Carnet de santé

La Violette Nozière de Saint-Servais

La semaine passée, Père se lève plein d’entrain et prépare son sac de voyage : Lui, Belle-Maman et l’Ado partent se ressourcer quelques jours à Sunparks.

Au programme :

Se reposer au chalet.

Organiser un grand barbecue

Lézarder au bord de la piscine

Se retrouver en famille.

Il faut dire que ce repos était amplement mérité car l’Ado leur donne depuis quelques temps déjà pas mal de fil à retordre.

Pas du fil à retordre comme si vous deviez élever un ado, non. Plutôt du fil à retordre comme si vous deviez dresser un troupeau de chimpanzés en colère.

Tellement de fil à retordre que le psychiatre a conseillé à Belle-Maman de mettre un tranquillisant dans son verre, ni vu ni connu pour avoir un peu la paix.

Je sais que ce conseil semble carrément peu orthodoxe, mais nous parlons ici d’un cas extrême qui peut nécessiter des actions extrêmes et Belle-Maman, d’abord septique, s’est laissée tenter par l’affaire et a versé une grande dose de sédatif dans la brique de lait que l’Ado s’envoie le matin.

Père, après avoir préparé son sac de voyage, est descendu pour se faire un petit-déjeuner et, râlant car il ne restait pas le moindre quignon de pain, a décidé de se rabattre sur quelque chose qu’il n’avait plus mangé depuis au moins une décennie : des céréales avec du lait.

Vous la voyez venir, l’enroule ?

Quand Belle-Maman est arrivée, elle l’a vu affalé dans le canapé, chose impensable en pleine journée car Père est plutôt du genre hyperactif et elle lui a demandé : « Tu ne te sens pas bien ? », ce à quoi il a répondu : « Je ne sais pas ce qu’il m’arrive, je me sens tout somnolent. Mes paupières sont lourdes et je ne parviens pas à lutter contre le sommeil ».

« Est-ce que tu as bu la brique de lait ? » a demandé Carine, en panique. « Oui, pourquoi ? » a-t-il répondu, vaseux, et peinant à comprendre ce que sa question venait faire dans la discussion.

Là, Belle-Maman a émis un grand rire sardonique.

et elle a dit : « Bon, c’est moi qui vais conduire jusqu’à la mer, si j’ai bien compris ? »

Pendant le trajet, comme Père dormait comme une enclume dans la voiture en émettant de gros ronflements, Axelle, un peu inquiète, a demandé : « Qu’est-ce qu’il a, Parrain ? » « Rien, ma chérie », a-t-elle répondu « Il est juste un peu fatigué, c’est tout ».

Maintenant, Père a surnommé Carine : « La Violette Nozière de Saint-Servais » et, dès qu’elle lui donne une boisson, il la renifle d’un air suspicieux.

Je crois que quelque chose dans sa confiance en elle est un peu brisé…

Carnet de santé

La ruine de mon être

La semaine dernière, lassée que Bébédoux en ressorte couvert de nounous de poussière, et pleine d’un allant plutôt rare, je me suis mise à aspirer sous mon lit.

Femme passant l'aspirateur

Preuve que cette activité n’est pas faite pour moi, un vilain bruit d’élastique en caoutchouc qui claque a explosé dans le bas de ma colonne vertébrale, immédiatement suivi d’une douleur telle que j’en ai lâché l’aspirateur et me suis retrouvée à quatre pattes au milieu de ma chambre.

Une petite larme s’est formée au coin de mon œil pendant que l’aspirateur continuait à tourner dans le vide. Réflexe de survie, j’ai voulu appeler Adèle, qui se trouvait un étage plus bas, mais j’en étais incapable, la douleur me coupant le souffle et les cordes vocales.

Plus tard, ma soeur me racontera qu’elle s’enthousiasmait de mon zèle en se disant : « Dis donc, Natha aspire longtemps ! Elle est certainement en train de faire tout l’étage », ce qui eût été d’une grande mansuétude de ma part, mais il n’en était rien.

Elle ignorait que, pendant ce temps, dans l’indifférence générale, figée comme une statue de sel, j’essayais, millimètre par millimètre, de basculer vers le sol, pour finir par me retrouver sur le dos, les quatre fers en l’air telle une tortue renversée paralytique.

Quelques jours plus tôt, c’est Adèle qui s’était retrouvée en grand péril sans que cela ne m’émeuve d’un iota. Elle prenait sa douche dans la salle de bains qui jouxte ma chambre quand un immense fracas a retenti. Me réveillant en sursaut, j’ai tendu l’oreille pour deviner ce qui se passait, mais comme un silence total a suivi, je ne me suis pas inquiétée et je me suis rendormie directement, ignorant que c’est justement ce silence qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Et de fait, Adèle, se penchant pour prendre son savon, s’est évanouie dans sa douche, est tombée en arrière, ce qui a fait basculer la porte de douche qui est sortie de son axe pour aller s’encastrer dans le mur, emportant ma sœur dans sa chute. Pendant que je me rendormais, elle gisait au milieu de la salle de bain, sur la porte de douche qui avait troué un morceau du mur, mais qui, par miracle était restée entière.

Si je m’étais inquiétée et si la porte avait éclaté, j’aurais retrouvé ma sœur morte ensanglantée dans des tessons de verre. Quand j’y pense, au fond, je trouve que j’ai bien fait de ne pas bouger parce que ce spectacle traumatisant m’aurait poursuivie jusqu’à la fin de mes jours.

En attendant, c’était à mon tour de souffrir d’un grand accident domestique sans que cela émeuve quiconque.

William Frederick Yeames (1835-1918), Amy Robsart - 1877

Après un temps qui m’a semblé infini, je suis parvenue à me relever et j’ai entamé la descente de l’escalier, parvenant enfin à alerter Adèle qui est sortie de sa chambre en me regardant me mouvoir comme une momie arthritique.

« Je me suis coincé le dos », ai-je résumé. « En aspirant », ai-je aussitôt précisé pour couper court à ses questions, sachant pertinemment qu’elle allait se moquer. Et c’est ce qu’elle fit immédiatement.

Le soir, nous allions manger chez Mamy Tine. Quand je suis arrivée, je lui ai expliqué mes déboires. Elle s’est levée avec un peu de peine de sa chaise longue et elle m’a dit : « Assieds-toi ici, tu seras mieux ». Je me suis installée sans demander mon reste, aussi lentement qu’un film au ralenti et Adèle m’a dit : « J’espère que tu as honte de prendre la place d’une vieille dame de 89 ans ». Je lui ai dit oui, mais je n’en pensais rien, car la chaise longue était inclinée, et elle avait un grand dossier confortable avec un coussin très moelleux.

C’est le lendemain de mon dernier vendredi de vacances que j’ai eu mon accident d’aspirateur. C’était un jour de grande canicule et je me suis occupée du chien en immergeant sa couverture Mickey dans l’eau fraîche, mais il l’a regardée d’un air méfiant et il est allé s’allonger sur la terrasse, en plein cagnard, comme pour mépriser mes petites attentions. « Ce chien est un trou de balle » a commenté Caro, autre créature faible de ma famille car enceinte jusqu’aux dents.

Avec elle et Axelle, nous avions mis au point un système de rafraichissement à rotation qui consistait à faire quelques brasses dans la piscine, y plonger le crâne, aller se sécher sous l’arbre en lisant un livre, boire de l’eau avec des glaçons, et ainsi de suite jusqu’à la tombée de la nuit.

Mais nous n’avions plus rien à lire, alors nous nous sommes rendues à la bibliothèque. J’étais en vacances depuis trois semaines, j’avais la peau bronzée et je suis arrivée sur mon lieu de travail en short et en clapettes devant Catherine qui suffoquait devant les baies vitrées, entourée de ventilateurs.

Je lui ai raconté que moi je n’avais pas trop chaud parce que je passais mes journées dans la piscine, et, d’après Caro, cela a peut-être pesé lourd dans la balance du destin qui se retourne sur vous en vous croquant le dos si vous narguez vos collègues.

Catherine, qui n’est pas du genre à se laisser faire, m’a déclaré, avec l’air de ne pas y toucher : « C’est ton dernier vendredi de congé. Ca veut dire qu’on se revoit lundi, ça », ce qui est un running gag qui circule autour de ma personne depuis que je travaille à temps-plein et que je dois venir travailler le lundi (suivez un peu, ceci est une saga).

A ce propos, je fais une légère digression pour vous dire que j’étais en train de manger des frites en terrasse avec mes amies quand ma marraine est passée dans la rue et qu’elle m’a dit : « Dis, Natha, tu racontes partout que tu travailles à temps-plein, mais tu sais que c’est la vie normale des gens ?! ». Je referme la parenthèse.

Nous sommes rentrées dans la voiture avec notre pile de livres et, alors que Caro conduisait, je lui ai dit : « Oh, mais on est le dernier vendredi du mois ! Peut-être ai-je été payée ? Je vais aller voir sur mon application ». Quelques jours plus tôt, j’avais dit à ma sœur : « Je me demande combien je vais gagner à temps-plein. Je le saurai au mois d’août », puis j’avais rectifié  » Ah mais non, puisque je n’ai pas travaillé un mois complet » « Ah bon ? Pourtant tu as commencé le premier juillet »  « Oui mais j’ai eu trois semaines de congés ».

Il y a eu un immense silence et Caro a précisé « Tu sais que tu es payée même quand tu es en congé ? En fait, c’est même pour ça que ça s’appelle les congés payés ».

Mais je ne voudrais pas m’attarder trop longtemps sur ce moment qui peut sembler un peu gênant pour moi alors je reviens dans la voiture, au moment même où un chiffre astronomique est apparu comme par magie sur mon compte en banque. « Je suis riche !!! » ai-je hurlé, manquant faire faire une embardée à la pilote. « Ca va, c’est pas la peine de me narguer » a répondu ma pauvre sœur qui travaille à mi-temps et qui a bientôt une bouche de plus à nourrir. « Non mais je veux dire que je suis vraiment riche ! Scandaleusement riche ! » « Combien? » a-t-elle demandé sans craindre la souffrance morale. Et je lui ai donné le chiffre en question, à la virgule près. La voiture a stoppé net. « Descends », m’a-t-elle ordonné. « Tu es un vrai chien de l’enfer ».

D’habitude, je ne suis pas du genre à croire en la théorie de Jean-Noël sur le triple choc en retour. Sa théorie qui dit que si tu provoques le malheur d’autrui, ce malheur te reviendra en triple choc en pleine poire. Et pourtant, ce jour-là, immobilisée sur le dos, scrutant le plafond de ma chambre et essayant d’atteindre le bouton off de mon aspirateur, j’ai comme qui dirait eu le temps de faire pénitence en réfléchissant à la misère que j’avais répandue sur le monde quelques jours auparavant. Triple choc. Trois raisons de souffrir, donc. Ne pas avoir porté secours à Adèle, avoir nargué Catherine avec ma piscine et Caro avec ma fortune, autant de raisons qui ont fait que je me suis retrouvée à souffrir ma race pendant quelques jours, comme une vieille femme approchant redoutablement de la quarantaine.

Pour m’aider à retrouver forme humaine, j’ai décidé de prendre rendez-vous chez l’ostéopathe de la famille, qu’Adèle a surnommé « Kevin le perspicace » parce que Mère, qui tombait tout le temps par terre, est un jour allée le voir et qu’il lui a dit : « Vous avez des problèmes d’équilibre, Madame ».

J’en reviens à l’instant, et c’était une expérience un peu bizarre, parce que j’ai dû me coucher sur une table et que, ainsi allongée sur le dos, je fixais les grandes lampes rondes du plafonnier pendant qu’il appuyait sur mon ventre en disant : « Intéressant », et ça m’a fait penser à l’épisode de X-files où Scully se fait kidnapper par des extra-terrestres et se fait engrosser par eux, mais je sais pertinemment que mon obsession pour cette série a parfois tendance à affecter ma perception de la réalité.

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Carnet de santé

Je souffre de culpabilité mortifère

J’ai réussi à perdre deux cartes de banque. Le même jour. La mienne et celle de la Communauté.

J’ai d’abord attendu sans rien faire, espérant peut-être qu’elles allaient réapparaître comme par enchantement. Cela s’appelle le déni et je connais bien cette étape pour en être coutumière.

J’ai tout de même enclenché le plan première urgence en fouillant mes poches de manteaux et mon sac, mais, quelques jours plus tard, j’ai bien dû me rendre à l’évidence : elles avaient disparu (acceptation).

J’ai bien dû l’avouer à Mère, qui est restée étrangement calme. Peut-être parce qu’elle souffre elle aussi d’une culpabilité morbide qui lui fait perdre ou oublier toutes sortes d’objets et qu’elle se trouvait assez mal placée pour émettre un quelconque jugement. Elle m’a même aidée, en me faisant remonter les évènements de ce samedi-là.

C’est de cette manière que j’ai pu établir que la dernière fois que j’avais utilisé la carte hippie, c’était à la librairie pour acheter le cadeau de Tonton Bernie et que la dernière fois que j’avais utilisé la mienne, c’était à la station essence.

J’ai appelé la librairie et ils n’avaient pas ma carte.

Quant à la station essence, il était fort probable qu’elle soit restée là parce que j’avais été mise sous stress.

Un homme est arrivé derrière ma voiture et voulait aller précisément à la même borne que moi alors que les autres pompes étaient disponibles, et ça m’a tellement énervée que j’ai tiré d’un coup sec sur le tuyau et quand j’ai mis l’embout dans le réservoir d’Etoile (ma voiture), il ne rentrait pas. J’avais mis le bec verseur pour camions. Je l’ai raccroché, j’ai repris l’autre, j’étais confuse. Puis j’ai remarqué que le type attendait pour la simple et bonne raison que je m’étais garée en travers de tout et que je lui bloquais l’accès à la pompe suivante, ce qui a rendu ma confusion encore plus grande et il se peut vraiment que j’en aie perdu le sens commun et la carte de banque.

Mais pile après cet incident, je suis allée chez Mel-Bichon et j’ai rangé ma veste convenablement dans son placard, me faisant féliciter par Fred qui a dit : « Tu as vu, Dory ? Même Tata-Natha range correctement ses affaires ».

J’ai donc expliqué à Mélanie que j’avais perdu les deux cartes, dont peut-être une dans son placard à manteaux. Elle m’a dit : « Tu as réussi à perdre deux cartes en un seul jour ? Dont celle de ta mère ? Waw, mon bichon, je suis admirative. Tu es géniale, tu es au top ! « . Et c’est vrai que parfois je me surpasse.

Mais ma carte n’y était pas.

Mère a continuer à m’aider, mais on aurait dit que son Alzheimer avait déteint sur moi car je ne me rappelais plus de rien. Les évènements des derniers jours se mélangeaient. « Quel jour es-tu allée acheter tes draps ? »  » Je ne sais plus ». « C’était avec quel carte ? »  » Je ne sais plus » « Qu’est-ce que tu portais comme veste ? » « Je ne sais plus »  » Qu’est-ce que tu avais comme sac ? » « Je ne sais plus ». Bref, on progressait.

Puis tout à coup, un éclair de génie a foudroyé mon cerveau. « Mon pantalon de peinture ! J’avais mon pantalon de peinture ! » et j’ai monté quatre à quatre les escaliers de ma chambre, me suis jetée sur mon pantalon de peinture qui détenait la carte hippie dans sa poche pleine d’éclaboussures.

Un problème était réglé et j’étais secrètement soulagée d’avoir retrouvé celle-là en premier, histoire de ne pas terminée découpée en rondelles par Mère.

Vu que le mystère reste entier pour la mienne, j’ai décidé d’aller à la banque en commander une nouvelle.

Mais ma banque avait disparu. A la place, il n’y avait plus qu’un grand bâtiment vide.

Alors, ce matin, j’ai décidé d’aller dans une autre agence.

Je suis arrivée franc battant devant une femme bien sympathique à qui j’ai expliqué mes déboires. Elle m’a dit qu’elle allait me faire une nouvelle carte, que c’était une procédure très simple et qu’il suffisait que je lui donne ma carte d’identité. Je lui ai dit : « J’en profite pour vous signaler un changement d’adresse », chose que je n’avais pas encore faite depuis mon déménagement en juillet. « D’accord » me dit-elle, puis elle grimace : « Votre carte d’identité est périmée, je ne sais pas faire le changement d’adresse ». (C’est incroyable comme cette suite de couacs illustre parfaitement bien mon existence).

Puis je vois que la femme a l’air tracassé. Elle me dit : « Je ne trouve pas votre compte. C’est étrange. Comme si vous n’aviez pas de compte chez nous ».

Et là, je vois, sous ma main, un petit carton sur lequel il est écrit « Belfius » et je suis foudroyée de clairvoyance : je suis chez Fortis.

Morte de honte, je n’ose pas lui dire et je réfléchis à toute vitesse à une pirouette qui me sortirait d’affaire, mais je ne trouve pas et je vois cette malheureuse femme qui tente de comprendre ce qui a bien pu se passer, alors je suis au regret de devoir le lui annoncer : en fait, je me suis trompée de banque.

Etrangement, cette femme n’a pas fait des yeux comme des soucoupes en me regardant comme si j’étais un ovni, mais elle a éclaté de rire en me disant : « C’est dommage que vous ne soyez pas chez nous car je trouve que le courant passe bien » et là, j’ai eu envie de transférer tous mes comptes chez elle (enfin, je veux dire mes 800 euros), mais la paperasserie que cela demanderait m’a fait reculer. Je suis repartie et elle m’a dit : « Je crois quand-même que vous êtes un peu surmenée ».

Moi je pense qu’elle a raison. D’ailleurs, je vais en parler à mon employeur.

Parce que si mon surmenage s’additionne à ma culpabilité morbide, moi je dis que ça nous prépare une belle pagaille.

Je souffre de culpabilité mortifère

Carnet de santé

Je fais un mois sans chips

Ma sœur Mathilde, qui a toujours été un exemple de sagesse dans cette famille, a entamé la fameuse tournée minérale : un mois entier sans boire une goutte d’alcool.

Elle l’a fait en l’honneur de son père qui, chaque année, passait un mois sans boire.

Au début, je dois bien le reconnaître, je me suis un peu moquée.

Parce que demander à Mathilde de ne pas boire, c’est un peu comme demander à Alf de ne pas manger de chats, ou demander à Mulder de ne pas rechercher sa sœur, ou même me demander de ne pas manger de chips.

chips

Un vendredi soir où nous sortions en famille (moi, mes sœurs et mes cousins ça fait toujours un sale grabuge), je l’ai observée de près.

Assise sur son tabouret haut, elle sirotait son Ice-tea à la paille, tranquillement, pendant que nous nous envoyions des shoots de patatine (une boisson mystérieuse qui donne la patate).

Cela nous a semblé tellement amusant qu’on l’a photographiée sous tous les angles.

Mais j’étais persuadée qu’elle ne tiendrait pas plus d’une demi-heure.

mathildeLa preuve à l’appui

Or, avant de se faire jeter du bar (2h30), elle était toujours en train de boire du soft et, en plus, elle me vantait les bienfaits de son défi. « Je dors mieux, je me sens mieux, j’ai une plus belle peau, je rajeunis de jour en jour ».

boisson

Quelques jours plus tard, je vois sur son mur Facebook qu’elle reçoit un badge de récompense.

 » Déjà 2 semaines que tu te donnes à fond pour #tourneeminerale ! Bien joué, Flipper ! 🐬 Montre à tous tes amis que tu es un dauphin déterminé en partageant ce badge sur ton mur ! « 

dauphin

Quoi ?!

Elle recevait un beau badge ???

J’étais jalousie.

Là, j’avoue, ça a réveillé mon neurone du challenge et j’ai décidé de faire pareil.

Enfin, en recherchant pareille équivalence.

Comme dit plus haut, ma came à moi, ce sont les chips.

cheetos

J’aime bien les chips.

Au sel, au poivre, au ketchup, ainsi que les Cheetos et les Ringlinglins. Je les aime TOUS.

J’en mangerais au petit déjeuner.

J’en mangerais des paquets entiers.

J’en ferais une nouvelle religion basée sur le respect du paprika et de la matière grasse.

chips_hdLa secte des chips

Mais j’ai décidé de briser les chaînes de l’addiction en instaurant un mois sans cette terrible drogue.

Je sens que je vais y parvenir.

A l’aise.

Les deux doigts dans le nez, même.

accro chips

« Même pas accro »

Carnet de santé

Je grossis

Je grossis.

A vue d’œil.

Comme un soufflé au fromage. Ou comme le bonhomme Michelin, mais sans les rainures.

bibendum

« Micheline ? Oui, c’est moi »

J’ai décidé que cela ne pouvait plus durer. Qu’il était temps de me reprendre en main.

Je me suis rendue chez une nutritionniste.

« Apprête-toi à souffrir, chérie »

Elle m’a pesée.

Sa balance affichait au moins trois kilos supplémentaires par rapport à la mienne. Tricherie éhontée.

Elle s’est penchée pour regarder le chiffre (astronomique) et a déclaré, tout en regardant ses petits graphiques d’IMC : « Vous êtes obèse ».

Et là, je dois bien avouer que ça ne m’a pas plu. Pas plu du tout.

« Je suis seulement enrobée »

Ensuite, elle m’a mesurée d’un peu partout. Même du poignet.

Comme j’étais un rien nerveuse, j’ai tenté un peu d’humour en disant que je serais très heureuse de perdre des poignets.

C’est fou ce que mon humour peut être incompris, parfois, parce qu’elle m’a répondu que c’était pour se faire une idée de ma densité osseuse. Alors là, je n’ai pas lâché l’affaire (apparemment je tenais vraiment à me donner en spectacle) et je lui ai dit : « Je sais que si je pèse autant, c’est parce que j’ai de gros os ».

Là, il a régné un silence vaguement humiliant.

J’ai su que ma nutritionniste n’était pas réceptive à mon humour.

« C’était pourtant très très comique, Monique »

Après, elle m’a tendu mon régime alimentaire.

Il fallait cocher les cases avec ce que l’on mangeait. il y avait une colonne supplémentaire en bas : « Dans cette colonne là, vous notez ce que vous avez mangé en plus. Les excès. Par exemple, si vous mangez deux noisettes, vous les notez ici ».

« Chiche que j’en mange deux et demies »

Oui, elle a vraiment donné l’exemple de DEUX NOISETTES.

Comment lui dire ?

Tu vois, Madame-le-Médecin-nutritionniste, si je suis si obèse enveloppée, c’est que je suis capable d’engloutir neuf Dinosaures russes pour le dessert.

 

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Le père, la mère, la fille, et même le gros bébé joufflu, ils peuvent tous tomber dans le gouffre sans fond qu’est mon estomac.

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« Je crois qu’on va servir d’en-cas à Nathaliochka »

Tu vois, Madame-le-Médecin-nutritionniste, les choux à la crème de la Maison des desserts, je peux m’en sniffer des rails entiers avec mon amie Pascale.

« C’est chou d’être aussi bon »

Tu vois, Madame-le-Médecin-nutritionniste, je ressemble à ça quand je suis seule le soir dans ma cuisine (sauf que je n’ai pas une coupe de cheveux aussi merdique).

1148672272_small« A fond la nutrition »

Alors, vois-tu, tes deux noisettes en excès, elles me font vraiment RIRE.

Elles me font me plier en quatre.

Elles me font me tordre en deux.

« Véridique »

Bref, vous l’aurez compris, je suis sortie de chez la nutritionniste hilare.

Et obèse.

grossbouffe« Grosse Bouffe a faim »

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Troubles de l’attention – TDA

Par une belle matinée ensoleillée (non je déconne), Mère et moi promenions Happy-le-chien dans la forêt en discutant de ma propension à la procrastination (quelle belle tournure de phrase) quand elle décréta : « Tu sais, Natha, je me demande si tu ne souffres pas de troubles de l’attention ». Comme je manquais de m’étouffer de surprise, elle ajouta « Mais c’est vrai ! Tu te moques, parce que c’est super à la mode, mais à l’époque de ton enfance on ne parlait pas de tout ça ». Elle ajouta aussi : « Je crois que ton cerveau ne fonctionne pas comme celui des autres. Et si tu souffres d’un TDA, c’est prouvé, tu n’y peux rien, ce n’est pas de ta faute : c’est physiologique. »

Qui reculerait devant une explication scientifique justifiant sa paresse ?

En tout cas pas moi.

Je lui répondis donc qu’il était vraisemblable que je souffre de ce mystérieux trouble. Je résumai la situation. « Donc, si je mange des galettes au chocolat en regardant les arbres à la fenêtre au lieu de dessiner, c’est tout simplement parce que mon cerveau ne supporte pas de se fixer plus de 20 minutes sur la même activité, et que je n’y peux rien parce que je suis victime d’une maladie ? ».

Voici ce que Mère a répondu : « Il faut toujours que tu exagères, Natha ».

Alors là, j’avoue que je ne comprends pas. Je souffre d’une grave maladie, ou pas ? Il faudrait savoir.

Pour en avoir  le cœur net, je ne suis renseignée un peu sur internet.

Eh bien, il se fait existe des troubles de l’attention SANS hyperactivité.

Je pense que je fais partie de cette dernière catégorie.

J’ai bien dit : « Je pense ».

A moins que le H ne signifie « Hyperinactivité » ?

C’est ça.

Je souffre de Troubles de l’Attention avec Hyperinactivité ».

glande du dimanche

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Trypophobie

Comme vous le savez déjà, je me moque beaucoup de ma sœur.

Et il y a un sujet particulier avec lequel j’aime la provoquer : sa hantise des éponges et des autres objets alvéolaires comme les ruches ou ce genre de choses.

D’ailleurs, avec ses amis, on aime lui mettre les nerfs en pelote en lui chantant la chanson de l’éponge ou, plus simplement en lui disant le mot « spongieux », qui suffit amplement à la révulser.

bob.jpg« Je te fais peur ? »

J’étais affalée dans mon canapé , concentrée sur le niveau 203 de farm heroes saga en mangeant des chips poivre et sel quand elle a déboulé dans mon appartement comme une furie, un roman grand ouvert entre les mains. « Je sais de quoi je souffre!!! » s’est-elle écriée avec beaucoup d’emphase. « De maladie mentale ? » ai-je risqué, sachant pourtant qu’elle nierait. « De trypophobie ! Regarde, c’est écrit là dans mon roman. C’est la phobie des trous ».

Elle semblait si contente d’avoir un mot à mettre sur sa souffrance (ou plutôt de pouvoir nous répondre que son aliénation existait et que, du coup, elle n’était pas la seule à en souffrir dans ce vaste monde) qu’elle a voulu faire de plus amples recherches. Elle s’est installée à côté de moi et on a googlisé « trypophobie ».

A MON PLUS GRAND REGRET.

Car j’ai instantanément compris que je souffrais moi aussi de trypophobie. A un stade avancé. Mon estomac n’a fait qu’un tour. J’ai hurlé de terreur en reclapant l’écran de mon ordinateur. Puis j’ai repris mon souffle. Je voulais voir. A l’instar de ces personnes qui ne peuvent s’empêcher de lorgner sur les accidentés de la route, j’étais en proie à une pulsion scopique morbide qui m’obligeait à essayer de regarder. En vain.

Je n’ai jamais été fan de films d’horreur mais je préfère me faire une nocturne de Chucky la poupée de sang en regardant un dictionnaire des maladies vénériennes que de rester 10 secondes sur le florilège de Google-images généré au terme trypophobie.

C’est tout simplement ATROCE et insoutenable.

trypophobie

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Centrale de services à domicile

En ce moment, ma famille est estropiée.

Et ce n’est rien de le dire.

Ma mamy a le bras dans la plâtre, Dieu sait comment elle a fait son coup.

« J’ai un peu soif, ma Minette »

Ma tante a trébuché dans un escalier imaginaire et s’est cassé l’épaule : elle est quasiment plâtrée des pieds à la tête, genre « le retour de la momie ».

« Tremblez, humains »

Ma sœur Caro a un lumbago, elle est alitée depuis des jours et des jours façon Frida Kahlo, sauf qu’au lieu de peindre, elle regarde des séries.

« J’aime encore bien Dawson’s creek »

Quand on est estropié, on ne sait plus rien faire, ou du moins plus grand chose.

Pour ce qui est de mamy, je peux dire que tout va bien, elle s’auto-gère puisqu’elle conduit avec son plâtre. J’imagine que ça doit ajouter une petite touche d’exotisme à sa conduite déjà si particulière.

« On the road agaiiiin »

Je m’occupe donc d’une partie des lessives et des courses de ma tante et de ma filleule. Je le fais avec plaisir car Jésus a dit : « Aide ton prochain et le ciel t’aidera ». Et puis, surtout, je pense que le jour où moi aussi je trébucherai dans un escalier imaginaire, je pourrai lui rappeler tout ce que j’ai fait pour elle et je serai servie comme un coq en pâte. (non, tout ce qu’ELLE a fait pour moi depuis le jour de ma naissance ne compte pas, c’est juste normal).

« Extase devant tant de blancheur »

Quant à ma sœur, je la conduis faire ses courses.

Je ne me moque jamais d’elle. Je ne lui dis pas que toutes les petites vieilles essayent de nous dépasser avec leur caddie parce qu’on marche trop lentement.

Je ne lui dis pas qu’il est très risqué de traverser la rue parce que le temps qu’elle traverse, des voitures peuvent arriver et nous foncer dessus.

Je ne lui dis pas qu’un homme séduisant la regardait depuis le trottoir d’en face mais que quand il a vu sa démarche il a baissé le regard parce qu’elle fait désormais partie des faibles créatures de la nature et qu’il est bien connu que dans le règne animal, les estropiés sont laissés sur le carreau, tragique loi de la sélection naturelle.

« Bye bye »

Je l’ai conduite chez le médecin, aussi. D’ailleurs, c’était la quinzième fois que je venais chez lui pour quelqu’un d’autre. J’y ai d’abord conduit Mathilde quand elle a fait une bronchite. Puis Caro quand elle s’est bloqué la nuque. Ensuite j’ai accompagné Aglaé quand elle a eu des acouphènes après le concert de Maître Gims (tu m’étonnes). Et enfin rebelote Caro avec son dos.

Je crois qu’El Doctor ne s’y retrouve plus bien dans notre famille, parce que certaines de mes sœurs ont le même nom que moi, d’autres s’appellent autrement, ma cousine porte le nom de sa mère qui est aussi le mien, et il me voit venir chaque fois avec une personne différente.

J’ai proposé à El Doctor de devenir son assistante, à force de venir avec des échantillons de maux divers et variés. D’ailleurs, quand il a demandé à ma sœur de lever sa jambe gauche et qu’elle s’est écriée « Aïe aïe aïe », j’ai déclaré d’un ton très assuré : « Sa douleur vient du côté gauche ». Il n’a rien dit. M’a à peine encouragée. C’est que ce n’est pas un grand comique, ce Docteur.

« Le Docteur Quinn va vous administrer une potion »

J’en oubliais presque de vous dire que l’autre jour, Mère a appelé.

« Tu fais quoi ? » m’a-t’elle demandé. Elle savait que je répondrais « Rien », parce qu’il est de notoriété publique que je ne fais rien, et c’est précisément cette réponse qui a précipité ma perte. Elle s’est engouffrée dans ce « Rien » pour ajouter : « Je peux te demander un service, alors ? ». « Bien entendu, chère Moumi-troll ». »Tu peux aller acheter des arêtes de poisson pour l’examen de cuisine de Mathilde ? C’est ce soir à 17 heures et elle n’en n’a pas. »

Des arêtes de poisson ? Oui mais c’est bien-sûr.

« Je pars à la pêche de ce pas »

C’est comme ça que je me suis retrouvée à sillonner toute la région en quête d’arêtes de poisson.

C’était le seul jour où il a fait mourant de chaud, et je cuisais dans ma voiture. J’appuyais sur le champignon en regardant l’heure sur mon tableau de bord : bientôt 17 heures et pas une seule arête. Une vraie course contre la montre. J’avais l’impression d’être dans une de ces émissions américaines remplies de défis à la con, et j’avais chaud. Les poissonniers de la région me répondaient tous d’un air navré « On n’a jamais d’arêtes le lundi, Mademoiselle ». Ce qui tombe sous le sens, vous en conviendrez.

 

Mais comme je suis toujours prompte à dégager le positif du moindre déboire qui peut survenir, je terminerai cet article en vous disant que tout cela m’a donné une idée : créer ma société de services en tous genres.

Je crois que je ferai fortune.

Et des heureux.