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Coline Pierré – Pourquoi pas la vie

« Sylvia Plath est une héroïne romantique. Depuis près de soixante ans, on façonne avec son drame des représentations iconiques et poétiques qui flirtent avec la complaisance morbide. Mais ce n’est pas sa mort qui est romantique. C’est sa force de vie. Sa mort, au contraire, est trivialement réelle. Elle rend une sentence implacable et enferme éternellement la poétesse dans cette ultime image de renoncement. Elle est de cette teinte suffocante que prend l’existence lorsqu’elle succombe absolument à l’injustice. Aucune personne de trente ans ne devrait crever la tête dans le four. Ce n’est pas un monde acceptable. « 

Coline Pierré, « Pourquoi pas la vie « , éditions de l’Iconoclaste

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Munch

« En vérité, mon art est une confession que je fais de mon plein gré, une tentative pour tirer au clair, pour moi-même, mon rapport à la vie … C’est au fond une forme d’égoïsme, mais je ne renonce pas à l’espérance qu’avec son aide, je parviendrai à aider d’autres gens à se comprendre »

Edvard Munch

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« Yoga » d’Emmanuel Carrère

Emmanuel a fait carrière dans l’écriture et il pratique le yoga depuis des années. Il a suivi une retraite de dix jours de méditation. Son but : s’immerger dans le sujet afin de rédiger un livre positif sur les vertus du yoga. Mais la vie, cette chienne parfois, s’est rappelée à lui via la rechute spectaculaire d’une dépression sévère et le livre, tout naturellement, est devenu plus obscur, apparemment bien éloigné du yoga. A moins que ce ne soit cela, le yoga : une discipline qui nous apprend à quel point nous pouvons être une chose et son inverse, à quel point ombre et lumière se côtoient, et qu’il nous appartient d’expérimenter ces deux pôles.

« C’est une pratique familière du new-age, d’embrasser les arbres, de communiquer avec Gaïa la planète en caressant des arbres, et je me demande si les gens qui le font auraient l’idée de le faire si on ne leur avait pas dit que ça se faisait, que c’est une signe de sensibilité, de connexions avec la nature, de lâcher-prise, que sais-je ? Je me sauve de la tristesse par l’ironie. Ruse classique, à laquelle j’ai tant de fois recouru. »

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« Ressac » de Diglee

« Mon écriture hâtive à l’encre violette couvre à présent des dizaines de pages dans le carnet d’écolier acheté pour le voyage. Fragments hésitants, ratures et paragraphes tremblants comme échappés de moi-même. Est-ce trahir que d’écrire ? Pourquoi cette urgence à raconter ce qui n’est pas encore digéré, ce qui mute, palpite, pourquoi ne pas plutôt créer quelque chose qui soit loin de moi, loin de cette impudique mise à nu ? Quelque chose qui n’engage (n’enrage…) personne ? De l’écriture ou de la main, après tout, qui contrôle qui ? Puis-je réellement décider de ce qui s’écrit ? »

Diglee

“Ressac : nom masculin. Retour brutal des vagues sur elles-mêmes lorsqu’elles ont frappé un obstacle”. 

Ressac au sens propre, celui des vagues s’écrasant inexorablement sur les rochers, celui de la mer contemplée. Ressac au sens figuré, celui qui nous habite, celui de notre sang dans nos veines, celui de nos pensées, ce retour à soi-même obligé lorsqu’on percute la déveine. 

Ressac enfin de l’écriture, quand, sans cesse, il nous faut écrire puis retrancher, pour ne laisser que l’essence même des mots et leur poésie. 

« Ressac » de Diglee – Editions la ville brûle
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Atelier d’écriture de Laure d’Astragal

Deux janvier. Les choses sérieuses peuvent commencer. J’ai donc décidé de me consacrer à l’écriture de mon roman. Pour m’aider, j’ai dégoté ce bouquin : « L’atelier d’écriture : la méthode pour révéler l’écrivain qui sommeille en vous », de Laure d’Astragal. Je viens seulement de le commencer, mais il me parait parfait pour m’accompagner au jour le jour, du moins au début.

Elle propose quelques exercices pratiques auxquels je me prête avec plaisir. Notamment le suivant : imaginer que nos idoles nous encouragent dans nos projets.

Fox Mulder
Gaston Lagaffe
Claude Monet
Alf
Frida Kahlo
Victor Hugo
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Atmosphère d’atmosphère

Ce livre, ce sont de courts extraits qui s’enchaînent les uns à la suite des autres, dans un format inédit. Un enchaînement de réflexions qui peuvent de prime abord sembler décousues, sans grands liens entre elles. Les réflexions jetées au visage du lecteur d’une femme en proie à la panique contemporaine, mais qui sait humour et raison garder. Foutraques au début, ces réflexions qui s’enchaînent font émerger des thèmes universels : interrogations sur le couple et la maternité, liens entre les humains, angoisses de l’apocalypse, survie dans ce monde qui semble avoir perdu la boule (et encore, il date de l’ère pré-pandémie). Le tout sur un ton résolument sombre et cynique qui n’est pas pour me déplaire. Une sorte d’ovni, donc, à lire lentement, par petits passages, un peu comme on savourerait une praline… à la liqueur. Je recommande.

“Un jour, je dois courir pour attraper le bus. Je suis tellement essoufflée quand je monte, je comprends que tous mes préparatifs pour l’apocalypse sont vains. Je mourrai dans les premiers, et de façon atroce.”

« Atmosphère » de Jenny Offill, aux éditions Dalva.