Surpoids

Je fais un mois sans chips

Ma sœur Mathilde, qui a toujours été un exemple de sagesse dans cette famille, a entamé la fameuse tournée minérale : un mois entier sans boire une goutte d’alcool.

Elle l’a fait en l’honneur de son père qui, chaque année, passait un mois sans boire.

Au début, je dois bien le reconnaître, je me suis un peu moquée.

Parce que demander à Mathilde de ne pas boire, c’est un peu comme demander à Alf de ne pas manger de chats, ou demander à Mulder de ne pas rechercher sa sœur, ou même me demander de ne pas manger de chips.

chips

Un vendredi soir où nous sortions en famille (moi, mes sœurs et mes cousins ça fait toujours un sale grabuge), je l’ai observée de près.

Assise sur son tabouret haut, elle sirotait son Ice-tea à la paille, tranquillement, pendant que nous nous envoyions des shoots de patatine (une boisson mystérieuse qui donne la patate).

Cela nous a semblé tellement amusant qu’on l’a photographiée sous tous les angles.

Mais j’étais persuadée qu’elle ne tiendrait pas plus d’une demi-heure.

mathildeLa preuve à l’appui

Or, avant de se faire jeter du bar (2h30), elle était toujours en train de boire du soft et, en plus, elle me vantait les bienfaits de son défi. « Je dors mieux, je me sens mieux, j’ai une plus belle peau, je rajeunis de jour en jour ».

boisson

Quelques jours plus tard, je vois sur son mur Facebook qu’elle reçoit un badge de récompense.

 » Déjà 2 semaines que tu te donnes à fond pour #tourneeminerale ! Bien joué, Flipper ! 🐬 Montre à tous tes amis que tu es un dauphin déterminé en partageant ce badge sur ton mur ! « 

dauphin

Quoi ?!

Elle recevait un beau badge ???

J’étais jalousie.

Là, j’avoue, ça a réveillé mon neurone du challenge et j’ai décidé de faire pareil.

Enfin, en recherchant pareille équivalence.

Comme dit plus haut, ma came à moi, ce sont les chips.

cheetos

J’aime bien les chips.

Au sel, au poivre, au ketchup, ainsi que les Cheetos et les Ringlinglins. Je les aime TOUS.

J’en mangerais au petit déjeuner.

J’en mangerais des paquets entiers.

J’en ferais une nouvelle religion basée sur le respect du paprika et de la matière grasse.

chips_hdLa secte des chips

Mais j’ai décidé de briser les chaînes de l’addiction en instaurant un mois sans cette terrible drogue.

Je sens que je vais y parvenir.

A l’aise.

Les deux doigts dans le nez, même.

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« Même pas accro »

Surpoids

Je grossis

Je grossis.

A vue d’œil.

Comme un soufflé au fromage. Ou comme le bonhomme Michelin, mais sans les rainures.

bibendum

« Micheline ? Oui, c’est moi »

J’ai décidé que cela ne pouvait plus durer. Qu’il était temps de me reprendre en main.

Je me suis rendue chez une nutritionniste.

« Apprête-toi à souffrir, chérie »

Elle m’a pesée.

Sa balance affichait au moins trois kilos supplémentaires par rapport à la mienne. Tricherie éhontée.

Elle s’est penchée pour regarder le chiffre (astronomique) et a déclaré, tout en regardant ses petits graphiques d’IMC : « Vous êtes obèse ».

Et là, je dois bien avouer que ça ne m’a pas plu. Pas plu du tout.

« Je suis seulement enrobée »

Ensuite, elle m’a mesurée d’un peu partout. Même du poignet.

Comme j’étais un rien nerveuse, j’ai tenté un peu d’humour en disant que je serais très heureuse de perdre des poignets.

C’est fou ce que mon humour peut être incompris, parfois, parce qu’elle m’a répondu que c’était pour se faire une idée de ma densité osseuse. Alors là, je n’ai pas lâché l’affaire (apparemment je tenais vraiment à me donner en spectacle) et je lui ai dit : « Je sais que si je pèse autant, c’est parce que j’ai de gros os ».

Là, il a régné un silence vaguement humiliant.

J’ai su que ma nutritionniste n’était pas réceptive à mon humour.

« C’était pourtant très très comique, Monique »

Après, elle m’a tendu mon régime alimentaire.

Il fallait cocher les cases avec ce que l’on mangeait. il y avait une colonne supplémentaire en bas : « Dans cette colonne là, vous notez ce que vous avez mangé en plus. Les excès. Par exemple, si vous mangez deux noisettes, vous les notez ici ».

« Chiche que j’en mange deux et demies »

Oui, elle a vraiment donné l’exemple de DEUX NOISETTES.

Comment lui dire ?

Tu vois, Madame-le-Médecin-nutritionniste, si je suis si obèse enveloppée, c’est que je suis capable d’engloutir neuf Dinosaures russes pour le dessert.

 

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Le père, la mère, la fille, et même le gros bébé joufflu, ils peuvent tous tomber dans le gouffre sans fond qu’est mon estomac.

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« Je crois qu’on va servir d’en-cas à Nathaliochka »

Tu vois, Madame-le-Médecin-nutritionniste, les choux à la crème de la Maison des desserts, je peux m’en sniffer des rails entiers avec mon amie Pascale.

« C’est chou d’être aussi bon »

Tu vois, Madame-le-Médecin-nutritionniste, je ressemble à ça quand je suis seule le soir dans ma cuisine (sauf que je n’ai pas une coupe de cheveux aussi merdique).

1148672272_small« A fond la nutrition »

Alors, vois-tu, tes deux noisettes en excès, elles me font vraiment RIRE.

Elles me font me plier en quatre.

Elles me font me tordre en deux.

« Véridique »

Bref, vous l’aurez compris, je suis sortie de chez la nutritionniste hilare.

Et obèse.

grossbouffe« Grosse Bouffe a faim »

Surpoids

Je ne pèse personne

Hier matin, je me suis pesée, juste histoire de vérifier si ma récente rechute lors de ma cure de désintoxication aux Dinosaurus avait fait ou non basculer l’aiguille dans la zone critique (red zone).

Comme j’avais laissé traîner ma balance au milieu du salon, j’ai trébuché dedans.

Ma sœur était installée dans mon canapé et elle m’expliquait à quel point sa collègue danse bizarrement lorsqu’elle m’a vue faire ce vol plané spectaculaire avec demi-tour sur moi-même.

Cette figure libre improvisée m’a propulsée contre le pied de ma lampe halogène, qui a basculé sur mon bureau, faisant choir mon pot de marqueurs sur ma tasse d’eau de rinçage des pinceaux, qui s’est vidée sur mon imprimante.

Tout cela pour vous dire que je ne me pèserai plus jamais.

C’est bien trop risqué.

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Make a Wich-wach

Parce que cela pourrait très bien être considéré comme un secret honteux, je ne vous avais pas encore annoncé que je me suis inscrite chez Wich-wach il y a deux mois environ.

Vous ne connaissez pas Wich-wach ???

Mais si ! Il s’agit de l’équivalent des AA, mais pour « les personnes en surpoids » (traduisez les grosses et les obèses). Weight Watchers, si vous préférez. Mais c’est vachement difficile à prononcer.

Wich-Wach, c’est un peu comme une secte dans laquelle on vous endoctrine à coups de fruits et légumes. Une petite société qui a ses règles et ses codes. Un microcosme.

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« Navet vous pas honte d’être aussi enrobée ? »

Parmi ces rouages, il y a le système de récompense (qui fonctionne fortement avec moi vous l’aurez compris, vous qui me connaissez de longue date).

Et parmi ces récompenses il y a l’étoile.

« Patrick l’étoile de mer, va me chercher des glaces, veux-tu. »

Je dirais en résumé, et pour palier aux lacunes des non initiés, que chaque fois que l’on perd trois kilos, on reçoit une étoile.

Les autres participantes n’applaudissent pas quand on reçoit une étoile, ce que je déplore. Mais elles sont très enthousiastes, voire très jalouses. Puisqu’il s’agit d’un milieu féminin (les hommes ne sont ni gros, ni obèses, ils sont juste costauds, traduisez par « puissants et virils »), les autres femmes te disent « Waw, c’est génial, quelle chance, tu as perdu trois kilos ! », mais en réalité tu sais qu’elles pensent « Quelle pouffiasse celle-là, je suis sûre qu’elle vire anorexique » et ça, c’est trop cool.

Toujours est-il que la semaine passée, j’ai cru que j’aurais mon étoile.

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Mais la bénévole qui s’occupe de la pesée (je suis au regret de vous dire que cela s’intitule vraiment ainsi) a chicané. Elle a regardé ma fiche et elle a dit, devant tout le monde : « Ah non, hein. Elle doit encore perdre 300 grammes ». J’ai donc répondu du tac au tac, sans me laisser abattre ni impressionner ni humilier que je la décrocherais la semaine prochaine.

Une gagnante, je suis. Une battante. Une warrior de la perte de poids.

En rentrant chez moi, j’ai mangé un gâteau pour me donner du courage.

Ma sœur Mathilde m’a dit qu’elle me trouvait incohérente. Je lui ai répliqué, la bouche pleine de pépites de chocolat : « Je revendique mon droit à l’incohérence ». C’est la phrase d’un grand Philosophe que j’aime beaucoup et que je ressers souvent car elle m’est très utile.

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Mais le problème, c’est que la semaine prochaine, c’est jeudi, jour de la pesée. C’est fou ce que ça passe vite, une semaine.

C’est pour cette raison que j’observe mon bac de glace Fermette à la vanille du coin de l’œil sans en manger une seule cuillerée.

C’est que j’ai de l’amour propre, moi, Madame.

Et le sens du challenge.

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Vous grossissez ?

Rassurez-vous, vous n’êtes pas seuls.

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Surpoids

Ma première nuit dans mon nouvel appartement

Il y a eu la première nuit dans mon nouvel appartement.

C’est toujours un événement particulier, la première nuit dans un nouvel appartement.

On découvre de nouveaux bruits.

Le frigo qui ronronne.

Babette la chouette qui hulule si sinistrement qu’on aurait envie de lui jeter une pierre pour mettre fin à ses peines, par pur altruisme.

Henriette la gouttelette qui tombe de la corniche avec une régularité qui mettrait les nerfs du Dalaï Lama à rude épreuve.

J’ai dormi.

Un peu.

Très peu.

Trop peu.

Mais très décidée à ne pas céder l’avantage à Babette et Henriette, je comptais sur une délicieuse grasse matinée pour rattraper les heures creuses de cette minuscule première nuit.

C’est alors que ma sœur entra dans ma chambre, franc battant.

Un regard inquiet vers mon réveil m’annonça qu’il était sept heures. Un dimanche matin.

Elle tenait un papier dans la main.

Elle s’approcha de mon lit à une vitesse fulgurante, se planta devant en annonçant : « On commence un régime aujourd’hui. Voilà ta feuille de route« . Et elle me tendit un papier rose sur lequel elle avait écrit tout ce que j’avais le droit de manger, et à quelle période de la journée.

Non contente de son effet, elle m’intima de me lever, afin de procéder à ma pesée.

Une fois qu’elle eut noté un nombre angoissant dans un carnet, elle commença à prendre des mesures de mon ventre, mes bras, mes cuisses.

C’est comme ça que je me retrouvai, un dimanche matin, plantée en culotte au milieu de mon salon, à me faire entourer d’un mètre ruban glacé, tenant une bien triste feuille rose en main.

C’est là que je pensai « La malédiction des voisins s’est étendue jusqu’à moi ».

Mais je n’osai en toucher un mot à la voisine en question.

Car il s’agit tout de même de ma sœur, voyez-vous.