Comme Victor avant moi

Premier jour

25 février 2022. J’avais une demie heure à tuer avant le rendez-vous fatal. Je crois que, dans mon empressement à en finir avec cette attente qui me mettait au supplice depuis maintenant une dizaine de jours, j’avais quitté la maison trop tôt. Alors je suis passée chez Claudine. L’odeur et la compagnie des livres me procurent un calme qui ne pouvait pas être superflu. Je me suis dirigée vers le rayon jeunesse. Elle avait mis en évidence un nouvel album de Jon Klassen, “Le rocher tombé du ciel”. Crois-tu au hasard ? En le parcourant, j’ai pensé que ce livre parlait de ma vie. Un beau matin, tu sors de ta chaumière en sifflotant gaiement quand un météore, semblant s’être matérialisé pile au-dessus de ta tête dans le seul but de te raplatir comme une crêpe, te tombe sur le râble et te réduit en bouillie sur le seuil de ta porte. Et hop, carpaccio de toi-même.

Si ça m’a fait penser à moi, c’est qu’il m’est arrivé une tuile dont je ne t’ai pas encore parlé ici, même si c’est le lieu idéal pour le faire (Un journal intime intitulé “Les Misérables”, tu penses bien) et si je ne t’en ai encore touché mot, c’est que cet évènement a provoqué un silence en moi, un cri muet. “Je sentais un cri infini qui passait à travers l’univers et qui déchirait la nature” nous rapporte Munch quand il a peint “le cri”.

Edvard aurait-il reçu la même missive que moi ? Je l’ignore, mais toujours est-il qu’un matin, une lettre de la Ville m’est arrivée par recommandé. Mère, qui a le flair d’un fin limier, a déclaré : “Si tu veux mon avis, ça pue du cul”. Je l’ai rassurée tout de suite, lui expliquant que j’avais probablement des livres en retard sur ma carte et que l’on me battait le rappel. J’ai passé un coup de fil à Christine, et nous dissertions sur le sex appeal de Charles Berling quand j’ai décacheté d’une main distraite la fameuse enveloppe. La lettre était assez longue et, la parcourant d’un rapide coup d’œil circulaire, j’aperçois qu’elle se termine par une date écrite en gras et soulignée. Je dis à Christine : “Attends, je te laisse, je te rappelle plus tard, parce que ça sent encore l’embrouille, cette histoire”. Et je ne croyais pas si bien dire. L’objet de la lettre était le suivant : “Entretien en vue d’un éventuel licenciement”.

Si tu te dis surpris, Victor, ce n’est rien à côté de moi. Il y a des coups de poignard qui, je crois, font moins mal que celui-là.

23 mars 2022. Il y a eu l’incompréhension. Totale. Les pleurs. Les pourquoi qui ont hanté mes nuits. Il y a eu l’intervention de mon avocat. Des rêves de crocodiles peuplant les rivières. Il y a la dépression, tentaculaire, qui m’a vissée à elle, m’enserrant de ses griffes. Il y a eu l’inquiétude de l’entourage et des pleurs encore, la douleur viscérale, celle d’un animal blessé pris dans un piège. Il y a eu la pensée d’une hospitalisation éventuelle. Macramé chez les déments. Le rendez-vous en psychiatrie, la promesse qu’il y aura des jours meilleurs, et, le même jour, l’annonce par téléphone : “Aujourd’hui était votre dernier jour de contrat, le Collège a tranché”. Aujourd’hui, c’était hier. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui est en réalité demain. “Et demain sera votre premier jour sans travail”.

Ces dix années éreintantes mais aimées sont à présent derrière moi. Et, bien-sûr, je me sens vide, bien entendu je suis épuisée par tout ce qui vient de se jouer : une maladie qui, en quelque sorte, s’est retournée contre moi. Mais s’il y a bien une chose que j’ai comprise de l’intérieur, c’est que la dépression est une arme à double tranchant : soit elle vous anéantit, soit elle vous rend plus fort, ou du moins plus vrai avec vous-même. Et je ne sais pas encore très bien où je vais, vers quel horizon professionnel je me dirige, mais je sais qu’il s’avancera vers moi le moment venu.

En attendant, Victor, laisse-moi dire à mes collègues combien je les ai aimés, combien ce fut un plaisir sans cesse renouvelé de les avoir à mes côtés afin de construire ensemble la bibliothèque de nos rêves, à quel point j’ai aimé travailler main dans la main avec toutes les personnes qui ont gravité autour de moi, à quel point je me suis sentie à ma place, à quel point j’ai cru en ce que je faisais, parce que je me permets de croire que la littérature nous sauvera tous, c’est un espoir que ma maladie n’a pas détruit, bien au contraire, elle l’a renforcé, et c’est pleine de cette transmission que j’essaie aujourd’hui de m’extraire de cette purée de poix.

Comme Victor avant moi

Ampoules

J’ai demandé à la secrétaire du Beau Rivage si je pouvais utiliser les toilettes. “Bien entendu”, me répond-elle.  

Quand j’en ressors, je lui signale : “En tout cas, il ne faut pas être épileptique, chez vous. Sinon on risque fortement de tomber en catatonie”. “Oh zut… Vous voulez dire que la lampe est de nouveau en train de clignoter ?””Sacrément” “Elle nous fait souvent ce coup-là. Mais j’ai trouvé un truc, me dit-elle en s’emparant manu militari d’une grande latte en plastique. Je tape sur l’ampoule avec ça et tout rentre dans l’ordre”. Elle quitte son aquarium et s’en va frapper un grand coup dans la lampe qui cesse instantanément de clignoter. “Vous voyez…” 

Son collègue arrive. “Patricia, Il y a un problème avec la lampe du couloir, elle clignote” “Elle aussi ?!”. Puis, s’adressant à moi, les épaules basses, elle constate : “C’est dingue… Il n’y a plus rien qui va”. “Oh ça Madame… je ne vous le fais pas dire… lui dis-je. C’est d’ailleurs bien pour ça que je suis ici…” Patricia part dans un petit rire contenu, un brin nerveux, celui de la secrétaire éduquée à ne pas se moquer de la clientèle qui fréquente les différents cabinets. Puis elle explique à son collègue : “Il faut taper dedans”. 

Le collègue semble perplexe. Il lui demande, surpris : “Taper dans qui ???!!!”. Elle rit. “Dans l’ampoule, pas dans quelqu’un”. Je dis à Patricia : “Vous me rassurez un peu. Je commençais à croire que cela faisait partie de vos méthodes : un grand coup de latte dans l’ampoule, et tout rentre dans l’ordre”. En disant cela, je tape sur ma tempe avec mon index, mimant la folie. 

Patricia glousse. Son collègue, quant à lui, semble toujours aussi interpellé. C’est à ce moment-là que Casual-Freud sort silencieusement de son bureau et m’invite à le suivre d’un geste de la main. C’est à mon tour.  

Beatriz Meneses
Comme Victor avant moi

« Comme Victor avant moi » – Extrait – Le brunch

30 janvier 2022. Je suis allée bruncher avec Charlotte. On aime bien de temps en temps aller bruncher le dimanche matin. On trouve que ça fait très new-yorkaises. 

Elle a laissé Chou vert et Vert chou seuls à la maison le temps que Tom rentre des courses. Elle leur a tendu un papier sur lequel étaient inscrits quelques numéros de téléphone et elle leur a dit : “En cas de problème, n’appelez pas Simone, parce qu’elle sera avec moi”. Ils ont jeté un regard distrait à son papier et ont répondu d’une seule voix : “D’accord, maman”, pas tracassés pour un sou. Je les soupçonne d’être impatients de se débarrasser de nous afin de pouvoir jouer sur la tablette. L’enfance est tellement ingrate. 

On a mis les bouts. La ville était étonnamment agitée pour un dimanche. Les passants déambulaient, d’humeur joviale. Comme quoi, un jour sans pluie suffit parfois à rendre le sourire aux âmes les plus funestes. 

Charlotte m’a tirée par la manche : “Regarde, Simone ! Il y a un grand déstockage de plantes !”. Et en effet, un grand panneau nous annonçait : “Ici, jungle urbaine. Moins 50% sur tout”. “On peut y aller?”, me demande-t-elle. “Bien-sûr, lui dis-je, magnanime. On a bien le temps, on est new-yorkaises, après tout”. On est entrées dans une belle arrière-cour au fond de laquelle se trouvait une grande maison de maître que des hippies urbains avaient envahie et transformée en jungle ; une forêt amazonienne sous les plafonds hauts et les moulures en plâtre. Charlotte ne se sentait plus. Un peu comme moi si on m’avait précipitée au rayon chips de l’Intermarché. En deux temps trois mouvements, elle avait adopté une dizaine de petites protégées, leur chuchotant à l’oreille de douces promesses : “Vous allez venir vivre chez moi, les filles. Vous serez comme des coqs en pâte, vous allez être très heureuses, vous verrez”. 

Il y en a une pour laquelle elle a hésité un instant, mais elle m’a dit à l’oreille : “Je ne peux pas ne pas la prendre. Je lui ai dit qu’elle venait. C’est un peu comme un enfant adopté. Tu imagines un peu ? Tu lui dirais, après lui avoir annoncé qu’il a enfin trouvé une famille : “Finalement non, je ne t’adopte pas ?””. Alors elle l’a empoignée et déposée avec les autres à la caisse.

Elle m’a demandé : “Au fait, comment se porte la plante verte que je t’ai offerte pour ton anniversaire ?”. Je me suis vue répondre immédiatement : “Elle va pour le mieux dans le meilleur des mondes”, ce qui serait vrai si l’on considère la mort comme étant le meilleur des mondes. Dieu ait l’âme de Judith… Et qui sont ces mécréants qui osent m’offrir des êtres vivants ?

On est sorties de là, les bras chargés de plantes, et c’est à peine si l’on voyait encore où poser le pied. Nous nous dirigions vers “la Brioche dorée » quand un couple nous a interpellées. “Peut-on vous demander d’où vous venez ? On se promène dans les ruelles et c’est intriguant, cette ville qui regorge de haricots qui marchent”. 

On leur a indiqué la Jungle urbaine et j’ai dit à Charlotte : “C’est génial, cette image que la femme vient d’utiliser : les haricots qui marchent ! Je vais l’utiliser dans mon roman”. Charlotte m’a répondu : “Je suis désolée de te décevoir, mais elle n’a absolument pas parlé de haricots qui marchent. Elle a tout simplement dit : “des plantes qui marchent””. “J’ai dû mal entendre, dans ce cas” “Oui. Comme d’habitude. Tu sais quoi ? Les gens pensent que tu es créative, mais en fait tu ne l’es pas spécialement. Tu es juste sourde comme un pot de chambre. C’est comme cette histoire de choux de Bruxelles… elle me semble carrément improbable. Tu es sûre que la femme a dit : “choux de Bruxelles” ? Tu ne crois pas qu’elle a plutôt dit quelque chose comme : “Tu peux t’acheter de la vaisselle ? Ou bien un bon chez Ici Paris XL ?”.

Comme Victor avant moi

« Comme Victor avant moi » – Extrait – A la brioche dorée

27 janvier 2022. J’avoue que j’en ai voulu à Douglas de m’avoir ainsi obligée à sortir de chez moi pour affronter ce ciel bas et cet irritant petit crachin national à vous faire frisotter le cheveu. C’est que je suis un animal casanier, moi. Un véritable lièvre de terrier. Alors, dès que j’aventure ma patte hors de la maisonnée, je me retrouve en proie à une indicible angoisse et je sens poindre en moi une implacable crainte de l’inconnu qui se matérialise par un mal de ventre diffus, une boule de nerfs qui me remue les entrailles, la sensation d’être soudain devenue une bête traquée sur un chemin forestier  à découvert. 

Mais je décide de sortir tout de même, j’emprunte les rues et les trottoirs, longe les magasins pour entrer tout d’abord dans un îlot réconfortant, “Chez Maurice”, la librairie de seconde main. Je me sens aussitôt apaisée. La compagnie des livres, à coup sûr. J’adopte la posture de la dénicheuse de trésors, tête penchée vers la gauche, et me mets en quête de noms amis, sans succès. 

Je capte une conversation entre Maurice et une cliente qui semble avoir pris racine là, pilier de comptoir littéraire. Elle raconte qu’elle a reçu de la part de sa sœur un bon d’achat d’une valeur de quinze euros chez “Paysans artisans” et qu’elle compte le dépenser en choux de Bruxelles qu’elle lui offrira en retour. Maurice semble tiquer. Il ne comprend pas qu’elle dédie l’argent de son cadeau à le retourner à l’expéditeur. Il dit : “Il était pour vous, ce cadeau. Il vous était offert. Il ne faut pas faire qu’offrir, dans la vie. Il faut aussi savoir recevoir”. J’ai envie de dire à Maurice que le vrai problème, c’est que son cadeau est tout pourri. Qui a envie de se faire plaisir chez Paysans artisans ? Sa sœur ne pouvait pas lui offrir un bon chez Rituals ou chez Leonidas, comme tout le monde ? Du coup, je soupçonne la cliente de fomenter une vengeance. En plus, je ne suis pas hyper au fait du cour du chou de Bruxelles sur le marché des crucifères, mais m’est avis qu’avec quinze balles, elle peut aller lui en porter une pleine brouette. 

“Vous devriez plutôt vous faire plaisir”, insiste Maurice et j’ai fortement envie de crier “Vengeance ! Vengeance !” dans sa boutique, mais la bienséance me retient et je mets plutôt les bouts. 

J’arrive à “La brioche dorée”. Je déballe mes autres petites affaires. Ma boîte en fer contenant mon stylo et le tome 4 des “Chroniques de San Francisco”. 

Madame Brioche Dorée fonce droit sur moi avec mon assiette. “Oh mais c’est un bel exemplaire des misérables, que vous avez là, Madame Pradier !”. Pour éviter qu’elle ne pense que je suis une iconoclaste qui se permet d’écrire et de raturer une merveilleuse édition, j’ouvre mon énorme livre, lui dévoilant mon secret. “Regardez!”. “Oh mais c’est vide !” “Oui, j’ai aménagé moi-même un carnet de notes à l’intérieur” “Mais comme c’est ingénieux !” “N’est-ce pas ?” “Et c’est très beau, en plus” “Oui, lui dis-je, c’est du plus bel effet” et sur ce, elle me dépose ma pâtisserie ainsi qu’une grande théière.  

J’essaye de me mettre en condition, telle une spécialiste olympique de l’écriture en salon de thé, mais la musique qu’ils diffusent interfère avec mes pensées. Je remarque instantanément où le bât blesse : c’est qu’il s’agit d’Angèle. Que dire ? Que cela ne m’étonne guère plus que cela ? Que c’était inévitable, cousu de fil blanc ? Qu’elle me persécute depuis si longtemps maintenant que j’en serais presque blasée, si ce n’était qu’elle parvient encore et toujours à me crisper au plus haut point, une irritation digne d’une fraise de dentiste. 

Je jette un regard circulaire et apeuré autour de moi. Personne ne semble me prêter attention. Je verse mon thé dans ma tasse, ouvre mon carnet. “Pradier. La vie incessante”, ai-je écrit avec de belles arabesques sur la première page. Je me mets à observer les abords, telle une Diane Fossey observant les gorilles, tapie dans les fougères et cachée par la brume. Mais il ne se passe absolument rien et je me sens trop timide pour l’exercice. 

Je replie mes affaires et quitte le café en hâte, légèrement déçue par mon excursion mais soulagée de rentrer chez moi. Je ne sais pas à quoi je m’attendais. Que quelqu’un trébuche ? Qu’un pacemaker s’arrête de pulser et foudroie une vieille dame au milieu du salon de thé ? Ou, plus modestement, qu’un caniche lève la patte sur le pied d’une table ? Je ne sais pas exactement. Puis, passant devant la vitrine de chez la fleuriste, je vois qu’elle a sorti un grand panneau sur lequel elle a écrit de sa plus belle écriture : “Aujourd’hui, nous fêtons les Angèle”. 

Tu sais, Victor, je crois que je ne t’apprends rien, mais ce n’est pas facile tous les jours d’être écrivain.

Comme Victor avant moi

Extrait : « Comme Victor avant moi »

21 janvier 2022. Le premier exercice proposé par Doug (je me permets d’ainsi surnommer Douglas Kennedy, maintenant que nous sommes intimes) est de s’essayer à écrire dans différents endroits : un jour chez soi bien au calme, le lendemain dans un café au milieu d’un peu d’agitation. 

Bien entendu, je compte me prêter à l’expérience. Sinon, ce n’est même pas la peine d’avoir grillé ma carte Gold. Le hic, c’est qu’entre le tournage de ses capsules vidéo et maintenant, une légère pandémie mondiale a comme qui dirait eu lieu et j’ignore si les êtres humains sont encore en droit de s’installer pépouze dans les cafés. 

D’ailleurs, hier encore, quand j’ai fait scanner mon pass sanitaire, une grande croix rouge en barrait l’écran, accompagnée de ce message énigmatique : “Accès à l’évènement refusé”. Comment ?! Le grand événement de ma semaine, aller déguster un petit gâteau, allait m’être refusé par les Autorités ?! Puis ce matin, voilà que ma quarantaine était enfin levée, je pouvais à nouveau carapater hors de l’appartement.

Mes parents m’ont appelée Simone en hommage à Simone de Beauvoir, réputée pour avoir traîné ses savates et son existentialisme dans les cafés du tout-Paris. Il se peut donc que je sois prédestinée à écrire dans les cafés. A vrai dire, il me tarde de tenter l’expérience. Par contre, je me sens moyennement d’attaque à me prendre le chou avec un type qui louche violemment et qui déclare que l’enfer, c’est les autres. Jean-Paul… tes parents ne t’ont jamais appris que c’est très mal de reporter toujours la faute sur les autres ?

“On ne nait pas femme, on le devient”, “une femme qui n’a pas peur des hommes leur fait peur”, “Je suis un intellectuel. Ca m’agace qu’on fasse de ce mot une insulte : les gens ont l’air de croire que le vide de leur cerveau leur meuble les couilles”, écrivait-elle, confortablement installée sur une petite table en formica lui étant attribuée au fond du café, vidant à longueur de journée des litrons de thé, quand ce n’était pas un peu plus corsé. Je dois bien dire que je m’en sens la digne héritière.

J’ai réfléchi à un endroit pouvant nous accueillir, ma prose et moi. Je ne voulais pas me rendre chez Maître Zen. D’abord parce que je sentais confusément que j’avais besoin de dépaysement, et ensuite parce que ses desserts sont tout simplement dégoûtants. Dans le meilleur des cas, il propose ses horribles biscuits de la chance tout secs et dans le pire, on se retrouve avec d’étranges gâteaux ronds, blancs et gluants, peut-être roulés sous les dessous de bras (“Mais… mais ce sont des yeux !”, s’est écriée un jour Charlotte en les tâtant du bout de sa fourchette. Et c’est vrai que la ressemblance était confondante).

Mon choix s’est finalement porté sur “La brioche dorée”, un salon de thé bien connu de la ville, un genre d’établissement pour vieilles dames chic. 

Comme Victor avant moi

Douglas Kennedy

Ce soir, en grande exclusivité, je vous propose un petit extrait de mon roman, pour votre mettre en appétit…

Pour vous situer, mon héroïne, Simone Pradier, essaye d’écrire un roman. Oh, la belle mise en abîme que voilà ! Et, chose importante, elle s’adresse à Victor Hugo via son journal intime.

20 janvier 2022. Pour m’aider dans l’écriture de mon roman, je me suis inscrite à des ateliers en ligne avec Douglas Kennedy. Ce sont des sortes de masterclass que l’on peut suivre de chez soi. Cela s’appelle “The Artist Academy” (vois comme c’est pédant) et on peut choisir entre plusieurs guides spirituels dont lui, Bernard Werber ou Eric-Emmanuel Schmitt. Bernard Werber me semble dans un premier temps trop ésotérique pour moi, et Eric-Emmanuel me fait peur, pas seulement à cause de son prénom, ni à cause de son style (finalement je n’ai jamais rien lu de lui et je pense que ce n’est pas parce qu’on aime pas le style d’un auteur qu’il n’a rien à nous apprendre, je serais bien prétentieuse de camper sur cette position, moi qui me contente de rédiger quelques petites bafouilles racontant ma vie de bibliothécaire pendant qu’il vend ses romans comme des petits pains), mais parce qu’il a, à peu de nuances près, la même tête que mon collègue Raymond (celui s’est fait des pâtes aux lardons) et qu’il risque de hanter mes nuits en plus de dégrader mes jours.   

J’ai donc opté pour Douglas, même si je n’étais pas parvenue à terminer “La femme du cinquième”, malgré les encouragements de Nadine qui me disait à quel point elle aime cet auteur. Je réessayerai de lire ses bouquins, maintenant qu’il est devenu mon nouvel auxiliaire de vie. En attendant, j’ai décidé de suivre son premier atelier. J’ai donc payé les cours avec ma carte Visa, alors que j’ai déjà un découvert colossal, mais que veux-tu, Victor, ce n’est pas à toi que je vais apprendre ce qu’est la misère, je crois que tu en connais un rayon sur le sujet. J’ai décidé de prendre ton personnage de Marius en modèle, particulièrement quand tu dis : “Il avait ainsi posé le travail de sa vie : travailler le moins possible du travail matériel pour travailler le plus possible du travail impalpable ; en d’autres termes, donner quelques heures à la vie réelle, et jeter le reste dans l’infini”. 

Le prenant donc en exemple, je me suis installée dans mon canapé avec une tasse de café, quelques pralines, un carnet de notes et un stylo. Un stylo, c’est une plume, si tu préfères, mais en version un peu plus évoluée. Je te passe les détails, mais on n’est plus obligés de courir dans les parcs derrière des canards à essayer de leur arracher une plume du croupion, et c’est tant mieux. 

Douglas est apparu à l’écran. Ça te ferait un effet bœuf, c’est moi qui te le dis. Ca t’en boucherait un coin. Mais moi, enfante du vingt-et-unième siècle, qui plus est en cette période de pandémie, je côtoie au quotidien ces engins du Diable qui matérialisent instantanément un être dans ta salle à manger, et à vrai dire, cela ne me fait ni chaud ni froid.

Il m’a prodigué ses conseils dans une courte vidéo vachement bien fichue. Il a entre autre dit : “Ecrire un roman, c’est comme courir un marathon, on ne s’y met pas d’un seul coup mais progressivement ». Et Adèle, qui passait justement dans le salon à ce moment-là, s’est exclamée : “C’est qui, lui ? Il me parait bien perspicace, comme mec !”. 

Enfin, si je te raconte tout ça, c’est parce que je voulais t’expliquer que ça m’a donné une idée. Et pas des moindres, s’il-te-plait. 

Je compte créer ma propre académie en ligne. Eh oui ! Sauf que mes cours à moi seraient donnés… par toi.

Je vois d’ici ton étonnement. Que dis-je : ton ébahissement. Mais il va sans dire que ce ne serait pas réellement donné par toi étant donné que tu croupis six pieds sous terre depuis un bon moment déjà, mais j’ai réfléchi, et rien ne m’empêche de mettre au point une sorte d’hologramme de ta personne et, entourée d’experts de la question hugolienne, je te ferais prodiguer des conseils d’écriture pour les auteurs en devenir. Alors ? Qu’est-ce que tu en penses ?

Je vais en parler demain à Sacha et Charlotte. Je me demande la tête qu’elles feront. Nul doute qu’elles seront soufflées par mon audace et mon génie. 

Douglas, dit « Doug », pour les intimes
Comme Victor avant moi

Atelier d’écriture de Laure d’Astragal

Deux janvier. Les choses sérieuses peuvent commencer. J’ai donc décidé de me consacrer à l’écriture de mon roman. Pour m’aider, j’ai dégoté ce bouquin : « L’atelier d’écriture : la méthode pour révéler l’écrivain qui sommeille en vous », de Laure d’Astragal. Je viens seulement de le commencer, mais il me parait parfait pour m’accompagner au jour le jour, du moins au début.

Elle propose quelques exercices pratiques auxquels je me prête avec plaisir. Notamment le suivant : imaginer que nos idoles nous encouragent dans nos projets.

Fox Mulder
Gaston Lagaffe
Claude Monet
Alf
Frida Kahlo
Victor Hugo
Comme Victor avant moi

Comme Victor avant moi

En 2022, c’est décidé, je me consacrerai à l’écriture de mon premier roman. Il s’intitulera : “Comme Victor avant moi” et en voici le pitch : 

“Quand Simone Pradier, bibliothécaire rêvant de devenir écrivain, découvre par le plus grand des hasards l’œuvre immense de Victor Hugo, elle décide de s’adresser à lui à travers son journal intime. Se croisent entre ses pages deux êtres que tout semble opposer : le sexe, l’âge et les siècles. Et pourtant, plus la jeune femme s’intéresse à la vie et à l’oeuvre de son illustre prédécesseur, plus les questions qu’elle se pose sur la vie, l’art et l’amitié, semblent trouver des réponses, ou du moins une profonde résonance”. 

Pour étoffer mon écriture, j’aurai besoin de me plonger dans toutes sortes de récits. Je me suis donc mis un défi. En 2022, je lirai chaque mois le journal intime d’un ou d’une artiste célèbre. Ce sera mon défi “Journaux intimes”. Je vous en dirai des nouvelles