Deuil

Chute libre

Le thème du défi Inktober était « chute libre ».

Autant vous dire que l’écho qu’il éveille en moi est ultra douloureux. Mais j’ai décidé de ne pas le contourner et de me l’approprier tout de même.

Qu’y a-t’il après la chute libre ?

Parfois, j’aime à les imaginer buvant du café fort en contemplant les pics enneigés. Tendant l’oreille, ils pourraient avoir vent de ce qui se passe ici : Tu sais, la vie est souvent un peu vide sans ton rire qui résonne, mais elle continue. On pleure un peu moins souvent, mais toujours au moment où on s’y attend le moins. Les larmes nous prennent parfois au dépourvu, comme votre départ. On apprend à faire sans. Comment fait-on pour apprendre une chose aussi impensable ? Peut-être en observant ce qu’il y a de beau ici bas… Notre grande famille est si belle depuis toujours. Nous essayons de prendre soin les uns des autres. J’habite ici. Il y a tes portraits sur les murs. Il y a un nouveau chaton très mignon. Le jardin est splendide. L’air de rien, les saisons passent. Nous sommes riches de tout ce que vous nous avez donné.

Je vous imagine entourés de montagnes, de chardons, d’edelweiss et de ciel bleu.

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Deuil

Un an déjà

12 juillet 2017.

Je suis allée au restaurant avec Sibylle et Mélanie.

Il faisait une chaleur épouvantable, je m’en souviens.

On a ri.

Par la suite je penserai « On a ri et je ne savais pas qu’ils étaient déjà morts ». Seuls, au pied de la falaise.

Pendant plusieurs heures. Seuls, dans le silence de la montagne. Immobiles en dessous des rapaces qui tournoyaient dans le ciel bleu, peut-être.

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Deuil

Tentons d’être sereines

Même si les cimes ont accueilli deux des nôtres, tentons d’être sereines.

Avec les montagnes pour seul domaine, terrain de jeu rêvé pour leur éternité, ils se délectent certainement.

S’asseyent au rebord et, nous contemplant, sortent un canif et se coupent une belle part de saucisson. (A manger obligatoirement avec un morceau de pain, hein, car ce n’est pas l’absence corporelle qui justifierait pareil sacrilège que de manger du fromage ou du saucisson sans le pain obligatoire).

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Oui, ils se délectent certainement.

A droite, une montagne à gravir. A gauche, une magnifique arrête qui les titille et, droit devant, s’étendant jusqu’aux confins de tous nos horizons, un sommet recouvert de neiges éternelles.

sommet des dieux

Nous, en bas.

Tellement en bas que cela fait mal.

Tellement en bas que cela meurtrit la chair, éclate le cœur et bousille le cerveau. Tellement en bas qu’on en a hurlé parfois et qu’on en hurlera encore.

MAIS.

Tentons d’être sereines.

Car leur joie de vivre nous a irradiées pendant tant et tant d’années que cela ne pourrait s’arrêter. Ce serait trop impensable.

Car leur philosophie de vie nous a tellement éclairées que cela ne pourrait disparaître.

Allant jusqu’à les transmettre à leurs filles.

Cette joie de vivre, cette philosophie, cet optimisme, on peut à présent les détecter dans leur sang – c’est génétique (l’un d’eux dirait « C’est scientifique ») – elles portent en elles la part d’eux qu’ils ont léguée.

Tentons d’être sereines.

Parce que nous avons eu l’immense privilège d’être de leur Clan. Le clan des hommes bons. Des êtres à part. Des hommes d’exception.

Des hommes d’exception qui ont su, jour après jour, prendre soin de leurs femmes d’exception.

Tentons d’être sereines.

Car avoir vécu dans leur sillage a fait de nous des femmes de lumière. Une lumière scintillante qui ne nous quittera jamais plus, même dans la tourmente, même dans ces torrents de tristesse qui, comme en montagne, se heurtent à des pierres sans jamais perdre de leur puissance.

Tentons d’être sereines.

Car c’est ce qu’ils auraient voulu, tout simplement.

drapeaux de prières