Roller

Ma première (et dernière) roller parade

Cet article fait suite à celui-ci.

Participer à une roller parade pour rencontrer de nouvelles personnes ? Pourquoi pas ? Vous savez bien que dans la vie, je ne suis pas à un sacrifice près.

Je commencerai par vous préciser ceci : j’aurai l’honnêteté de vous raconter la roller parade dans ses moindres détails, malgré tout ce que cela a d’humiliant. Question d’honnêteté intellectuelle.

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Déjà, le parcours commençait par un tas de petites rues pavées et escarpées, ce qui n’est pas très chic de la part des organisateurs, vous en conviendrez.

Dès le signal de départ, j’ai pris un fameux retard sur le peloton. J’ai  les ai laissé les autres participants foncer à toute berzingue pendant que j’analysais l’étrange aspect du terrain. Là, j’ai voulu faire un peu d’humour en criant « Faux départ ! », mais personne ne m’écoutait, à part Nel qui essayait de me rassurer en m’expliquant que le sol serait plus praticable un peu plus loin.

C’est de cette manière qu’en cinq minutes à peine je suis devenue la lanterne rouge.

Les types qui encadraient l’événement se sont mis à me hurler dessus parce que j’étais trop lente à leur goût, que je devais me dépêcher parce qu’ils ont un timing à respecter. (Je croyais que le sport aidait à sécréter des hormones de joie, mais chez certains il semblerait que c’est plutôt de l’agressivité).

Etant donné que je tenais à peine sur mes jambes, il m’a semblé bien difficile d’accélérer la cadence.
Ils m’ont donc ordonné (au bout de 5 minutes de trajet, je vous le répète) de monter dans le bus balai, qui venait à peine de démarrer.

Nel, en fidèle amie qui braverait tout pour moi, même le ridicule, m’y a accompagnée. Dois-je le préciser ? Il n’y avait que nous deux dans la camionnette. Et Jean-Claude (le chauffeur), bien entendu.

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Jean-Claude nous a déposées un peu plus loin, là où la route était plate et lisse comme un miroir.

Là tout se passait mieux, surtout quand Nel me poussait dans le dos pour éviter les sarcasmes de l’équipe-d’-hommes-agressifs qui nous entourait à nouveau.

Ensuite, comme elle connaît bien le parcours, elle m’a avertie que le chemin allait monter très fort et qu’il serait plus prudent de remonter dans le bus.

Jean-Claude nous a laissées monter, parce qu’il nous connaissait bien. On a bavardé un peu avec lui. Il est chauffeur depuis 22 ans. On est redescendues un peu plus loin, après la route escarpée.

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« A plus, Jean-Claude Duss »

C’est scientifique : toute route qui monte doit redescendre un jour.

Nous avons donc entamé la descente. Je mourais de peur. J’entendais mes genoux jouer des castagnettes.
J’avais des visions de moi ayant fusionné avec un buisson plus bas, ou, pire, avec un lampadaire. Voyant mon air livide, Nel tenta de me rassurer en m’expliquant avec beaucoup d’assurance qu’elle me tiendrait par le pantalon pour éviter que je ne fasse un strike humain un peu plus bas.

Rapidement, mon cerveau évalua la situation : Nel pèse la moitié de moi. C’est une frêle jeune femme alors que je suis une force de la nature (je vous rappelle que je mange beaucoup de dinosaures russes).
« J’ai de la force », m’assura-t’elle.

C’est donc de cette manière que nous avons descendu la route, Nel positionnée derrière moi m’agrippant par la ceinture afin de ralentir notre allure. Je ne freinais pas (Nel s’en chargeait) et je fermais les yeux de panique. A ma grande surprise, nous sommes arrivées entières en bas, sans encombres.

Et puis, tout à coup, la route est devenue merveilleuse. Le macadam glissait comme de la soie, mes belles dragées avançaient élégamment sur l’asphalte.

Les derniers (ces loosers) étaient loin derrière moi et nous nous sommes même lancées dans une grande discussion philosophique sur notre dégoût pour les tomates crues.

Seulement voilà : Nel roulait un peu trop vite à mon goût et moi, trop fière pour lui demander de réduire un peu le rythme, j’essayais de l’écouter, de parler, tout en roulant, choses que toutes les vraies rollerwomans font très naturellement, dans le genre « je gère, Albertine ».

Sauf que je ne gérais rien du tout.

Et là, ce fut le drame.

Mes roulettes s’emballèrent, mon corps tangua dangereusement, mes bras firent des moulinets, suivis par mes pieds, et je fis exactement ce que l’on m’a dit mille fois de NE PAS faire : tomber en arrière.

Sur l’arrière-train, avec violence.

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(punaise, je me suis dessinée avec des bras quasiment Softenon)

Je me relève, un peu sonnée.

Les autres participants filent droit sur moi à toute vitesse en essayant de m’éviter au dernier moment (vous savez, un peu comme ces voitures sur l’autoroute qui se trouvent face à un obstacle : un cadavre de chien, une chaise en bois,…).

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Je reprends ma course, cette fois plus lentement. Je ressens une douleur qui me vrille l’arrière-train.

Cinq minutes plus tard, les roues d’une de mes dragée se bloque net. Plus moyen d’avancer.
C’est à ce moment là que Jean-Claude Duss arrive avec son bus (car je suis à nouveau la lanterne rouge) et qu’il nous ordonne de remonter avec lui.

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Je rappelle tout de même que j’étais là pour rencontrer de beaux jeunes rollermans.

Mais je ne recommande ce PEH à personne car :

– Les beaux rollermans musclés et qui assurent se trouvent à la tête du peloton, ce à quoi il est difficile de parvenir à moins de suivre un entraînement intensif.

– Je ne pense pas non plus que les hommes soient positivement fascinés par cette mine rougeaude que j’affiche dès qu’il me faut bouger les fesses – ce n’est donc pas lors d’un quelconque événement sportif que je rencontrerai un prince.

– Ce n’est pas non plus dans le bus balai que l’on rencontre des princes. On y rencontre plutôt ceux qui n’ont pas une condition physique d’enfer ou un moral d’acier, ou encore ceux qui rencontrent sur leur chemin nombre de problèmes techniques (à éviter).

– Les types de la roller parade, s’ils devaient être représentés sur un plan plus large (planétaire, par exemple), seraient dignes d’être de ceux qui dirigent un état totalitaire, une société où l’on élimine les plus faibles.

Quant à mon arrière-train, il est sévèrement paralysé, et la douleur est atroce.

coccyx-brise-e1472476941815« Bref, j’ai fait du roller »

PEH : Plan d'Elargissement d'Horizons·Roller

Pour rencontrer des hommes célibataires, j’ai acheté des rollers

Pour mon premier PEH, j’ai décidé de me joindre à Nel à la roller parade du jeudi.

Pour rappel : Un PEH, c’est un Plan d’Élargissement des Horizons.

Destiné aux célibataires, il consiste à participer à une activité à laquelle ils n’auraient peut-être jamais participé naturellement.

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« Tu plaisantes, Joséphine ? Je suis née avec ces foutus trucs aux pieds »

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Il faut savoir que Nel a l’habitude de ce genre d’activité.

Elle en fait toutes les semaines depuis des années et elle ondule sur le bitume comme si elle était née des roulettes greffées aux pieds.

Kailah Macri« Suis-moi, mon bichon »

Quant à mon expérience de ce sport, elle est plus limitée.

Enfant, je faisais bien quelques allers et retours en patins à roulettes dans la petite cour devant la maison, mais je ne tombais jamais parce que je marchais au ralenti, en soulevant bien mes pieds comme un cosmonaute qui aurait peur d’abîmer la Lune.

 

Pour faire du roller, il faut un minimum de matériel.

Ne fût-ce qu’une paire de rollers, me direz-vous.

Et je pense que des protections chevilles-jambes-genoux-coudes-mains-visage ne seraient pas du luxe non plus, à vrai dire.

En femmes avisées, nous avons décidé de profiter des soldes afin d’acquérir ma panoplie de parfaite patineuse.

Nel, en imminente spécialiste, m’a accompagnée.

Elle voulait s’acheter une paire elle aussi, parce que les roues de ses rollers actuels se dévissent et elle pense (sans doute a raison) que ce n’est ni pratique ni sécurisant.

Hystérie dévastatrice des soldes oblige, il ne restait que peu de paires à ma taille, pour ne pas dire qu’il n’en restait qu’une seule. Mais quelle paire ! D’un rose bonbon irisé, ces rollers là ressemblaient un peu à de grosses dragées. Des rollers de Spice girls.

roller rose.png« Mire-moi ça »

Nel m’a conseillé de les essayer en me promenant un peu dans le magasin. J’ai donc obtempéré.

Mon intention était la suivante : ne pas la ramener et faire un petit tour nonchalant dans les allées du magasin.

C’est dingue comme l’équilibre -cet élément qui semble inné- devient rapidement une notion désuète et lointaine, une fois perchée sur ces engins.

J’ai très vite senti que les séances de mon enfance sur mes Fisher-Price à quatre roues et crans d’arrêt ne m’avaient pas suffisamment préparée à affronter la vraie vie d’adulte, celle où l’on doit chausser des bottines roses élevées sur une seule rangée de roulettes très très glissantes.

Vous vous en doutez : il ne m’a pas fallu deux minutes pour choir lamentablement et avec grand fracas parmi les tringles de maillots de foot, elles-mêmes montées sur roulettes.

essayage rollersUn choc violent, conduisant immédiatement à une fesse violette.

Quel sport dangereux.

Je croise les doigts pour que demain tout se déroule bien et que le circuit ne nous fasse pas passer le long de la Meuse. Car je refuse de déraper et de couler à pic, entraînée par le poids des grosses dragées vissées à mes pieds.

Trois fois hélas, je crains que le «Plan d’élargissement d’Horizons» ne se transforme pour moi en «Réduction de tous les horizons». Car une fois édentée, mon potentiel de séduction diminuera de beaucoup.

Et puis, étant donné que Nel possède maintenant deux paires de chaussures roulantes, elle veut bien m’offrir son ancienne paire.

Vous savez, celles dont les roulettes se dévissent…

Ca vous a plu ? Vous aimeriez connaître la suite ?

C’est par ici.