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Sur la mentalité de fonctionnaire

Hier, ma collègue Joëlle, qui, comme moi, s’intéresse beaucoup au sport, m’a tendu un papier trouvé dans la salle de sports de sa fille.

Ce papier, c’est une annonce car ils recrutent un coach sportif.

Je vous vois venir : Vous pensez que, comme je suis devenue sportive, je vais postuler.

Ce qui est hautement crédible (je vois que vous me connaissez bien), mais il n’en n’est rien. Je suis bien là où je suis et, quoi que vous en pensiez, le métier de bibliothécaire est lui aussi relativement sportif.

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C’est plutôt que le contenu de l’annonce nous a hérissé le poil.

Voyez plutôt :

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« Vous n’avez pas une mentalité de fonctionnaire ».

Comme le disait si incorrectement mon professeur de néerlandais : « Qu’est-ce que cela peut-il bien vouloir dire ? »

Non mais des fois.

Je vous le demande.

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Journée-type

Aujourd’hui, j’ai travaillé une journée complète.

Je suis arrivée à 8 heures, et je suis repartie à 16h30.

Si je vous le signale, c’est parce que c’est la première fois que ça m’arrive.  

D’habitude, j’arrive toujours une heure plus tard le matin et parfois, je repars plus tôt l’après-midi. Mais je n’avais plus d’heures de récupération à prendre alors je me suis armée de courage et j’ai mis mon réveil au chant du coq : ô souffrance, ô rage, ô désespoir.

Mes collègues m’en voulaient un peu d’avoir pris cette initiative, parce que j’ai baillé toute la journée très bruyamment (je ne suis pas du matin, voyez-vous) et il parait que ça les a un peu découragées. Elles m’ont enjoint de ne plus venir trop tôt le matin.

 

Puis, en regardant dans la grille, j’ai vu que je m’étais trompée. J’ai encore des heures de récupération. Soulagement perceptible.

Demain, c’est décidé, je reprends mon rythme normal.

 

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Je phosphore du bulbe rachidien

La Ville de Namur-city organise des examens afin de pouvoir nommer ses agents.

Après moult hésitations, j’ai décidé de les passer.

Par simple curiosité.

Juste pour voir comment ils vont me nommer.

Ginette ? Huguette ? Marcelline ?

Je n’en n’ai aucune idée.

J’ai été étudiante.

C’était il y a plus de dix ans et mon cerveau, il me faut l’admettre, a peut-être un peu perdu ses cognitions d’antan.

Déjà à l’époque, on ne peut pas dire qu’étudier était mon fort.

La preuve, c’est que pour faire baisser notre stress en période d’examens, Mel-Bichon et moi diffusions des CD de chants des baleines et il nous arrivait souvent de piquer du nez. Nous nous retrouvions égarées, la tête sur le syllabus et la bave au coin de la bouche, réveillées en sursaut par le cri du mâle alpha.

Mais étudier, c’est un peu comme le vélo ou la natation : ça ne s’oublie pas.

Je me suis donc saisie du volume « Eléments de bibliothéconomie » et me suis allongée confortablement dans le canapé, une tasse de thé vert sur la table basse.

Dehors, il pleuvait comme vache qui pisse : un temps idéal pour se lancer à corps perdu dans la législation.

J’ai regardé ma montre, en me disant « J’étudie 50 minutes, je fais une pause de 10 minutes, et ainsi de suite ».

Stratégique.

Organisée.

Réaliste.

Il était 15 heures.

J’ai ouvert mon passionnant ouvrage.

Ça disait quelque chose comme « L’alinéa 18 du paragraphe 3 de l’article 12 du décret relatif à l’organisation du Service public de la lecture stipule que les opérateurs d’appui ne peuvent entrer dans la norme Afnor Z44-073 qu’en faisant passer la concaténation des chaînes de caractère avant les opérateurs booléens. »

J’ai songé qu’il me fallait une clope.

Mais je ne fume pas.

Alors j’ai repris ma lecture.

Quand j’ai relevé la tête, exténuée par mes 50 minutes de concentration, j’ai remarqué qu’il était 15h12.

Douze minutes.

Je n’avais tenu que douze minutes.

A ce rythme là, il me faudrait huit années pour me faire ingurgiter la matière.

Comme je n’avais pas de clopes, j’ai fait une pause chocolat.

Pour me donner du courage.

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Formation continue.

Dans le cadre d’une formation professionnelle, je me suis rendue quelques jours à Paris.

Lors de la réservation en ligne de ma chambre d’hôtel, je devais spécifier si je venais pour affaires ou pour tourisme.

Même si vous n’avez pas la chance de travailler dans le monde enchanté de la lecture publique, vous pouvez aisément vous douter que les voyages d’affaires n’y sont pas monnaie courante.

Au mieux, je coche dans le carnet des formations continues les journées portant sur les thèmes suivants et ô combien originaux : animations, livres jeunesse, bébés en tous genres.

Je me rends docilement en train à Bruxelles et, pour me venger du fait que j’aie dû me lever encore plus tôt qu’à mon habitude, je commets généralement un menu larcin, par pur esprit de vengeance.

N’importe quoi fait l’affaire, pourvu que ce soit dissident : m’emparer de 8 sachets de sucre, piquer des capsules de lait.

Vivre à fond aux crochets de la Fédération, quoi.

Au pire, ma collègue C. m’inscrit de force à un colloque sur « la concaténation des chaînes de caractère » à la Louvière.

Ou à un congrès de « catalographie en format Unimarc » à Charleroi, ce qui la fait bien jubiler.

Dans ce cas, pour me venger des trois heures et demie de trajet avec 8 correspondances dans des gares sordides, je frappe plus fort encore en plongeant ma main dans la boîte de mignonnettes en chocolat et j’en ramène de pleines brassées que je savoure sur le retour.

Tout en retraversant des paysages désolés, je lis les adages notés à l’intérieur des papiers d’emballage. « Depuis que j’ai appris à rire de moi-même, je ne m’ennuie plus jamais », disait apparemment Georges Bernard Shaw.

Tout cela pour vous dire que le terme « Voyage d’affaires » me fit sourire, et je le cochai avec volupté.

Un instant, je m’imaginai vivre une autre vie. Une vie de femme d’affaires.

Une vie où les conversations avec mes collègues porteraient sur l’image de marque, les statistiques et le rendement, au lieu de jouer à celui qui placera le plus habilement le mot « proctologue » dans le courant de la semaine.

Une vie où je monterais dans le Thalys chaussée de talons et vêtue en Ralf Lauren des pieds à la tête, au lieu de trébucher dans mon écharpe en escaladant le strapontin.

Une vie où je consulterais mes mails sur ma tablette pendant le trajet, au lieu de jurer comme un charretier parce que j’ai grillé mes 5 vies sans avoir réussi à passer le putain de niveau 112 de Farm Heroes Saga.

Une vie où je commanderais une eau pétillante avec une rondelle de citron au bar du Thalys en accomplissant le prodige de ne même pas devoir me tenir aux mains courantes, au lieu de renverser ma gourde de grenadine sur le sol moquetté.

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