La dernière y restera

Ce week-end, sous la houlette de ma tante qui a mis la pièce en scène, j’ai fait du théâtre avec les copines. La pièce s’intitulait « La dernière y restera » de Jean-Claude Sussfeld et, comme dirait Florence Foresti pour paraphraser Isabelle Adjani : « Nous avons fait un triomphe, merci ».

Comme vous pouvez le constater, nous étions très en beauté.

Et Marianne, comme a son habitude, a remis en question mes impressions de grande sportive.

 

London calling

Un matin, ton réveille sonne à 5 heures (violent outrage) et, malgré cela, quand ton pied foule la moquette en pilou, tu te lèves, fraiche comme un gardon. Tu te sens d’humeur très « sex-and-drugs-and-rock-and-roll ». T’as fort envie de briser ta guitare électrique sur le sol devant une foule en délire. Ce syndrome s’appelle le « London calling », et il est difficile voire impossible d’y résister. Le mieux qu’il y ait à faire, c’est y céder et prendre un ticket aller vers la capitale angloise.

C’est précisément ce que nous avons fait, avec les copines de l’Académie (il y avait aussi des hommes, mais dans cet article, une fois n’est pas coutume, le féminin l’emportera) : Un petit citytrip de deux jours pour nous culturer un tantinet.

Le voyage avait bien commencé, parce que, quand Adèle a voulu prendre son siège dans l’Eurostar, un beau jeune homme occupait sa place. « C’est étrange que nous ayons le même siège », ont-ils constaté de concert.

Vous avez le teint pâlot. Vous êtes vegan ? Moi aussi.

Mais lorsque ma sœur a voulu lui dire que c’était très certainement un coup du destin, il a déclaré que nous nous étions trompées de voiture, ce qui était évidemment impossible puisque jamais nous n’aurions pu faire une erreur de ce genre.

Le premier jour, nous avons visité l’expo Sorolla à la National Gallery.

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Sorolla, c’est le peintre préféré de Laurence. Et c’est vrai que le mec, il envoie du gros pâté. Dès la première toile, nous avons été comme aspirées et nous sommes restés calées. La bouche entrouverte, la langue pendante, prostrées, nous gênions le passage, hébétées devant tant de splendeur.

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Jean-Denis nous attend, rentrons à l’Hôtel de la Plage

Très vite, Laurence a commencé à montrer des signes d’hyperventilation. D’un seul coup, son visage est devenue rouge pivoine, comme si son sang était subitement monté jusqu’à sa tête. Elle avait des bouffées de chaleur, des palpitations, l’impression que ses jambes ne la portaient plus, des difficultés à articuler. Etant une éminente spécialiste de la santé mentale, j’ai pu immédiatement diagnostiquer un syndrome de Stendhal et la rassurer : tout cela n’était que passager, une réaction physiologique face à tant de grands chefs-d’oeuvre.

« Vous aimez ? C’est moi qui les ai peints »
Et là, tu vois, ils changent leurs draps de lit

Ensuite, nous avons visité la collection permanente du musée. Autant dire qu’il y avait de quoi faire, avec ses 72 pièces en enfilade.

Vous êtes ici

J’ai croisé un des nénuphars de Monet et j’ai dit à Claude que j’étais désolé de lui dire ça, mais que son tableau faisait bien pâle figure devant les Sorolla, même s’il fallait lui accorder qu’il avait quand-même fait du bon boulot.

Image associée

On a aussi vu un tableau de Patenier, qui est un peintre dinantais, ce qui a mis Laurence en émoi car elle souffre de chauvinisme, et c’est vrai que c’était bizarre de trouver une vue de Dinant en plein milieu de Londres.

Dinant, sans son téléphérique

Ensuite, Laurence est venue me dire que le musée abritait « Ophélie », et je me suis mis en tête de la trouver.

Je marche à l’envers

Autant vous dire que c’était un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Nous arpentions les couloirs, errant dans l’immense labyrinthe du musée, passant encore et encore devant les mêmes tableaux dont ceux-ci, posés côte à côte :

« Ce qu’il ne faut pas faire » (tuer des animaux pour les manger)

Et « Ce qu’il faut faire » (manger vegan, bio et de saison).

Mais je n’en démordais pas et voulais à tout prix la voir.

Je commençais à me demander si nous n’étions pas tombées dans une faille temporelle quand on s’est renseignées sur internet afin d’en avoir le coeur net. Ils stipulaient que le tableau se trouvait à la Tate Britain.

Encore un coup dans l’eau

Déçues, harassées, au bout du rouleau, les pieds en compote, le podomètre ayant enregistré 15 632 pas, nous sommes sorties du musée et nous sommes précipitées dans le premier pub venu, où nous nous sommes effondrées sur des banquettes et avons commandé des fish and chips accompagnés de grandes lampées de Guinness pour bien faire passer le tout.

Après, nous avons voulu prendre le métro pour nous rendre à notre hôtel, mais quand Laurence a payé son trajet, la machine a avalé son ticket. Elle est allée voir un technicien qui travaillait là et, au bout d’une longue attente et de moult tergiversations, il lui a ouvert la barrière en disant qu’elle pouvait prendre son métro, et qu’une fois arrivée à destination, pour sortir de la station, il lui suffirait de dire au type « My name is Lawrence », et il saurait qu’il peut lui ouvrir la barrière car il allait appeler son collègue pour le prévenir.

Quand on est arrivés à destination, elle a suivi les instructions et a déclaré au type : « My name is Lawrence ». Il l’a regardée et, après deux secondes de silence, il a dit « Ok », l’air de dire « Je suis ravi de le savoir, mais qu’est-ce que tu veux que ça me fasse », et ce grand moment de solitude nous a fait rigoler comme des baleines à bosse.

Puis le type a dit : « It’s a joke », car en fait il savait très bien de quoi il retournait, mais les anglais sont comme ça, ils veulent nous mettre à l’épreuve en nous testant sans relâche.

On s’est régénérés pendant une nuit entière en dormant sur des matelas mous après avoir pris une douche en pipi de chat glacé et le matin venu, mes jambes avaient l’air de fonctionner de nouveau.

Je marche !

Les plus téméraires ont pris un english breakfast et Laurence a voulu voler une petite miniature de confiture sur la table voisine.

Quand elle a été prise la main dans le sac par la tenancière qui lui a demandé ce qu’elle voulait, elle a sursauté comme si elle avait été prise en flagrant délit de braquage de banque et ce fut un moment magnifique, avec bouffées de chaleur et rougeoiement.

On s’est rendues à la Tate Britain pour aller voir Turner.

Mais pas Tina.

Plutôt Joseph Mallord William. Plus pâlot et plus tourmenté.

Appelez-moi Will

Will Turner, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un peintre de renom qui s’est fendu de quelques petits tableaux et de quelques aquarelles somme toute assez banales pour l’époque et qui, Dieu sait pourquoi, fait encore parler de lui moult décennies après son trépas.

Vous l’aurez compris, pas de quoi casser trois pattes à un faisan, même si je dois bien reconnaître que certaines de ses oeuvres seraient du meilleur effet dans mon hall d’entrée.

Moi je le poserais plutôt dans la cuisine

Ensuite, nous avons visité le reste du musée qui abritait une exposition d’art contemporain qui nous a laissée pantoises, et Laurence a sorti cette grande phrase : « Pour pouvoir comprendre l’art contemporain, il faut sacrément pouvoir lâcher prise ».

Mais ce n’est pas tout, car la Tate Britain accueillait également une expo Van Gogh et nous avons sauté sur l’occasion pour aller contempler les toiles du Maître.

Vincent ? Oui, c’est moi

L’exposition commençait par des gravures de Gustave Doré (allez comprendre pourquoi), et Mère s’est exclamée : « Je ne savais pas que Julien Doré faisait de la gravure ».

Gravure sur bichons

Il y avait un monde de fou dans cette expo. Pire qu’à un concert de rock. Tant de monde qu’il nous était impossible de voir les tableaux de Vince. Du coup, on a pu faire plein de blagues en disant qu’on ne savait pas qu’il y avait autant de monde qui venait écouter Julien Doré, que le public était de plus en plus en délire, et qu’il fallait faire attention aux mouvements de foule. On s’est demandé si Vincent nous ferait une dédicace à la fin de son concert.

Garde-le, ça prendra peut-être un peu de valeur plus tard

Les rares fois où j’y suis parvenue à approcher un peu ses toiles, je les ai trouvées croûteuses et assez vilaines. Mais j’imagine que c’est moi qui n’ai rien compris à son génie, et Adèle et moi nous sommes extirpées de la foule pour aller nous asseoir contre une pilasse bien fraîche en attendant que Mère et Laurence, qui scrutaient le moindre détail, ressortent de cet enfer.

Quand elle est enfin sortie, Laurence a déclaré : « Regarder des toiles de Van Gogh, c’est prendre une sérieuse leçon d’humilité ».

Tu as encore beaucoup à apprendre, Petite.

Avec Adèle, on a trouvé extraordinaire qu’un peintre puisse déplacer autant de foule qu’une rock star et on a imaginé que si on imprimait des grands cadres avec des photos de Bébédoux, on rameuterait encore plus de monde et ou pourrait faire fortune.

Dans le métro, en lisant la presse gratuite, Nico a remarqué que les anglais parlaient de Dinant comme étant « The place to be », signe évident qu’il nous fallait rentrer dans nos chaumières.

Dans le train du retour, j’étais installée à côté du Renifleur-Fou, qui reniflait bruyamment et compulsivement toutes les six secondes, nous mettant les nerfs en pelote.

Mère et Adèle se sont lâchement réfugiées dans la musique en mettant leurs écouteurs, me laissant seule face à l’adversité. Au bout d’un moment, quand les femmes de l’autre côté du couloir me regardaient avec des larmes dans les yeux, j’ai fait acte de bravoure en lui proposant un mouchoir. J’ai cru que tout le wagon allait m’acclamer, mais le Renifleur-Fou a refusé mon aide en disant : « Allergy ». Comme si avoir des allergies pouvait le dispenser de se moucher.

Mais comme la vengeance est un plat qui se mange froid, je me suis mise à puer très fort des pieds.

Ben oui, on avait fait 32 798 pas, après tout.

Expo « Terre d’Islande »

J’ai essayé de faire un diaporama pour les photos de l’exposition mais bon, ça n’a pas l’air super au point 😉

Je suis une manuelle

Avant, c’était Jean-Chri qui faisait nos châssis et qui tendait nos toiles dessus.

Afin que je sois moins sotte et plus autonome, il avait pris la peine de me montrer comment procéder, un soir de grande animation dans la maison. J’avais pris cette photo que j’adore.

Je crois que son objectif était quelque chose du genre : « Donne un poisson à Natha et elle mangera un jour. Apprends-lui à pêcher , elle mangera toute sa vie ».

Vous qui l’avez connu, vous savez qu’il était un grand optimiste à tendance utopiste et je crois qu’il pensait sincèrement me transmettre quelques clés de débrouillardise. « C’est facile, regarde », disait-il. Et je l’observais comme deux ronds de flanc, opinant du chef et faisant semblant de m’intéresser à la chose, étant dotée d’un esprit ayant du mal à se fixer sur certains thèmes qu’il affectionnait tant et qui avaient le don de me rendre neurasthénique (les maths, les travaux manuels).

Quelle ne fût pas mon angoisse quand j’ai vu notre expo approcher à grands pas et que mes rouleaux de toile jonchaient le sol lamentablement, emportant au passage des petits nounous de dessous de lit, pris au piège de mes couches d’huile.

A vrai dire, les bras m’en tombaient de découragement.

Mère, qui ne se laisse pas démonter pour si peu, a pris le taureau par les cornes et s’est penchée sur le sujet, jusqu’à le maîtriser parfaitement.

Comme elle me connait comme si elle m’avait faite, et surtout qu’elle craignait que je n’y perde beaucoup de doigts et/ou de mains, elle m’a spontanément proposé de réaliser mes châssis.

Mais qui serais-je alors ? Quel genre de femme ? Quelqu’un qui se contente de manger le poisson qu’on lui tend au lieu d’apprendre à pêcher ?

Cela n’aurait pas été digne de moi.

Je me suis alors entendue insister pour apprendre par moi-même alors qu’honnêtement, je hais le bricolage.

Mon objectif était clair : faire semblant d’essayer sincèrement, mais énerver Mère par ma gaucherie et la laisser s’emparer de mon marteau en s’exclamant : « Oui mais Natha ! Laisse-moi faire ». Le bémol : elle se serait énervée sur moi, mais d’après mes calculs, le jeu en valait la chandelle.

C’était dimanche passé et j’ai été réveillée très tôt par mon rêve chelou de chaton raplati dans de la vinaigrette (suivez un peu, ceci est une saga), donc je suis descendue dans le salon.

Mère sciait des planches.

Je l’ai avertie du grand danger qu’elle courait en réveillant Adèle un dimanche à 7h30, mais elle était prête à vivre dangereusement, m’a t’elle dit. Et de fait, Adèle s’est levée et elle s’est lovée dans le canapé, mais sans sourciller d’un iota. On s’est demandé pourquoi elle ne nous avait pas maraboutées pour l’avoir réveillée si tôt et elle a répondu, avec le sourire du chat dans Alice au pays des merveilles : « Cela me fait trop plaisir de vous observer ».

Clairement, elle avait hâte que la situation dégénère et elle se délectait de la persécution exercée par sa mère sur sa soeur aînée, celle à qui elle doit logiquement le plus de respect. Elle disait même que cela valait bien le désagrément d’un réveil matinal.

J’avais tout le matériel nécessaire, ce qui est un bon point.

En effet, deux jours plus tôt, j’étais allée faire les quelques emplettes nécessaires chez Chlèpeur. J’avais bien pris toutes mes mesures, et j’ai donc fait un gros tas de bois sur le sol, avec tout ce que je devais emporter. Deux fois 98 cm, fois 4 côtés, fois six tableaux, je reporte huit, moins deux, plus quelques traverses, au carré,… J’étais grisée par ma maîtrise du sujet (Ah tu vois, Jean-Chri, qu’elles ont servi à quelque chose, ces milliers d’heures où tu as tenté de m’expliquer les équations à deux inconnues).

Le tas devenait de plus en plus grand, et j’ai essayé de porter toutes mes planches dans mes longs bras, mais il y en avait trop, c’était un trop grand tas, alors j’en laissais tomber, puis je me penchais pour en ramasser, ce qui en faisait tomber d’autres dans un grand fatras qui a énervé la vendeuse, qui m’a regardée d’un air condescendant et a enroulé, agacée, mes planches dans un grand tape pour que je puisse les transporter, en ajoutant : « Ce sera plus facile pour vous ».

Quand je suis arrivée au cours de yoga (troisième étage sans ascenceur) avec mon tas de bois , éborgnant au passage l’une ou l’autre petite vieille, j’avais les bras en mousse et j’ai laissé tomber mon fagot sur le sol, rougeoyante et à bout de souffle.

Je crachais mes poumons, les mains sur les genoux, quand Mère s’est écriée : « Mais c’est quoi tout ça ?!!! Pourquoi tu en as autant ? », et je lui ai expliqué mon calcul. Je voyais bien qu’elle tiquait, mais il parait qu’il est de mauvais ton de se faire du mouron avant un cours de yoga alors elle a laissé l’énergie de Vishnou s’emparer d’elle pendant une heure et quand elle est sortie, elle a a nouveau contemplé mon tas de planches inertes et elle a dit : « Tu sais qu’elles vont par deux ? ».

Là, un grand silence s’est fait et j’ai dit un « Oui » extrêmement faible, quasiment inaudible, et Mère a mis sa tête entre ses mains, comme si une fatigue morale la traversait.

J’avais tout pris en double.

J’ai marché jusqu’à la voiture, qui était loin, et la rue montait très fort, et en plus il pleuvait à verse, mais je souffrais en silence. Je sentais les muscles de mes bras chauffer puis se paralyser, mais je n’osais point demander de pause à Mère, craignant un léger courroux.

Le lendemain, j’ai retransporté le tas de planches dans le sens inverse, pour les ramener au magasin, expliquant à la vendeuse que je n’avais pas vu que les planches allaient par deux, ce à quoi elle a répondu que c’était pourtant évident et que malheureusement, ils ne peuvent rembourser les planches que si on les ramène le jour-même, pas le lendemain, ce qui est d’une logique évidente.

Alors je suis rentrée chez moi avec mes planches, commençant à avoir la nette impression qu’elles me suivaient partout, un peu comme dans la blague Carambar : « Préfèrerais-tu que 12 poussins te suivent partout même aux toilettes ou avoir une barbe en steak haché ? », sauf que pour moi on aurait remplacé les poussins par des châssis de tableaux et que, du coup, j’aurais choisi l’option d’avoir une barbe en steak haché.

Tout cela pour vous dire que j’avais le matériel nécessaire, et même plus encore.

Et du coup, dimanche, je me sentais prête à assembler des tenons et mortaises, fière de connaître un terme technique grâce à Mel-Bichon qui a suivi en son temps des cours de menuiserie.

D’abord, j’ai dû taper sur un clou pour préparer le trou dans lequel allait se visser l’attache.

Il est cousu de fil blanc que j’ai tapé sur mon doigt, qui se situait pile entre le marteau et le bois.

Adèle a souri. Elle a dit : « Ca commence tellement bien. J’aime ça ».

J’ai porté mon doigt endolori à ma bouche, puis, quand la douleur s’est un peu estompée, j’ai voulu retirer le clou, mais je l’avais trop enfoncé, il ne voulait pas sortir du châssis. Mère s’est écriée : « Oui mais Natha ! Tu ne devais pas enfoncer le clou ! On ne sait plus le retirer, maintenant ! « . On a tiré dessus comme des forcenées, et on a même dû utiliser une pince.

J’ai immédiatement pressenti que la journée allait être longue.

Adèle jubilait, engoncée dans ses scotoufles (pantoufles écossaises), une tasse de café chaud à la main.

Ensuite, j’ai emboîté les quatre bois les uns dans les autres, en tapant un peu dessus, m’écriant fièrement : « Regarde, Adèle : j’ai une paume d’acier, comme Mamy !  » (On appelle sa Mamy « Paume d’acier » car elle sait enfoncer un bouchon de cidre dans une bouteille en un seul coup de paume), mais Adèle n’était visiblement pas de cet avis car elle m’a répondu : « On dirait plutôt que tu as une paume en mousse ». Mais il est facile de dénigrer le travail des autres quand on se contente d’observer, une tasse de café à la main.

Il ne restait plus que quelques petits détails à fignoler, mais j’y étais presque.

Très vite, Mère a compris que je ne lui serais pas d’une grande aide et elle a prononcé la phrase que j’attendais tant et que j’entends souvent depuis ma naissance : « Donne-moi ça, je vais le faire ».

Et c’est de cette façon qu’elle a assemblé tous mes châssis, en plus des siens, sans un instant élever la voix ou s’énerver sur moi, ce qui pourrait friser l’exploit et ce qui a fortement ennuyé Adèle qui a baillé en disant : « Pffff, ce n’est même pas drôle. Il ne se passe rien, à votre spectacle », et elle est montée prendre sa douche, nous laissant à notre atelier « Tenons et mortaises ».

L’expo David Lynch au Bonnefantenmuseum

Hier, avec les copines de l’Académie, nous avons fait une excursion à Maastricht pour voir l’expo David Lynch au Bonnefantenmuseum.

La journée avait bien commencé car, dès que nous sommes descendues de la voiture pour aller chercher le train, nous avons croisé un unijambiste qui promenait un chow-chow.

J’ai trouvé cela de bonne augure pour la suite, ce moment typiquement lynchien (lyn-chien, chowchow, vous suivez ?), et je l’ai dit à Mère qui s’est écriée : « Ah bon ?! Il est unijambiste, David Lynch?! ».

C’était une façon de parler, maman

A la gare, nous sommes tombées sur un guichetier que nous avons sobrement surnommé « Le Philosophe » car il nous a fait de grandes tirades sur le sens de la vie.

Il a dit :

  • Que la vie était trop courte pour se disputer avec les autres.
  • Qu’elle était si fragile qu’elle pouvait se terminer en un claquement de doigt.
  • Qu’elle était cruelle parfois.

Ce à quoi nous avons acquiescé en ajoutant – en substance – qu’il ne croyait pas si bien dire et que ce n’était certainement pas nous qui allions penser le contraire, paroles d’endeuillées. Je crois que David aurait bien aimé.

Le voyage pouvait commencer.

Nous sommes arrivées à Maastricht. Il faisait un soleil radieux et nous nous sommes installées en terrasse afin de casser la graine. Sur le bateau qui était amarré en-dessous de nous, un ouvrier faisait un potin d’enfer avec sa machine, vrillant les nerfs de Mère qui fait pourtant toujours preuve d’un calme olympien.

Mère, vue par David

On a fait une blague au type en lui criant : « Il est midi, va manger ta tartine de croquettes » et il s’est arrêté.

Puis, quand Mère a reçu ses croquettes, on a vu qu’elles étaient posées sur une tranche de pain. Preuve qu’en Hollande, on mange vraiment des tartines de croquettes.

Ils sont fous, ces hollandais

Nous étions revigorées pour aller voir l’exposition.

« Some one is in my house », ce n’est rien de le dire. Comprenez par là que l’appartement n’est pas vide, que sa cervelle est peuplée, bref, qu’il n’est pas tout seul dans sa tête.

S’il est un type chelou, c’est bien David Lynch.

Il suffit de regarder Mulholland drive sans prendre aucun stupéfiant pour s’en rendre compte.

« Une immersion dans la schizophrénie vue de l’intérieur », dirait Laurence.

Ou bien d’observer ses tableaux.

N’aime pas David Lynch qui veut.

Il faut une préparation psychologique, ou des explications, ou encore y être préparé dès le berceau, un peu comme ce bébé que l’on a croisé et qui, bien lové au creux des bras de sa mère, recevait quelques initiations.

Puis, quand la guide nous a montré un rat mort collé sur une toile, j’ai cru que j’allais tourner de l’œil (musophobie) et qu’Adèle allait commettre un attentat vegan dans le musée.

Tout cela a encore empiré d’un cran quand elle nous a montré des toiles sur lesquelles David avait collé « diverses matières organiques en voie de putréfaction » (je cite).

Cette fois, Adèle, pourritophobe, n’y tenant plus, a quitté la pièce d’un pas décidé.

Nous avons alors visité la collection permanente, non sans faire encore quelques liens avec David, notre nouvel ami.

La naissance de David
Son baptême



Yo Man, dans la Cité
Selfie dans la théière de David Lynch

Son boudin noir
Un 69 avec un singe
Pas de bras, pas de chocolat
La crucifixion de David Lynch

Que dire, en résumé, sur cette expo ?

Mais en tout cas, si cela peut vous aider à vous décider à vous y rendre ou pas, sachez que la nuit, en rentrant à la maison, j’ai rêvé que j’avais tué un chaton sans le vouloir en l’oubliant dans mon Tupperware à midi. Il était raplati au fond de mon pot, baignant dans la vinaigrette.

Preuve que l’on ne sort pas indemne de ce genre d’univers.

Ambiance et cotillons

Expo : Terre d’Islande

Je sais que la foule en délire n’y tient plus : Nous allons vous révéler les chefs-d’oeuvre réalisés en Terre d’Islande l’été passé.

Une exposition à quatre voix : Mère et moi-même aux pinceaux, Adèle à la photographie, et Catherine-ma-deuxième-maman qui agrémentera l’espace de ses sculptures.

Une aventure familiale à ne pas manquer car ce sera l’occasion de se retrouver autour d’un verre en engouffrant des poignées de cacahuètes enrobées . Puis, de vos doigts gras de paprika, vous pourrez caresser nos oeuvres et éventuellement nous en acheter pour contribuer à notre enrichissement personnel.

Nous vous attendons nombreux !

Marie-Christine Huart expose

J’ai retrouvé dans les archives de ce blog un article datant de février 2010. Dedans, je me moquais allègrement de l’esprit profondément pessimiste de ma mère, esprit qui transparaissait dans les intitulés de ses toiles.

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Mais vous n’êtes pas sans savoir que j’exabuse toujours un chouïa et que je suis toujours prompte à me moquer de mon entourage. En réalité, les toiles de maman sont une explosion de couleurs, un régal pour les yeux et pour l’âme. Et il se fait qu’elles sont en ce moment exposées pour la première fois (le début d’une longue carrière ?) dans une galerie de notre riante cité.

C’est à Namur-city, galerie Space (14, place Lillon), et vous pourrez les voir tous les jours de cette semaine, jusqu’à samedi, de 14h à 18h. Et pour ceux qui aiment picoler, il y aura un drink dès 11h ce jeudi premier mai. C’est moi qui servirai à boire, sans renverser les plateaux.

prek toal

« Prek Toal » (réserve d’oiseaux au Cambodge)

J’en profite pour vous montrer quelques photos prises par ma talentueuse soeur, Adèle Peers.

momanVisite guidée personnelle en présence de l’artiste.

danielUn des nombreux admirateurs

grignoteLà on voit que je préfère manger des cacahuètes plutôt que de discuter avec ma famille

Bonne visite à ceux qui n’y sont pas encore allés !