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Le jacuzzi des Yakuzas

Cet été, pendant la canicule, Rebecca nous a invitées, Sophie et moi, à passer une après-midi jacuzzi chez elle. Pleine de bon sens, je lui ai dit : « Un jacuzzi un jour de canicule ?! Tu ne serais pas un petit peu maboule dans ta tête ?! « , mais elle m’a répondu que c’était une astuce des gens du désert. « J’ignorais que les berbères adoraient les jacuzzis », lui ai-je asséné avec un soupçon de moquerie. « Mais non, enfin ! C’est juste qu’ils boivent des grandes tasses de thé bien chaud en plein désert, ce qui relève du même principe ». Sophie, qui est une scientifique de renom, s’est exclamée : « Aaaah…. Tu veux dire qu’ils se donnent encore plus chaud pour après avoir l’impression d’avoir plus froid ? » « Oui, a-t’elle conclu, je parlais de ça ».

Pendant un temps de midi, Sophie a quitté le bureau en déclarant : « Je pars m’acheter un nouveau bikini pour aller à la fête de Rebecca » »Ah oui ? Carrément ? ». « Ben oui. Je veux parader« .

J’ai commencé à m’inquiéter un peu, parce que cela commençait à prendre de grandes dimensions, juste pour une après-midi jacuzzi, mais comme je venais justement moi aussi de parader pendant un mois sur les plages de Grèce, je n’étais pas en reste point de vue bikini, j’avais même une longueur d’avance sur elle. J’étais parée.

La veille, j’ai interrogé timidement et subrepticement Sophie à propos de son trajet. « Demain, tu passes à Namur, pour aller chez Rebecca ? ». J’essayais de sonder son cœur afin de savoir si je pouvais profiter d’un covoiturage car j’ai dernièrement pris la grande (et sage) décision de ne PLUS JAMAIS aller nulle part en voiture, du moins vers l’inconnu. Les seuls trajets autorisés étant : Maison-Bureau, Bureau-Maison, Maison-Mel-Bichon, Bureau-Académie, Académie-Maison, Bureau-Père. Autrement dit : Namur. Je peux faire deux exceptions pour Kitty (Chaumont-Gistoux) et Marilou (Nivelles), un point c’est tout. Si j’en suis arrivée là, c’est que j’ai pris pour habitude de me perdre en voiture, et ce où que j’aille. (Rappel).

L’organisation de ce jour-là ne permettant pas le covoiturage, j’ai dû déroger à mon nouveau règlement d’ordre intérieur et prendre ma voiture. En fait, je suis déjà allée chez Rebacca, donc ce n’était pas à proprement parler comme aller vers l’inconnu, mais je ne visualisais pas hyper bien le trajet. Je n’étais pas spécialement inquiète. Mais j’aurais dû l’être. Car dès la première bifurcation, un doute s’est emparé de moi. Afin d’éviter le tas de souffrances psychologiques qui m’assaillent quand je perds ma route (c’est-à-dire tout le temps), j’ai pris une mesure préventive et me suis posée sur le bas-côté pour appeler Rebecca et lui demander quelques éclaircissements. J’aimais bien. Je me suis sentie proactive. Prête à en découdre avec cette malédiction qui me colle à la peau. J’ai même été très concentrée sur ses explications. « Une librairie, à gauche, des champs, puis tu me rappelles ».

Comme de bien entendu, j’ai dépassé la librairie. Mais je m’en suis aperçue et j’étais hyper fière de faire un demi-tour sur la chaussée pour reprendre au bon endroit. Proactivité, vous dis-je. Je reprenais peu à peu confiance en moi.

Comme de bien entendu, une fois que je suis arrivée au croisement délicat, je n’ai pas rappelé. Morgan, mon GPS, semblait en rade car visiblement, il voulait que j’emprunte l’autoroute. Je SAVAIS que c’était probablement un piège car Rebecca ne prend JAMAIS l’autoroute (à chacun son règlement d’ordre intérieur). Mais je suis quand-même montée sur l’autoroute, sachant qu’il ne fallait pas le faire. Pourquoi ? me demanderez-vous. Eh bien, j’ignore la réponse à cette question pourtant pertinente. Je dirais qu’il y a comme une force du Mal qui me pousse parfois à faire des choses insensées. Comme si la raison savait quelque chose mais que le corps faisait autrement. Ne pensez pas que je n’ai pas passé des nuits blanches à réfléchir à cette question, et la seule réponse qui pourrait faire écho parlerait d’auto-sabotage. « Tu as le syndrome du champion », m’a un jour déclaré ma cheffe de service alors que je lui expliquais que je ratais systématiquement mon permis de conduire alors qu’il est de notoriété publique que je roule parfaitement bien. Comme je ne connaissais pas ce syndrome elle m’a expliqué « C’est celui qui s’arrête un millimètre avant la ligne d’arrivée alors qu’il était le premier ». Et je crois qu’il y a du vrai là-dedans, mais je ne suis pas ici pour philosopher sur mon propre compte, je suis ici pour vous conter une anecdote. J’ai donc emprunté une bretelle d’autoroute, au moment-même où j’aurais dû flâner avec Etoile dans les champs, Morgan me stipulant que j’étais à quelques pas de ma destination finale. (Je n’aime pas dire « destination finale », car ça sonne quand-même un peu Mort Imminente).

Il n’y a pas de mots pour vous décrire la souffrance morale qui a suivi. A la seconde même, j’ai su que je me trompais et je sais que si on se trompe sur l’autoroute, il suffit de prendre la première sortie et de faire demi-tour. Bien évidemment, la route en sens inverse était en travaux, sinon ce n’aurait pas été drôle, et c’est comme ça que je me suis retrouvée dans les routes de campagne, en proie à la panique. Je n’ai qu’une confiance réduite en Morgan, mais je n’avais que lui sur qui compter donc je m’en suis tenue à ce qu’il m’indiquait. Le trajet devenait long. Anormalement long. Rebecca commençait à s’inquiéter. Elle m’a envoyé un message : « Tu es perdue ? » auquel j’ai répondu « Evidemment ». Je me suis mise sur le côté, pour respirer un peu, faire le point. « Tu es où? »m’a-t’elle demandé. « Si seulement je le savais ». Je lui ai donné des explications précises afin qu’elle m’aide. « Je vois des arbres et des champs ».

Morgan indiquait que j’étais bientôt arrivée à destination donc j’ai repris ma route. « Vous êtes arrivée chemin des bretons » a-t’il annoncé. Là, un vent de panique m’a envahie. Je n’allais PAS DU TOUT chemin des bretons. Morgan avait changé lui-même la destination finale. C’est quoi ce chemin des bretons, d’ailleurs ? Pourquoi parler de Bretagne au plein milieu du Condroz ? COMBIEN DE TEMPS EXACTEMENT AVAIS-JE ROULé ?!!!

J’ai réencodé la bonne adresse. Je suis repartie. J’ai essayé de ne pas pleurer. Je me détestais. Je détestais ma vie. J’avais les bras qui tremblaient et les jambes en mousse.

A un moment donné, je suis arrivée au carrefour en question. Celui du début. Celui dans lequel je devais appeler Rebecca. Celui où tout a basculé. Je me suis rangée. J’ai appelé. J’ai dit : « Je suis à Saint-Gérard ». Elle a dit « C’est loin, Saint-Gérard, très loin d’ici. Pas dans la région. Est-ce que tu veux plutôt dire que tu es à Saint-Germain? » »Oui, voilà, c’est ce que je voulais dire ». J’étais de fait garée devant une plaque indiquant Saint-Germain, mais les lettres se brouillaient devant mes yeux. Rebecca a pris le contrôle de la situation. Elle a dit : « Je vais te guider au téléphone. Tu vas me dire tout ce que tu vois » »Je vois un panneau Les enfants jouent » »C’est bien, continue » »Je vois des arbres » »Jusque-là ça se tient » »Je vois…un grand mur blanc. Devant moi. Un immense mur blanc » »Freine ». Et ainsi de suite jusqu’à ce que je parvienne enfin chez elle, destination finale. Sophie était là. J’ai dit « T’es déjà là ? » car elle était sensée arriver après moi. « Oui, depuis plusieurs heures, même », a-t’elle répondu en se gaussant de moi.

« Je suis au bout du rouleau »ai-je annoncé. « Je veux plonger tout de suite dans ce fichu jacuzzi, ça détendra mes vertèbres et mes neurones.

On s’est changées. Sophie était top biche. Nouveau bikini, blouse transparente, lunettes de soleil, minceur, tatouages, hauts talons. « On dirait un défilé de Martin Margiella », lui ai-je dit. « Je t’avais prévenue, que je voulais parader ».

On est entrées dans le jacuzzi. une par une. L’eau montait dangereusement. Il faut dire qu’on est pas des petits volumes, comme meufs. « Heureusement que tu as perdu 25 kilos, ai-je dit à Sophie, sinon l’eau déborderait ». « On est les trois grasses », a-t’elle riposté.

Sammy, le fils de Rebecca, nous a regardées rentrer dans le jaccuzzi. Il a demandé s’il pouvait venir avec nous. Sammy est un enfant. Mais comme c’est un enfant intelligent, sage et bien éduqué, j’ai bien voulu qu’il nous rejoigne. Il a enjambé le rebord et a déclaré : « Oh c’est fou ça ! Il y a beaucoup plus d’eau que d’habitude ! ». Je me suis dit que, si j’avais été bonne pédagogue, c’eut été le moment de lui parler de la poussée d’Archimède, mais je le soupçonnais de maîtriser le sujet mieux que moi donc je me suis ravisée.

On était bien installés, le cul dans les bulles, dans une chaleur agréable. Personnellement, j’ai très vite commencé à friper. D’abord des doigts, puis des orteils. On aurait dit une vielle pomme. Je leur ai montré : « Regardez comme je fripe ! » et Sammy a dit : « Oh ! On dirait la créature des Marais ! ». Et c’est vrai que je lui ressemblais en tous points.

Puis j’ai dit : « Je ne sais pas vous, mais moi j’ai les yeux qui piquent ». Rebecca a dit « Moi aussi ». Sophie a dit « J’ai l’impression que j’ai les yeux qui saignent », car elle a le sens du drame. « Je pleure » a dit Sammy. Ce n’était pas de tout repos, cette immersion. Ensuite j’ai frotté mes yeux avec mes doigts fripés et je me suis mise moi aussi à pleurer. Rebecca a crié à Sophie « La boule de chlore ! Tu es en train de secouer la boule de chlore ! » et Sophie a regardé la petite boule avec laquelle elle jouait depuis vingt minutes avec perplexité. « C’est la boule de chlore, ce truc-là ? Je croyais que c’était une balle magique, moi ! ».

Ah, c’est donc une boule de chlore !

Sammy, qui était trop en souffrance, coincé entre trois grosses madames dans une eau bouillante pleine de chlore qui lui arrivait en-dessous du nez a profité de ce moment-là pour quitter l’aventure.

« Et à la fin, il n’en restera qu’un »

Etienne, le mari de Rebecca, est arrivé. Il n’a pas semblé impressionné par l’allure rougie et fripée de son fils car il a déclaré : « Moi aussi je veux venir ». Rebecca a dit non, qu’on était assez nombreuses, qu’il n’y avait plus de place pour qui que ce soit. Rebecca, c’est une dure en affaire, alors Etienne est allé fumer une clope dans son coin.

Nous avons continué à disserter dans l’eau. De sujets graves. De sujets importants. Rebecca nous a parlé de la fameuse destination finale. De notre finitude, si vous préférez. On a essayé de s’imaginer notre propre fin. Comment on la voulait. J’ai dit : « Peu importe, mais pas noyée dans un jacuzzi saturé de chlore, en tout cas ». Sophie a dit qu’elle voulait que l’on diffuse Queen dans de grosses enceintes le jour de son enterrement, mais ça, on le savait déjà. J’ai dit : « C’est peut-être un peu glauque de parler de mort un jour de grand soleil comme ça, non ? » et Rebecca m’a répondu : « Pourtant il faut bien que l’on accepte l’idée de notre propre mort ! » et là, à la seconde même, dans une synchronicité à faire pâlir Dieu lui-même, le jacuzzi s’est arrêté. PAF. Fin de l’aventure. On se serait crues à une partie de ouija version aquatique. Je crois que l’esprit du jacuzzi était d’accord avec elle et que c’était sa façon de valider ses paroles. Il a d’abord régné un grand silence un peu anxieux puis on est parties dans un immense rire nerveux de hyènes en furie.

On s’est dit que c’était un signe du ciel. Que c’était le moment de sortir, avant que des branchies et une queue de sirène ne nous poussent. Nous sommes sorties de l’eau, telles des Naïades emplies de grâce et de délicatesse.

Etienne en a profité pour s’approcher du jacuzzi. Il s’est écrié : « Mais enfin ! Il n’y a plus d’eau, dans cette piscine ! ». Et c’est vrai. Il ne restait plus qu’un fond d’eau trouble. « Poussée d’Archimède » a déclaré Sophie. « En plus, l’eau est croupie ! ». Et c’était vrai aussi. On aurait dit un véritable bouillon de culture. « Mais qu’est-ce que vous avez foutu, les filles ? » a t’il dit en enjambant tout de même le bassin. « Tu y vas quand-même ? » a demandé Rebecca. « Ecoutez » a-t’il dit en chaussant ses lunettes de soleil « J’ai bien échappé à une pandémie mondiale. Ce n’est pas le jacuzzi des Yakuzas qui va me faire peur ».

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Ma vie de magazine

Samedi, quand je suis rentrée du boulot, Caro, Adèle et Axelle étaient installées sous l’Arbre Parfait avec le bébé, le chien et les chats. « C’est réunion au sommet, à ce que je vois ? ». « On t’attendait pour faire un pique-nique », me disent-elles. « Et après, ajoute Caro, on aimerait faire une sieste. Je prendrai Hannah et elle s’endormira dans mes bras en regardant le feuillage, comme les bébés de magazine ».

Je n’ai pas voulu briser les rêves de ma sœur, mais je vois mal ma nièce, ce vermisseau sous amphétamines, se relaxer sous un pommier. « Vous voulez parler de magazines people, comme Closer ? » « Non, plutôt les magazines de Vie Meilleure, comme Flow » « Ah ok, je vois le concept. On profite de moments simples en famille, à manger des graines puis à écouter le vent dans les branches » « Exactement ».

Je vois très bien de quels magazines elles veulent parler. Mère en possède des piles et des piles, mais je n’ai jamais pu en lire un dans son entièreté car, pour les besoins de ses collages, elle les réduit en gruyère aussi sûrement que Marie-Charlotte (notre souris) ne le fait avec nos boites de céréales. Puis, par un étrange tour de passe passe, elle parvient à transformer toutes les phrases optimisantes qu’ils contiennent en phrases qui te donnent envie de te jeter par-dessus la balustrade.

On est allées remplir nos assiettes dans la cuisine. Evidemment, pour notre vie à la Flow, on a mangé des crudités venant du potager (hashtag je cultive moi-même mes légumes), avec des œufs encore tout chauds d’être tombés du trou de cul de nos poules (hashtag je vous baratine) et on est allées s’asseoir sur le grand tapis de yoga de Mère.

Hannah observait toutes les assiettes et, sachant très bien qu’elle n’avait pas le droit de piocher dedans, elle s’est dirigée droit sur moi, déjouant mon autorité légendaire. « C’est dingue, ça quand-même », ont dit mes sœurs. Alors qu’elle se régalait de ma pitance, en saisissant des petits morceaux du bout de ses doigts agiles, j’ai compris que j’aimais cet être humain au-delà du possible car je serais prête à tout pour elle, même à partager mon oeuf cuit dur

Quand on a eu terminé notre repas, on s’est allongées sur le tapis et Adèle a pris Hannah sur son ventre et lui a montré les feuilles de l’arbre parfait qui dansaient dans le vent. D’abord, elle agitait les jambes telle une coureuse de marathon, puis, peu à peu, Bébé s’est relaxée. J’avoue que j’étais bluffée. Que leur plan fonctionnait. C’est vrai qu’on était belles, là, toutes ensemble, en train de digérer nos repas santé à même la rudesse jaunie des herbes cramées. Mêrme Happy était sage et ne demandait pas à lécher nos assiettes, comme un chien de magazine (En vrai, je doute que le jus de concombre le fasse saliver).

Tout à coup, Franklin la tortue tondeuse (suivez un peu, ceci est une saga) arrive droit sur nous comme un bolide.

Agitation. Cris. Stupeur et tremblements. Hannah se réveille en sursaut. Happy prend la tangente. Caro se lève et, poussée par son instinct de mère qui n’écoute que son courage, se poste entre Franklin et le Bébé. Toute cette scène me fait furieusement penser à cette célèbre photo de l’homme qui bloque les chars de Tian’anmen.

Mais Franklin ne s’arrête pas. Il fonce droit sur elle. Adèle lui crie « Bloque-le avec ton pied !!! ». Mais c’est trop tard, il est sur le tapis de yoga et émet une fumée étrange. Caro le bloque avec son pied. Il s’arrête enfin.  Franklin est perturbé dans sa tâche. Il nous communique son intention via un écran. « Retour station », nous annonce-t’il. On dirait un cosmonaute qui n’a pas pu effectuer sa mission et qui rentre la tête entre les épaules.

On soulève le tapis de yoga. Il porte les séquelles d’un broyage par tortue-tondeuse.

Quant à Caro, elle a gardé ses deux pieds et se remet doucement de l’attaque du robot.

Comme quoi il vaut mieux que la vie de magazine reste cantonnée à du papier glacé.

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Petit incident domestique

Aujourd’hui, les plombs ont sauté.

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« Ding dong »

Non, pas ceux-là.

Les vrais plombs.

D’abord, les lumières se sont éteintes.

Puis mon grille-pain a émis une étrange fumée noire.

J’ai cru que ma tartine brûlait. Mais une odeur de cochon grillé a rapidement envahi toute la pièce. J’ai pensé qu’il était curieux que ma tartine sente le porc. Alors je me suis levée de mon tabouret et je suis allée inspecter mon appareil électroménager. Mes tartines étaient saines et sauves. Par contre, quelque chose collait dans le fond. Un objet.

J’ai retourné mon grille-pains afin d’en extraire l’objet, mais il avait fondu sur la résistance.

C’était une lampe de poche.

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« Comme c’est étrange, mon cher Watson »

Je vous vois déjà venir : vous vous imaginez qu’il s’agit d’une énorme lampe torche et vous vous demandez comment diantre elle a pu atterrir (et rentrer) dans un grille-pain.

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« Mystère et boule de gomme, Mulder »

Je vais vous expliquer :

Il s’agit d’une petite lampe qui sert de pointeur et de porte-clés et qui a la taille d’un petit doigt. Elle était posée sur une étagère qui se trouve au-dessus de mon grille-pain. Preuves que mon récit est PROBABLE, contrairement à ce que m’ont dit mes collègues quand je leur ai expliqué « Ce matin, ma lampe de poche est tombée dans mon grille-pain »

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grille pain

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Et d’où me vient cette lampe de poche ? Ca, c’est une autre chouette histoire.

Mais je vous la raconterai un autre soir.

(Cliquez sur le dark caniche pour le savoir)

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D’habitude, le premier mars

Ce matin, en versant un chouïa supplémentaire de lait sur mes céréales déjà ramollies, j’ai  regardé d’un œil distrait le calendrier chinois accroché au mur.

Il indiquait que nous étions le premier mars.

Waw, me suis-je dit.

Nous sommes le premier mars.

D’habitude, le premier mars, je déménage.

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« Bye, bye, Ancienne-Vie »

D’habitude, le premier mars, je file au Brico chercher des caisses parce que toutes mes affaires ne sont pas encore emballées et que l’équipe des hommes musclés (je n’en connais pas tant que ça, du calme les filles) débarque dans un quart d’heure.

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« C’est presque prêt »

D’habitude, le premier mars, j’essaye de convaincre Père que c’est la dernière fois qu’il doit transporter ma machine à laver au troisième étage sans ascenseur.

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D’habitude, le premier mars, certains de mes amis sont frappés d’une grippe foudroyante qui les cloue au lit.

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« Houlala, on est très très malades »

D’habitude, le premier mars, j’essaye d’expliquer calmement à Mère que le four n’a pas encore été nettoyé cette année et que ce serait vachement cool si elle pouvait s’en charger.

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« Mais bien-sûr, ma petite chérie d’amour »

D’habitude, le premier mars, je ferme la porte du lave-vaisselle dans lequel stagne un fond d’eau qui croupit là depuis plusieurs semaines en croisant les doigts pour que les propriétaires ne l’ouvrent pas lors de l’état des lieux.

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« C’était comme ça quand je suis arrivée »

D’habitude, le premier mars, je pose dans un sachet en plastique les petites pièces des meubles Ikea qui se démontent et je les scotche sur les planches, exactement comme me l’a répété cent fois Jean-Chri, lassé de retrouver mes vis et mes clous dans mes caisses de « Rien-avoir ».

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D’habitude, le premier mars, je secoue mes caisses afin de savoir s’il faut écrire « fragile » dessus.

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Mais cette année, le premier mars 2016, je suis en train de terminer tranquillement mon bol de céréales en savourant cet état de fait : on est un premier mars et je ne déménage pas.

Une chose aussi étrange mérite d’être soulignée.

A croire que je m’installe dans la vie.

Il se pourrait bien que je me pose, voyez-vous.

Que je devienne une femme sédentaire.

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Qui c’est ? C’est le plombier

L’ évier de ma cuisine était bouché.

Mais quand je dis bouché, je ne dis pas charcutier (Wohooo!).

J’ai tout essayé pour le déboucher : utiliser cette bonne vieille ventouse qui atomise vos fringues parce qu’elle envoie de l’eau dégueulasse partout, empuantir mon studio en faisant bouillir de l’eau vinaigrée, tuer des bébés phoques en balançant des litrons de Destop.

Mais rien à faire, l’eau restait dans le fond de l’évier, sans même faire mine de vouloir s’évacuer.

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Mon propriétaire m’a dit : « Je vais venir vous déboucher ça ».

Je l’ai attendu deux mois.

Deux mois durant lesquels j’ai fait ma vaisselle dans ma salle de bains, le dos en ruine.

Quand mon propriétaire est enfin venu faire la réparation, il m’a téléphoné pour me dire : « Je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu. Mais je suis impressionné. Parce qu’il y avait dans vos tuyaux un bouchon long de plusieurs mètres. J’imagine que ça doit être une forme d’usure naturelle, due à 15 ans d’accumulation, mais c’était tout de même impressionnant, je tenais à vous le dire. »

Quand j’ai raconté ça à ma filleule, elle m’a dit, le plus naturellement du monde : « Mais enfin, marraine, réfléchis un peu. Ce sont probablement tes invités qui jettent le contenu de leur assiette dans ton évier dès que tu as le dos tourné. »

Et ce qui m’inquiète le plus dans cette histoire, c’est que pour pouvoir avoir une idée aussi saugrenue… elle a déjà dû y penser.

Ou même… le faire, non ?

Perverse jeunesse.

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Ma première nuit dans mon nouvel appartement

Il y a eu la première nuit dans mon nouvel appartement.

C’est toujours un événement particulier, la première nuit dans un nouvel appartement.

On découvre de nouveaux bruits.

Le frigo qui ronronne.

Babette la chouette qui hulule si sinistrement qu’on aurait envie de lui jeter une pierre pour mettre fin à ses peines, par pur altruisme.

Henriette la gouttelette qui tombe de la corniche avec une régularité qui mettrait les nerfs du Dalaï Lama à rude épreuve.

J’ai dormi.

Un peu.

Très peu.

Trop peu.

Mais très décidée à ne pas céder l’avantage à Babette et Henriette, je comptais sur une délicieuse grasse matinée pour rattraper les heures creuses de cette minuscule première nuit.

C’est alors que ma sœur entra dans ma chambre, franc battant.

Un regard inquiet vers mon réveil m’annonça qu’il était sept heures. Un dimanche matin.

Elle tenait un papier dans la main.

Elle s’approcha de mon lit à une vitesse fulgurante, se planta devant en annonçant : « On commence un régime aujourd’hui. Voilà ta feuille de route« . Et elle me tendit un papier rose sur lequel elle avait écrit tout ce que j’avais le droit de manger, et à quelle période de la journée.

Non contente de son effet, elle m’intima de me lever, afin de procéder à ma pesée.

Une fois qu’elle eut noté un nombre angoissant dans un carnet, elle commença à prendre des mesures de mon ventre, mes bras, mes cuisses.

C’est comme ça que je me retrouvai, un dimanche matin, plantée en culotte au milieu de mon salon, à me faire entourer d’un mètre ruban glacé, tenant une bien triste feuille rose en main.

C’est là que je pensai « La malédiction des voisins s’est étendue jusqu’à moi ».

Mais je n’osai en toucher un mot à la voisine en question.

Car il s’agit tout de même de ma sœur, voyez-vous.

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La malédiction des voisins

Cela va maintenant faire trois ans que je travaille à la bibliothèque de Namur-city.

En trois ans, j’ai déménagé trois fois.

Du coup, certaines de mes collègues me trouvent inconstante.

Ce que je réfute haut et fort. Il me semble au contraire que je fais preuve d’une grande constance : je déménage chaque premier mars. C’est simple à retenir, facile, efficace. Mes amis et ma famille peuvent bloquer cette date dans leur agenda. Ils ne sont jamais pris au dépourvu. Quand on leur demande ce qu’ils font le premier mars, ils peuvent répondre « J’aide Nathaliochka à monter son piano à queue au troisième étage d’un immeuble sans ascenseur« .

Tout cela pour vous dire que je suis à présent installée dans un studio, sur le même palier que ma sœur Caro.

Au départ, c’est elle qui a eu cette idée.

Elle a emménagé là, et puis, comme elle voyait que le studio qui jouxtait le sien était vide, elle a eu peur d’un éventuel mauvais voisinage. Il faut dire qu’à ce niveau là, elle n’a jamais eu beaucoup de chance. Elle est victime de ce qu’elle appelle communément « la malédiction des voisins ».

C’est dans cette optique qu’elle m’a obligée à venir vivre juste à côté. Pour conjurer le sort.

Pour changer de Michel, le voisin du dessus qui mettait une chanson de Céline Dion en boucle sur le volume « à fond » de sa chaîne hifi puis qui fermait son appartement à clé et se barrait pendant plusieurs heures en laissant la musique pour ses heureux voisins.

Michel avait une femme avec qui il se disputait pendant la nuit. Elle marchait avec ses talons et, rageuse, elle jetait des objets par la fenêtre, c’est-à-dire dans le jardin de ma sœur qui vivait au rez-de- chaussée.

Celine-Dion

« Après tu serais gentil de ramasser les assiettes, Michel »

Dans le même appartement, Caro a eu une invasion de chauve-souris.

Six chauve-souris ont élu domicile chez elle, sans la moindre considération pour le fait que ma sœur soit chauve-souriphobe.

Les petites batmiches s’accrochaient aux rideaux, tête en bas et volaient à travers les pièces. C’est à peine si elles ne réclamaient pas des madeleines à tremper dans leur thé.

Pour changer de Miette (j’ignorais jusque là qu’il s’agissait d’un prénom), qui sortait sur le palier en robe de chambre, la clope au bec et la soupçonnait de s’être infiltrée dans son appartement pour lui voler sa robe de bal et ses chaussures en charbon (véridique).

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« Ben non, ça se sont des pantoufles de vair »

Pour changer de la famille d’à côté qui jetait les langes usagés du petit Kenny sur le toit de sa chambre.

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« Il faut tuer Kenny »

Pour changer de Brian , qui hurlait sur son gosse comme un possédé et qui demandait à ma sœur si elle pouvait l’aider parce qu’il souffrait de bipolarité et que, comme elle est psychologue, elle pourrait certainement calmer ses angoisses.

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« Je me sens mieux, merci »

Le barakie du dessous aime pleurer et hurler. Il aime pleurer au téléphone pendant la nuit auprès de sa mamie (« Mamie, mamie, j’ai pris de la coke ! T’inquiète pas, mamie, c’est de la bonne, elle vient de Charleroi »). Il aime hurler sur sa tante : « Dégage, pauvre conne ». D’ailleurs, on pense qu’il couche avec sa tante (à moins que cette vieille femme qui fume clope sur clope et qui se coiffe avec un moule à gaufres ne soit sa compagne ?). Il aime téléphoner à sa mamie pour lui dire : « J’ai acheté un flingue, mamie. Un vrai gun, pour exploser la cervelle du voisin ». Il aime aussi pisser pile au milieu de la cuvette des chiottes pour qu’on l’entende bien (ce qui est un moindre mal par rapport au fait qu’il se soit procuré un flingue pour nous dégommer).

Le barakie du dessous, comme tout barakie, remplit ses sacs PMC de canettes de Carapils.

Quand le barakie en est venu aux mains avec un des voisins, ceux d’en face ont porté plainte. La police est venue, avec plusieurs fourgonnettes. Quand je suis arrivée chez moi, il était menotté parce qu’il avait essayé de casser la gueule de « ces saletés de poulets ». Les voisins étaient sortis, ça faisait un peu d’animation dans notre belle campagne, puis les flics ont dû repartir, parce que j’ai entendu dans leur talkie-walkie qu’une maman avait enfermé son bébé dans sa voiture sous la canicule.

Bref, pour enfin vivre en bon voisinage avec une personne saine d’esprit et équilibrée.

Le premier soir à Lustin-les-bains, je me suis installée dans le fauteuil de ma sœur.

canapé

Éreintée par mon déménagement, je lui ai commandé des tartines rôties.

D’abord, elle m’a répondu « Tu ne peux pas te les faire rôtir toi-même ?! », ce qui m’a vexée, parce que j’étais son invitée.

Ensuite, j’ai eu très peur, parce que j’ai cru qu’il n’y avait pas de gouda à mettre sur mon pain, mais Caro a fini par trouver deux vieilles tranches qui traînaient dans le fond de son frigo.

frigo

Comme je ne suis pas difficile, cela a fait l’affaire.

Je lui ai dit que ce que j’adorerais, ce serait de regarder des vieux épisodes de Super Nanny.

super nanny

« Ca va chier, mon petit Kevin »

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Je voyais bien a l’expression qu’abordait son visage qu’elle était vraiment ravie de passer notre première soirée de voisinage en regardant Super Nanny et en mangeant des tartines rôties.

Elle a même dit « C’est fou comme il est génial, notre samedi soir », ce avec quoi j’étais bien d’accord.

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Quand on a eu terminé notre émission, j’ai décidé de regagner ma chambre.

Elle s’est penchée sur le sol pour ramasser quelques petites miettes que j’avais fait tomber sur sa moquette et elle m’a dit, de son large sourire sincère : « C’est vrai que j’ai bien fait de te convaincre d’habiter ici. Ça va rompre le sort de ma malédiction des voisins ».

« Allons, allons, il n’y a pas de quoi », lui ai-je répondu, sans fausse modestie.

« Et demain j’aimerais beaucoup que tu prépares des croquettes de crevettes avec un grand verre de Spriiit« , lui ai-je lancé depuis le palier.