La ruine de mon être

La semaine dernière, lassée que Bébédoux en ressorte couvert de nounous de poussière, et pleine d’un allant plutôt rare, je me suis mise à aspirer sous mon lit.

Femme passant l'aspirateur

Preuve que cette activité n’est pas faite pour moi, un vilain bruit d’élastique en caoutchouc qui claque a explosé dans le bas de ma colonne vertébrale, immédiatement suivi d’une douleur telle que j’en ai lâché l’aspirateur et me suis retrouvée à quatre pattes au milieu de ma chambre.

Une petite larme s’est formée au coin de mon œil pendant que l’aspirateur continuait à tourner dans le vide. Réflexe de survie, j’ai voulu appeler Adèle, qui se trouvait un étage plus bas, mais j’en étais incapable, la douleur me coupant le souffle et les cordes vocales.

Plus tard, ma soeur me racontera qu’elle s’enthousiasmait de mon zèle en se disant : « Dis donc, Natha aspire longtemps ! Elle est certainement en train de faire tout l’étage », ce qui eût été d’une grande mansuétude de ma part, mais il n’en était rien.

Elle ignorait que, pendant ce temps, dans l’indifférence générale, figée comme une statue de sel, j’essayais, millimètre par millimètre, de basculer vers le sol, pour finir par me retrouver sur le dos, les quatre fers en l’air telle une tortue renversée paralytique.

Quelques jours plus tôt, c’est Adèle qui s’était retrouvée en grand péril sans que cela ne m’émeuve d’un iota. Elle prenait sa douche dans la salle de bains qui jouxte ma chambre quand un immense fracas a retenti. Me réveillant en sursaut, j’ai tendu l’oreille pour deviner ce qui se passait, mais comme un silence total a suivi, je ne me suis pas inquiétée et je me suis rendormie directement, ignorant que c’est justement ce silence qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Et de fait, Adèle, se penchant pour prendre son savon, s’est évanouie dans sa douche, est tombée en arrière, ce qui a fait basculer la porte de douche qui est sortie de son axe pour aller s’encastrer dans le mur, emportant ma sœur dans sa chute. Pendant que je me rendormais, elle gisait au milieu de la salle de bain, sur la porte de douche qui avait troué un morceau du mur, mais qui, par miracle était restée entière.

Si je m’étais inquiétée et si la porte avait éclaté, j’aurais retrouvé ma sœur morte ensanglantée dans des tessons de verre. Quand j’y pense, au fond, je trouve que j’ai bien fait de ne pas bouger parce que ce spectacle traumatisant m’aurait poursuivie jusqu’à la fin de mes jours.

En attendant, c’était à mon tour de souffrir d’un grand accident domestique sans que cela émeuve quiconque.

William Frederick Yeames (1835-1918), Amy Robsart - 1877

Après un temps qui m’a semblé infini, je suis parvenue à me relever et j’ai entamé la descente de l’escalier, parvenant enfin à alerter Adèle qui est sortie de sa chambre en me regardant me mouvoir comme une momie arthritique.

« Je me suis coincé le dos », ai-je résumé. « En aspirant », ai-je aussitôt précisé pour couper court à ses questions, sachant pertinemment qu’elle allait se moquer. Et c’est ce qu’elle fit immédiatement.

Le soir, nous allions manger chez Mamy Tine. Quand je suis arrivée, je lui ai expliqué mes déboires. Elle s’est levée avec un peu de peine de sa chaise longue et elle m’a dit : « Assieds-toi ici, tu seras mieux ». Je me suis installée sans demander mon reste, aussi lentement qu’un film au ralenti et Adèle m’a dit : « J’espère que tu as honte de prendre la place d’une vieille dame de 89 ans ». Je lui ai dit oui, mais je n’en pensais rien, car la chaise longue était inclinée, et elle avait un grand dossier confortable avec un coussin très moelleux.

C’est le lendemain de mon dernier vendredi de vacances que j’ai eu mon accident d’aspirateur. C’était un jour de grande canicule et je me suis occupée du chien en immergeant sa couverture Mickey dans l’eau fraîche, mais il l’a regardée d’un air méfiant et il est allé s’allonger sur la terrasse, en plein cagnard, comme pour mépriser mes petites attentions. « Ce chien est un trou de balle » a commenté Caro, autre créature faible de ma famille car enceinte jusqu’aux dents.

Avec elle et Axelle, nous avions mis au point un système de rafraichissement à rotation qui consistait à faire quelques brasses dans la piscine, y plonger le crâne, aller se sécher sous l’arbre en lisant un livre, boire de l’eau avec des glaçons, et ainsi de suite jusqu’à la tombée de la nuit.

Mais nous n’avions plus rien à lire, alors nous nous sommes rendues à la bibliothèque. J’étais en vacances depuis trois semaines, j’avais la peau bronzée et je suis arrivée sur mon lieu de travail en short et en clapettes devant Catherine qui suffoquait devant les baies vitrées, entourée de ventilateurs.

Je lui ai raconté que moi je n’avais pas trop chaud parce que je passais mes journées dans la piscine, et, d’après Caro, cela a peut-être pesé lourd dans la balance du destin qui se retourne sur vous en vous croquant le dos si vous narguez vos collègues.

Catherine, qui n’est pas du genre à se laisser faire, m’a déclaré, avec l’air de ne pas y toucher : « C’est ton dernier vendredi de congé. Ca veut dire qu’on se revoit lundi, ça », ce qui est un running gag qui circule autour de ma personne depuis que je travaille à temps-plein et que je dois venir travailler le lundi (suivez un peu, ceci est une saga).

A ce propos, je fais une légère digression pour vous dire que j’étais en train de manger des frites en terrasse avec mes amies quand ma marraine est passée dans la rue et qu’elle m’a dit : « Dis, Natha, tu racontes partout que tu travailles à temps-plein, mais tu sais que c’est la vie normale des gens ?! ». Je referme la parenthèse.

Nous sommes rentrées dans la voiture avec notre pile de livres et, alors que Caro conduisait, je lui ai dit : « Oh, mais on est le dernier vendredi du mois ! Peut-être ai-je été payée ? Je vais aller voir sur mon application ». Quelques jours plus tôt, j’avais dit à ma sœur : « Je me demande combien je vais gagner à temps-plein. Je le saurai au mois d’août », puis j’avais rectifié  » Ah mais non, puisque je n’ai pas travaillé un mois complet » « Ah bon ? Pourtant tu as commencé le premier juillet »  « Oui mais j’ai eu trois semaines de congés ».

Il y a eu un immense silence et Caro a précisé « Tu sais que tu es payée même quand tu es en congé ? En fait, c’est même pour ça que ça s’appelle les congés payés ».

Mais je ne voudrais pas m’attarder trop longtemps sur ce moment qui peut sembler un peu gênant pour moi alors je reviens dans la voiture, au moment même où un chiffre astronomique est apparu comme par magie sur mon compte en banque. « Je suis riche !!! » ai-je hurlé, manquant faire faire une embardée à la pilote. « Ca va, c’est pas la peine de me narguer » a répondu ma pauvre sœur qui travaille à mi-temps et qui a bientôt une bouche de plus à nourrir. « Non mais je veux dire que je suis vraiment riche ! Scandaleusement riche ! » « Combien? » a-t-elle demandé sans craindre la souffrance morale. Et je lui ai donné le chiffre en question, à la virgule près. La voiture a stoppé net. « Descends », m’a-t-elle ordonné. « Tu es un vrai chien de l’enfer ».

D’habitude, je ne suis pas du genre à croire en la théorie de Jean-Noël sur le triple choc en retour. Sa théorie qui dit que si tu provoques le malheur d’autrui, ce malheur te reviendra en triple choc en pleine poire. Et pourtant, ce jour-là, immobilisée sur le dos, scrutant le plafond de ma chambre et essayant d’atteindre le bouton off de mon aspirateur, j’ai comme qui dirait eu le temps de faire pénitence en réfléchissant à la misère que j’avais répandue sur le monde quelques jours auparavant. Triple choc. Trois raisons de souffrir, donc. Ne pas avoir porté secours à Adèle, avoir nargué Catherine avec ma piscine et Caro avec ma fortune, autant de raisons qui ont fait que je me suis retrouvée à souffrir ma race pendant quelques jours, comme une vieille femme approchant redoutablement de la quarantaine.

Pour m’aider à retrouver forme humaine, j’ai décidé de prendre rendez-vous chez l’ostéopathe de la famille, qu’Adèle a surnommé « Kevin le perspicace » parce que Mère, qui tombait tout le temps par terre, est un jour allée le voir et qu’il lui a dit : « Vous avez des problèmes d’équilibre, Madame ».

J’en reviens à l’instant, et c’était une expérience un peu bizarre, parce que j’ai dû me coucher sur une table et que, ainsi allongée sur le dos, je fixais les grandes lampes rondes du plafonnier pendant qu’il appuyait sur mon ventre en disant : « Intéressant », et ça m’a fait penser à l’épisode de X-files où Scully se fait kidnapper par des extra-terrestres et se fait engrosser par eux, mais je sais pertinemment que mon obsession pour cette série a parfois tendance à affecter ma perception de la réalité.

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Je souffre de culpabilité mortifère

J’ai réussi à perdre deux cartes de banque. Le même jour. La mienne et celle de la Communauté.

J’ai d’abord attendu sans rien faire, espérant peut-être qu’elles allaient réapparaître comme par enchantement. Cela s’appelle le déni et je connais bien cette étape pour en être coutumière.

J’ai tout de même enclenché le plan première urgence en fouillant mes poches de manteaux et mon sac, mais, quelques jours plus tard, j’ai bien dû me rendre à l’évidence : elles avaient disparu (acceptation).

J’ai bien dû l’avouer à Mère, qui est restée étrangement calme. Peut-être parce qu’elle souffre elle aussi d’une culpabilité morbide qui lui fait perdre ou oublier toutes sortes d’objets et qu’elle se trouvait assez mal placée pour émettre un quelconque jugement. Elle m’a même aidée, en me faisant remonter les évènements de ce samedi-là.

C’est de cette manière que j’ai pu établir que la dernière fois que j’avais utilisé la carte hippie, c’était à la librairie pour acheter le cadeau de Tonton Bernie et que la dernière fois que j’avais utilisé la mienne, c’était à la station essence.

J’ai appelé la librairie et ils n’avaient pas ma carte.

Quant à la station essence, il était fort probable qu’elle soit restée là parce que j’avais été mise sous stress.

Un homme est arrivé derrière ma voiture et voulait aller précisément à la même borne que moi alors que les autres pompes étaient disponibles, et ça m’a tellement énervée que j’ai tiré d’un coup sec sur le tuyau et quand j’ai mis l’embout dans le réservoir d’Etoile (ma voiture), il ne rentrait pas. J’avais mis le bec verseur pour camions. Je l’ai raccroché, j’ai repris l’autre, j’étais confuse. Puis j’ai remarqué que le type attendait pour la simple et bonne raison que je m’étais garée en travers de tout et que je lui bloquais l’accès à la pompe suivante, ce qui a rendu ma confusion encore plus grande et il se peut vraiment que j’en aie perdu le sens commun et la carte de banque.

Mais pile après cet incident, je suis allée chez Mel-Bichon et j’ai rangé ma veste convenablement dans son placard, me faisant féliciter par Fred qui a dit : « Tu as vu, Dory ? Même Tata-Natha range correctement ses affaires ».

J’ai donc expliqué à Mélanie que j’avais perdu les deux cartes, dont peut-être une dans son placard à manteaux. Elle m’a dit : « Tu as réussi à perdre deux cartes en un seul jour ? Dont celle de ta mère ? Waw, mon bichon, je suis admirative. Tu es géniale, tu es au top ! « . Et c’est vrai que parfois je me surpasse.

Mais ma carte n’y était pas.

Mère a continuer à m’aider, mais on aurait dit que son Alzheimer avait déteint sur moi car je ne me rappelais plus de rien. Les évènements des derniers jours se mélangeaient. « Quel jour es-tu allée acheter tes draps ? »  » Je ne sais plus ». « C’était avec quel carte ? »  » Je ne sais plus » « Qu’est-ce que tu portais comme veste ? » « Je ne sais plus »  » Qu’est-ce que tu avais comme sac ? » « Je ne sais plus ». Bref, on progressait.

Puis tout à coup, un éclair de génie a foudroyé mon cerveau. « Mon pantalon de peinture ! J’avais mon pantalon de peinture ! » et j’ai monté quatre à quatre les escaliers de ma chambre, me suis jetée sur mon pantalon de peinture qui détenait la carte hippie dans sa poche pleine d’éclaboussures.

Un problème était réglé et j’étais secrètement soulagée d’avoir retrouvé celle-là en premier, histoire de ne pas terminée découpée en rondelles par Mère.

Vu que le mystère reste entier pour la mienne, j’ai décidé d’aller à la banque en commander une nouvelle.

Mais ma banque avait disparu. A la place, il n’y avait plus qu’un grand bâtiment vide.

Alors, ce matin, j’ai décidé d’aller dans une autre agence.

Je suis arrivée franc battant devant une femme bien sympathique à qui j’ai expliqué mes déboires. Elle m’a dit qu’elle allait me faire une nouvelle carte, que c’était une procédure très simple et qu’il suffisait que je lui donne ma carte d’identité. Je lui ai dit : « J’en profite pour vous signaler un changement d’adresse », chose que je n’avais pas encore faite depuis mon déménagement en juillet. « D’accord » me dit-elle, puis elle grimace : « Votre carte d’identité est périmée, je ne sais pas faire le changement d’adresse ». (C’est incroyable comme cette suite de couacs illustre parfaitement bien mon existence).

Puis je vois que la femme a l’air tracassé. Elle me dit : « Je ne trouve pas votre compte. C’est étrange. Comme si vous n’aviez pas de compte chez nous ».

Et là, je vois, sous ma main, un petit carton sur lequel il est écrit « Belfius » et je suis foudroyée de clairvoyance : je suis chez Fortis.

Morte de honte, je n’ose pas lui dire et je réfléchis à toute vitesse à une pirouette qui me sortirait d’affaire, mais je ne trouve pas et je vois cette malheureuse femme qui tente de comprendre ce qui a bien pu se passer, alors je suis au regret de devoir le lui annoncer : en fait, je me suis trompée de banque.

Etrangement, cette femme n’a pas fait des yeux comme des soucoupes en me regardant comme si j’étais un ovni, mais elle a éclaté de rire en me disant : « C’est dommage que vous ne soyez pas chez nous car je trouve que le courant passe bien » et là, j’ai eu envie de transférer tous mes comptes chez elle (enfin, je veux dire mes 800 euros), mais la paperasserie que cela demanderait m’a fait reculer. Je suis repartie et elle m’a dit : « Je crois quand-même que vous êtes un peu surmenée ».

Moi je pense qu’elle a raison. D’ailleurs, je vais en parler à mon employeur.

Parce que si mon surmenage s’additionne à ma culpabilité morbide, moi je dis que ça nous prépare une belle pagaille.

Comment j’ai fait tomber mon téléphone dans les égouts d’Athènes

Je sais, mon titre est accrocheur, et peut-être même trop car il dévoile une partie du suspense, mais en tant que chroniqueuse professionnelle, j’ai appris que l’important, c’est d’avoir un titre accrocheur.

Suivi d’un récit captivant.

Je vais tenir mon public en haleine

Ce matin, seul jour où je pouvais dormir car je suis en congé, mon réveil a sonné à 6h45 (la faute à moi-même qui avais oublié de le désactiver), m’extirpant d’un rêve vraiment trop chelou où j’étais kidnappée par un groupe de talibans sexy

talibans
Je crois qu’on va la relâcher, la Grognasse

(Cherchez pas, même Jung ne peut rien pour moi).

Parlez-moi de votre enfance, nathaliochka

En plus, je vous raconte tout ça, mais ça n’a strictement rien à voir avec le récit qui va suivre.

J’ai checké mon téléphone et là, j’aperçois que Facebook souhaite partager un souvenir avec moi.

C’est gentil, Facebook, mais il s’agit tout de même d’un souvenir légèrement humiliant.

Vous vous en douterez grâce au titre, il s’agit du jour où j’ai fait choir mon téléphone dans les égouts d’Athènes.

telephoneegout

« Comment Diantre as-tu pu réussir une chose pareille, Nathaliochka ? », me demanderez-vous si vous n’étiez pas là ou, plus simplement, si vous ne me connaissiez PAS DU TOUT.

« C’est un art », vous répondrais-je en toute humilité.

Le fait est que nous étions parties avec « les copines » en voyage à Athènes. Les copines, ce sont les copines du cours de peinture avec qui nous vivons de grandes épopées pleines de soleil, de retsina et de peinture à l’huile.

Les Caryatides des temps modernes

Nous nous étions installées dans un marché aux puces pour dessiner.

Mère et moi avions les pieds en compote, donc nous avons décidé de nous asseoir sur le rebord d’un trottoir.

Nous avions installé notre mini campement : un sac à dos, des plumiers, des carnets, en bref, tout un joyeux bordel et quand je me suis relevée pour je ne sais quelle raison, mon sac à dos s’est relevé aussi, sac à dos sur lequel était posé mon téléphone. Le sac à dos, quant à lui, vous vous en doutez, était posé sur des grosses grilles d’égouts, mais ça, évidemment, je ne l’avais pas vraiment enregistré.

Et là, ce fut le drame.

Mon téléphone périclita dans les égouts.

J’ai fait un grand « Aaaah » suivi d’un silence (le silence du choc) et je suis restée prostrée quelques secondes, ce qui a fini par alerter Mère qui, lâchant son pinceau, m’a demandé : « Mais qu’est-ce qu’il t’arrive, Natha ? ».

D’un doigt tendu je lui ai indiqué mon téléphone.

Il se trouvait plusieurs mètres plus bas, dans le seul égout sec de toute la ville (ce qui est important dans ce récit), sa chute ayant été amortie par un tas de feuilles mortes. D’énormes grilles en fer bouchaient l’entrée, alignées de manière trop régulière pour que l’on puisse y glisser la main, et encore moins le bras.

Je crois que Mère a dit sa phrase fétiche : « Oui mais Natha ! » et qu’elle a essayé de passer la main alors qu’on voyait tout de suite que c’était perdu d’avance.

En quelques secondes à peine, un tas de beaux athéniens nous a encerclé.

Aidons cette cruche belge

Ils ont rapidement évalué la situation et ont décidé de nous venir en aide.

L’un d’entre est parti en courant et est revenu illico presto, brandissant un archet de violon qu’il vendait sur son stand, et l’opération sauvetage a commencé.

telephonedansegouts

C’est à ce moment là que Laurence est arrivée. Elle était extrêmement excitée par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux. Elle a dit : « C’est trop génial ! Je vais tout photographier ! Faire un petit reportage ! »

Elle prenait donc des photos et moi, on m’avait mise sur le côté, il parait que je ne pouvais plus toucher à rien et c’est donc impuissante que j’assistais au spectacle.

Mère et son équipe d’athéniens ont été incroyablement habiles et, alors que je m’apprêtais déjà à dire adieu à mon téléphone, ils l’ont remonté des tréfonds. Coincé entre le bois de l’archet et la corde, il a fait toute ascension sans le moindre accroc et croyez-moi, il y avait seulement une chance sur un millier que cela se déroule aussi parfaitement.

On a un peu sauté de joie, puis on a chaleureusement remercié les athéniens qui m’ont obligée à aller me laver les mains.

Ils sont tous repartis.

Tous sauf un, qui s’était pris d’amour pour moi.

J’ai repris mon carnet de dessins là où je l’avais laissé et, planté à côté de moi pendant des minutes entières, il observait le moindre de mes traits.

Toute fière de provoquer cette fascination artistique chez un beau grec, je m’apprêtais à ranger mon crayon quand il m’a interrompue et m’a fait un grand ‘non non’ avec la main (oui, je sais, il en réclamait encore). Puis il me montre mon dessin en pointant du doigt l’objet que je dessinais en recommençant son ‘non non’ avec la main. Bordel, il avait raison, je faisais une erreur de perspective.

C’est qu’ils sont doués dans tous les domaines, ces bougres d’hommes grecs.

La bonne résolution 2018

Allons, matelots.

Tout comme il est habituel d’entendre que nous avons tout le mois de janvier pour souhaiter les bons vœux, je m’octroie le même laps de temps pour vous dévoiler quelle sera ma bonne résolution pour 2018.

Les bonnes résolutions, je ne les tiens jamais. Je me fous la pression à fond pour tenter vainement de transformer mes faiblesses en atouts et, au bout du bout de l’année je constate toujours avec amertume que je reste pareille à moi-même, alors je trempe des Dinosaures russes dans des Danettes par dépit et c’est encore pire.

Avec la tragédie qui a marqué ma famille, 2017 aura été plus qu’harassante et je m’octroie donc une année de douceur et de réparation.

J’ai décidé de prendre soin de moi, vaste programme s’il en est.

Une seule résolution, donc, mais tentaculaire car elle a autant de bras qu’un poulpe, c’est-à-dire au moins huit, pour ceux qui suivent un  peu.

Prendre soin de moi, ça signifie :

Me détendre, plonger dans la mousse, buller.

Me shooter aux greensmoothies, devenir healhy/vegan/proana

Etre une vraie yogi qui fait des postures sur la tête pour voir le Monde sous un autre point de vue.

Ecouter de la musique, chanter fort pour mes voisines, danser.

Lire.

Peindre, peindre et peindre encore.

Devenir une vraie petite randonneuse, faire des concours de pas avec la Moeder, m’émerveiller devant l’immensité de ce vaste monde.

Claquer mon pognon dans des fringues. Avoir les doigts qui brûlent.

Je vous souhaite à tous une excellente année à prendre soin de vous.

 

Trypophobie

Comme vous le savez déjà, je me moque beaucoup de ma sœur.

Et il y a un sujet particulier avec lequel j’aime la provoquer : sa hantise des éponges et des autres objets alvéolaires comme les ruches ou ce genre de choses.

D’ailleurs, avec ses amis, on aime lui mettre les nerfs en pelote en lui chantant la chanson de l’éponge ou, plus simplement en lui disant le mot « spongieux », qui suffit amplement à la révulser.

bob.jpg« Je te fais peur ? »

J’étais affalée dans mon canapé , concentrée sur le niveau 203 de farm heroes saga en mangeant des chips poivre et sel quand elle a déboulé dans mon appartement comme une furie, un roman grand ouvert entre les mains.

« Je sais de quoi je souffre!!! » s’est-elle écriée avec beaucoup d’emphase.

« De maladie mentale ? » ai-je risqué, sachant pourtant qu’elle nierait.

« De trypophobie ! Regarde, c’est écrit là dans mon roman. C’est la phobie des trous ».

sponge

Elle semblait si contente d’avoir un mot à mettre sur sa souffrance (ou plutôt de pouvoir nous répondre que son aliénation existait et que, du coup, elle n’était pas la seule à en souffrir dans ce vaste monde) qu’elle a voulu faire de plus amples recherches. Elle s’est installée à côté de moi et on a googlisé « trypophobie ».

A MON PLUS GRAND REGRET.

Car j’ai instantanément compris que je souffrais moi aussi de trypophobie.

A un stade avancé.

Mon estomac n’a fait qu’un tour.

J’ai hurlé de terreur en reclapant l’écran de mon ordinateur.

Puis j’ai repris mon souffle.

Je voulais voir. A l’instar de ces personnes qui ne peuvent s’empêcher de lorgner sur les accidentés de la route, j’étais en proie à une pulsion scopique morbide qui m’obligeait à essayer de regarder.

En vain.

Alice down the hole c Disney

Je n’ai jamais été fan de films d’horreur mais je préfère me faire une nocturne de Chucky la poupée de sang en regardant un dictionnaire des maladies vénériennes que de rester 10 secondes sur le florilège de Google-images généré au terme trypophobie.

C’est tout simplement ATROCE et insoutenable.

trypophobie

Je souffre de culpabilité morbide

Samedi passé, j’ai oublié mon trousseau de clés à la bibliothèque. Mon trousseau avec TOUTES mes clés (Bibliothèque/maison/voiture/divers).

J’ai laissé mes collègues fermer le bâtiment, enclencher l’alarme derrière nous. Je suis allée jusqu’à mon parking pour récupérer ma voiture (Queen Elisabeth) et c’est évidemment seulement à ce moment-là que j’ai réalisé que j’avais laissé mon trousseau à un endroit inapproprié.

J’ai eu un accès soudain de lassitude-d’-être-moi-même.

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J’ai voulu appeler mes collègues, tout en culpabilisant de leur faire faire demi-tour pour m’ouvrir la bibliothèque un samedi midi.

J’ai réalisé que je ne possédais PAS leurs numéros de portables.

J’ai souffert d’un second passage d’auto-lassitude, plus prononcé cette fois, avec quelques accents de syndrome de Gilles de la Tourette.

injure

J’ai utilisé mon joker « appel à un ami ». J’ai appelé ma sœur.

Elle est venue me chercher sur le parking en disant « T’as de la chance que je sois là », ce que j’ai approuvé.

Elle m’a prêté le double des clés de mon appartement et j’ai su rentrer chez moi.

Le soir, en lisant un article, elle a soudainement pouffé de rire. Elle m’a expliqué : « Ils disent que les personnes qui oublient souvent leurs affaires ou qui les perdent souffrent certainement de culpabilité morbide« .

psymoderne

J’ai répondu par un rictus et un haussement d’épaules prouvant mon indifférence à ces balivernes de psychologues.

Le lendemain, je suis retournée travailler en bus. (Oui, il y a un bus qui passe devant chez moi, pile devant la maison. Mais UN SEUL bus. A six heures du matin).

Ma sœur m’a dit : « Ça t’apprendra » et elle a ricané.

Je trouve que ce n’est pas en agissant ainsi qu’elle m’aidera à me soigner de ma culpabilité morbide.

Mais ce n’est que mon opinion.

trait

Quelques semaines plus tard, alors que je mangeais des croissants dans le Bureau Rock and roll (BRR) (Le vendredi, c’est shabbat, alors on peut manger du sucre), il m’est arrivé un second épisode du même genre (enfin, je dirais un millionième épisode).

Je rentrais de mon périple andalou.

Premier jour de reprise du travail (un vendredi, c’est rude, tout de même).

Ciel gris parsemé de quelques flocons de neige alors que je revenais du pays des castagnettes et de la sangria.

Dépaysement total. Jetlag complet. Loose intégrale.

gaston bureau

J’ai dit à Sophie C : « Sers-moi un thé bien fort. Je vais en avoir besoin ».

J’ai pensé : » La journée va être rude, moussaillon. Il faudrait, pour ta survie morale, que tu puisses te barrer (normal, pour un moussaillon) plus tôt que prévu cet après-midi ( Nous faire terminer à 16h30, non mais ils ne vont pas bien, dans cette administration ?) ».

J’ai voulu encoder ma récupération, tout en écoutant le doux bruit de l’eau qui bouillait. Pour encoder une récupération, il faut introduire sa carte d’identité. En ouvrant mon portefeuille, j’ai réalisé que ma carte d’identité était manquante.

J’ ai fouillé mon portefeuille.

Toujours pas de carte.

J’ai renversé son contenu sur le bureau.

Elle n’y était pas.

Je me suis dit qu’il y avait forcément une explication plausible à tout cela.

Comme je venais de prendre l’avion, j’avais dû la sortir et tout simplement oublier de la remettre à sa place.

Tous les jours, j’ai demandé à Sophie F. d’encoder mes heures pour moi. Tous les jours pendant à peu près deux semaines.

Ce n’est que deux semaines plus tard et après une remarque inquiète de Sophie F (« Tu n’irais pas déclarer sa perte ? ») que je me suis dit que peut-être, il serait bon que je m’inquiète de savoir où pouvait se trouver cette saloperie de carte.

J’ai téléphoné à Mère en la soupçonnant (ou plutôt en l’accusant) d’être la responsable de cette disparition. Elle m’a dit « Non je n’ai pas ta carte d’identité. »

Et elle a ajouté « Mais est-ce que tu as regardé dans la poche de l’anorak que tu portais à l’aéroport? »

« Bien-sûr que oui » lui ai-je répondu.

J’ai raccroché le téléphone.

J’ai plongé ma main dans la poche de mon anorak.

Elle y était.

J’ai envoyé un message à Mère disant qu’elle avait vu juste, bingo.

Elle m’a répondu qu’elle avait l’habitude de ce genre de problème, parce qu’elle souffrait de culpabilité morbide elle aussi.

Jusque là j’ignorais que c’était héréditaire.

Et quand c’est génétique, voyez-vous, vous ne pouvez rien y faire.

Sauf peut-être souffrir en silence.

Et subir.