parfois avec « Lève tes fesses, feignasse » ou « Tu vas te lever, grognasse ? »

Oui, vous l’aurez remarqué, Yves Lecoq, en plus de posséder une voix de crécelle et d’être insomniaque, souffre visiblement du syndrome de Gilles de la Tourette. A moins qu’il ne tienne délibérément des propos orduriers. Je l’ignore.

Sa méthode, c’est l’usure. Énervée de l’entendre m’insulter au milieu de la nuit, je m’extirpe péniblement de ma couette duveteuse, je m’empare d’un objet pris au hasard de ce qui traîne sur mon bureau, j’ouvre les rideaux, puis la fenêtre, et je le lui lance avec hargne en pleine poire.

Voilà pourquoi Yves le Coq possède dans son enclos : trois tubes de colle Pritt, un pinceau en poils de belette, deux rouleaux de papier collant et un taille-crayons en forme de crapaud.

 

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Autres parasites

Comment j’ai rencontré Loupiotte le poisson pilote

Je me baignais dans les eaux turquoises et transparentes de la mer Egée, détendue comme on peut l’être en de pareilles circonstances, quand je sentis quelques chose me frôler (me brûler ?) le ventre.

Je pensai aussitôt à cette algue urticante, celle qui avait marqué la cuisse de Catherine C. au fer rouge la veille, et n’y prêtai pas spécialement attention.

Jusqu’à ce que je ressente quelques secondes plus tard la même sensation désagréable.

Cette fois je regarde et vois un petit poisson noir qui nage dans mon sillage.

En deux mouvements de brasse je m’éloigne un peu, mais il est toujours là, à me frôler le ventre.

Je nage encore, cette fois plus vivement, espérant lui échapper.

Mais il n’y a rien à faire, ce poisson semble me persécuter personnellement.

J’utilise alors les moyens du bord, c’est-à-dire que je fais du gros bouillon avec mes pieds tout en nageant très vite, espérant qu’il soit dérangé par les remous.

Il me frôle à nouveau.

Cette fois je cède à la panique et hurle pour tout le rivage « Au secours, je me fais attaquer par un poisson », ce qui ne déclenche aucune réaction, si ce n’est un sourire amusé de Joëlle.

Le poisson, malgré mes cris et mes remous, continue à me suivre où que j’aille (comme on dit dans la cité : « il ne lâche pas l’affaire »).

Cette fois me cris virent à une sorte de panique qui fait se lever Joëlle, de plus en plus étonnée.

«Je te jure, un poison m’attaque », lui dis-je en nageant comme une dératée jusqu’à elle.

Et, voyant son sourcil relevé par l’éternel « Mais qu’est-ce qu’elle nous a encore inventé ? », je lui précise « Regarde si tu ne me crois pas » Et là, elle doit bien reconnaître que oui, ce poisson existe bel et bien, que oui il m’a harcelée depuis le fin fond de l’horizon jusqu’au rivage.

Quand j’ai raconté ma mésaventure à Catherine C., elle s’est contentée de dire « Ça devait être un poisson-pilote. Ils pilotent les baleines, d’habitude. A mon avis il a dû confondre.»

Voilà comment j’ai rencontré Loupiotte, le poisson pilote.

Quant à savoir s’il m’avait agressée ou au contraire sauvée des dents d’un vilain requin en m’obligeant à rejoindre la plage, nous en avons beaucoup débattu sans
pour autant avoir trouvé la réponse à ce mystère…

Autres parasites

Promenade équestre : quelques conseils

Parce que je sais que vous n’y tenez plus, mes p’tits poulets en sucre. Que le suspense a été à son paroxysme durant tout le week-end, qu’une seule question brûle vos lèvres et hante vos nuits : vous voulez TOUT savoir sur notre week-end équestre.

Et bien rassurez-vous, je ne vous ferai pas languir plus longtemps…

Leçon équestre numéro 1 :

Choisir une tenue appropriée.

 

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Leçon équestre numéro 2 :

Ne pas se laisser impressionner par les cavaliers environnants.

Ceux qui disent tout haut ce que les autres pensent tout bas…

 

 

Leçon équestre numéro 3 :

Seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis.

 

Leçon équestre numéro 4 :  

Ne jamais oublier que vos idées de cadeau d’anniversaire peuvent se retourner contre vous.