Faire le sapin

Une sœur qui tient à ce qu’il y ait un sapin dans le salon, une mère atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette et un chaton qui découvre les paillettes, je crois que cette année, tous les ingrédients sont rassemblés pour que je vous concocte une petite rubrique « Magie de Noël ».

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Sainte-fête-de-la-grosse-glandouille

C’est vrai que j’étais très fatiguée.

Et ce pour des raisons que je ne puis évoquer ici (car elles sont essentiellement professionnelles et, comme je suis un agent communal, je suis tenue au droit de réserve (vous pouvez aussi appeler cela l’obligation de fermer sa grande gueule)).

Alors, quand Caro a toqué à ma porte à 20H30 en me demandant si elle avait droit à une dérogation spéciale lui permettant d’aller dormir si tôt (notre règlement d’ordre intérieur stipule qu’il est interdit d’aller se coucher avant 21 heures), je la lui ai octroyée, pour la simple raison que je voulais qu’elle me fasse pareille dérogation.

Je me suis donc couchée à 20h30.

Je pourrais vous dire que cela ne m’était plus arrivé depuis mes huit ans, mais ce serait totalement faux et vous ne seriez pas dupes car vous commencez à savoir que je suis une vieille-à-la-tisane.

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Le lendemain matin, en me réveillant, j’ai jeté un coup d’œil à mon réveil qui indiquait 8h30.

J’avais fait le tour de l’horloge.

Je me suis levée, j’ai baillé.

Je me suis traînée en pyjama jusqu’à la baignoire.

Mais j’ai oublié de vous dire qu’il n’y a plus de mazout depuis une semaine (simplicité involontaire, encore et encore) et je ne me sentais pas assez en phase avec l’existence pour une énième douche glacée.

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J’ai regardé la pile de vaisselle dans l’évier et j’ai pris la grande décision de la reporter au lendemain, pour les mêmes raisons (mazout en rade).

Je me suis installée devant Netflix et j’ai regardé quelques épisodes de ma série.

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Il était bientôt midi.

j’avais la flemme de cuisiner alors j’ai mixé un avocat (degré d’énergie demandée : élevé, maximum de mes capacités) que j’ai accompagné de quelques tranches de saumon (ça ça va, il faut juste ouvrir le paquet).

Cette matinée bien chargée m’a fortement fatiguée alors je suis allée faire une petite sieste pour récupérer un peu.

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Quand je me suis réveillée, trois heures plus tard, j’ai décidé de passer faire un coucou chez Mère.

Adèle regardait une vidéo de koala en s’extasiant.

koala

– Regarde, Natha. Comme c’est mignon ! On a envie de lui faire « des douces ». Mais le problème, si on veut en adopter un, c’est que c’est l’animal qui dort le plus au Monde, supplantant même le paresseux. Il dort 22 heures sur 24.

– Et quand il se réveille, qu’est-ce qui lui reste de sa vie ? Il a à peine deux heures pour faire quoi ? Manger sa banane ?

– Son eucalyptus. Et d’ailleurs, il mange très lentement : au ralenti. (là, elle m’a mimé le koala qui mâchouille très lentement sa feuille d’eucalyptus).

– Et il doit se laver, aussi, j’imagine ?

– Oui, certainement très lentement aussi, d’ailleurs.

– Et après ? Les deux heures se sont écoulées ? Il retourne se coucher ?

– Voilà.

– Eh bien, il est totalement inutile, cet animal. Franchement, ça n’a pas de sens ! La nature n’a pas besoin d’un être aussi inutile que lui.

C’est vrai, quoi, à la fin.

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Gangs de goumiches

C’était un dimanche soir habituel au 60, rue des fonds-de-bouteilles.

Par dimanche soir habituel, comprenez que Caro, Steph et moi-même étions vautrées sur le canapé, parées de nos plus belles tenues d’intérieur.

Nous buvions du gin-lavande et grignotions des cookies tout en regardant « Accouchements miraculeux » sur AB3.

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D’habitude, le premier mars

Ce matin, en versant un chouïa supplémentaire de lait sur mes céréales déjà ramollies, j’ai  regardé d’un œil distrait le calendrier chinois accroché au mur.

Il indiquait que nous étions le premier mars.

Waw, me suis-je dit.

Nous sommes le premier mars.

D’habitude, le premier mars, je déménage.

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« Bye, bye, Ancienne-Vie »

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Qui c’est ? C’est le plombier

L’ évier de ma cuisine était bouché.

Mais quand je dis bouché, je ne dis pas charcutier (Wohooo!).

J’ai tout essayé pour le déboucher : utiliser cette bonne vieille ventouse qui atomise vos fringues parce qu’elle envoie de l’eau dégueulasse partout, empuantir mon studio en faisant bouillir de l’eau vinaigrée, tuer des bébés phoques en balançant des litrons de Destop.

Mais rien à faire, l’eau restait dans le fond de l’évier, sans même faire mine de vouloir s’évacuer.

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Mon propriétaire m’a dit : « Je vais venir vous déboucher ça ».

Je l’ai attendu deux mois.

Deux mois durant lesquels j’ai fait ma vaisselle dans ma salle de bains, le dos en ruine.

Quand mon propriétaire est enfin venu faire la réparation, il m’a téléphoné pour me dire : « Je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu. Mais je suis impressionné. Parce qu’il y avait dans vos tuyaux un bouchon long de plusieurs mètres. J’imagine que ça doit être une forme d’usure naturelle, due à 15 ans d’accumulation, mais c’était tout de même impressionnant, je tenais à vous le dire. »

Quand j’ai raconté ça à ma filleule, elle m’a dit, le plus naturellement du monde : « Mais enfin, marraine, réfléchis un peu. Ce sont probablement tes invités qui jettent le contenu de leur assiette dans ton évier dès que tu as le dos tourné. »

Et ce qui m’inquiète le plus dans cette histoire, c’est que pour pouvoir avoir une idée aussi saugrenue… elle a déjà dû y penser.

Ou même… le faire, non ?

Perverse jeunesse.

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Il pleut dans ma chambre

Ce soir là, il a beaucoup plu.

Rien de plus normal, me direz-vous, car le coup du destin a fait que je vis en Belgique.

Mais même pour un ressortissant du plat pays, il pleuvait trop. Des trombes d’eau s’abattaient. Il tombait des hallebardes, des torrents. En gros, il pleuvait comme vache qui pisse.

Je venais de rentrer de mon marathon de step (deux heures de step d’affilée sous les directives d’un coach tortionnaire).

Les muscles endoloris, shootée aux endorphines et grisée par mon exploit, je m’apprêtais à m’étendre sur ma couche pour une douce nuit bien méritée quand j’ai entendu un bruit. Un bruit que mon cerveau reptilien, conscient d’un danger imminent, a immédiatement qualifié de « suspect« .

On aurait dit qu’il venait du dehors. Mais rien ne me permettait d’affirmer ou d’infirmer cette hypothèse car la fenêtre de ma chambre est placée très en hauteur par rapport au sol.

Le bruit suspect a continué.

Je vous l’ai dit, j’avais les muscles endoloris. J’étais tellement rouillée que j’avais l’impression d’être le bonhomme de fer dans le magicien d’Oz.

Mais ma curiosité était plus forte que ma tétraplégie, c’est pour vous dire.

Pour assouvir ma soif d’en savoir plus sur ce qui se passait au dehors et me hisser à la fenêtre, il me fallait retirer la télévision qui se trouve sur le meuble blanc, repousser ledit meuble contre le mur et l’escalader.

J’ai soulevé la télé dans le but de la poser sur le sol. Mais j’ai sous-évalué son poids et, comme mes bras étaient en mousse, ils ne répondaient pas à mon cerveau. La télé s’est explosée sur le sol. J’ai poussé le meuble blanc contre la fenêtre, et j’ai tenté « l’Ascension du Meuble Blanc ».

On aurait dit une guenon arthritique qui tentait de grimper dans son arbre.

Du haut de mon perchoir, j’ai contemplé les ruines de ma télé.

Puis j’ai enfin pu regarder ce qu’il se passait par la fenêtre.

J’entendais Noé Clouer son Arche.

Une sorte d’Arche version moderne qui abriterait les quelques espèces qui traînent la patte dans les environs de Lustin-les-bains. Je me suis demandé s’ils allaient embarquer Babette la chouette, Cujo et le Chien-Jaune. J’ai espéré que la réponse soit oui.

Mais quelle ne fût pas ma stupéfaction quand je sentis que mes mains, crispées sur le rebord de la fenêtre afin de m’éviter une chute qui me réserverait le même sort que ma télé, baignaient dans une immense flaque.

C’est seulement à cet instant que je remarquai que de l’eau ruisselait le long de mon mur, en une petite cascade régulière, un petit Niagara pour Playmobil qui se divisait au sol en une multitude de petits ruisseaux et de petites rivières.

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Je ne suis pas née de la dernière pluie. J’ai su que cela remettait en cause l’étanchéité de ma fenêtre.

Au même moment, Caro a déboulé chez moi.

Si elle était étonnée de me voir en culotte, debout sur mon meuble, les deux mains agrippées au rebord de la fenêtre, elle n’en n’a rien laissé transparaître.

Je lui ai dit, comme pour me justifier : « Il pleut dans ma chambre ». Et elle m’a répondu : « Il pleut dans mon lit ». On a souri, malgré la situation critique. Parce que nos phrases nous ont évoqué une chanson de Charles Trenet que Père nous a chanté toute notre enfance. Ou disons plutôt que, comme sa connaissance des chansons est toujours limitée, il nous en chantait cette phrase, juste cette phrase  avec laquelle il nous rabâchait les oreilles à longueur de temps. (Il faut avoir déjà entendu Père chanter pour pouvoir se faire une idée du taux de pénibilité que cela représente).

Je me suis rendue dans l’appartement de Caro. Au plafond, une petite « Henriette la gouttelette » se formait tout doucement.

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Elle semblait rassembler ses forces et, une fois prête, elle se jetait avec une grande précision sur l’oreiller de ma sœur. Ce jeu semblait beaucoup l’amuser car elle recommençait l’opération encore et encore.

« Toi tu as Henriette la gouttelette, mais moi, j’ai une vraie chute du Niagara à domicile » ai-je décrété, avec un soupçon d’angoisse dans la voix.

Je suis retournée chez moi. J’ai sorti mon torchon et mon seau et j’ai espongé les rivières, les torrents et les cascades qui dévalaient sur mon mur.

Je suis remontée sur le meuble, mon seau à la main, ce qui augmentait encore un peu la difficulté de l’ascension. Je l’ai placé sous la partie du plafond qui coulait. Pour redescendre, j’ai tenté le saut de l’ange : me jeter du haut de mon meuble jusqu’à mon lit. Ce fut un saut sans grâce mais efficace, qui m’a fait prendre à nouveau conscience de la grande douleur qui logeait dans mes muscles.

Je me suis couchée. Bien déterminée à mettre de côté pour la nuit au moins ce problème d’inondations, j’ai fermé les yeux. Normalement, j’excelle dans l’art de reporter les problèmes au lendemain, mais mes yeux se sont rouverts. Et mes oreilles, aussi. Car elles captaient le « plic » « plic » « plic » régulier des gouttes qui tombaient dans le fond du seau en plastique.

Immédiatement, je sus que la nuit allait être longue.

Le lendemain matin, même si la pluie avait cessé, mon seau continuait à se remplir en goutte à goutte, inexorablement. En fait, l’eau s’était accumulée et formait une poche énorme que mon plâtras avait de plus en plus de mal à retenir. Jusqu’à ce qu’il cède totalement.

J’ai appelé mon meilleur ami. Non pas qu’il eut été d’une quelconque utilité concernant un problème technique aussi grave, mais pour me soutenir moralement. Sébastien est donc arrivé.  A peine avait-il franchi le hall qu’il s’écria : « C’est chiant ce bruit de goutte à goutte. Comment tu fais pour supporter ça ? Moi je ne pourrais jamais. » Et il s’est emparé  d’une éponge qu’il a jetée dans le fond du seau.  A l’instant où il fit cela, Le-Plus-Beau-Silence-du-Monde-Entier se fit dans ma chambre et, si je n’avais pas été aussi incapable de lever les bras, je me serais jetée dans les siens, emplie de Reconnaissance Éternelle.

Pour aller travailler, j’avais calculé. J’avais à peu près huit heures d’autonomie. Huit heures avant que le seau ne se remplisse à ras-bord et ne déborde.

Huit heures. C’est bien, huit heures. C’est une journée de travail. Je pouvais partir dans une paix relative. Arriver à la bibliothèque et vivre une journée normale.

C’est-à-dire :

Ouvrir ma boîte de Spécial K au chocolat, les manger en lisant mes mails et en essayant de ne pas renverser de lait dans mes touches de clavier. Continuer à réfléchir aux  portraits chinois que nous avions commencé à dresser avec mes collègues « Et toi, si tu étais un fromage, lequel serais-tu ? ». M’entendre dire que je suis un fromage de chèvre aux raisins car c’est original, un rien excentrique et sucré à l’intérieur.

Et puis rentrer chez moi, vider le seau, enfiler mes affaires de sport, filer suer sang et eau à la zumba, rentrer chez moi, me dégeler une pizza pour reprendre les calories perdues pendant la zumba en regarder un épisode de « Girls », revider le seau, jeter l’éponge au fond, et puis dormir dormir d’un sommeil profond et sans rêves.

Tout était planifié selon le Plan Magique de l’Existence Parfaite.

 Le lendemain, j’avais les synapses en ébullition.

Comme je mets un point d’honneur à les reposer au maximum, j’ai quitté le bureau à midi, non sans avoir omis de donner à mes collègues mon avis sur « Qui d’après moi est un Babybel et qui d’après moi serait plutôt un « Vache qui rit ».

Quand je suis arrivée devant la maison, elle était assiégée. Des ouvriers flamands musclés avaient garé de grosses camionnettes sur le trottoir.

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Ils avaient posé des échelles un peu partout sur la façade pour parvenir au toit et avaient installé des petits plans de travail un peu partout. Ils sciaient des matériaux dans un bruit infernal. Je les saluai de mon plus doux sourire de biche, celui que je réserve à une gent masculine très particulière. Pas de doute, ils semblaient aux anges.

Et moi aussi, parce qu’apparemment le propriétaire avait entendu mes appels désespérés et vindicatifs et avait enfin donné l’ordre que l’on s’occupe de mon mini Niagara d’intérieur. (Je sais pertinemment que cette tournure de phrase peut porter à confusion mais ne nous égarons pas).

J’entamai courageusement la montée de mes trois étages sans ascenseur. Je m’installai à ma table, me fit griller une petite tartine sur laquelle j’étendis une tranche de gouda d’un jaune mordoré mirifique qui me fit saliver.

Puis il y eut bruit.

On marchait sur le toit.

Normal, me direz-vous. Mais s’il y a bien un truc qui peut m’angoisser, c’est d’imaginer des types sexy marcher sur un toit incliné à 100 mètres au dessus du sol sans être assurés et, de surcroît, juste au-dessus de ma petite table paisible garnie de tartines rôties.

Je me sentais moyennement bien. Puis j’ai entendu quelque chose (ou quelqu’un ?) déraper et au même moment, ce quelque chose (ou quelqu’un ?) a entamé une chute libre depuis le toit jusqu’au sol, en passant par ma fenêtre.

En fait, ils balançaient des morceaux de toit par terre.

Mais mon adrénaline a implosé, a fait un tour rapide dans mon organisme, m’a soulevé le cœur et m’a laissé pantelante, ma tartine à la main.

C’en était trop.

Si je restais à demeure l’après-midi, sûr que mes synapses, loin de se reposer, allaient disjoncter et faire de moi un être irritable au plus haut degré.

Je redescendis les trois étages et trouvai refuge chez Adrien, qui me dit : « Oui, passe, je suis justement en train de pêcher le poisson sur ma terrasse » (Il utilisait des Chipitos comme appâts, mais ça, c’est une autre histoire)