Le psychopathe au chihuahua

Un jour, un homme s’assied à côté de moi à l’arrêt de bus.

La cinquantaine, les cheveux grisonnants coiffés à la brosse, les traits tirés, une chaîne imitation or autour du cou, des vieux tatouages délavés sur les poings et les doigts.

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Mes bichons m’ont souvent surnommée « BDC« , parce que j’ai toujours « Beaucoup De Chance » dans la vie.

Et c’est vrai.

Parce que l’homme, non content d’entamer la conversation avec moi à l’arrêt de bus, s’installe à mes côtés afin de me livrer quelques éléments de sa palpitante existence.

En quelques minutes, je sais déjà :

– Qu’il habite seul dans une grande maison avec son dalmatien et son chihuahua.

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– Qu’il a un seul ami sur cette vaste Terre, que cet ami est facteur et que cet ami facteur a essayé de tuer sa femme quand il a appris qu’elle le trompait.

– Que Mister Chihuahua, lorsqu’il a appris cela, a tenté d’arrondir les angles et a expliqué à son ami facteur que s’il tuait sa femme, il ne serait pas plus avancé. (Ce qui me fait dire que l’homme qui était à mes côtés dans ce bus était à la fois pacifiste et empli de bon sens).

– Qu’il a perdu son travail il y a quelques années, qu’il se sent seul à Namur-city et qu’il ne connaît pas de chouettes endroits où sortir et faire des rencontres féminines.

Et bien entendu, c’est à ce stade de la conversation que le bât a commencé à blesser, mais je crois que je ne me rendais pas encore bien compte de l’étendue des dégâts que cela allait engendrer. Je n’avais pas de recul, comprenez-vous. Et je voyais la gare se rapprocher salutairement de nous.

Je suis descendue en saluant Mister Chihuahua avec toute la politesse que m’ont transmise mes parents.

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« Mais laissez-moi un peu tranquille »

Quelques jours plus tard, on frappe à ma baie vitrée.

Je descends de mon atelier et tombe nez à nez avec… Mister Chihuahua en personne.

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« Salut, Beauté »

En moi résonne un cri de panique. Des points d’interrogation sortent par mes oreilles.

Je n’ai jamais donné mon adresse à cet homme. Ni mon nom, d’ailleurs.

Ce qui sous-entend qu’il a probablement quadrillé le quartier à ma recherche.

C’est un peu, admettez-le, un scénario digne d’un film d’horreur. Mis à part ce petit chihuahua, peut-être. Qui sautille au bout de sa laisse, très content de sa promenade.

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J’ouvre la porte. Que faire d’autre ? Il s’agit d’une baie vitrée qui révèle l’entièreté de la maison.

-« Que faites-vous ici ?! » demande-je à Mister Chihuahua.

– « On est venus te dire un p’tit bonjour » me répond-il, visiblement ravi.

Et là il fait un pas, entre chez moi et s’affale sur le canapé en demandant à Câline d’arrêter de sauter en l’air comme ça.

En moi parle la pédagogue. J’explique à l’homme que je suis une femme seule et que ça peut éventuellement foutre les boules de savoir qu’un inconnu a sillonné le quartier à ma recherche et s’invite chez moi. Et ce n’est pas un chihuahua qui rendra l’affaire moins sordide, bien au contraire.

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Je lui demande de ne plus jamais mettre les pieds chez moi.

L’homme, visiblement déçu, regarde tristement ses pieds et déclare : « C’est fort dommage, parce que j’avais envie de te présenter mon dalmatien qui est resté à la maison. »

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Non mais, parfois, je me demande s’il n’y a pas qu’à moi qu’il arrive des choses pareilles…

 

Les abysses pour les nuls

Je me promenais avec Mère et tante Olympe le long d’une vaste plage andalouse.

Le vent était tiède, les mouettes coassaient (c’est quoi le putain de cri d’une mouette ?) et nous nous tenions voûtées afin de rechercher sur le sable les petits trésors que la mer nous offrait : de jolis coquillages nacrés, des morceaux multicolores de verre poli par les vagues, un squelette d’oursin, une étoile de mer rouge vif.

Je me posais un tas de questions métaphysiques sur cette impulsion qui nous pousse à ramasser et à enfourner en poche ces petits ravissements quand Mère nous interpella. « Eh les filles, venez voir ! ».

Sur le sable gisait une espèce de grosse merde noirâtre.

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Connaisseuse, je déclarai : « C’est un étron de bobtail ».

Ma mère me lança un regard joueur et, avec un petit sourire en coin, elle titilla la crotte avec un bâton. Elle bougea. Faiblement, mais elle bougea, nous arrachant à toutes trois un cri de dégoût. « Qu’est-ce que c’est que cette chose ?! » verbalisa tante Olympe.

« Visiblement, c’est un étron des mers » lui répondis-je.

Nous avons passé un petit temps penchées au-dessus de notre découverte, mais pas trop quand-même, parce que ça nous retournait un peu l’estomac de savoir que pareil spécimen pouvait se baigner impunément dans les mers du Sud alors même que nous en ignorions l’existence.

J’ai tenté de relativiser en déclarant que c’était bien là un comportement typiquement humain, de se sentir dégoûtés dès qu’un être vivant ne nous ressemblait pas. J’ai même ajouté : « Si ça tombe, ce gros excrément nous observe et il se dit que nous sommes répugnantes ».

« Je me contrefiche de ce que cet étron des mers du Sud pense de moi », me répondit tante Olympe. « Rentrons à l’appartement. On va se renseigner sur l’internet (elle prononce  » Linternète ») afin d’en apprendre un peu plus sur lui. J’ai besoin de savoir. Sinon je vais faire des cauchemars. Des cauchemars peuplés de merdes des mers ».

Comme il est bien connu que la connaissance fait reculer l’ignorance et la peur engendrée par elle, nous nous sommes installées devant l’ordinateur. 

Rapidement, un problème prit forme : comment trouver des informations sur quelque chose que nous ne connaissons pas ?  

En tant que documentaliste, et donc professionnelle de l’information, je proposai quelques clés de recherche : étron des mers, crotte marine, animal aquatique (nocturne) andalou, excrément maritime espagnol.

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« Le Wakete est un animal aquatique nocturne »

Après quelques recherches infructueuses autour du thème de la limace des mers, nous apprîmes enfin que nous avions affaire à un « pepino de mar », autrement dit un concombre des mers.

Étions-nous sauvées du dégoût pour autant ? No lo sé. Car au cours de nos recherches, nous apprîmes également que, lorsqu’il se sent menacé, le concombre des mers peut éjecter ses intestins via son anus pour ensuite les régénérer.

Je n’appuierai donc pas la thèse du Siècle des Lumières qui soutenait que la connaissance fait reculer le dégoût et la peur.

Le lendemain, alors que nous passions voir si la mer avait repris Pepino ou si elle l’avait laissé se dessécher seul sur le sable (les yeux dans l’eau), nous avons pu remarquer que, visiblement, le fait que Mère l’ait titillé avec un bâton avait été considéré par lui comme une menace puisqu’il avait lancé l’opération : « je vous balance mes intestins à la tronche (via mon anus, cela va sans dire) ». Et nous avons également constaté que Pepino, si monochrome à l’extérieur, possédait par ailleurs des entrailles chatoyantes.

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Sur ce, me voilà ravie de vous avoir inculqué quelques éléments de biologie appliquée.

N’oublions pas non plus que le pepino de mar se mange.

Oui oui, sans déconner.

Sorry chéri, c’est tout ce que j’ai ramené de la pêche

Bref, j’ai chanté

Hier soir, nous allions manger chez Violette Doublevé.

Violette Doublevé est cantatrice.

Une vraie.

Une chanteuse lyrique qui a de la classe et du coffre, une Callas en herbe (désolée, mais c’est à peu près l’unique référence que je possède en la matière) qui a le don de nous scotcher, parce que quand elle demande « Passe-moi le sel », il se peut qu’elle le fasse avec sa voix de sprano-alto-super-baryton, et c’est toujours du plus grand effet.

castafioreJe suis jalouse de Violette Doublevé.

Parce que j’aurais aimé être chanteuse.

J’aurais peut-être plus percé sur la scène rock-underground-alternative qu’à l’opéra, mais j’aurais adoré savoir chanter. Je serais devenue une Catherine Ringer de choc, une Patti Smith d’enfer, une Bjork du tonnerre de Dieu.

J’aurais soulevé les foules et déchaîné les passions. Ma voix aurait bercé des milliards d’êtres humains sur Terre et il y aurait un tas de posters à mon effigie.

« This is love, this is love that I’m feeling »

Avant de partir chez Violette Doublevé, j’ai décidé d’entonner un petit air d’opéra dans les wc de Père.

Le chat Confetti était là, installé à côté de moi, le regard intrigué.

« Qu’est-ce qu’elle me fiche ? »

J’ai chanté.

Aussitôt, j’ai vu les oreilles de Confetti s’aplatir.

Il a fait le gros dos.

Ses poils se sont hérissés, et, sans que j’aie eu le temps d’entamer mon refrain, il s’est jeté sur moi.

Il s’est emparé de ma main droite et y a planté ses dents.

Tout en me mordant, il me griffait de ses deux pattes, visiblement effrayé par mes vocalises.

C’était sa façon de me demander de stopper mon chant qui, apparemment, lui avait mis les nerfs à rude épreuve.

Et après, on viendra dire que les chats sont mélomanes.

Faudrait pas pousser Bobonne dans les orties.

Celui-là doit avoir du mou pour chat dans les oreilles, en tout cas.

Cujo, chien de l’enfer et du chaos

Caro faisait sa vaisselle.

Je la regardais plonger ses casseroles dans l’eau mousseuse quand elle me dit : « Il y a un problème, quand-même, avec cet appartement. C’est qu’il y a un vilain chien qui habite en dessous de ma fenêtre et qui passe son temps à aboyer. »

A cet instant, comme pour prouver ses propos, et avec une synchronicité qui étonnerait Dieu lui-même, l’Animal se mit à hurler à la lune.

A peu près comme ceci : « Awouwou awouwou Awouwou « , en trois temps.

Ce funeste cri m’évoqua plutôt un loup qui rôderait dans la forêt qui borde notre nouveau domicile.

« C’est impossible, voyons », me dit-elle. « Les loups n’existent pas sous nos latitudes. Regarde plutôt ici en bas ». Et elle ouvrit la fenêtre.

Je me penchai.

En contrebas, un énorme molosse me fixait du regard avec des yeux en sabre laser.

Quand il vit ma tête dépasser, il aboya de plus belle, et toujours en trois temps : « Awouwou awouwou Awouwou ».

En ouvrant la fenêtre, j’avais créé, sans le vouloir, un bruit qui le contrariait et il exprimait avec une certaine agressivité son mécontentement.

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Il était purement effrayant.

Le long de ses babines retroussées coulait un long filet de bave.

Son haleine pestilentielle remonta jusqu’à mes narines.

Je crus apercevoir dans son pelage le sang séché des petits enfants qu’il avait engloutis pour son déjeuner.

« C’est Cujo » dis-je, même sans avoir lu le bouquin ou vu le film.

C’est ce qu’il m’évoqua comme cela, à brûle-pourpoint. « Cujo. Le chien de l’enfer et du chaos »

Effrayée, je refermai vivement la fenêtre afin de retrouver l’ordre réconfortant de l’appartement de ma sœur.

Je haletais.

« Ah tu vois, dit-elle, que c’est un chien »

« Il est l’incarnation de l’angoisse », lui répondis-je, en me servant un whisky sans glace que j’avalai d’un seul trait, cul sec.

« Awouwou awouwou Awouwou » entendit-on encore plusieurs heures durant, en fond sonore.

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Plusieurs nuits durant, Cujo a hurlé à la mort.

Un peu à bout, j’ai envoyé un message à Caro : « Mode « boulettes de poison » enclenché ? ».

Puis, reconnaissant que je suis un être que le manque de sommeil peut pousser dans ses retranchements, je me suis radoucie.

J’ai pensé que lui enlever la vie pouvait paraître disproportionné et, surtout, m’attirer des ennuis.

Alors j’ai décidé de lui parler.

La fenêtre était ouverte et il souffrait de la chaleur, allongé dans sa cour trois étages plus bas.

Je l’ai interpellé. Avec une voix douce mais néanmoins ferme : « Cujo, chien de l’enfer et du chaos ».

Il a relevé la tête vers moi, tout comme ses voisins de gauche qui étaient installés sur leur terrasse et me regardaient avec un air interloqué.

« Je vais te demander de bien vouloir fermer ta putain de sale gueule de chien satanique ».

J’ai dit cela avec énormément de douceur (peut-être même avec un soupçon de mièvrerie) car on m’a enseigné que les êtres violents traitent la violence avec indifférence alors que, non habitués à la douceur, celle-ci les déstabilise sensiblement. J’ai même ajouté un « S’il-te-plait, mon bon toutou ».

Mon ton doucereux a eu l’air de lui plaire car je l’ai vu acquiescer et il s’est immédiatement recouché, signe qu’il m’obéissait au doigt et à l’œil.

C’est que mon bac + 3 en psychologie canine n’a pas été vain, voyez-vous.

« Là, pour le coup, je suis plutôt devenu Beethoven »

Les voisins semblaient eux aussi satisfaits car ils m’ont envoyé des pouces en l’air signifiant vraisemblablement quelque chose comme « Bravo pour votre intervention, personne n’avait jusqu’ici pensé à lui parler gentiment, dans un dialogue constructif et pacifiste comme vous venez de le faire, et le voisinage vous dit d’ores et déjà un tout grand merci ».

La nuit suivante, il s’est tu.

Mais je n’ai pas vraiment pu savourer ma victoire, car d’autres chiens ont pris le relais, plus loin.

Plusieurs chiens.

Je crois que je vis dans le vallée des chiens hurleurs.

Je sens que je vais devoir aller leur parler.

Group of Maltese dogs, yawning, sitting in a row, isolated on white

« On va te mettre la misère, ma fille »

Yves Lecoq

Que le chat fasse « Miaou » et que le chien fasse « Wouf wouf », je veux encore bien l’admettre. De tous temps, l’être humain a été tenté de retranscrire le cri des animaux qui l’entourent afin de pouvoir rendre au mieux des sons qui lui sont étrangers. Besoin permanent de synthétiser.

Dans le même genre d’idée, le poisson qui fait « Bloup bloup » me parait déjà plus difficilement acceptable.

Mais ce qui dépasse mon entendement, c’est que l’inconscient collectif essaye de faire gober aux enfants que le coq, noble gallinacée, roi de la basse-cour, pousse un magistral « Cocorico » aux lueurs du jour. « Cocorico ». Mais pourquoi donc ? C’est d’une absurdité sans nom, et le croire serait d’une naïveté affligeante.

En tout cas, Yves Lecoq, qui vit dans le jardin d’à côté, est à mille lieues d’entonner ce genre de chant. S’il était véridique, ce « Cocorico » sonnerait délicieusement à mes oreilles (reconnaissez que ça a de la gueule, du rythme, de la prestance, de l’originalité). Mais il n’en n’est rien. Son chant à lui ressemble plus au bruit d’une scie à métaux. Ou d’un castrat qu’on étrangle.

Il faut savoir qu’en plus de posséder une voix éraillée, Yves Lecoq est noctambule. Les lueurs de l’aube, il s’en tamponne sévère. La touche romantique de ciel rose qui s’élève par-dessus son tas de fumier, il s’en bat le jonc. Lui, ce qui le fait kiffer, c’est la nuit. Sa marotte, c’est l’obscurité. Son heure favorite, c’est trois heures du matin. C’est à cette heure de la nuit qu’il est au zénith de sa forme. Et il tient à en avertir le voisinage, c’est-à-dire moi.

Il crie sous ma fenêtre un « Debout, vieille morue», qu’ il alterne parfois avec « Lève tes fesses, feignasse » ou « Tu vas te lever, grognasse ? »

Oui, vous l’aurez remarqué, Yves Lecoq, en plus de posséder une voix de crécelle et d’être insomniaque, souffre visiblement du syndrome de Gilles de la Tourette. A moins qu’il ne tienne délibérément des propos orduriers. Je l’ignore.

Sa méthode, c’est l’usure. Énervée de l’entendre m’insulter au milieu de la nuit, je m’extirpe péniblement de ma couette duveteuse, je m’empare d’un objet pris au hasard de ce qui traîne sur mon bureau, j’ouvre les rideaux, puis la fenêtre, et je le lui lance avec hargne en pleine poire.

Voilà pourquoi Yves le Coq possède dans son enclos : trois tubes de colle Pritt, un pinceau en poils de belette, deux rouleaux de papier collant et un taille-crayons en forme de crapaud.

 

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La courte aventure de Didier le bourdon et de Meredith l’araignée

Hier soir, je peignais tranquillement dans mon atelier quand j’ai dû interrompre mon chef-d’œuvre afin de sauver d’une mort certaine un bourdon qui s’était empêtré dans une toile d’araignée.

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Ce n’est pas spécialement que je ressente des élans dignes de Brigitte Bardot, mais Didier, sous l’emprise d’un stress pré-mortem bien légitime, émettait un bourdonnement qui agaçait mes tympans.

PHOTOS. Brigitte Bardot : sa vie au service des animaux

Quand je le libérai du piège, il s’échappa et, sans un merci, vint s’écraser à maintes reprises contre les murs de l’atelier.

Soit il avait perdu la vue, soit il avait bu trop de bourbon, je ne sais pas. (bourdon/bourbon : vous saisissez ?).

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Mais le fait de se cogner à répétition contre des murs semblait le rendre de plus en plus anxieux et le taux vibratoire de son bourdonnement me rendait par contamination extrêmement à cran moi aussi.

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Vive comme l’éclair, j’attrapai Didier Bourdon dans mon gobelet à dents et l’enfermai avec un morceau de carton.

D’un geste, je vidai le contenu du verre dans la toile de Meredith.

Meredith, c’est mon araignée.

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Avide de sang, Meredith se précipita du haut de ses huit pattes sur Didier et n’en fit qu’une bouchée.

Le calme revenu, je pus enfin me remettre à mon travail.

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J’entendis à peine Meredith roter.

Le cadeau de Noël de Figaro

Seb a fumé des clopes sur mon balcon.

Il a refermé la porte derrière lui et nous avons quitté l’appartement, insouciants.

Je me suis rendue au réveillon de Noël familial, tradition séculaire oblige. Cette année, ô exploit, j’alignais trois réveillons à la suite (famille de Mère, famille de Père, famille de Beau-papa).

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Entre le réveillon numéro deux et le numéro trois, je suis passée en coup de vent chez moi, juste pour empoigner quelques chaises pliantes (Caro m’attendait dans la voiture, moteur ronronnant).

Empressée, je constate tout de même une variable en mon for intérieur : il fait froid dans mon appartement, limite venteux.

Et là tout s’enchaîne très vite.

A la même seconde, je constate qu’une présence règne en ces lieux.

Non le souffle léger de quelqu’un qui désirerait passer le plus inaperçu possible, mais la présence angoissée d’un animal de taille moyenne pris au piège derrière les rideaux.

Figaro était là.

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Chez MOI.

Dans MON appartement.

Il est entré par la porte que Sébastien avait mal refermée, s’est réfugié sur mon appui de fenêtre et, pris de panique car pris en flagrant délit, il s’est mis à cavaler dans toute la pièce comme un dératé, emportant au passage tous les objets qui se trouvaient dessus : un vase datant de l’époque Ikea, des dizaines de  boîtes métalliques que je collectionne névrotiquement, un petit chien en bois.

Tous ont explosé à l’unisson sur le sol dans un fracas inexprimable.

Non content de ce premier exploit et toujours sous l’effet de l’angoisse, il s’est jeté sur mon sapin de noël qui s’est renversé sous son poids.

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Ensuite il s’est accroché à ma belle tapisserie représentant des roseaux sauvages qu’il a lacérée de ses griffes.

Tout cela, je vous le répète, le temps d’une simple seconde, temps qu’il m’a fallu pour réaliser ce qui se déroulait sous mes yeux encore mal habitués à la lumière que je venais d’allumer.

A ce niveau du récit, Figaro et moi étions exactement sur le même pied d’égalité, à savoir morts de trouille. 

J’ai couru derrière lui en hurlant, pour le faire sortir par la porte grande ouverte, parce que je commence à connaître cette vile racaille et je sais désormais que la fureur et les cris sont le seul langage qu’il comprend.

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Il est parti, la queue entre les jambes, en état de panique profonde.

Je flageolais sur mes jambes.

Je suis entrée dans la cuisine, pour fermer à clé la porte du jardin.

Et là j’ai vu.

Que le fait d’avoir saccagé mon salon n’était en fait que sa signature finale.

Parce qu’avant que je n’entre, il s’était élancé dans mes poubelles, en avait vidé le contenu qu’il avait consciencieusement étalé dans toute la surface de la cuisine.

Je me suis penchée pour inspecter plus en détail son chef d’œuvre de détraqué.

Et j’ai cru apercevoir un message écrit en lettres de trognons de pommes, de langes de bébé et de sauce tomate.

Il m’a semblé décrypter « Fuck christmas ».

Mais peut-être suis-je paranoïaque.

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Picpic le moustique

Ma sœur Mathilde est venue loger à la maison durant quelques jours. Comme je ne possède pas de chambre d’amis, elle a dormi avec moi, en prenant bien soin de me voler mes couvertures.

Ayant renoncé à récupérer mon morceau de couette, j’accédais lentement à cet état de détente divine qui précède l’endormissement : La petite sœur dormait de sa respiration tranquille, l’appartement baignait dans un calme divin, la chaussée s’était tue, quand bourdonnement trop familier se fit entendre.

Un moustique.

Un  féroce chikungunya, pour être précise (Père adore ce mot, et il parait que l’on ne peut plus dire « moustique », on doit dire « chikungunya).

L’instant d’avant, absolument rien ne laissait augurer de son existence. C’est un peu comme s’il s’était soudainement matérialisé devant mon oreille.

Comme s’il avait attendu patiemment dans l’immensité et l’obscurité de ma chambre que j’accède à cet état précis de détente avant de lancer l’offensive : ce léger bruit chevrotant qui semble dire : Je vais pourrir ta nuit.

D’abord je me suis juste dit « Merde. Un grain de sable est venu se coincer dans
l’engrenage du sommeil ».

Ensuite je me suis dit que ce n’était rien, que ce n’était pas une bête si insignifiante qui allait nous gâcher la vie.

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C’est ce qu’on se dit pour se protéger, mais au fond on sait que ce n’est pas la peine de se leurrer : c’est fichu. On ne fermera pas l’œil tant qu’il ne se sera pas retrouvé écrabouillé sur un mur, giclant de sang.

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Au second bourdonnement (Fichtre, comment appelle-t’on au juste le cri du moustique ?)
on cache sa tête dans les couvertures. Mais il fait chaud. Et on craint de mourir étouffé.

Au bout d’une demie heure oscillant entre les traditionnels « Oh ça va je ne
l’entends plus je vais peut-être pouvoir m’endormir, tant pis si je me fais piquer, c’est un moindre mal après tout » et « Putain de sa mère en short cela dépasse mon entendement de savoir qu’une si minuscule et si insignifiante créature puisse me rendre à ce point dingue », on se dit enfin : « Aux grands maux les grands remèdes : la guerre est déclarée. (Meurs, créature de l’enfer) »

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Pendant ce temps il me semble important de vous préciser que Mathilde en écrase.

Ma sœur possède un sommeil que je lui ai toujours envié : un lourd sommeil que rien ne peut troubler.

Plus petite, nous devions la secouer comme un prunier avant qu’elle ne daigne ouvrir un œil torve, ce qui impressionnait toujours les éventuels non habitués.

(J’ai d’ailleurs la passion de la prendre en photo).

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Il va donc sans dire qu’elle n’a pas capté l’immense combat qui se livrait à ses côtés cette nuit là.

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J’ai allumé la lampe.

En pleine nuit, c’est toujours un plaisir de voir des immenses boules de feu danser devant les yeux. Il faut attendre qu’ils recouvrent la vue, on est comme un boxeur KO assis sur le coin de son ring.

Un ring, voilà ce qu’allait devenir ma chambre.

Ma lampe de chevet en mains, je décidai de scanner l’étendue du mur.

Très vite je me suis rendue compte que l’éclairage était insuffisant et que si je voulais retrouver un moustique sur un mur mauve dans une lumière tamisée je pouvais toujours siffler et battre la caisse.

Je n’y arriverais pas.

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Je décidai alors de frapper à l’aveugle mon livre sur le mur (« Feu vert pour le permis de conduire »).

Les chances d’atteindre ma cible s’amenuisaient, et même si statistiquement les chances d’y parvenir étaient minces, c’était mieux que de se rendre.

Je sentais que je commençais à perdre mon flegme légendaire et ce qui me désolait le plus, c’était que l’Insecte gagne sur l’Homme.

Il me fallait renoncer au combat.(Minuscule et futile créature inférieure : 1 – Magnifique et intelligente créature supérieure : 0).

De rage, je dirigeai ma lampe de chevet dans les yeux de ma sœur qui avait superbement ignoré mon combat, mais elle ne broncha pas.

Il va sans dire que je ne fermai l’œil qu’une heure avant que le réveil ne sonne.

Que quand il sonna je frappai Mathilde qui se leva comme une fleur, se pencha vers moi, me dit que j’avais une mine affreuse.

Je lui répliquai que si j’avais une mine affreuse c’est que j’avais combattu héroïquement pour elle, ce à quoi elle répondit par un œil interrogateur et une arcade sourcilière relevée, puis elle se gratta le poignet. « Putain » me dit-elle « Je me suis fait bouffer par un moustique ».

Puis elle se gratta la jambe, le bras, la main.

Il se fait qu’elle s’était fait cribler de piqûres et que, personnellement, j’en suis
sortie indemne.

Comme quoi il y a une justice sur cette Terre.

Grand Seigneur, je lui ai donné un stick anti moustique avant qu’elle ne parte à l’école.

Et j’ai ri, aussi.

Un tout petit peu.

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Comment j’ai mis mon arrière-train dans un nid d’abeilles tueuses

En nous promenant matinalement avec Marielochka, nous avons eu une envie irrépressible de nourrir les canards là.

Oui, , à cet endroit exact où hélas ne flottait aucun canard mais où l’eau scintillait si joliment que le fait qu’il n’y ait pas de canards pour enfourner nos quignons de pain sec semblait accessoire.

Nous posons donc nos séants et appelons les enfants qui arrivent en maugréant (Le fait qu’il n’y ait pas de canards présents les dépassait complètement, mais vous savez à quel point les enfants peuvent être terre-à-terre parfois).

A peine ai-je eu le temps de plonger ma main dans le sac en papier que je vois une guêpe, puis deux, puis trois.

En un quart de seconde (oui, je suis vive d’esprit) j’évalue la situation et me rends compte que je me suis assise exactement à l’entrée d’un nid d’abeilles tueuses et qu’elles ne sont pas très contentes de mon intrusion. Pour ne pas dire qu’elles sont très fâchées.

Elles sortent en nuage, comme dans les dessins animés et se jettent sur moi avec agressivité.

Je hurle à Marielochka de courir, elle hurle aux enfants de courir, je hurle d’horreur, elle hurle aussi, les enfants hurlent.

On court, aussi vite que possible, mais je sens qu’elles me piquent à travers mes vêtements, qu’elles me piquent sur le crâne, qu’elles s’accrochent à moi sans vouloir me quitter, et que même si on court très vite elles me poursuivent.

A bout de souffle nous quittons le halage, sans avoir dû nous jeter dans le canal pour les semer, ce qui est assez positif, finalement. Et nous les semons.

Autre point positif de cette mésaventure : elles se sont ruées sur moi et non sur les enfants (enfin, c’est d’un positif relatif pour moi), peut-être perce qu’elles ont vu en moi ce sens du sacrifice.

Finalement je m’en sors à bon compte, sans tripler de volume, sans cracher de sang (est-ce un vrai symptôme ?), mais maudissant à tout jamais un nouvel insecte.