La courte aventure de Didier le bourdon et de Meredith l’araignée

Hier soir, je peignais tranquillement dans mon atelier quand j’ai dû interrompre mon chef-d’œuvre afin de sauver d’une mort certaine un bourdon qui s’était empêtré dans une toile d’araignée.

l'atelier du peintre - adriaen van Ostade

Ce n’est pas spécialement que je ressente des élans dignes de Brigitte Bardot, mais Didier, sous l’emprise d’un stress pré-mortem bien légitime, émettait un bourdonnement qui agaçait mes tympans.

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Quand je le libérai du piège, il s’échappa et, sans un merci, vint s’écraser à maintes reprises contre les murs de l’atelier.

Soit il avait perdu la vue, soit il avait bu trop de bourbon, je ne sais pas. (bourdon/bourbon : vous saisissez ?).

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Mais le fait de se cogner à répétition contre des murs semblait le rendre de plus en plus anxieux et le taux vibratoire de son bourdonnement me rendait par contamination extrêmement à cran moi aussi.

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Vive comme l’éclair, j’attrapai Didier Bourdon dans mon gobelet à dents et l’enfermai avec un morceau de carton.

D’un geste, je vidai le contenu du verre dans la toile de Meredith.

Meredith, c’est mon araignée.

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Avide de sang, Meredith se précipita du haut de ses huit pattes sur Didier et n’en fit qu’une bouchée.

Le calme revenu, je pus enfin me remettre à mon travail.

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J’entendis à peine Meredith roter.

Picpic le moustique

Ma sœur Mathilde est venue loger à la maison durant quelques jours.

Comme je ne possède pas de chambre d’amis, elle dort avec moi.

J’accédais lentement à cet état de détente divine qui précède l’endormissement (la petite sœur dormait enfin, l’appartement baignait dans un calme divin, même la rue s’était tue) quand un trop familier bourdonnement aigu se fit entendre.

Un moustique.

Un  féroce chikungunya, pour être précise (Père adore ce mot, et il parait que l’on ne peut plus dire « moustique », on doit dire « chikungunya).

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L’instant d’avant, absolument rien ne laissait augurer de son existence.

C’est un peu comme s’il s’était soudainement matérialisé devant mon oreille.

Comme s’il avait attendu patiemment dans l’immensité et l’obscurité de ma chambre que j’accède à cet état précis de détente avant de lancer l’offensive : ce léger bruit chevrotant qui semble dire : Je vais pourrir ta nuit.

Dans un premier temps on se dit Merde. Un grain de sable est venu se coincer dans
l’engrenage du sommeil.

On se dit ensuite que ce n’est rien, que ce n’est pas une bête si insignifiante qui va nous gâcher la vie.

C’est ce qu’on se dit pour se protéger, mais au fond on sait que ce n’est pas la peine de se leurrer : c’est fichu. On ne fermera pas l’œil tant qu’il ne se sera pas retrouvé écrabouillé sur un mur, giclant de sang.

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Au second bourdonnement (Fichtre, comment appelle-t’on au juste le cri du moustique ?)
on cache sa tête dans les couvertures. Mais il fait chaud. Et on craint de mourir étouffé.

Au bout d’une demie heure oscillant entre les traditionnels « Oh ça va je ne
l’entends plus je vais peut-être pouvoir m’endormir, tant pis si je me fais piquer, c’est un moindre mal après tout » et « Putain de sa mère en short cela dépasse mon entendement de savoir qu’une si minuscule et si insignifiante créature puisse me rendre à ce point dingue », on se dit enfin : « Aux grands maux les grands remèdes : la guerre est déclarée. (Meurs, créature de l’enfer) »

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Pendant ce temps il me semble important de vous préciser que Mathilde en écrase.

Ma sœur possède un sommeil que je lui ai toujours envié : un lourd sommeil que rien ne peut troubler.

Plus petite, nous devions la secouer comme un prunier avant qu’elle ne daigne ouvrir un œil torve, ce qui impressionnait toujours les éventuels non habitués.

(J’ai d’ailleurs la passion de la prendre en photo).

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Il va donc sans dire qu’elle n’a pas capté l’immense combat qui se livrait à ses côtés cette nuit là.

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J’ai allumé la lampe.

En pleine nuit, c’est toujours un plaisir de voir des immenses boules de feu danser devant les yeux. Il faut attendre qu’ils recouvrent la vue, on est comme un boxeur KO assis sur le coin de son ring.

Un ring, voilà ce qu’allait devenir ma chambre.

Ma lampe de chevet en mains, je décidai de scanner l’étendue du mur.

Très vite je me suis rendue compte que l’éclairage était insuffisant et que si je voulais retrouver un moustique sur un mur mauve dans une lumière tamisée je pouvais toujours siffler et battre la caisse.

Je n’y arriverais pas.

Je décidai alors de frapper à l’aveugle mon livre sur le mur (« Feu vert pour le permis de conduire »).

Les chances d’atteindre ma cible s’amenuisaient, et même si statistiquement les chances d’y parvenir étaient minces, c’était mieux que de se rendre.

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Je sentais que je commençais à perdre mon flegme légendaire et ce qui me désolait le plus, c’était que l’Insecte gagne sur l’Homme.

Il me fallait renoncer au combat.

(Minuscule et futile créature inférieure : 1 – Magnifique et intelligente créature supérieure : 0).

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De rage, je dirigeai ma lampe de chevet dans les yeux de ma sœur qui avait superbement ignoré mon combat, mais elle ne broncha pas.

Il va sans dire que je ne fermai l’œil qu’une heure avant que le réveil ne sonne.

Que quand il sonna je frappai Mathilde qui se leva comme une fleur, se pencha vers moi, me dit que j’avais une mine affreuse.

Je lui répliquai que si j’avais une mine affreuse c’est que j’avais combattu héroïquement pour elle, ce à quoi elle répondit par un œil interrogateur et une arcade sourcilière relevée, puis elle se gratta le poignet. « Putain » me dit-elle « Je me suis fait bouffer par un moustique ».

Puis elle se gratta la jambe, le bras, la main.

Il se fait qu’elle s’était fait cribler de piqûres et que, personnellement, j’en suis
sortie indemne.

Comme quoi il y a une justice sur cette Terre.

Grand Seigneur, je lui ai donné un stick anti moustique avant qu’elle ne parte à l’école.

Et j’ai ri, aussi.

Un petit peu.

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Comment j’ai mis mon arrière-train dans un nid d’abeilles tueuses

En nous promenant matinalement avec Marielochka, nous avons eu une envie irrépressible de nourrir les canards là.

Oui, , à cet endroit exact où hélas ne flottait aucun canard mais où l’eau scintillait si joliment que le fait qu’il n’y ait pas de canards pour enfourner nos quignons de pain sec semblait accessoire.

Nous posons donc nos séants et appelons les enfants qui arrivent en maugréant (Le fait qu’il n’y ait pas de canards présents les dépassait complètement, mais vous savez à quel point les enfants peuvent être terre-à-terre parfois).

A peine ai-je eu le temps de plonger ma main dans le sac en papier que je vois une guêpe, puis deux, puis trois.

En un quart de seconde (oui, je suis vive d’esprit) j’évalue la situation et me rends compte que je me suis assise exactement à l’entrée d’un nid d’abeilles tueuses et qu’elles ne sont pas très contentes de mon intrusion. Pour ne pas dire qu’elles sont très fâchées.

Elles sortent en nuage, comme dans les dessins animés et se jettent sur moi avec agressivité.

Je hurle à Marielochka de courir, elle hurle aux enfants de courir, je hurle d’horreur, elle hurle aussi, les enfants hurlent.

On court, aussi vite que possible, mais je sens qu’elles me piquent à travers mes vêtements, qu’elles me piquent sur le crâne, qu’elles s’accrochent à moi sans vouloir me quitter, et que même si on court très vite elles me poursuivent.

A bout de souffle nous quittons le halage, sans avoir dû nous jeter dans le canal pour les semer, ce qui est assez positif, finalement. Et nous les semons.

Autre point positif de cette mésaventure : elles se sont ruées sur moi et non sur les enfants (enfin, c’est d’un positif relatif pour moi), peut-être perce qu’elles ont vu en moi ce sens du sacrifice.

Finalement je m’en sors à bon compte, sans tripler de volume, sans cracher de sang (est-ce un vrai symptôme ?), mais maudissant à tout jamais un nouvel insecte.

 

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