! Les articles au au top, Fée du logis

Gangs de goumiches

C’était un dimanche soir habituel au 60, rue des fonds-de-bouteilles.

Par dimanche soir habituel, comprenez que Caro, Steph et moi-même étions vautrées sur le canapé, parées de nos plus belles tenues d’intérieur.

Nous buvions du gin-lavande et grignotions des cookies tout en regardant « Accouchements miraculeux » sur AB3.

chiencocoon

chiencocoon2

« La péridurale se passe nickel »

Caro et Steph essayaient de me forcer à me lever pour que j’aille leur acheter de la crème glacée quand un cri a retenti dans la nuit.

cridanslanuit

Ces cris, nous commençons hélas à bien les connaître.

Ils viennent de chez la voisine du premier.

trait

Aaaah, la voisine du premier, et sa compagne… Laissez-moi vous les présenter.

C’est un couple passionnel ET passionnant.

Mais pas passionnel comme Roméo et Juliette, non.

romeo-juliette-film-amour

« Vous habitez chez vos parents ? »

Plutôt passionnel comme Fred et Marie.

fredetmarie

« Tu veux mes cinq marionnettes dans ton Guignol ? »

Traduisez : elles se tapent dessus.

Enfin, pour être plus précise, je dirais qu’il y en a une qui tape sur l’autre. Et l’autre, au lieu d’encaisser en silence, se met à geindre, et ça dérange notre quiétude.

« Merde, quoi, allez vous tabasser ailleurs »

Les voisines du premier n’ont pas assez d’espace pour se disputer alors elles préfèrent le faire dans la cage d’escaliers, en claquant les portes, en hurlant, en se frappant et en s’insultant, de préférence en pleine nuit, sinon ce serait moins drôle pour les voisins, comprenez-vous.

Une nuit, lassée par leur cinéma, je suis descendue les deux étages qui nous séparent pour leur signaler avec une précaution extrême (parce que je n’avais pas envie de me ramasser un œil au beurre noir) qu’elles troublaient quelque peu mon sommeil.

bugsbunny

« Ah ouais ?! », que la blonde m’a dit « Eh ben pourtant je fais tout mon possible pour ne pas faire de bruit« .

« Essaye encore » lui ai-je répondu en remontant.

Elle était défoncée jusqu’à la moelle.

trait

Ma voisine du premier, c’est quelqu’un qui ne craint pas l’incohérence.

Elle prône haut et fort sa passion pour le monde animal en enfermant ses trois chats dans son studio qu’apparemment elle n’habite pas vraiment (je vous expliquerai) et en écrivant en lettres capitales sur des toute-boites faisant la publicité d’un nouveau traiteur installé dans le coin qu’ « ELLE VIVANTE, AUCUN ETRE ANIMAL NE FRANCHIRA SA BOUCHE » tout en démontant la gueule de sa compagne dès que faire se peut.

Oui, ma voisine respecte le règne animal.

tumblr_inline_ndb49ca6Hw1so10o6

« Je suis vegan mais ça ne m’empêche pas de te cogner »

Aussi, mes voisines du premier ont reçu cette semaine un mot de la part de ma sœur demandant de bien vouloir nettoyer leur rangée d’escaliers, comme stipulé dans le bail dans un souci de bien-vivre-en-communauté.

Mais je crois que le « bien-vivre-en-société », mes voisines du premier se le fourrent bien loin.

trait

Tout cela, c’était pour vous les présenter.

Mais revenons-en à nos moutons.

Je vous expliquais que nous regardions un documentaire sur Arte en dégustant des brocolis cuits à la vapeur quand les deux tarées du bas se sont mises à crier.

Ça commençait à bien faire, de venir comme ça troubler nos soirées pédagogiques.

J’ai dit aux filles : « Venez, les goumiches, on va se les faire« .

Comme je suis un être d’habitude extrêmement pacifiste, ça les a intriguées. Elles ont voulu voir ça. Alors on est sorties sur le palier.

Chez nous, le dimanche, c’est pas vraiment la fashion-week.

cristina-cordula

Stéphanie avait un essuie sur la tête, un peignoir avec des cœurs rose et orange, un pyjama en pilou et des Crocs aux pieds.

beware-of-the-crocs

Moi, j’avais un collant troué aux fesses et un vieux pull d’une couleur indéfinissable.

Caro était en dégradé de gris, pipiche jusqu’aux ongles, même pour rester à larver devant Arte.

« Vous cherchez la castagne ? »

« Mais vous allez la fermer, oui ?! » ai-je crié pour ouvrir le bal. « On n’en peut plus de votre boucan ».

Et là, évidemment, pas la peine de vous préciser que c’est carrément parti en vrille.

« On entend que vous, ici. Vous vous disputez sans arrêt, vous gueulez dans tout le bâtiment, vous vous frappez dessus. »

Elles sont montées d’un étage. La petite nerveuse nous a répondu avec agressivité : « Nous ? Nous taper dessus ? Vous rêvez ou quoi ? ON s’AIME A LA FOLIE « .

« Eh bien, justement, je ne pense pas que la folie soit souhaitable.

Mais ce n’est que mon opinion. »

Sa copine était collée contre elle, morte de trouille, et elle essayait vaguement de la retenir, parce qu’elle sentait venir l’oignon. On aurait dit un oiseau pour le chat.

« C’est vous qui déposez des mots ? » a-t-elle aboyé.

« Oui, pour vous demander de nettoyer les escaliers ».

« J’habite pas ici, OK ? »

Voilà ce qu’elle nous répond, la voisine du premier. « J’habite pas ici« .

Là, comprenez notre stupéfaction : notre voisine, qui a un nom sur la sonnette, trois chats qui regardent par la fenêtre, qui prône le véganisme sur des tracts et hurle tous les soirs, n’habite pas là. Mais comme visiblement l’incohérence est son credo, elle nous précise : « Je nettoie la cage d’escaliers toutes les semaines ». Ce qui est fort sympa de la part de quelqu’un qui n’habite pas là, ça, il faut bien le concéder. Puis elle précise : « Je suis femme d’ouvrage, je connais mon métier ».

« Cette cage d’escaliers mérite un petit coup de balai. »

« Si tu n’habites pas ici, alors retourne chez toi », que j’ai lancé, comme ça, à brûle-pourpoint.

Ca a plu à Caro qui a surenchéri : « Toi, femme de ménage ? Rappelle-moi de ne jamais faire appel à tes services ». (Mais c’est vrai que ce sont parfois les cordonniers qui sont les plus mal chaussés).

Stéphanie a dit autre chose qui ne lui a pas plus et là, telle une furie, elle a déboulé vers elle pour lui mettre une pêche. Effrayée, je suis remontée dans mon appartement pour appeler la police. Puis, me rendant compte que je ne connais pas le numéro de la police et accessoirement que mon amie allait se faire démonter la figure, je suis redescendue avec Caro et on a fait bloc.

C’est à ce moment là que Didier, le voisin du bas, est sorti de chez lui et s’est mis en travers de la mêlée pour nous protéger (seul homme dans cet immeuble de goumiches en furie) et s’est mis lui aussi à leur crier dessus, comme quoi il n’en pouvait plus de leur tapage.

A ce stade du récit, il ne manquait plus à notre petite sauterie que Christine-du-rez-de-chaussée, ancienne taularde qu’il ne faut pas chercher, mais je pense qu’elle était absente ce soir-là, sinon, pour sûr, elle nous aurait prêté main forte.

bagarre

S’en est suivi une longue et tumultueuse dispute d’où ont émergé les thèmes suivants :

  • Je nettoierai quand ce sera propre / logique, Eric.
  • Si vous n’êtes pas contentes de nous avoir comme voisines, achetez-vous une maison quatre façades / Ben oui, j’en ai les moyens, mais je préfère squatter un studio dans un immeuble pourri.
  • J’ai un métier, moi. Je reste pas à zoner toute la journée / Je n’arrête pas de répéter que bibliothécaire est un métier et je n’ose pas te dire que Caro est psychologue et que Steph est assistante sociale et que du coup, des comme toi, elles en ont maté plus d’une.
  • Vous êtes des branleuses / Ben oui, nous on branle des bites.

Cette dernière phrase, c’est Caro qui l’a prononcée. Et même si c’est un-tout-petit-peu une remarque homophobe, ça nous a bien éclatées. C’était pertinent, cinglant et bien envoyé.

12_things_you_must_do_with_your_gang_this_year_3

Seulement, la petite nerveuse s’agitait de plus en plus et le niveau de danger augmentait considérablement. On a donc décidé d’un commun accord que cette discussion constructive pouvait s’arrêter là et on est tous rentrés chez soi, en prenant quand-même bien la peine de s’enfermer à clé.

On entendait qu’elle s’en prenait au pauvre Didier. Elle lui hurlait : « Sors de là. T’as quarante ans (il en a 55) et tu n’oses même pas sortir », tout en essayant de démonter sa porte d’entrée.

Quand elles ont quitté l’immeuble (ça doit être vrai qu’elles n’habitent pas là, finalement) et que le calme est enfin revenu, on a un peu débriefé la bagarre sur Messenger.

« Oh, moi, a déclaré Steph, toute cette violence m’a fait un bien fou. Ça a boosté mon adrénaline ».

C’est vrai que parfois, on s’amuse bien, à Lustin-les-bains.

çadéfoule

gang de femmes

trait

Des problèmes de voisinage ? Moi ? JAMAIS.

Pourquoi j’ai traversé la ville en pyjama

Celine-Dion

La malédiction des voisins

cujo

Cujo, chien de l’enfer et du chaos

Fée du logis

Petit incident domestique

Aujourd’hui, les plombs ont sauté.

folie

« Ding dong »

Non, pas ceux-là.

Les vrais plombs.

D’abord, les lumières se sont éteintes.

Puis mon grille-pain a émis une étrange fumée noire.

J’ai cru que ma tartine brûlait. Mais une odeur de cochon grillé a rapidement envahi toute la pièce. J’ai pensé qu’il était curieux que ma tartine sente le porc. Alors je me suis levée de mon tabouret et je suis allée inspecter mon appareil électroménager. Mes tartines étaient saines et sauves. Par contre, quelque chose collait dans le fond. Un objet.

J’ai retourné mon grille-pains afin d’en extraire l’objet, mais il avait fondu sur la résistance.

C’était une lampe de poche.

grille pain 2

« Comme c’est étrange, mon cher Watson »

Je vous vois déjà venir : vous vous imaginez qu’il s’agit d’une énorme lampe torche et vous vous demandez comment diantre elle a pu atterrir (et rentrer) dans un grille-pain.

scully-mulder-hangar

« Mystère et boule de gomme, Mulder »

Je vais vous expliquer :

Il s’agit d’une petite lampe qui sert de pointeur et de porte-clés et qui a la taille d’un petit doigt. Elle était posée sur une étagère qui se trouve au-dessus de mon grille-pain. Preuves que mon récit est PROBABLE, contrairement à ce que m’ont dit mes collègues quand je leur ai expliqué « Ce matin, ma lampe de poche est tombée dans mon grille-pain »

toast

grille pain

trait

Et d’où me vient cette lampe de poche ? Ca, c’est une autre chouette histoire.

Mais je vous la raconterai un autre soir.

(Cliquez sur le dark caniche pour le savoir)

caniche noir

grille pain 2
Fée du logis

D’habitude, le premier mars

Ce matin, en versant un chouïa supplémentaire de lait sur mes céréales déjà ramollies, j’ai  regardé d’un œil distrait le calendrier chinois accroché au mur.

Il indiquait que nous étions le premier mars.

Waw, me suis-je dit.

Nous sommes le premier mars.

D’habitude, le premier mars, je déménage.

déménage

« Bye, bye, Ancienne-Vie »

D’habitude, le premier mars, je file au Brico chercher des caisses parce que toutes mes affaires ne sont pas encore emballées et que l’équipe des hommes musclés (je n’en connais pas tant que ça, du calme les filles) débarque dans un quart d’heure.

46579929_p

« C’est presque prêt »

D’habitude, le premier mars, j’essaye de convaincre Père que c’est la dernière fois qu’il doit transporter ma machine à laver au troisième étage sans ascenseur.

dememnage 2

D’habitude, le premier mars, certains de mes amis sont frappés d’une grippe foudroyante qui les cloue au lit.

grippe

« Houlala, on est très très malades »

D’habitude, le premier mars, j’essaye d’expliquer calmement à Mère que le four n’a pas encore été nettoyé cette année et que ce serait vachement cool si elle pouvait s’en charger.

demenage 4

« Mais bien-sûr, ma petite chérie d’amour »

D’habitude, le premier mars, je ferme la porte du lave-vaisselle dans lequel stagne un fond d’eau qui croupit là depuis plusieurs semaines en croisant les doigts pour que les propriétaires ne l’ouvrent pas lors de l’état des lieux.

demanage

« C’était comme ça quand je suis arrivée »

D’habitude, le premier mars, je pose dans un sachet en plastique les petites pièces des meubles Ikea qui se démontent et je les scotche sur les planches, exactement comme me l’a répété cent fois Jean-Chri, lassé de retrouver mes vis et mes clous dans mes caisses de « Rien-avoir ».

caisse-carton« Mes vis sont quelque part là-dedans »

D’habitude, le premier mars, je secoue mes caisses afin de savoir s’il faut écrire « fragile » dessus.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Mais cette année, le premier mars 2016, je suis en train de terminer tranquillement mon bol de céréales en savourant cet état de fait : on est un premier mars et je ne déménage pas.

Une chose aussi étrange mérite d’être soulignée.

A croire que je m’installe dans la vie.

Il se pourrait bien que je me pose, voyez-vous.

Que je devienne une femme sédentaire.

caisses carton

Fée du logis

Ma première nuit dans mon nouvel appartement

Il y a eu la première nuit dans mon nouvel appartement.

C’est toujours un événement particulier, la première nuit dans un nouvel appartement.

On découvre de nouveaux bruits.

Le frigo qui ronronne.

Babette la chouette qui hulule si sinistrement qu’on aurait envie de lui jeter une pierre pour mettre fin à ses peines, par pur altruisme.

Henriette la gouttelette qui tombe de la corniche avec une régularité qui mettrait les nerfs du Dalaï Lama à rude épreuve.

J’ai dormi.

Un peu.

Très peu.

Trop peu.

Mais très décidée à ne pas céder l’avantage à Babette et Henriette, je comptais sur une délicieuse grasse matinée pour rattraper les heures creuses de cette minuscule première nuit.

C’est alors que ma sœur entra dans ma chambre, franc battant.

Un regard inquiet vers mon réveil m’annonça qu’il était sept heures. Un dimanche matin.

Elle tenait un papier dans la main.

Elle s’approcha de mon lit à une vitesse fulgurante, se planta devant en annonçant : « On commence un régime aujourd’hui. Voilà ta feuille de route« . Et elle me tendit un papier rose sur lequel elle avait écrit tout ce que j’avais le droit de manger, et à quelle période de la journée.

Non contente de son effet, elle m’intima de me lever, afin de procéder à ma pesée.

Une fois qu’elle eut noté un nombre angoissant dans un carnet, elle commença à prendre des mesures de mon ventre, mes bras, mes cuisses.

C’est comme ça que je me retrouvai, un dimanche matin, plantée en culotte au milieu de mon salon, à me faire entourer d’un mètre ruban glacé, tenant une bien triste feuille rose en main.

C’est là que je pensai « La malédiction des voisins s’est étendue jusqu’à moi ».

Mais je n’osai en toucher un mot à la voisine en question.

Car il s’agit tout de même de ma sœur, voyez-vous.

Fée du logis

La malédiction des voisins

Cela va maintenant faire trois ans que je travaille à la bibliothèque de Namur-city.

En trois ans, j’ai déménagé trois fois.

Du coup, certaines de mes collègues me trouvent inconstante.

Ce que je réfute haut et fort. Il me semble au contraire que je fais preuve d’une grande constance : je déménage chaque premier mars. C’est simple à retenir, facile, efficace. Mes amis et ma famille peuvent bloquer cette date dans leur agenda. Ils ne sont jamais pris au dépourvu. Quand on leur demande ce qu’ils font le premier mars, ils peuvent répondre « J’aide Nathaliochka à monter son piano à queue au troisième étage d’un immeuble sans ascenseur« .

Tout cela pour vous dire que je suis à présent installée dans un studio, sur le même palier que ma sœur Caro.

Au départ, c’est elle qui a eu cette idée.

Elle a emménagé là, et puis, comme elle voyait que le studio qui jouxtait le sien était vide, elle a eu peur d’un éventuel mauvais voisinage. Il faut dire qu’à ce niveau là, elle n’a jamais eu beaucoup de chance. Elle est victime de ce qu’elle appelle communément « la malédiction des voisins ».

C’est dans cette optique qu’elle m’a obligée à venir vivre juste à côté. Pour conjurer le sort.

Pour changer de Michel, le voisin du dessus qui mettait une chanson de Céline Dion en boucle sur le volume « à fond » de sa chaîne hifi puis qui fermait son appartement à clé et se barrait pendant plusieurs heures en laissant la musique pour ses heureux voisins.

Michel avait une femme avec qui il se disputait pendant la nuit. Elle marchait avec ses talons et, rageuse, elle jetait des objets par la fenêtre, c’est-à-dire dans le jardin de ma sœur qui vivait au rez-de- chaussée.

Celine-Dion

« Après tu serais gentil de ramasser les assiettes, Michel »

Dans le même appartement, Caro a eu une invasion de chauve-souris.

Six chauve-souris ont élu domicile chez elle, sans la moindre considération pour le fait que ma sœur soit chauve-souriphobe.

Les petites batmiches s’accrochaient aux rideaux, tête en bas et volaient à travers les pièces. C’est à peine si elles ne réclamaient pas des madeleines à tremper dans leur thé.

Pour changer de Miette (j’ignorais jusque là qu’il s’agissait d’un prénom), qui sortait sur le palier en robe de chambre, la clope au bec et la soupçonnait de s’être infiltrée dans son appartement pour lui voler sa robe de bal et ses chaussures en charbon (véridique).

pantoufle de vair

« Ben non, ça se sont des pantoufles de vair »

Pour changer de la famille d’à côté qui jetait les langes usagés du petit Kenny sur le toit de sa chambre.

kenny

« Il faut tuer Kenny »

Pour changer de Brian , qui hurlait sur son gosse comme un possédé et qui demandait à ma sœur si elle pouvait l’aider parce qu’il souffrait de bipolarité et que, comme elle est psychologue, elle pourrait certainement calmer ses angoisses.

psy

« Je me sens mieux, merci »

Le barakie du dessous aime pleurer et hurler. Il aime pleurer au téléphone pendant la nuit auprès de sa mamie (« Mamie, mamie, j’ai pris de la coke ! T’inquiète pas, mamie, c’est de la bonne, elle vient de Charleroi »). Il aime hurler sur sa tante : « Dégage, pauvre conne ». D’ailleurs, on pense qu’il couche avec sa tante (à moins que cette vieille femme qui fume clope sur clope et qui se coiffe avec un moule à gaufres ne soit sa compagne ?). Il aime téléphoner à sa mamie pour lui dire : « J’ai acheté un flingue, mamie. Un vrai gun, pour exploser la cervelle du voisin ». Il aime aussi pisser pile au milieu de la cuvette des chiottes pour qu’on l’entende bien (ce qui est un moindre mal par rapport au fait qu’il se soit procuré un flingue pour nous dégommer).

Le barakie du dessous, comme tout barakie, remplit ses sacs PMC de canettes de Carapils.

Quand le barakie en est venu aux mains avec un des voisins, ceux d’en face ont porté plainte. La police est venue, avec plusieurs fourgonnettes. Quand je suis arrivée chez moi, il était menotté parce qu’il avait essayé de casser la gueule de « ces saletés de poulets ». Les voisins étaient sortis, ça faisait un peu d’animation dans notre belle campagne, puis les flics ont dû repartir, parce que j’ai entendu dans leur talkie-walkie qu’une maman avait enfermé son bébé dans sa voiture sous la canicule.

Bref, pour enfin vivre en bon voisinage avec une personne saine d’esprit et équilibrée.

Le premier soir à Lustin-les-bains, je me suis installée dans le fauteuil de ma sœur.

canapé

Éreintée par mon déménagement, je lui ai commandé des tartines rôties.

D’abord, elle m’a répondu « Tu ne peux pas te les faire rôtir toi-même ?! », ce qui m’a vexée, parce que j’étais son invitée.

Ensuite, j’ai eu très peur, parce que j’ai cru qu’il n’y avait pas de gouda à mettre sur mon pain, mais Caro a fini par trouver deux vieilles tranches qui traînaient dans le fond de son frigo.

frigo

Comme je ne suis pas difficile, cela a fait l’affaire.

Je lui ai dit que ce que j’adorerais, ce serait de regarder des vieux épisodes de Super Nanny.

super nanny

« Ca va chier, mon petit Kevin »

enfants

Je voyais bien a l’expression qu’abordait son visage qu’elle était vraiment ravie de passer notre première soirée de voisinage en regardant Super Nanny et en mangeant des tartines rôties.

Elle a même dit « C’est fou comme il est génial, notre samedi soir », ce avec quoi j’étais bien d’accord.

img013

Quand on a eu terminé notre émission, j’ai décidé de regagner ma chambre.

Elle s’est penchée sur le sol pour ramasser quelques petites miettes que j’avais fait tomber sur sa moquette et elle m’a dit, de son large sourire sincère : « C’est vrai que j’ai bien fait de te convaincre d’habiter ici. Ça va rompre le sort de ma malédiction des voisins ».

« Allons, allons, il n’y a pas de quoi », lui ai-je répondu, sans fausse modestie.

« Et demain j’aimerais beaucoup que tu prépares des croquettes de crevettes avec un grand verre de Spriiit« , lui ai-je lancé depuis le palier.

! Les articles au au top, Fée du logis

Pourquoi j’ai traversé la ville en pyjama

Vu que je souffre d’une malédiction, mon voisin du dessus souffre d’un léger trouble mental.

Il adore :

  • Mettre sa musique à fond.
  • Claquer les portes avec violence des dizaines de fois d’affilée.
  • Hurler des insanités dans la cage d’escalier , dans ma direction, de préférence quand je suis seule avec lui dans le bâtiment.

« Je ne suis pas fou »

J’ai donc régulièrement droit à mes habituels et charmants  « Connasse » et « Grosse salope ».

« Un vrai charme, ce voisin »

Généralement, le lendemain, quand je le croise dans l’escalier, il me demande bien poliment comment je vais et si j’ai passé une bonne journée, ce qui rend l’ambiance encore un rien plus funny-bunny.

Dr_Jekyll_and_Mr_Hyde

Il me raconte aussi qu’il souffre du fait qu’on lui ai retiré la garde de sa fille (Tu m’étonnes, Paul).

« Rendez-moi ma fille »

Bon.

Vous commencez un peu à me connaître.

Vous vous dites, à mon sujet : « Elle est sans peur et sans reproches, une vraie héroïne de conte de fées des temps modernes ».

Et vous avez raison.

Mais sachez que de temps à autres, mon héroïsme s’effondre comme neige au soleil, en particulier quand Mister Psychose se lâche en pleine nuit.

Mais avec le temps, j’ai mis en place un protocole face à lui :

D’abord je m’enferme à double tour.

Ensuite je m’obstrue les tympans avec de l’ouate.

Et enfin j’utilise mon joker : l’appel à un ami.

Il est arrivé plusieurs fois à Père de voler à mon secours dans ces circonstances, (c’est-à-dire qu’il vient me chercher en voiture et il attend en bas que je le rejoigne), mais il était en vacances la dernière fois que cela s’est reproduit.

trait

L’anecdote que je m’apprête à vous conter s’est déroulée une nuit de  pleine lune, nuit propice au déclenchement de la Folie Meurtrière de Mister Psychose.

Comme à son habitude, il s’est installé devant un programme télé nocturne intéressant (certainement la grande œuvre d’AB3) qui présentait brièvement des jeunes femmes célibataires mais néanmoins pleines d’avenir.

«Jennifer, 23 ans, adore promener son chien, croque la vie à pleines dents » « Sarah, 31 ans, recherche l’homme qui saura la dompter. Caractère de tigresse, elle aime aussi tricoter » « Violaine, 28 ans, étudiante en médecine, réussit brillamment mais recherche toujours l’âme sœur ».

Bien entendu, cela ne s’arrête pas là, puisque j’ai eu également droit aux commentaires profonds de mon voisin qui, penché sur la rambarde de l’escalier, me hurlait ses habituelles insultes.

« Salooope », « Connasse », « Grosse saloooope »

J’avais envie de riposter mais le danger était trop grand.

Il était quatre heures du matin.

Je me suis enfermée à double tour dans ma chambre, exactement comme l’exige mon protocole et j’ai appelé mes amis Catherine et Ivan pour leur demander s’ils voulaient bien m’héberger dans leur canapé-lit.

Comme ce sont de vrais amis, ils ont dit oui sans même râler parce que je les réveillais.

Sur la pointe des pieds, je suis sortie de l’appartement.

J’ai traversé le parc mal famé qui séparait nos habitations sans même un soupçon d’inquiétude (qu’est-ce qui pouvait être pire que d’avoir pareil voisin ?) et je suis allée dormir chez eux.

« Ca va aller, Nathaliochka, il est loin, maintenant »

Le lendemain matin , quand j’ai voulu rentrer chez moi, je me suis aperçue que j’étais arrivée en pleine nuit, et donc en pyjama, ce qui ne m’avait pas perturbée à outre mesure puisqu’il faisait nuit noire, qu’il n’y avait personne dans les rues et que je fuyais un grand psychopathe.

shining46

Mais au matin, la vie citadine avait repris ses droits, la pleine lune s’était couchée, remettant le monde à l’endroit.

« Namur-city, vendredi matin »

C’est donc pour cela que l’autre matin, j’ai dû traverser la ville en pyjama.

pyjama
cristina cordula

« Bien accessoirisé, ça peut être très moderne, ma chérie »