Camping

Les joies du camping : monter la tente

Comme vous le savez déjà, je viens d’une grande lignée de campeurs.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours passé mes vacances sous une tente.

Notre tente, issue d’un héritage familial clairement communiste, suscitait nombre de réactions d’une virulente jalousie car quelque peu vintage.

Bien entendu, il était hors de question de s’en séparer, car elle était « flambant neuve », et ce ne sont pas les quelques points de couture donnés par-ci par-là qui allaient dire l’inverse.

C’est vrai qu’elle était un peu rafistolée, notre Spatz, mais elle faisait partie de la famille au même titre que les objets qui y étaient associés et, dans les campings, nous ne passions pas inaperçus puisque nous étions la seule famille qui dormions encore dans ces vestiges d’une autre époque.

Mon beau-père, surnommé « le bulgare » par ses amis (justement à cause de son côté rétro (comprenez : sens de la mode lui étant propre, rafistolages en tous genres)) , avait fait du camping une véritable philosophie de vie.

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Camping

Les joies du camping : choisir un bon matelas

Quand il a fallu vérifier l’état du matériel de camping, j’ai râlé.

Parce que personnellement, je serais bien partie à la « One-again ».

Jeter tout dans le coffre, sauter par-dessus la portière de la décapotable et filer, les cheveux au vent, le long de la Sixtisixe.

C’était ça, mon programme.

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« Dites six fois : J’ai eu une cystite le long de la Sixtisixe ».

J’ai râlé quand il a fallu gonfler les matelas (même malgré ces nouvelles pompes qui se branchent sur l’allume-cigares et qui ne demandent plus que tu souffles comme une dératée pendant une demie heure jusqu’à cette sensation douloureuse qui te donne l’impression que ton crâne va imploser en milliers de petits bouts de chair).

J’ai râlé aussi quand il a fallu les poser contre le mur le temps de la soirée, pour vérifier s’ils ne se dégonflaient pas.

J’ai un peu moins râlé quand, après le repas moules-frites, on s’est rendues compte que MON matelas se dégonflait et que Belle-Maman, qui a toujours plus d’un tour dans son sac, m’en a prêté un autre en déclarant solennellement : « Tiens, prends celui-là, je viens de l’utiliser, je suis certaine qu’il est en bon état ».

Tout à coup, oui c’est vrai, il faut bien le reconnaître, les plans anticipation de ma petite sœur avaient du bon, et, si je ne l’avais pas écoutée, j’aurais subi un nouvel épisode de ce que j’appelle communément « le karma-matelas ».

Qu’est-ce que le karma-matelas, me demanderez-vous ?

Eh bien c’est très simple et cela peut se résumer en une phrase : Je n’ai jamais dormi sur un matelas pneumatique gonflé toute une nuit.

JAMAIS.

Car je souffre du karma-matelas.

  • Quand j’étais enfant et que je partais en camp scout, je me réveillais chaque matin à même le sol et quand je regardais autour de moi, toutes mes copines dormaient tranquillement sur leur matelas confortable.
  • Plus tard, j’ai opté pour les auto-gonflants. Vous savez, ceux qui ne se gonflent absolument pas et qui vous ruinent le dos. Le résultat était le même. Karma-matelas.
  • L’été passé, sur mon île grecque, mon matelas était si fin et le sol si dur que je ne parvenais pas à admettre que c’était bel et bien sur du sable fin que j’avais posé ma tente et non sur un parking bétonné.
  • Quand je suis partie dans les Calanques, j’avais carrément oublié mon matelas. Des amis, dans leur grande mansuétude, m’ont prêté la couverture de leur chien et j’ai dormi pendant une semaine dans les poils et les odeurs de toutou.

Mais cette fois, grâce à la phase de préparation, j’allais enfin prendre ma revanche, et c’est en paix que je suis partie pour mon périple.

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 » Wééé, trop d’la balle, Loulou, j’ai emmené un matelas gonflé »

SAUF QUE.

(Il y a un « Mais », comme vous vous en doutez).

Sauf que le premier soir, j’ai très vite senti que Belle-Maman (et là il y a deux options) m’avait soit roulée dans la farine ou bien avait été trop confiante.

Car je sentais bien mon matelas se dégonfler, lentement mais sûrement, au fur et à mesure des heures qui passaient.

La première nuit, j’ai réveillé Caro vers trois heures du matin pour qu’elle m’aide à le regonfler, parce que bon, c’est compliqué pour moi de brancher un matelas sur un allume-cigares. Elle l’a fait, parce qu’elle ne peut rien me refuser, mais elle avait honte de réveiller nuitamment tout le voisinage avec ce bruit de soufflerie de sèche-cheveux. Elle a décrété qu’on ne le ferait plus.

La deuxième nuit, j’ai écouté les conseils de Raphaël qui me recommandait d’échanger incognito mon matelas avec celui de ma sœur.

Mais elle s’en est tout de suite rendu compte (parce que le mien était bleu et le sien gris ?) et elle m’a obligée à tout remettre en l’état, prétextant que comme elle s’occupait déjà de tout (conduire, lire la carte, monter la tente, gonfler les matelas) pendant que je baillais aux corneilles, elle avait bien le droit à un minimum de confort.

J’ai donc dû me résigner à subir le karmas-matelas.

Celui avec lequel je suis née, et qui me poursuivra vraisemblablement jusqu’à ma mort.

snoopy campe

 

Camping

Les joies du camping : prendre sa douche

Aujourd’hui, nous aborderons un sujet ô combien délicat.

« Prendre sa douche en camping« .

Que celle qui n’a jamais dû en passer par cette case de l’existence sache dès à présent qu’elle fait partie d’une caste. La caste des privilégiées.

douche camping

trait

Prendre sa douche en camping se déroule invariablement comme ceci :

Toute l’après-midi, tu as lézardé sur la plage du camping des flots bleus.

Jusque là, ça a l’air simple, me diras-tu.

Mais détrompe-toi.

Déjà, à la base, tu es partie en vacances à la montagne. Ce qui explique que le panneau « La Plage » (avec des majuscules) éveille ta méfiance.

Comme tu viens de t’avaler mille bornes en bagnole pour arriver là, que la clim était faiblarde, que ton sandwich à l’omelette a un peu tourné et qu’il y avait des embouteillages à Paris, toutes tes pensées convergent vers un seul but à présent : te rafraichir un peu.

Tu chausses tes clapettes et tu te diriges vers La Plage.

la-plage-film-poster-thailande« Léonardo ? Mon œil »

Bien évidemment, tu t’en doutais (car à toi on ne te la fait pas), la plage du camping ne porte ce nom que par pure retape putassière.

En lieu et place de plage tu trouves une portion de galets donnant sur une rivière agitée.

Tu déroules ta serviette et, en t’asseyant, tu remarques, chose étrange, qu’il y a des minuscules coquillages dans les galets. (Souvenirs de l’ère préhistorique ?). Là ton point de vue change. Tu te dis que si tu étais le tenancier du camping, toi aussi tu aurais appelé ta plage « La Plage ».

Tu veux t’allonger un peu mais il va sans dire que le mix coquillages-galets transperce ta serviette de bain pour te ruiner le dos.

massage galets« Dire qu’il y en a qui paient pour ça »

Tu te rassieds. Tu observes les badauds autour de toi. Ceux qui ont opté pour le même lieu de villégiature que toi.

Le camping de la plage rameute des enfants. Les enfants de parents montagnards. Ceux qui se font arnaquer par leurs parents qui leur promettent une plage. Une plage de galets située le long d’une rivière dans laquelle ils ne pourront faire un plongeon que s’ils ont bien crapahuté dans la montagne pendant huit heures d’affilée dans un dénivelé de malade sans demander si on arrive bientôt et en essayant d’arracher avec les dents un saucisson transpirant pour la pause déjeuner (dix minutes top chrono).

Au début, tu compatis. Car toi aussi tu as été enfant de montagnards.

Passer une fin d’après-midi auprès d’enfants le long d’une rivière.

Voilà exactement ce qu’il te fallait après tes douze heures de voiture.

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Rajoute trois niveaux de difficulté si comme moi tu es célibataire sans enfants, car il est de notoriété publique que le seuil de tolérance des parents est autrement plus élevé que le tien, question d’habitude certainement.

Gentil Damien

Tentant (sans succès) de faire abstraction de leurs cris d’excitation, tu te lèves et décides d’aller te baigner un peu.

Quand tu plonges ton gros orteil dans la rivière, tu t’aperçois qu’elle est glacée (ben oui, c’est l’eau des glaciers, grognasse) et que ceci expliquerait pourquoi les enfants crient et ont les lèvres toutes bleues.

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Ton orteil gelé, les cris des gnomes, ton dos ruiné par les galets, la crème solaire qui te colle à la peau et le trajet que tu viens de te coltiner.

Là c’en est trop.

Tu décides de prendre ta douche.

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Tu arrives dans le local-douches. Qui en fait est une cahute faite de tôles et de rondins aménagée selon des plans qui ne sont pas sans faire penser à ces sanatoriums de jadis.

douche vintage

Tu insères un jeton dans l’appareil (auparavant, tu as eu l’excellente idée de jeter ces jetons dans ton porte-monnaie « pour ne pas les perdre », et tu as passé un temps fou à essayer de les retrouver parmi tes pièces).

La douche se déclenche.

Le clampin qui est passé juste avant toi a fait pivoter le pommeau en direction de l’endroit où tu as posé en équilibre précaire ta trousse de toilettes (la tablette est inclinée). Tu le remets droit. Dans la bataille, l’eau t’a ravalé le visage.

Ça tombe bien, car ce soir, tu devais justement te laver les cheveux.

« Facile »

Tu stresses, car il ne te reste qu’un seul jeton, et tu ignores combien de temps dure la minuterie.

minuterie« Minuterie »

Tu dois poser tes pieds sur un petit carré fait de planches vermoulues qui, à force de rester sous l’eau tiédasse, sont recouvertes d’un fin duvet tellement glissant que tu as l’impression de marcher sur des algues.

Rapidement, ton cerveau évalue le danger et classe cette douche au top trois des actions que tu as posées un jour et qui auraient pu te rendre paraplégique (Saut à l’élastique/roller parade).

Ce qui est chouette aussi, c’est que la minuterie des néons qui éclairent les douches n’est pas raccord avec celle de l’eau.

Tu dois donc régulièrement sortir de ta douche pour passer devant le déclencheur de mouvements.

A moins que tu ne sois tellement à l’aise sur ta planche en bois que tu puisses te permettre de tendre la jambe vers le détecteur sans bouger de sous ta douche (Jackie Chan/Philippe Candeloro).

« Moi j’y parviens »

Ou alors tu adores prendre ta douche dans le noir complet (Gilbert Montagné/Steevie Wonder).

Serais-tu surpris(e) si je te disais que le l’eau s’arrête alors que tu as encore de la mousse sur le crâne ?

ABSOLUMENT PAS.

Car c’était cousu de fil blanc, tu sais bien que la vie peut parfois être une chienne, tu en as acquis la certitude à force de moult expériences de ce style.

Tu respires un grand coup. Tu te dis : « Au diable la varice, je vais m’offrir un deuxième jeton » (de toute façon, as-tu vraiment le choix ?).

Du coup tu dois te rhabiller.

Mais bien-sûr, comble du bonheur, ta petite culotte est tombée du rebord sur lequel tu l’avais posée. Elle baigne dans l’eau croupie où les touristes posent leurs pieds plein de verrues. Tu l’enfiles quand-même en récitant cette phrase familiale : « ça fera mes anticorps ».

Oh et puis non, c’est vraiment trop désagréable. Tu la fourres en boule dans ta trousse de maquillage et tu traverses les allées cul nu (mais ça, personne ne le sait, parce que tu as quand-même enfilé ta robe).

sharon-stone-basic-instinct« Ah si tu savais, Michel. Je ne porte pas de culotte »

Tu arrives à la réception.

Il y a un mot sur la porte. « Je suis parti faire une petite course. J’en ai pour 20 minutes. Signé : Jean-Claude. »

Tu ignores si Jean-Claude a écrit ce mot il y a 18 minutes ou il y a 2 minutes. (Il y a une nuance).

La mousse de ton shampoing sèche sur ta tête, au soleil.
Tu maudis la Terre entière.
En attendant Jean-Claude.
Ton porte-monnaie à la main.

Tu ignores que tout au fond de celui-ci, mélangé à tes pièces de monnaie, il te restait un jeton.

Et ceci n’est qu’un petit aperçu de ce que c’est que prendre sa douche en camping.

Pour te dire.

bon bain« Ce bon bain m’a fait du bien »

got stress go camping

« Là c’est vrai que je sens que je me détends à fond du bulbe »

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Les préparatifs

Un périple tel que celui que nous allons entamer se prépare.

Enfin, un minimum.

thelma et louise

A ce stade déjà, deux écoles s’affrontent.

Celle de Thelma :

  • Saisir trois shortys, un bikini et une paire de clapettes dans l’armoire.
  • Jeter négligemment le tout dans une valise.
  • Réaliser à ce stade (la veille) que l’on n’a pas de valise.
  • Vouloir appeler sa maman en grinchant (Mamoune, j’ai paaaas de valise)
  • Réaliser que Mère est elle-même partie en vacances.
  • Se consoler en mangeant un sachet de cerises Haribo.

Celle de Louise :

  • Il faut monter la tente dans le jardin paternel quelques jours avant le départ, afin que Thelma sache comment la replier, parce que Louise a soi-disant les bras trop petits.
  • Il faut gonfler les matelas pneumatiques et les laisser quelques heures afin de vérifier qu’ils ne soient pas troués.
  • Il faut emporter des rouleaux de papier de toilette pour Thelma car Louise sait pertinemment bien qu’elle ne va pas y penser.
  • Il faut passer faire quelques courses avant le départ pour se faire un pique-nique sur la route.
  • Il faut analyser la carte pour savoir quel itinéraire suivre.

ordre et désordre

La méthode de Thelma :

  • Échapper à celle de Louise en prétextant que tout est sous contrôle.
  • Rajouter un tube de crème solaire à la pile de ses affaires (Bordel, dire que j’ai manqué l’oublier).

Celle de Louise :

Démonter le maigre argument de Thelma (Tout est sous contrôle) en prétextant qu’elle doit apporter son aide lors des préparatifs parce qu’il parait que elle ne sert à rien pendant le voyage.

Louise prétend que :

  • Thelma a peur de conduire sur les autoroutes donc c’est Loulou qui va conduire tout le long du trajet.
  • La dernière fois que Thelma a servi de copilote, la carte routière s’est envolée par la fenêtre à cause du vent.
  • D’ailleurs, Thelma ne sait pas lire une carte.
  • Il parait qu’elle ne sait pas non plus replier la tente et que Louise (elle insiste là-dessus) a les bras beaucoup trop courts pour faire ce genre de mouvement.
  • La dernière fois que Thelma a voulu cuire des œufs en camping, elle a servi une omelette sur graviers à ses invités.

Devant tant de mauvaise foi, Thelma se devait de montrer à Louise l’exact inverse (c’est-à-dire sa bonne foi).

C’est donc dans ce contexte que Thelma est venue à la séance de préparatifs (il faut dire aussi que Belle-Maman avait préparé des moules frites ce soir là).

(Précision : Il va sans dire que dans ce récit, je suis Louise et ma sœur est Thelma.)

two for the road - corrie bond

Camping

Thelma et Loulou

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Mes souvenirs de « Thelma et Louise » sont loin, enfuis avec mon adolescence et mes boutons d’acné.

Mais dans mon inconscient collectif (est-ce que l’inconscient d’une seule personne peut être collectif ? ) elles symbolisent le duo de femmes aventurières par excellence.

Elles volent une voiture décapotable, traversent l’Amérique, tuent un homme, se font Brad Pitt et finissent par se jeter dans un ravin.

La toute grande classe, le truc qui claque.

thelma et louise

« Vas-y Loulou, dégomme-lui sa tronche »

C’est exactement les vacances que l’on a prévu cet été avec Caro.

Enfin, sauf qu’au lieu de voler une voiture décapotable, on va partir avec la Ford Fiesta (on ne prend pas la Queen, c’est déjà ça).

Qu’à la place de traverser l’Amérique on va sillonner la France.

Que si on tue quelqu’un et que l’on tombe dans un ravin, ce sera par pure erreur.

Et je pense que si on peut se faire deux G.O. au camping des flots bleus, on serait déjà bien en veine (en ce qui concerne Brad Pitt, je me suis déjà résignée, et pour être tout à fait honnête, mes goûts se portent plutôt vers David Duchovny ).

david duchovny

« Bonjour, beau gosse. Vous habitez chez vos parents ? »

Nous partons donc sillonner les plaines.

Vendredi.

Pendant deux semaines de folie.

« Oh yeah, baby ».