Joyeuse Sans-Valentin

Rares sont les personnes aussi célibataires que moi.

Je sais, cette phrase sonne un peu bizarre car il n’existe pas de gradation dans le célibat. On l’est ou on ne l’est pas. Mais quand-même : s’il était une discipline sportive, je serais certainement championne olympique et je me pâmerais dans les couloirs de l’existence avec ma médaille en or autour du cou.

Mais le monde est ainsi fait qu’hélas, le célibat a mauvaise presse, en particulier quand il est en CDI comme le mien.


A entendre d’autres célibataires (les autres rares laissés pour compte, les restés-sur-le-carreau), il inspire pas mal de sentiments négatifs tels que la méfiance (38 ans et toujours célibataire, c’est louche), la tristesse (Et dire que tu n’as pas de mannes de chemises à repasser), l’inquiétude (Est-ce contagieux ?) ou l’incompréhension (Mais pourtant tu es belle et intelligente).

A une époque, j’ai pourtant essayé de rentrer dans le moule comme tout le monde. Mais les échecs successifs ont eu raison de ma candeur et j’ai fini par arriver à la septième case : celle de l’acceptation, avant d’être passée au préalable par le choc (Moi, une si belle donzelle, seule ?), le déni (en fait je sors avec Isidore, vous le rencontrerez peut-être un jour), la colère (Bordel de merde), le marchandage (Si vous me trouvez un mec, je jure d’arrêter les chips), la tristesse (c’est trop injuste), la résignation.

Je pense être en partie voire totalement responsable de cet état de fait, m’étant plus souvent qu’à mon tour passionnée pour les invertis en devenir, les enfoireurs affectifs, les hommes mariés en quête de sensations fortes ainsi que ceux qui, vêtus d’une simple peau de chamois, ne demandaient qu’à retourner vivre dans les bois pour entrechoquer des morceaux de silex.

Je ne vais pas vous mentir, cela m’a attristée à une époque.

Je suis même allée consulter une thérapeute. Au départ, j’y allais pour le deuil, mais comme elle me posait des questions sur ma vie affective et qu’elle aimait recourir à des images, je lui ai dit : « J’ai l’impression que ma vie affective est un champ de ruines, un immense champ de désolation, une terre aride sur laquelle plus rien ne pourra jamais plus pousser. Ou alors un champ de bataille. Vous savez, un décor de Syrie dans lequel des corps jonchent le sol. ».

Peu de séances après cette déclaration, elle m’a dit : « Je sens que vous allez mieux. Nous allons pouvoir terminer la thérapie ». Et je suis rentrée chez moi.

Mère a dit : « Je pense que ta psy ne t’aime pas », ce qui a grandement contribué à me remonter le moral.

Ce que je voulais dire, c’est qu’il y a pas mal d’avantages à la vie de célibataire :

Tout d’abord, je n’ai pas d’enfants.

Ce point à lui seul mériterait un article entier. Mais je peux d’ores et déjà dire qu’il n’y a pas un ou plusieurs petits êtres collés à mes basques. Je ne dois donc pas leur donner le bain, ni aller les conduire au foot le dimanche, ni faire les lessives de toute une équipe qui s’est roulée dans la boue.

En lieu et place de cela, je peux consacrer beaucoup de temps à ma créativité.

A moi, les après-midis de scrapbooking et de bullshit-journal.

Je dors en travers de mon lit et je peux faire des moulinets avec mes bras sans éborgner personne.

J’ai la photo de mon chien en fond d’écran de mon téléphone et personne ne me juge pour cela.

Ma tenue d’intérieur est si splendide que même Steve Urkel ferait une attaque.

Je crois encore aux histoires qui terminent bien. Cela fait de moi un être hautement original.

Et surtout, rien ne m’oblige à partager ma nourriture.

Vous voyez bien que c’est top !

La banalisation des relations humaines

Il y a quelques années, voyant qu’avec les hommes je prenais des râteaux en série, cultivant de la sorte un célibat fort inquiétant, je suis allée voir une psy.

Contre toute attente, elle ne m’a pas prescrit des petites boules roses, mais m’a prodigué quelques conseils qui me servent toujours à l’heure actuelle (à l’heure où je continue à prendre des râteaux en série).

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« C’est mon karma, je crois »

Dans ces conseils, un en particulier a retenu mon attention.

Il parait que je dois banaliser les relations humaines.

En particulier celles avec les hommes.

Il semblerait que je m’emballe trop, et trop vite.

A moins qu’elle ne l’ait seulement sous-entendu ?

Toujours est-il que j’ai toujours gardé ce concept dans un coin de ma tête : « la banalisation des relations humaines », et que ça m’aide grandement.

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« Epousez-moi, Jean-Pierre »

Du coup, avec Mel et Nel, on a trouvé un nouveau jeu qui nous éclate. Trouver des exemples (criants) de banalisation.

On y joue toujours un peu avant que je ne file à un premier rancard. Ça aide à rester légère et détachée, à ne pas faire de plans sur la comète, à ne pas démarrer sur les chapeaux de roue.

PAR EXEMPLE :

  • Je banalise, mais la chambre du petit, je voudrais qu’elle soit peinte en coquille d’œuf.
  • Je banalise, mais je crois que pour mon anniversaire, il va m’offrir un diamant monté sur une bague.
  • Je banalise, mais on va prendre un chiot.
  • Je banalise, mais j’ai déposé la liste de mariage chez Love-me-and-co
  • Je banalise. Je me demande juste si je rentre dans la robe de mariée que m’a cédée mon arrière-grand-mère.
  • Je banalise. Tu penses que Barbara viendra à ma baby-shower ?
  • Je banalise. Je parle en « nous ». D’ailleurs, nous banalisons.

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« Tout ce pastel me sied bien au teint »

Il est vrai que si je ne veux pas que Scully et Mulder me retrouvent dans mon studio dévorée par mon berger allemand, j’ai tout intérêt à changer d’attitude en me détachant un petit peu de la gent masculine.

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« Punaise, elle a morflé, tout de même »

Ça, par exemple, c’est mieux : 

 

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Ce que j’ai omis de dire à ma psy, c’est juste que je trouve dommage de vouloir banaliser ce qui, par essence, est tout sauf banal.

Mais je comprends où elle voulait en venir, bien entendu.

D’ailleurs, je sens que je vais y parvenir.

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(Tenter de) sortir du célibat grâce au PEH

Pour rompre son mauvais karma et pouvoir un jour convoler en justes noces, tout célibataire se doit d’appliquer ce que je nomme communément le P.E.H. (Plan d’Elargissement d’Horizon).

Mais qu’est-ce qu’est exactement un PEH ? me demanderez-vous fort à propos.

Un PEH, c’est : Sortir de chez soi au lieu de larver en pantoufles dans un canapé défoncé, un plaid sur les genoux.

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« Ce soir je joue à Farm heroes saga »

Mais pas sortir de chez soi pour aller s’acheter un paquet de clopes ou de chips au paprika, non. Ni sortir de chez soi pour aller s’adonner à son activité préférée, d’ailleurs.

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C’est s’éloigner de chez soi pour sortir de sa zone de confort (canapé et biscuits au chocolat), prendre un peu de risque et  élargir des horizons parfois trop étriqués (canapé et biscuits au chocolat).

Entamer un Plan d’Elargissement d’Horizon, c’est s’inscrire à une activité à laquelle nous ne nous serions pas rendus de notre plein gré. En agissant de la sorte, nous agrandissons notre champ de vision, nous œuvrons à devenir une personne ouverte d’esprit un peu touche-à-tout.

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« Bien-sûr que j’adore le curling ! « 

Vous pourriez rencontrer celui ou celle qui fera chavirer votre cœur dans un stage de poterie ou de macramé.

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« Cessons de tourner autour du pot »

Un PEH contribue surtout à faire de nouvelles connaissances. Mais ne nous leurrons pas et cessons de tourner autour du pot : un PEH a pour objectif d’éventuellement faire LA rencontre fatidique.

« J’ai la banane »

Etant la créatrice certifiée du PEH, j’ai quelques conseils pratiques à vous divulguer afin que cela se passe dans de bonnes conditions :

Petit a : Évitez les passions qui ne conviennent majoritairement qu’à un seul sexe.

Les filles : oubliez ce stage de scrapbooking pour lequel vous hésitez. Il n’y aura aucun homme inscrit et, s’il y en a un, c’est peine perdue, je vous le dis tout de suite.

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« Je crois que je vais coller quelques paillettes autour des photos de mes nouveaux amis »

Petit b : Restez réalistes.

Les hommes : Si peu de femmes s’inscrivent à des initiations à la mécanique et à la carrosserie (voir point 1), il est plus que probable qu’elles ne véhiculent pas le fantasme escompté.

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« Bonnasse et mécanique »

Petit c : Ciblez votre activité

Si vous vous fantasmez sur les hommes qui portent des sarouels et des chaussons en laine bouillie, dirigez-vous vers le bien-être, ou versez carrément dans le new-age. Optez par exemple pour la cuisine des plantes sauvages, le yoga transcendental, la lévitation. Inscrivez-vous à une conférence sur les sept clés de l’Ouverture du Soi ou allez vous promener ce dimanche au Salon des pierres et des cristaux.

Si par contre, ce sont les mecs en polo Lacoste qui vous branchent, optez pour quelques cours de golf.

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« Les hautes chaussettes jaunes : LE fashion faux-pas du moment »

Petit d : Suivez une de vos connaissances dans un de ses domaines de prédilection.

Vous vous sentirez moins seul et c’est avec plus d’assurance que vous ferez vos premiers pas dans ce bal folk ou cette initiation à la cuisine moléculaire.

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« C’est très goûtu »

Attention tout de même à ne pas rester scotché à l’ami en question. A deux, on se sent mieux pour aller vers l’inconnu, mais on à tendance à prendre moins d’initiatives. Pensez à demander à ce beau brun là-bas dans le fond s’il peut vous montrer comment danser la gigue.

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« Plus simple que ça, tu meurs, Poulette »

Petit e : Veillez à votre budget.

N’investissez pas un millier d’euros dans une tenue de patinage artistique si vous pressentez qu’après la troisième mi-temps vous rentrerez chez vous, dégoûtée à tout jamais de la notion même de sport.

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« Ne me lâche pas, Connard »

Petit f : Faites d’une pierre deux coups en vous inscrivant à une activité qui peut vous être utile au quotidien.

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« J’ai fabriqué une niche pour mon chien imaginaire à mon cours d’ébénisterie »

Petit g : Il parait que commencer un PEH en participant à une activité organisée par l’équipe masculine de rugby peut s’avérer tout à fait bénéfique.

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« Dieu du ciel ! Mais votre balle est ovale ?! » (Chat-balle : ok, je sors)

Petit h : Gardez à l’esprit que vous n’aurez pas forcément en commun la passion de votre élu(e).

A moins que vous n’ayez eu une véritable révélation lors de cette journée d’initiation à la philatélie.

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« Je pense qu’on l’a en double, celui-là, mon chéri »


Tupperware Versus Upperware

Quelle ne fut pas la surprise de mes collègues quand je leur ai annoncé de but en blanc : « Ce soir, je me rends à une démonstration Tupperware ».

Il y eut mâchoires tombantes, Il y eut rires, il y eut sarcasmes, il y eut grand remou.

Parce qu’apparemment, je suis tellement rock and roll que m’imaginer à une démonstration Tupperware, c’est un peu comme imaginer Amy Winehouse chez le toiletteur pour yorkshire. Ni plus ni moins.

« Rehab dans ta face »

Je ne vous cache pas que j’aurais préféré me rendre à une rave party ou, plus réalistement à un autre genre de démonstration, du style « Upperware », par exemple.

« Gode Save The Queen »

Mais il faut se faire à l’idée que cette fois c’est bien vrai, la quarantaine me guette, et ce que l’on me propose comme activité un soir de semaine, c’est me présenter un stock de boites en plastique.

ENJOY.

« Danse de la joie »

« Il faut vivre avec l’acceptation de son âge », me suis-je dit.

C’est donc résignée que je me suis rendue à la réunion, en parfaite ménagère que je suis malgré tout.

« Je les ai presque toutes »

Je ne vous raconterai pas comment s’est déroulée ma soirée, sous peine de vous tenir un listing du catalogue et de vous assommer définitivement.

J’irai droit au but, vous avouant avec honte une chose incroyable : je me suis acheté un appareil révolutionnaire qui bat les blancs en neige.

Et, ça, sans vouloir faire de parallèle dégueulasse, jamais je ne l’aurais acquis à une soirée Upperware.

« Je me sens très Miaou-Miaou, ce soir »

« Bats tes blancs tout seul comme un grand, moi je lis « Femmes d’aujourd’hui » »

C’est pas gai

Ce jour là, j’apprends que le mec qui me plait est homo.

Comme c’est la quatrième fois dans l’existence que ça m’arrive (je dois avoir le gaydar défectueux), ça commence à faire beaucoup alors je me mets à pleurer ma misère à l’arrière de la voiture que Nel et Sébastien conduisent.

Insensibles à ma détresse, ils mettent un peu de musique.

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