Enfants

Bébé 1 – Grande Tata 0

Chères lectrices,

A bas l’écriture inclusive.

Je tenais à vous remercier pour toutes les marques de sympathie que vous avez eues à mon égard lors de la parution de mon dernier article. Cette fameuse matinée où j’ai gardé ma nièce.

La plupart d’entre vous sont des mères. Et, malgré cela, vous n’avez marqué aucun jugement à mon encontre. Au contraire, vous avez fait preuve de beacoup de sollicitude.

« Mais comment font les mères ? » ai-je alors demandé. Clémentine m’a répondu « Elle sont au bout de leur life ». J’aime beaucoup cette remarque, parce qu’en plus d’être drôle, elle ne tente pas de se prétendre au-dessus du lot, du genre : « Nous, les mères, on gère. Vous, la Caste des Sans-Enfants, vous ne pouvez pas comprendre et un rien vous laisse débordées ». Que nenni. Nous sommes apparemment toutes pareilles, unies devant l’adversité, telles des Bridget Jones téléportées dans le village des damnés.

Certaines d’entre vous se sont inquiétées de mon sort. « Et la suite de la journée? » « As-tu survécu ? ». Vous êtes nombreuses à avoir réclamé la suite, droguées au récit, installées devant ma chronique un seau de pop-corn à la main, comme devant un épisode addictif d’Urgences.

Je ne prends pas cet exemple au hasard et, sans vouloir vous dévoiler la suite, sachez que ce n’est pas avec Bébé que j’ai dû m’y rendre, mais voilà, elle a dans ses jouets un immonde clown que l’on a surnommé Georges Clowny (vous captez ?) et, à 8h45 du matin, c’est la tradition, on organise avec Bébé la réunion débriefing de Georges Clowny.

Vous vous en doutez, je n’ai absolument pas eu le temps de regarder ma montre. Si je vous note ces heures précises de la journée, ce n’est rien d’autre qu’un procédé littéraire. Une figure de style qui me permet d’installer un certain suspense.

Nous en étions donc à 8h45. Je pose Bébé dans son parc et j’installe tout le monde autour d’elle : Georges Clowny (chef de service), Rosalie, Léon le paon et toute la clique des joyeux drilles. Je commence la réunion. Léon le paon se plaint : « Georges est encore en retard ». Sophie la girafe, toujours prompte à balancer son prochain, répond : « Je l’ai vu dans le couloir, il buvait un Nespresso ». Bébé grinche. Elle n’aime pas les retards systématiques de Georges. Rosalie, amoureuse du clown (d’ailleurs, ils iraient très bien ensemble, ces deux-là, parce qu’ils sont tous les deux très moches ( je ne sais pas si c’est un critère qui rapproche les êtres)), lui trouve toujours des excuses : « Il a eu une nuit difficile. On a eu trois plaies par balle ». Bébé rigole. Je me demande si elle n’est pas encore un peu jeune pour entendre parler de tant de violence, mais je ne tiens pas non plus à ce qu’elle grandisse dans un cocon où on la préserverait des vicissitudes de ce monde. D’ailleurs, elle se frotte les yeux et elle met sa tétine en bouche, preuve qu’elle préfèrerait aller faire un petit somme que d’entendre parler de plaies par balles. Je la pose dans son lit. Il est 9H.

9h02. J’observe le lave-vaisselle d’un air las. Je le viderai le mois prochain.

9h05. Je ferais bien un petit somme, moi. C’est un conseil que m’ont donné les Mères : « Dors en même temps que ton enfant ou le burn-out parental arrivera en courant ». Je ne veux pas faire de burn-out parental. Je veux préserver ma santé mentale. Je sombre.

11h. Bébé se réveille. Du coup moi aussi. Je me sens un peu plus en forme même si la sieste a été courte.

« On va faire de la balançoire », dis-je à Bébé. Bébé adore les sensations fortes. Chien nous suit. Il aime les expéditions au jardin. On se balance doucement, pour éviter les gerbes de lait. J’ai la hantise des gerbes de lait. Bébé rit beaucoup.

Comme je suis un être très créatif, j’invente un jeu. Et une règle. « Dorénavant, chaque fois que l’on fera de la balançoire, il faudra chanter la chanson de la balançoire. Elle devra commencer par « Ce soir » et finir par une rime en « oir », OK ? ». Bébé est d’accord. « Je commence. Ce soir, je vais faire le trottoir. Ce soir, je vais briser un miroir. Ce soir, pour ne plus jamais me voir ». Bébé semble aimer ma chanson. Elle muse.

Soudain, au loin, on aperçoit Franklin.

Franklin, c’est le nouveau robot qui tond la pelouse. Une tortue, si vous préférez. D’où son nom. (Franklin la tortue, vous me suivez ? Même la Caste-des-Sans-Enfants ?).

Je n’aime pas Franklin. Je sais que c’est ingrat de ma part, car il oeuvre à nous rendre service. Il a des horaires réguliers, rentre dans sa cage sur le temps de midi pour prendre sa pause syndicale, semble avoir une attitude irréprochable.

Mais, depuis que j’ai vu l’épisode de Black Mirror avec les chiens robots tueurs, je suis mal à l’aise devant lui. J’ai osé parler de ce sentiment à Mathilde qui m’a confié ressentir la même chose. Elle a même dit : « Moi, je suis sûre qu’il nous écoute », ce qui ne m’a pas aidée à adopter Franklin comme faisant partie intégrante de la famille.

Je disais donc que c’est à ce moment-là que Franklin est arrivé dans les parages. Bébé aime bien Franklin. Elle l’observe attentivement. Mais elle a tendance à être imprudente et à parler devant lui. Alors je lui ai expliqué : « Chhhht, Hannah. Il nous écoute ». Visiblement, elle ne connait pas encore le code du doigt devant la bouche parce que ça la fait rire aux éclats. A cet instant, Franklin ne fait plus que gambader : il fonce droit sur nous à toute berzingue. Quand j’ai vu Chien fuir, j’ai immédiatement fait confiance en son instinct de survie animal. Je me suis emparée d’Hannah, je l’ai extraite de sa balançoire et nous avons fui à toutes jambes jusque dans la maison. « On l’a échappé belle », ai-je dit à Bébé. Chien s’est recouché dans son panier. Toutes ces émotions fortes, décidément, ce n’est plus de son âge.

11h50. Bébé crie. C’est l’heure du repas. Visiblement, elle tient de sa Grande Tata et mute en cas de faim. Je lui donne sa panade. Une cuillère pour Bébé, une cuillère pour Grande Tata. Bébé plonge les mains dans sa panade. Cela m’étonnerait que ma sœur lui laisse faire ce genre de choses, mais j’ai lu un article de Céline Alvarez qui dit que l’enfant absorbe le monde à travers le prisme des sens, en particulier le toucher. Bébé connait déjà les interdits. Elle me lance un regard interrogateur. « T’inquiète, avec Grande Tata, on peut ». Chien arrive. Il ne raterait pour rien au monde un repas de Bébé car elle laisse parfois tomber des miettes. Là, pour le coup, elle lui tend carrément ses mains qu’il lèche avidement. C’est une bonne chose. J’ai vu un documentaire sur Netflix qui expliquait que les Bébés qui côtoyaient des chiens et des chats échangeaient avec eux certains germes, boostaient leur système immunitaire et vivaient centenaires.

 13h. Bébé prend sa tétine et se frotte le visage avec son doudou, signe qu’il est temps de la mettre au lit.

13h05. Je ferais bien une petite sieste, pour ne pas céder au burnout qui me guette à nouveau. Je m’allonge sur le canapé.

13h10. Mes sœurs rentrent de chez Ikea. Je sursaute. Elles me sortent de ma torpeur. « Vous êtes déjà là ?! » Elles observent le salon, médusées. Tous les jouets qui sont venus à la réunion de Georges Clowny jonchent le sol. Bébé a renversé son biberon d’eau qui s’est vidé en goutte à goutte, formant une immense flaque d’eau. Tous les livres sont sortis du tiroir, explosés sur le canapé (Bébé voulait les lire tous). De la panade sèche sur le sol et dans les moustaches du chien. Caro s’exclame : « Mon dieu, mais c’est le dawa, ici ! ».

Adèle ajoute : « Natha, tu sais que si tu avais eu des enfants… ils seraient entre les mains des services sociaux ? ».

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Une matinée avec Grande Tata

Mardi soir.

Je rentre de vacances. Trainant ma lourde valise derrière moi, détendue comme il se doit, la peau bronzée, toujours chaussée de mes clapettes et vêtue de mon paréo, je crie « Yassas ! Salut les culs blancs!  » à Caro et Adèle, qui sont effectivement aussi blanches que le cul d’Edward Cullen en plein hiver.

Faut croire qu’elles savaient que j’allais me la ramener et que ça ne leur a pas plu, parce qu’elles avaient profité de mon absence pour me tendre un piège.

Elles ont énoncé, d’un ton sans appel et comme si c’était une évidence : « Vendredi, on va chez Ikea pendant que tu gardes Hannah ».

Je n’ai même pas eu l’occasion de protester, de dire que moi aussi je voulais aller traîner dans les showrooms et manger des boulettes de renne. Elles avaient même préparé leurs arguments parce qu’elles ont prévenu, bien avant que je puisse verbaliser quoi que ce soit : « Ils ont fermé le restaurant ».

Vendredi matin. Voilà le jour J.

6h45. Bébé a réveillé toute la maisonnée. Ce n’est pas grave, il fallait de toute façon se lever.

7h12. Adèle veut se faire un oeuf sur le plat parce que sinon elle ne va pas pouvoir manger de toute la journée. Soudainement, je m’inquiète de la durée de l’évènement. « Mais euh… vous comptez partir toute la journée ? » « Ah oui, me dit Caro, on ne rentre que dans l’après-midi. Le dîner d’Hannah est dans le frigo ».

7h13. L’oeuf d’Adèle est pourri. Elle doit le jeter. Elle est dégoûtée des oeufs à vie. C’est bien fait pour elle, ça lui apprendre à aller chez Ikea sans moi.

7h52. Caro me donne quelques infos avant de partir : J’ai mis ses vêtements ici, avec un body en plus si jamais elle fait caca et que ça déborde. Elle me voit faire la moue et ajoute : « Rassure-toi, c’est pure spéculation car ça n’arrive pour ainsi dire jamais ».

8h. Je dis à Bébé : « Voilà, les culs-blancs sont parties. A nous la baraque et la belle vie. On va faire une teuf de malade ». Bébé me regarde avec ses yeux d’inuit et lève les deux bras au-dessus de la tête en signe d’acquiescement. Ca va chauffer.

8h02. Happy s’approche de nous. Merde, je l’avais presque oublié celui-là. Le fait qu’il soit là complique un peu la donne.

Il faut savoir que Bébé, Chien et moi, ce n’est pas forcément la combinaison gagnante. Plutôt la triangulation de l’Enfer. Les arcanes de la jalousie et du laxisme. En gros, Chien est jaloux de mon amour pour Bébé. Il se roule à mes pieds mais il est dangereux pour Bébé alors je soulève Bébé dans les airs pour la protéger mais Bébé veut aller par terre alors elle grinche, ce qui énerve Chien qui bondit sur mes genoux. En général, à ce stade, l’affaire étant totalement hors de contrôle, je me mets moi aussi à geindre d’impuissance et Mère, qui désapprouve fortement la situation, arrive et nous sépare tous les trois en disant qu’on est impossibles.

Sauf que là, on était seuls. Pas grave, on est des débrouillards.

8h18. Je dépose Bébé par terre pour qu’elle puisse crapahuter à son aise, mais Chien est jaloux alors il arrive, se couche entre elle et moi, demande une caresse, mais c’est dangereux qu’il reste à côté de Bébé, surtout qu’elle s’apprête à lui enfoncer les doigts dans les trous de nez. Je n’ai pas envie qu’il lui dévore le visage alors je soulève Bébé et je la pose dans son parc. Jusque là, tout est cousu de fil blanc. Je connais la situation sur le bout des doigts. Je gère. Mais Bébé ne veut pas aller dans son parc. Alors elle crie. J’ordonne à Chien d’aller se coucher dans son panier. Chien, exceptionnellement, obéit. Je sors Bébé du parc pour qu’elle puisse jouer par terre. Bébé va chercher Chien dans son panier. Bébé ne peut pas aller dans le couloir de Chien. Bébé le sait très bien. Mais Bébé teste les limites de Grande Tata. Je dis « Non ». Bébé me regarde, sourit, et avance encore d’un cran. J’explique : « Tu ne peux pas aller dans le couloir du chien. C’est son espace vital. On a chacun droit à son espace vital ». Là, je ressens très fort ce que je dis, et je me trouve des petits airs de Françoise Dolto. Mais Bébé avance quand-même. Je dis, avec ma voix de GPS : « Faites demi tour dès que possible ». Ca marche. Je prends un peu d’assurance. Je sens que je gère carrément la situation alors je décide d’augmenter le niveau de difficulté et de vider le lave-vaisselle. Confiante, j’ouvre le lave-vaisselle. J’en sors une assiette. Bébé arrive. Elle veut mettre sa main dans les couteaux. « Non, Bébé, tu ne peux pas ». Bébé arrête. Chien arrive. Il lèche les couteaux. « Non, Chien, tu ne peux pas ». Chien s’en va. Je vais ranger mon assiette dans le meuble. Bébé en a profité pour faire un numéro d’équilibriste sur le lave-vaisselle. Je me souviens des paroles de Mère : « Si tu veux faire quoi que ce soit, dépose Hannah dans son parc ». Je dépose Hannah dans son parc. Elle crie. Elle ne veut pas être prisonnière du parc. Je la sors du parc. Je viderai le lave-vaisselle la semaine prochaine.

8h40. Bébé montre des signes de fatigue. Je vais la mettre dans son lit. En montant les escaliers, je remarque qu’elle refoule de l’arrière-train. Une forte odeur de bouche d’égout. Je la pose sur la table à langer. J’ouvre le lange. Apocalypse. J’envoie un massage à Caro : « Tu disais que les cacas qui débordent étaient rares, mais je te confirme qu’ils existent ». Elle me répond par un émoticône de gros caca. Je sens qu’on se fout de ma gueule, dans cette famille.

8h43. Je m’effondre sur le canapé, ravie d’avoir droit à un temps de récupération. J’entends des bruits à l’étage. Des grands bruits. Comme si quelqu’un déplacait des meubles. Ca ne peut pas être Bébé. Ou alors Bébé est en mode exorciste. Ca continue. Un vrai Ramdam. Je m’inquiète. Bébé serait-elle sortie de son lit pour déplacer la garde-robes ? Je monte les escaliers, sur le qui-vive, un exemplaire de « L’ami des jardins » en mains, prête à sauver Bébé des griffes d’un léopard. J’entrouvre la porte de la chambre. En fait, Bébé tape ses pieds dans la bibliothèque pour s’endormir. Ah ok d’accord.

Je redescends.

Il est 8h45 du matin.

Je suis à bout de forces.

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Le côté obscur de la force

Depuis quelques semaines maintenant, ma matinée de travail se déroule invariablement comme ceci : je pousse la lourde porte cochère de la bibliothèque et, les yeux encore endormis, le pas traînant, le souffle court, je monte une à une les marches qui mènent à mon bureau. Deux étages sans ascenseur, mon Everest à moi.

Je tiens à préciser que je suis l’une des premières arrivées, d’abord pour éviter les embouteillages qui me rendent chafouin, ensuite pour faire un pied de nez à Annie, ma cheffe qui se gausse toujours de moi car je souffre de devoir me lever alors que la nuit recouvre encore la ville entière.

Je déroule mon écharpe que je jette négligemment et qui tombe pile à côté du porte-manteaux et je me prépare un thé vert afin d’accompagner mon traditionnel pistolet-à-l’-ancienne-avec-du-beurre-du-fromage-et-des-œufs (suivez un peu, ceci est une saga).

Mes premiers collègues commencent à arriver et pointent le bout de leur nez dans mon bureau.

Bernie : « Salut Natha ! Alors ? Comment va le bébé ? »

Ute : « Coucou ! Hannah se porte bien ? »

Fabibi : « Ca va ? Le bébé est en forme ? »

Bernie encore : « Tu viendras me la présenter ? » « Moi ? Mais je ne sais même pas comment on transporte ces trucs-là ! ».

Même des collègues dont je ne suis pas spécialement proche me demandent quotidiennement comment va le bébé. C’est à tel point que je me demande si je ne fais pas un déni de maternité ou quelque chose de la sorte. Les gens s’intéressent tellement à ma nièce que j’ai l’impression que c’est moi qui vient de donner naissance à un être vivant après avoir eu des contractions pendant trente heures.

Et pourtant, je vous jure que j’essaie à tout prix de ne pas devenir la meuf qui bascule du côté obscur et qui entre en salle de réunion en s’écriant : « Je vais vous montrer les 223 photos de ma nièce ». (Il n’y a qu’avec ma copine Aline, qui est devenue tantine quelques jours avant moi, que je sais qu’on peut s’échanger des photos de bébés).

Je t’échange Roméo qui sourit contre Hannah qui fait caca

Donc cela vient d’eux, spontanément. C’est à croire que les gens s’intéressent VRAIMENT aux bébés. Mais pourquoi donc, bon sang de bois ?

Même si Hannah, d’après un pédiatre qui a beaucoup énervé ma soeur, est HP (ouais, sérieux, le mec, il déclare ça alors qu’elle n’a que quelques semaines), je ne vais quand même pas vous répondre « Oui, ça va, elle apprend l’italien », ou « Elle s’intéresse à la théorie des cordes », ou encore « Elle a reproduit la tour Eiffel avec ses Kapla ». Non, restez sur terre un instant : ma nièce lutte contre le sommeil, fait des gerbes de lait et parvient tout de même à faire un truc insensé, ça il faut le lui reconnaître : se chier dans le dos.

Je pourrais quand-même leur raconter la fois où Caro a cru que sa vie n’avait pas changé au point de ne plus pouvoir refaire les mêmes activités qu’avant et où nous avons décidé de faire une virée baby-shopping à Charleroi avec Célia.

Nous sommes arrivées à midi, alors on a commencé par s’installer dans un bar à nouilles (j’aime bien dire « baranouille ») et Hannah a bu son biberon. Quand elle a eu terminé, je l’ai prise dans mes bras et, en regardant bien dans la direction des personnes qui mangeaient me faisant face, elle a fait cette grande double gerbe de lait dont elle a la spécialité, devant les gens qui sont restés prostrés, les baguettes de nouilles figées devant leur bouche grande ouverte. Et comme l’un d’eux a fait une grimace de dégout, j’ai crié : « Bon appétit !!! » en rigolant, mais je dirais que cela n’a fait rire que moi.

Ensuite elle a tellement pleuré que nous avons fait demi-tour sans même mettre le pied dans le moindre magasin et Célia a déclaré : « Ce qui est pratique, avec ma Poupette, c’est qu’elle me fait faire des économies ».

Je pourrais leur raconter cela, pourquoi pas ?

Mais moi dans tout ça ? On ne me demande pas comment je vais ? Pourtant, moi aussi je fais mes nuits, même si j’ai eu quelques coliques. (Je souffre de dysenterie, mais ça, c’est une autre histoire).

https://sacrenathalie.com/2019/11/08/les-joies-corporelles-de-la-maternite/
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Les joies corporelles de la maternité

L’autre soir, harassée par une journée de dur labeur, le visage encore maquillé en Maléfique mais qui a un peu tourné en Joker à cause de la transpiration, les cornes sur la tête (voir épisode précédent), je rentre à la maison, prête à poser mes doigts de pieds en éventail sur la table basse quand je trouve Mère portant Hannah dans les bras, en train de faire la danse de la pluie dans le salon.

Je sais qu’étant donné que je rentre du boulot déguisée en Maléfique, je suis mal placée pour taxer qui que ce soit d' »original », mais tout de même, je reconnais que cela m’a plutôt surprise.

Les sourcils positionnés en oblique, preuves de son intense concentration, elle effectuait des petits mouvements avec raideur, pliant le genou gauche, se relevant, pliant le genou droit, reculant et pivotant et ainsi de suite, avec systématisme et détermination, apparemment prête à ce que la pluie s’abatte sur les moissons.

Hannah, déjà habituée à la folie familiale, semblait imperturbable, et Caro les observait, imperturbable elle aussi.

« Qu’est-ce que tu fiches ? », osai-je enfin demander en ôtant mes cornes.

« Je fais la danse de l’alcoolique ».

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« Ah ».

Je sais que Mère a une légère addiction au Pastis, mais pas de là à virer alcolo dansant sur le tapis plain, sa petite fille sous le bras. Donc je demande plus de précisions. « Et c’est quoi, la danse de l’alcoolique ? ». « La danse de la colique, patate », me répond-elle, comme si cela tombait sous le sens. « C’est une danse qui fait passer les coliques. La sage-femme nous l’a apprise ce matin alors je répète un peu. Mais ce n’est pas évident ».

J’aimerais bien que l’on m’explique d’où provient l’étymologie du mot « Sage-femme », car à ce moment précis, je lui aurais bien octroyé nombre d’adjectifs, mais certainement pas la sagesse. Soit.

C’est à ce moment-là que ma sœur a extrait une feuille de chou de son soutien-gorge en disant : « C’est vrai que ça fait du bien. pour soulager les montées de lait ».

Là je me dis : ça y est, je me suis gourée de maison, je suis à l’hôpital psychiatrique. Je me dis aussi que le manque de sommeil fait faire bien des choses aux êtres humains.

Et avec une pastèque, je fais un beau chapeau

« Montée de lait », voilà typiquement, parmi tant d’autre, un terme qui me fait grimacer.

Pour tout vous dire, j’ai toujours eu en horreur absolument tout ce qui se rapporte au corps. Parlez-moi de fluides corporels et je deviens blême, dites-moi le mot utérus et je défaille, décrivez-moi une intervention chirurgicale et je tourne de l’œil.

Évidemment, cela a toujours beaucoup amusé mes sœurs qui prennent souvent un plaisir sadique à me parler de douleurs menstruelles, d’estomacs en vrac et d’intestins qui se font la malle.

Or, la maternité n’est à mes yeux qu’une immense succession de sujets corporels, contrairement à la majorité des êtres humains qui semblent y trouver une source de joie et de ravissement, ce qui explique que l’Humanité continue à se reproduire.

Du coup J’ai toujours mis un point d’honneur à me tenir à distance respectable de tout ce qui concerne l’univers des bébés.

Etant dotée d’un instinct de reproduction proche de l’amibe, cette distance me vient naturellement et j’ai toujours été épargnée, même par mes amies qui sont devenues mères et qui savent que si elles me parlent biberon ou couches culottes je hurle à la mort ou m’endors la tête dans mes macaronis.

Mais avec la naissance de ma nièce, me voilà propulsée précisément dans ce monde que j’ai toujours pris soin d’éviter, découvrant peu à peu ses arcanes.

Parlons tout d’abord de la césarienne, joie parmi les joies.

Puisque l’accouchement n’a pu se faire par voie basse (vous voyez bien que je tiens malgré tout à utiliser les termes adéquats, afin que l’on ne s’y méprenne pas : ma sœur n’a point accouché par la bouche), les médecins ont eu recours à la césarienne.

Je sais ce que cela sous-entend : il faut sortir les scalpels et tout le tintouin, et trancher dans le bide pour aller en extraire le petit être. Je ne suis pas naïve. Mais j’aurais bien aimé, une fois de plus, que l’on m’épargne. Que l’on en reste là dans la description des évènements. Un simple : « Elle est née par césarienne ». Mais non. Il a fallu que Steph, qui accompagnait Caro à son accouchement, revienne de l’hôpital en me relatant les détails avec grande joie : « Ils ont trifouillé dans le ventre de Caro. Comme j’étais curieuse, j’ai regardé derrière le champ stérile. Tu aurais vu ça ! C’était une véritable boucherie ! Ils jetaient des choses sur le sol. Des outils, je crois. Et même des organes. Après, ils l’ont recousue en de nombreuses couches, un peu comme une lasagne ».

Merci, mais la lasagne était mon plat préféré, et je ne pourrai désormais plus jamais en manger avec la même innocence.

Il y a aussi les gerbes de lait.

Je donnais pour la première fois son biberon à Hannah et elle semblait se délecter en me regardant avec ses petits yeux en tête d’épingle, quand soudain une fontaine de lait est sortie de sa bouche. Une gerbe de lait plus grande qu’elle. Un tsunami de lait. Je l’ai soulevée en hurlant « Elle a fait une gerbe de lait ! » et ma sœur, qui nous observait, gloussait en disant « C’est normal, ne t’inquiète pas ».

Son bébé fait une gerbe de lait digne d’une scène de l’exorciste sur mon épaule et elle voudrait que je reste calme ?

Et bien entendu , je vous passe le chapitre sur le contenu de ses couches culottes car je vous ai déjà relaté dans l’épisode précédent qu’Hannah, dans sa grande mansuétude, m’avait carrément chié sur les mains, en guise d’amitié, apparemment.

Là encore, Caro m’a dit que je pouvais m’estimer heureuse parce que certaines personnes pratiquent l’hygiène infantile naturelle.

Jamais avare de connaissances, je lui ai demandé de quoi il s’agissait, ce que je n’aurais jamais dû faire car, à mon grand désarroi, elle m’a expliqué que certains parents, afin d’éviter d’utiliser trop de couches culottes et d’être en grande connexion cosmique avec leur progéniture, laissent leur bébé cul nu et essayent de deviner quand il doit chier et récoltent le devin nectar dans leurs mains. Apparemment, elle a exagéré et ils le mettent plutôt au-dessus des toilettes en essayant de ne pas le lâcher, mais le résultat est le même, à peu de choses près.

Non mais on en parle, du bébé susceptible de déféquer sur la moquette du salon ?

Dans la même veine de bobos-bio, il y a apparemment aussi celles qui ingèrent leur placenta, sous prétexte que les animaux le font (mon chien se lèche le cul est-ce pour autant que je fais pareil ?) et que c’est bourré d’omégas trois, choses que me procurent aussi facilement les noix et les sardines.

Cette histoire de bouffer son placenta me fait gravement penser au personnage d’Eugène Tooms dans X files, qui bouffait le foie de ses victimes et devenait tout jaune, mais je sais bien que mon obsession pour cette série a tendance à altérer ma vision du monde, et j’imagine que chacun fait ce qu’il veut en ce vaste monde, mais perso, le jour où vous me verrez me préparer un steak saignant de placenta servi avec sa petite sauce crémeuse aux girolles n’est pas venu.

Un placenta au p’tit déj et c’est parti pour une belle journée

Et je terminerai la liste non exhaustive des joies corporelles liées à la petite-enfance en vous disant que Caro s’est levée en disant : « Bon, je vais moucher le nez d’Hannah » et qu’elle est revenue avec un engin de torture qui apparemment s’appelle le mouche bébé et qui fonctionne très simplement comme un petit siphon qu’il faut enclencher en aspirant avec la bouche.

Là je suis restée un instant interdite, puis j’ai dit : « Tu dois beaucoup aimer ta fille pour lui avaler ses crottes de nez ». Et elle a répondu « Tu es bête, Natha ».

« Apprendre à aimer »

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Apprendre à aimer

Ce 9 octobre, voyant les heures passer interminablement depuis l’entrée de Caro à l’hôpital 30 heures plus tôt, Mère, Adèle et moi-même avons fait mine d’aller nous coucher, même si nous étions trop excitées pour sombrer dans le sommeil du juste, sachant que d’un instant à l’autre, nous allions être propulsées respectivement mamy, moyenne tata et grande tata.

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Puis un Ding de messagerie a retenti : Hannah venait de pousser son premier cri, marquant son arrivée dans ce vaste monde. Il y avait même une photo qui accompagnait le message, faisant fondre mon cœur de pierre et faisant pleurer Mère à chaudes larmes, qui a déclaré : « Elle est tellement belle ». Ce qui est vrai, en toute objectivité bien-sûr.

Le lendemain, il a fallu ronger son frein jusqu’à 14 heures, heure des visites, en allant travailler comme si c’était un jour normal, tapant sur le système nerveux des collègues, basculant du côté obscur de la force en devenant la relou de service qui montre à tous ceux qui n’osent pas dire non la photo de sa nièce, vantant sa beauté subjuguante, alors qu’elle ressemble vraisemblablement à un petit Alien fraîchement débarqué sur Terre.

A 14 heures moins deux, je suis rentrée dans la chambre 116 où Père, fendu d’un sourire radieux doublé d’un air ébahi portait sa petite fille dans les bras.

Deux jours plus tard, c’était l’anniversaire de Caro, alors Mère est allée lui acheter des petits présents, ce qui est chose rare dans notre famille de radasses où l’on ne se fait jamais de cadeaux. Du coup, elle a ouvert des yeux grands comme des soucoupes en demandant pourquoi on lui offrait des cadeaux. « C’est ton anniversaire, ma chérie », a-t’on dû lui expliquer. La chose lui avait échappé. On a fait une mini fête, debout autour de son lit (les chaises étaient inexistantes), coincées comme des sardines dans cette demi chambre exigue, transpirant comme des sagouins car apparemment les bébés aiment les ambiances tropicales.

Caro s’était mise sur son 31, avec teint blafard, cernes sous les yeux, cheveux gras et des bas de contention qui, d’après Adèle, lui confèrent un air de Louis 14.

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Puis, quelques jours plus tard, il était enfin temps de quitter l’hôpital. Quand Adèle et moi sommes allées les chercher , une infirmière a demandé à Caro : « Alors ? Vous êtes satisfaite de votre séjour ? », ce qui nous a donné l’idée de créer une page « Maternité » sur Tripadvisor. Nourriture : dégueu, soins : TB, déco de la chambre : à chier, température trop élevée.

Histoire de prendre leurs marques et de se faire aider et choyer par la famille, la nouvelle maman et son bébé se sont installées à la maison.

Comprenez tout ce que cela a de perturbant pour moi, qui suis un être dont la vie entière est rythmée par l’Ordre et l’Habitude, tout l’inverse de ce qu’amènent ces petites créatures complexes créant Désordre et Chaos dans leur sillage.

La première nuit, en allant me coucher, j’ai écouté un CD d’hypnose pour maigrir avec sa tête, ce qui change un peu de maigrir avec son cul. Le Grand Gourou compte de 10 à zéro avant d’entamer une séance d’une vingtaine de minutes de suggestions positives vous chuchotant que vous avez un corps de déesse égyptienne. Mais je n’ai entendu que « 10, vos orteils sont lourds, 9, vos mollets sont lourds » avant de sombrer dans un sommeil profond.

Pendant ce temps, apparemment, Hannah a pleuré. Puis Caro a pleuré parce qu’Hannah pleurait. Puis Petite-Beauté a sauté par le vélux et elle a atterri dans le lit de Mère, une souris vivante entre les crocs. Mère a hurlé et a essayé d’attraper le rongeur qui a trouvé refuge derrière une étagère de l’atelier, l’obligeant a déplacer toutes les boites placées dessus.

Caro s’est levée, interpellée par le vacarme et a trouvé Mère à quatre pattes en train de vider ses caisses de peinture. Caro a proposé de piéger la souris dans une boite en carton et de la rejeter dans le jardin, ce qui a réveillé le chien qui dormait allongé en plein milieu de l’escalier.

Au matin, je me suis éveillée avec des écouteurs dans les oreilles, et je me suis demandé pourquoi il n’y avait plus rien après le chiffre 9. Peut-être parce que je m’étais endormie ? En tous cas, moi, j’avais « fait ma nuit ».

Je suis allée saluer ma nièce avant de partir travailler. Elle était lovée dans les bras de Caro, qui avait la figure déconfite. Mère était étendue dans la même pièce, endormie, la bouche entrouverte, respirant fortement. « Avez-vous passé une bonne première nuit ? » ai-je demandé, car je m’inquiète pour mon prochain. « On peut dire ça comme ça » m’a dit Caro. C’est dingue, ces gens qui ont le sommeil léger et qui se réveillent au moindre cri de bébé ou de souris.

Je suis allée travailler, et j’ai bien annoncé à tout le monde que malgré ma bonne nuit réparatrice, j’étais assez fatiguée en ce moment, et que du coup il fallait me ménager. Ce n’est pas simple d’être tantine, c’est un boulot à plein temps.

Et puis, ce soir, en rentrant du boulot, Caro m’a expliqué qu’Hannah faisait un « pic de croissance ». Avide de Savoir, je lui ai demandé ce que cela signifiait et elle a répondu : « Ce sont des jours où les bébés sont plus éveillés, ils mangent plus et chient plus ». J’ai dit que je pensais que moi aussi je faisais un pic de croissance, malgré les injonctions de mon Grand Gourou d’hypnose à manger moins, mais nous avons été interrompues car Hannah, fière de démontrer à ma sœur qu’elle avait raison, a commencé à lui chier sur les mains alors qu’elle ouvrait son lange. J’ai pris un air très dégouté et Caro m’a dit : « Tiens-lui les jambes pendant que je vais chercher des essuies » Et, dans la panique, je lui ai obéi. C’est alors qu’elle a donné un second coup d’envoi en me lançant un grand jet de diarrhée.

J’ai chanté « Apprendre à aimer » de Florent Pagny, ce qui est une chanson que chante Mélanie quand Hugo et Félix font des pics de créativité.

Puis, sur le lange, j’ai vu qu’il était écrit  » Love is the message », ce qui nous a fait très fortement rire, jusqu’à en avoir mal au ventre, et d’ailleurs, Caro s’est écriée :  » Je ris tellement que je crois que ma cicatrice s’est ouverte ».

Comme quoi, faut pas croire que la vie est de tout repos.

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J’ai gardé un enfant

Je sais : ce titre vous en bouche un coin. Et pourtant, pour une fois, il n’est ni racoleur ni mensonger : il est simplement vrai.

Car oui, j’ai gardé ma filleule Salomé.

Pendant un week-end entier.

Disons que j’essaye de ne pas en faire une habitude, mais ce n’est pas pour autant que c’est la première fois que ça m’arrive, de garder un enfant :

  • Mes petites sœurs sont nées alors que j’étais adolescente et j’en connais un rayon grâce à elles.
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Promis, on sera sages, Natha
  • D’ailleurs, c’est moi que mon amie Christine appelait quand Naima est née pour que je lui prodigue quelques conseils.
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  • J’avais 18 ans quand ma filleule Aglaé est née.  A cette époque-là, ma tante jouait dans une pièce de théâtre et me la confiait pendant des soirées et nuits complètes, et on peut dire que la situation était totalement sous contrôle.
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  • J’ai emmené mon filleul Elias en vacances à Marseille pendant une semaine entière. On a manqué rater le train du retour parce qu’on est allés jouer au Bingo et que l’on a gagné le premier prix, à savoir un poisson de 15 kilos sur son lit de glace et qu’il a fallu le transporter dans Marseille puis le déposer dans la soute à bagages sous le regard ahuri des voyageurs, mais à part cela, il est rentré en un morceau chez lui, le cœur empli d’un mirifique séjour durant lequel il a embroché des pieuvres et joué avec des petits camarades.
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  • Il m’est arrivé de partir en vacances avec mes amis et leurs enfants.
  • Pas plus tard qu’il y a 15 jours, j’ai gardé mon filleul Félix et son frère pendant que Mel-bichon et Monsieur Fred s’octroyaient une petite sortie.

Et j’ai bien géré, y compris quand le petit chou de quatre ans m’a demandé : « Dis Natha, pourquoi mon zizi il se lève ? ».

Et, pour en revenir à Salomé, ce n’est pas la première fois que je la garde.

Elle est déjà venue passer une nuit chez moi alors qu’elle était bébé, et, je tiens à le préciser, DE MA PROPRE INITIATIVE.

En tant que marraine exemplaire, j’avais proposé à mes amis Catherine et Ivan de la prendre à la maison une nuit entière.

« Elle te réveillera vers six heures du matin », m’ont-ils averti. « Un dimanche ce n’est pas ce qu’il y a de plus top. », ont-ils continué. Mais rien n’y a fait. Je n’en démordais pas. Et comme je devais travailler le lendemain, ce n’était pas grave qu’elle me réveille tôt, bien au contraire.

Devant mon insistance, ses parents l’ont finalement laissée entre mes mains expertes.

un-flic-a-la-maternelle

Ils sont donc venus déposer le paquet cadeau chez moi, un soir de février.

La soirée s’est bien déroulée, on a fait des gouzigouzis et des zouglouglous.

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Mais ensuite est venue l’heure du dodo.

J’ai posé le petit être sur sa couche, dans un lit parapluie (c’est comme ça qu’on dit ?) à côté du mien.

La Vierge berçant l'Enfant Jésus - CV 779
jésus crèche

Quand je suis allée me coucher, des « Oh » interrogatifs (« Oh ? ») et exclamatifs (« Oh ! ») ont émergé du petit lit. Puis des babillages. Suivis de longs monologues philosophiques. Des ongles qui grattaient le plastique du lit. Des succions de tétine. Des onomatopées par milliers. Du mouvement. Une tête qui dépasse. Qui me regarde. « Oh oh !!! », me disait la tête souriante, visiblement ravie de me découvrir dans les parages.

Je n’ai pas fait un doctorat en science du bébé, mais il était très clair que cette enfant avait toutes les envies sauf celle de dormir.

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Yo Marraine, monte le son

Je me suis donc extraite de ma couette douillette pour aller la chercher et l’installer près de moi. Très vite, ce nouveau territoire est devenu « the place to be », et Salomé s’en est donné à cœur joie. Elle a fait la java, a dansé la salsa, la rumba et la bossa nova pendant toute la nuit, à un tel point que je me suis demandé si je n’avais pas par inadvertance troqué sa veilleuse contre une boule à facettes.

Elle semblait ravie.

Et moi aussi.

Vers cinq heures du matin nous nous sommes finalement endormies.

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Et à huit heures ma délicate sonnette nous a réveillés en sursaut.

Catherine et Ivan, couques à la main, réalisant à ma tronche éparpillée qu’ils me tiraient du lit se sont écriés « Mais ! C’est dégueulasse ! On vous réveille ? Et dire qu’avec nous elle ne se réveille jamais après six heures et demie ! C’est pas juste ! Tu en as de la chance !».

Si,si, ils ont même dit « Tu en as de la chance » …

Enfin, bref, j’ai déjà fait du baby-sitting.

Alors, quand Salomé (8 ans) m’a demandé de venir passer un week-end chez moi, disons que je me suis sentie suffisamment aguerrie pour pouvoir dire oui.

Je suis donc allée la chercher chez elle samedi midi.

J’ai mangé un sandwich là-bas.

Enfin, disons que j’ai partagé MON sandwich, puisque la petite Elsa, cul nu, s’est installée sur mes genoux et a poigné dedans pour le mordre. Elle l’a ensuite reposé sur la table pour boire une grande gorgée dans mon Orangina, et ainsi de suite jusqu’à disparition dudit sandwich.

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Même s’il n’existe aucune épreuve aussi extrême sur cette Terre que de partager sa nourriture, j’ai pris sur moi car, comme j’allais garder un enfant, il fallait que je fasse preuve de souplesse et de dévouement.

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J’ai déjà assisté plein de fois à des scènes où des adultes donnent sans rechigner le dernier morceau de leur biscuit à un enfant qui le leur réclame, soit par sacrifice, soit parce qu’ils sont « au-dessus de tout cela ».

Personnellement, je me suis toujours insurgée contre ce comportement, car au nom de quoi devrais-je donner ma nourriture ? Juste sous prétexte qu’il s’agit d’un enfant ?

oisillons
Tenez, les moches

D’abord, on est allées chez Mère (qui n’était pas là : vous voyez que j’étais seule avec un enfant) pour profiter de sa piscine.

Comme de bien entendu, c’était le seul jour où il faisait froid, mais Salomé m’a obligée à la suivre.

Elle avait les lèvres bleues, ce qui n’avait rien pour me rassurer, alors j’ai tenté de la blouser en lui disant : « Ok, je te suis, mais je m’assieds sur le flamingo » (vous comprenez ? En théorie, je suis dans la piscine, et en pratique, je ne touche pas la flotte).

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Si, si, c’est bien moi sur la photo

Bien entendu, quand j’ai voulu grimper sur la bouée, j’ai basculé d’une façon fort peu gracieuse dans l’eau glacée.

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Ma filleule, tout de go, a riposté : « C’est bien fait pour toi, Natha. Parce que tu ne voulais pas y aller ».

Après, nous sommes allées voir les chevaux au manège.

Mais ils étaient tous partis en promenade, donc on s’est rabattues sur l’observation des koïs de la mare.

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On leur a fait un petit shooting photos pour pouvoir les dessiner une fois à la maison.

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Ci-dessus : un koï, un scarabée aquatique qui envoie des décharges électriques
et un lapin des mers.

Ensuite, on a créé un bracelet en enfilant des perles (quelle galère) et puis, avec ce bracelet, on a joué à cache-objet.

Le soir, je lui avais dit que nous irions manger au restaurant chinois, donc on s’est fait belles (Salomé s’est un peu maquillée. Quant à moi, je suis restée avec ma beauté au naturel).

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Quand on est arrivées chez Chen, le restaurant était complet et je n’avais pas réservé donc on s’est retrouvées Gros-Jean-comme-devant (j’adore cette expression) sur le perron du restaurant.

Salomé m’a dit : « Ce n’est rien. On pourrait aller manger des sushis ». Ce qui m’a impressionnée de la part d’une petite fille de huit ans. Puis elle est redevenue petite fille en mettant sur un même pied d’égalité la proposition suivante : « Ou alors on va chez Quick. »

Je lui ai dit : « On fait ce que tu préfères. »

Et c’est comme ça que je me suis retrouvée chez Quick, en train de manger son hamburger qu’elle n’a pas daigné toucher (c’est qu’elle a un instinct de survie développé) tout en la regardant jouer avec d’autres enfants, fascinée, parce qu’à son âge, je serais restée collée dans les jupes de ma mère sans oser partir à l’aventure dans les toboggans du Quick. C’est peut-être un drôle d’indicateur, mais c’est là que je me suis dit : « Ma filleule va bien ».

famille-addams

Ensuite, elle a voulu retourner chez ma maman (qui était rentrée) et elle a carrément brossé tout le monde dans le sens du poil.

Elle a mangé le ramen préparé par Adèle en lui disant que c’était meilleur qu’au restaurant.

Elle a demandé à Mère qu’elle lui montre son jardin (qui est sa plus grande fierté) et elles sont parties main dans la main cueillir des fraises pour le dessert.

Elle a demandé à Adèle si elle pouvait « lui parler un peu de mode » et elles sont parties explorer son dressing (qui est sa plus grande fierté).

Ensuite, on est rentrées chez moi et elle m’a dit : « Je n’ai pas envie de dormir. Si on faisait une nuit blanche ?! ».

Décidément, elle veut en faire une tradition.

J’étais très fatiguée, mais j’ai eu honte de vouloir aller me coucher avant un enfant de huit ans donc j’ai dit OK et on a regardé un film de gym sur Netflix, confortablement installées dans mon lit.

A minuit dix, j’étais soulagée qu’elle se soit endormie, car du coup, j’ai pu dormir aussi.

Voilà comment s’est déroulée notre journée.

J’ai donc gardé un enfant.

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Merci d’en prendre bonne note.

Brie MorenoBefore, after