Je suis une artiste incomprise·Vacances

Comment j’ai fait tomber mon téléphone dans les égouts d’Athènes

Je sais, le titre est accrocheur, et peut-être même trop car il dévoile une partie du suspense, mais en tant que chroniqueuse professionnelle, j’ai appris que l’important, c’est d’avoir un titre accrocheur.

Suivi d’un récit captivant.

Ce matin, seul jour où je pouvais dormir car je suis en congé (j’ai traîné la patte toute la semaine, inquiétant mes collègues à propos de cette léthargie incroyable), mon réveil a sonné à 6h45 (la faute à moi-même qui avais oublié de le désactiver), m’extirpant d’un rêve vraiment trop chelou où j’étais kidnappée par un groupe de talibans sexy (cherchez pas, même Jung ne peut rien pour moi).

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Je crois qu’on va la relâcher, la Grognasse

En plus, je vous raconte tout ça, mais ça n’a strictement rien à voir avec le récit qui va suivre.

J’ai checké mon téléphone et là, j’aperçois que Facebook souhaite partager un souvenir avec moi.

C’est gentil, Facebook, mais c’est tout de même un souvenir légèrement humiliant.

Vous vous en douterez grâce au titre, il s’agit du jour où j’ai fait choir mon téléphone dans les égouts d’Athènes.

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« Comment Diantre as-tu pu réussir à faire une chose pareille ? », me demanderez-vous si vous n’étiez pas là ou, plus simplement, si vous ne me connaissiez PAS DU TOUT.

« C’est un art », vous répondrais-je en toute humilité.

Le fait est que nous étions parties avec « les copines » en voyage à Athènes. Les copines, ce sont les copines du cours de peinture avec qui nous vivons de grandes épopées pleines de vent, de soleil, de vin et de peinture à l’huile.

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Nous nous étions installées dans un marché aux puces pour dessiner.

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Mère et moi avions les pieds en compote, donc nous avons décidé de nous asseoir sur le rebord d’un trottoir.

Nous avions installé notre mini campement : un sac à dos, des plumiers, des carnets, en bref, tout un joyeux bordel et quand je me suis relevée pour je ne sais quelle obscure raison, mon sac à dos s’est relevé aussi, sac à dos sur lequel était posé mon téléphone. Le sac à dos, quant à lui, vous vous en doutez, était posé sur des grosses grilles d’égouts, mais ça, évidemment, je ne l’avais pas vraiment enregistré.

Et là, ce fut le drame.

Mon téléphone périclita dans les égouts.

J’ai fait un grand « Aaaah » suivi d’un silence (le silence du choc) et je suis restée prostrée quelques secondes, ce qui a fini par alerter Mère qui, lâchant son pinceau, m’a demandé : « Mais qu’est-ce qu’il t’arrive, Natha ? ».

D’un doigt tendu je lui ai indiqué mon téléphone.

Il se trouvait plusieurs mètres plus bas, dans le seul égout sec de toute la ville (ce qui est important dans ce récit), sa chute ayant été amortie par un tas de feuilles mortes. D’énormes grilles en fer bouchaient l’entrée, alignées de manière trop régulière pour que l’on puisse y glisser la main, et encore moins le bras.

Je crois que Mère a dit sa phrase fétiche : « Oui mais Natha » et qu’elle a essayé de passer la main alors qu’on voyait tout de suite que c’était perdu d’avance.

En quelques secondes à peine, un tas de beaux athéniens nous a encerclé. Ils ont rapidement évalué la situation. L’un d’entre est parti en courant et est revenu illico presto, brandissant un archet de violon qu’il vendait sur son stand, et l’opération a commencé.

C’est à ce moment là que Laurence (la prof) est arrivée. Elle était, comme à son habitude, extrêmement excitée par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux. Elle a dit : « C’est trop génial ! Je vais tout photographier ! Faire un petit reportage sur l’opération sauvetage ».

Elle prenait donc des photos et moi, on m’avait mise sur le côté, il parait que je ne pouvais plus toucher à rien et c’est donc impuissante que j’assistais au spectacle.

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Mère et son équipe d’athéniens ont été incroyablement habiles et, alors que je m’apprêtais déjà à dire adieu à mon téléphone, ils l’ont remonté des tréfonds. Coincé entre le bois de l’archet et la corde, il a fait toute ascension sans le moindre accro et croyez-moi, il y avait seulement une chance sur un millier que cela se déroule aussi parfaitement.

On a un peu sauté de joie, puis on a chaleureusement remercié les athéniens qui m’ont obligée à aller me laver les mains.

Ils sont tous repartis.

Tous sauf un, qui s’était pris d’amour pour moi.

J’ai repris mon dessin là où je l’avais laissé et, planté à côté de moi pendant des minutes entières, il observait le moindre de mes traits.

Toute fière de provoquer cette fascination artistique chez un beau grec, je m’apprêtais à ranger mon crayon quand il m’a interrompue et m’a fait un grand ‘non non’ avec la main (oui, je sais, il en réclamait encore). Puis il me montre mon dessin de téléphone et pointant du doigt le vrai téléphone et en recommençant son ‘non non’ avec la main. Bordel, il avait raison, je faisais une erreur de perspective.

C’est qu’ils sont doués dans tous les domaines, ces bougres d’hommes grecs.

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Je suis une artiste incomprise

Une démarche

Souvent, et heureusement, je me pose la question de la limite.

Celle qui délimite vie privée et vie racontée.

Toujours, je fais la distinction entre Nathalie de chair et de sang et Nathaliochka, son avatar esquissé.

Cette frontière, je m’amuse avec. Je joue.  C’est le fil même de ce que je tente d’exprimer à travers cet espace.  De temps en temps je me crispe : une part de moi trouve indécent de raconter  au fil du vent ce qui m’arrive. Mais je tente, pour contrebalancer ce malaise, de toujours rester pudique, même quand je me montre. Et d’être toujours sincère, même quand j’invente. Aussi, je reste persuadée que le registre de l’anecdote peut être révélateur. Que les petits récits, ajoutés les uns aux autres, peuvent, au final, raconter en partie une vie.

Quand j’ai commencé ce blog, c’était un exercice. Je devais apprendre à dessiner, je devais trouver quelque chose à raconter quotidiennement. C’est naturellement que je me suis inspirée de ce que je connais le mieux : moi. Et puis, comme je suis plutôt amnésique, ça me plait de savoir qu’un tas de petites choses se trouvent consignées ici. Ce que je vise, c’est la durée. Continuer ce récit illustré tout au long de ma vie, voilà qui serait intéressant, la continuité ajouterait une valeur à ce que je réalise. La constance.

J’ai conscience que ces « Moi-moi-moi » sont une vague, une mode. Je suis la première à dire « Qu’est-ce que j’en ai à foutre, Pénélope, que tes chaussettes soient sales ? ». Dans ces moments là je voudrais exprimer des choses plus fortes, plus intimes, mais ma peur des grands déballages me fait rester sur le ton de la plaisanterie. « Ici, on rit ». On me dit souvent, à propos de ce blog, que c’est le moment détente de la journée, tasse de café à la main.

En règle plus que générale, ma vie est drôle. Ma vie est belle. Rarement, je traverse des moments plus difficiles. Je les tais. Pour rester légère. Pour me cacher. « Ce n’est pas l’objet de ce blog », ce serait inapproprié. Mais aujourd’hui, je ne suis plus certaine que ce soit juste. Parce que je veux, justement, c’est être au plus juste.

Un évènement tragique survenu récemment a fait que je me pose un milliard de questions métaphysiques, entre autre à propos de ce que l’on donne de soi aux autres. Comme la plupart des êtres humains, je suis obsédée par les traces, par ce que l’on laisse de soi. Et je pense que l’on est beaucoup plus grands et infinis que ce que l’on croit. Cela m’encourage à aller dans le sens du partage, toujours.

P., comme pour répondre de ses beaux mots à quelque chose que je me demandais sans lui en avoir parlé, m’a dit « Je suis impressionnée par la grande générosité qui se dégage de tes textes et de tes dessins ». Baume appliqué sur mon cœur, je me suis dit « Oui c’est donc vrai, nous sommes bien plus grands, bien plus beaux, bien plus infinis que ce que nous pensons ».

La vie est le plus fragile et le plus grand des présents.

C’est dans cette optique que je vous raconte des bribes de la mienne, toujours un peu fantasmée.

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