Guindaille

Mariage heureux

Odile et Emilie se sont mariées.

Odile, c’est ma sœur. Enfin, pas ma vraie sœur, parce que j’en ai déjà beaucoup, mais ma sœur quand-même, parce qu’on a grandi ensemble. Enfin, pas vraiment grandi ensemble parce que je suis de dix ans son aînée, mais grandi ensemble quand-même, parce que je lui ai appris la vie. A ramper en dessous de la balançoire pendant que je me balançais. A plonger en apnée dans les eaux froides pour remonter des objets avec les dents. A retourner les moutons sur le dos pour les immobiliser. Toutes choses utiles et importantes.

Les familles Gourgue, Peers, Fostier et de Hulster se voyaient tous les mercredis, avec un programme indéfectible : jogging, spaghetti bolognaise, blagues grivoises, rires gras, dame blanche. Tous les mercredis et plus encore puisque nous étions voisins des Gourgue à l’époque. Maintenant nous sommes voisins des de Hulster. Vous suivez un peu ?

Quand je me suis levée et que j’ai vu qu’il pleuvait comme vache qui pisse, j’ai pensé qu’Odile allait rétorquer : “Le premier qui dit “Mariage pluvieux, mariage heureux”, je le défonce”. Ceci dit, si l’adage est vrai, elles allaient être sacrément heureuses. Mais je sais (car je suis une personne très cultivée) que cet adage a été déformé avec le temps et qu’en réalité c’est : “Mariage plus vieux, mariage heureux”. Dans quel cas ce sera moi qui vais être sacrément heureuse car je n’envisage pas le mariage avant mes nonante printemps. Mais le vent a chassé la pluie et finalement, il a fait beau. “Mariage par beau temps, bonheur pour longtemps”.

Odile et Emilie sont arrivées en retard, ce que j’ai adoré parce que j’ai trouvé ça digne d’elles. Martin a dit : “Peut-être qu’elles ne viendront pas. Ca arrive parfois dans les films” et ça m’a inquiétée parce qu’on m’avait parlé de poulet qu’on mange avec les doigts alors j’ai demandé à Catherine si on ferait quand-même la fête et elle a répondu : « Évidemment! ».

Puis elles sont arrivées et sont sorties de leur voiture, chacune dans une jolie petite robe blanche, un bouquet de fleurs sauvages à la main, les enfants sortant du coffre. Odile arborant une superbe coiffure qu’elle m’a dit avoir faite elle-même de ses doigts experts.

La cérémonie a eu lieu et l’échevine a dû changer tous les chiffres de son discours : “Vous vous êtes rencontrées il y a quatre ans. Ah non, cinq”, parce que le mariage avait été annulé l’été passé pour cause de pandémie mondiale. Quand elles sont sorties, on a fait une haie d’honneur et on a tous pris une poignée de pétales de roses qu’on leur a lancé. Quand Catherine a vu qu’il en restait plein dans le fond du panier, elle s’en est emparé et leur a littéralement balancé en plein visage, c’est à peine si elle n’a pas jeté le panier avec. Il y a eu des accolades. Des câlins. Puis des larmes d’émotion. Mère a pleuré en serrant sa filleule dans ses bras, puis Catherine a pleuré, puis Marie-Paule, ce qui a fait verser des larmes à Sylvie, et moi aussi. Jean-Pierre nous a regardées, interloqué, et il a dit : « Ça va aller, les pleureuses ?” et Sylvie a répondu qu’elle ne pleurait pas, tout en remettant ses lunettes de soleil afin de cacher ses yeux rougis de lapin qui a la myxomatose.

Dans la voiture, j’ai fait remarquer à Mère que dans le groupe, tous les enfants portent le nom d’un des adultes, parce que tout le monde est le parrain de l’un, la marraine de l’autre. Moi, ça m’a émue. Maxime s’appelle Maxime Thierry, Odile s’appelle Odile Marie-Christine, Martin s’appelle Marie-Paule, Morgan s’appelle Jean-Christophe et j’en passe. Elle m’a répondu : “Oui, on a préféré faire ça en vase clos”.

On est arrivées chez elles. Thème champêtre. Petits coins et recoins dans le jardin. Ballots de paille pour s’asseoir, tables en bois, drapeaux en tissu, fleurs. Tout à leur image : simple, convivial, chaleureux, bucolique, original.

Par chance, j’avais mes douze cuillères ce jour-là, et peut-être même un peu plus car je m’étais reposée pendant les cinquante heures précédentes afin d’être au top. J’ai dit à Thierry : “Aujourd’hui je suis à septante pourcents” et il m’a surnommée “septante pourcents” toute la journée, ce qui changeait un peu de mon surnom habituel qui est “Plume dans le cul”.

En parlant de Thierry, il m’a montré la photo de ses nouveaux lévriers et Lise a dit aux parents : “Vous savez que si on rassemble les noms de vos chiens, ça fait Georges, Gaston, Roger, Lucien et Maurice ! Soyez raisonnables, les vieux !!!”.

On s’est séparés en deux tables : la table des enfants et la table des parents et Margaux B., une amie d’Odile, nous a dit : “Je surveille un peu la table de vos darons, parce que j’ai l’impression que ça picole pas mal”.

Nous, on se shootait au coca (pas une goutte d’alcool pour moi qui suis sous antabuse) et vers 18 heures, Lise nous a prévenus qu’il se faisait tard pour boire du coca, qu’on allait mal dormir, alors on est passés à l’eau. Des modèles de vertu, loin des valeurs inculquées par nos parents qui en effet sifflaient pas mal de bouteilles.

Camille a dit : “C’est fou ce qu’on devient vertueux. Avant, dans les mariages, on finissait toujours bourrés”. “C’est vrai”, j’ai dit, “ou en train de niquer dans les buissons avec un type qui a une cravate en travers de la tête”. “La belle époque”, a-t-elle soupiré.

Enfin voilà, en bref, Emilie et Odile se sont mariées.

Guindaille

Le jacuzzi des Yakuzas

Cet été, pendant la canicule, Rebecca nous a invitées, Sophie et moi, à passer une après-midi jacuzzi chez elle. Pleine de bon sens, je lui ai dit : « Un jacuzzi un jour de canicule ?! Tu ne serais pas un petit peu maboule dans ta tête ?! « , mais elle m’a répondu que c’était une astuce des gens du désert. « J’ignorais que les berbères adoraient les jacuzzis », lui ai-je asséné avec un soupçon de moquerie. « Mais non, enfin ! C’est juste qu’ils boivent des grandes tasses de thé bien chaud en plein désert, ce qui relève du même principe ». Sophie, qui est une scientifique de renom, s’est exclamée : « Aaaah…. Tu veux dire qu’ils se donnent encore plus chaud pour après avoir l’impression d’avoir plus froid ? » « Oui, a-t’elle conclu, je parlais de ça ».

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Guindaille

J’étais bourrée

Au départ, ce devait être un simple repas tranquille entre collègues.

Nage de poissons ? Ils sont vivants ?!!!

Mais je ne sais pas ce qu’il s’est produit. J’étais crevée et je souffrais depuis plusieurs jours déjà d’une douleur dans l’oreille, et quand le serveur m’a amené mon gin, j’avais l’impression qu’il cautérisait mes ganglions.

Alors il est descendu tout seul, d’une seule traite et, sur la douleur plus fatigue, ça a fait un cocktail détonnant.

Puis j’ai vidé une bouteille de rouge avec Dédé, chose que je ne fais jamais.

Tout cela m’a fait un effet boeuf.

En nous connectant à la 4G, Sophie et moi avons vu que la Myrèse-family était dans le même restaurant que nous alors on s’est levées et on les a cherchés partout et on a pris des photos de nous éméchées devant toutes les tables en demandant : « Vous êtes où ? On est là aussi », devant les serveurs exaspérés par notre cirque.

Bien entendu lls étaient déjà rentrés depuis longtemps. On leur a dit on débarque chez vous ! Mais on ne l’a pas fait car en descendant la route du restaurant, les tournants ont tourné, et ça nous a fait passer l’envie de faire un after.

Arrivée à la maison, j’ai trébuché dans le chat.

Puis j’ai envoyé un message nocturne à Marena Palm en disant : « Meuf, on va se faire un road trip à la Thelma et Louise, un truc du feu de Dieu, tu vas voir ».

A cette heure tardive de la nuit, nul doute que Marena Palm dormait à poings fermés et que le lendemain elle lirait ma missive en se disant « Quel boulet, celle-là ».

Puis j’ai longtemps parlé au chien.

Je lui ai dit : « Il faut que je boive l’entièreté d’un grand verre d’eau. C’est pour le crâne, Doudi. Pour ne pas avoir mal demain ».

Il s’en fichait éperdument, enroulé dans son panier, mais j’ai commencé à lui expliquer que toutes ces considérations étaient loin de concerner le règne animal et comme il ne réagissait toujours pas, j’ai compris que je venais de dire le mot « considération » à mon chien et que, du coup, il était grand temps de vider ce verre d’eau et de rejoindre les bras de Morphée.

Kakou le chat squattait mon lit et il est interdit de maison la nuit mais j’étais trop entamée pour le virer alors je l’ai laissé là et il m’a harcelée comme un petit chaton qui réclame sa maman en me plantant névrotiquement les griffes dans le cou.

Au matin , mon crâne vrillait.

J’ai vu que je m’étais endormie sans avoir vidé mon putain de verre d’eau obligatoire.

J’ai vu que j’avais laissé des messages chelous.

Que de la bave séchait au bord de ma bouche.

Que le chat était étendu sur moi en écharpe.

Que le chien m’observait d’un air désolé.

J’ai toussé un peu. Mes ganglions avaient triplé de volume.

Aussitôt, Mère est entrée dans ma chambre et m’a dit : « ça va ?  » avec de la panique dans la voix.

« Oui, pourquoi ? »

« Tu as toussé »

« Et alors ? »

« Alors ? Tu dois restée confinée chez toi »

« Je suis chez moi »

« Tu vas mourir  » a-t’elle conclu d’un ton sans émotion, puis elle est partie.

Péniblement, je me suis levée et je suis descendue.

Je me suis affalée dans le canapé, à côté d’Adèle.

Le chien est arrivé près de nous, la queue battante.

« Oh, mon petit frère chéri ! « , s’est exclamée Adèle, toute fébrile.

Le chien l’a regardée une seconde.

Puis il a vomi sur le tapis.

A ses pieds.

Une croquette et de la bile.

« Je crois que le chien aussi s’est fait une biture express », ai-je conclu.

Guindaille

Comment le réveillon de nouvel an est parti en sucette

Tout se déroulait comme prévu.

Mère, Adèle et moi étions affalées dans le canapé, devant le feu, une flûte de mousseux à la main en regardant une série sur la révolution russe (guerre des tranchées, fusillades, peuple qui s’entretue : y’a pas à dire, nous, on sait se divertir).

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Guindaille

Le concours de pulls de Noël

Déjà qu’il n’est pas facile de survivre à Noël en temps normal, mais en plus, ma famille a connu dernièrement plusieurs tragédies qui ont mis le moral des troupes à rude épreuve. Afin d’adoucir la peine, Caro a pensé qu’un concours de pulls de Noël nous distrairait.

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Guindaille

Ce week-end, à Lustin-les-bains, c’était foire au boudin

Ce week-end, à Lustin-les-bains, c’était foire au boudin. Enfin, on dit kermesse, mais je trouve que foire au boudin, ça sonne mieux.

Etant donné que je suis une vieille-à-la-tisane, je n’ai absolument jamais envie d’y poser le moindre orteil. Moi, je préfère toujours rester chez moi à zoner devant Netflix en mangeant des Carambar.

Mais chaque année, Caro incepte mon esprit pendant plusieurs mois pour essayer de me convaincre que je crève d’envie d’y aller. Et je dois dire que ses inceptions fonctionnent à merveille puisque, chaque année, on me retrouve debout sur les tables du café « Notre maison » en train de chanter, un verre à la main : « Femmes, Femmes, j’suis comme un soleiiiil qui brille dans la nuit ».

Jean-Luc Lahaye d’honneur

Qu’est-ce qu’une inception ? me demandera le public vieillissant de ce blog.

Eh bien, cela fait référence au film du même nom : « Inception », mais à prononcer à l’anglaise, of course.

Une inception est une opération délicate visant à faire germer une idée dans l’esprit de quelqu’un tout en lui laissant croire que cette idée est de lui. 

J’ai vu le film et Caro m’a avertie : « Tu ne vas rien comprendre » et c’est vrai, je n’ai rien catché, un peu comme si j’étais con comme un sous-plat. Mais soit.

inception
Lustin

Vendredi.

Je suis rentrée du boulot avec un mal de crâne tel qu’on aurait dit qu’un bricoleur forait des trous dans les cloisons de mon cerveau. Alors je me suis vautrée sous mon plaid et j’ai mangé plusieurs carrés de chocolat aux grosses noisettes en me faisant un shoot de paracétamol.

sinus

Mais ma cousine Noémie, contrairement à moi, est jeune. Elle a donc décidé de sortir et Caro lui a proposé de l’héberger.

Au milieu de la nuit, munie de sa clé, elle est rentrée discrètement et s’est installée sur un matelas.

Puis, vers 6 heures du matin (décidément, ça devient une habitude, cette famille qui me réveille aux aurores), Caro est rentrée chez moi, visiblement paniquée.

« Que se passe-t-il donc ? » lui ai-je demandé, la voix pleine de sommeil.
« Je crois que Noémie est somnambule » me répond-elle.
– Ah oui, ça se peut.
– Elle erre dans l’appartement, elle circule entre les meubles.
– Mais elle dort ?
– Ben justement… JE NE SAIS PAS. Si je lui parle, elle me répond des choses cohérentes. Et elle a les yeux grands ouverts, mais elle fait des choses insensées. Elle s’assied, puis elle se recouche. Elle me regarde dormir. Puis elle passe entre tous les meubles. Je flippe à mort !
– Faut pas avoir peur. Elle dort. Elle rêve. Elle croit peut-être qu’elle est chez elle. Ou ailleurs. Il se peut qu’elle se croie dans la salle d’attente d’un médecin. Ou elle fait ses courses chez Aldi.
– Je suis psy. Je vois des gens fous toute la journée. Mais une somnambule, c’est la première fois. J’ai peur !
– C’est faux. Quand elle était petite, Adèle était somnambule. Tu ne te souviens pas qu’elle est sortie de sa chambre pour venir uriner dans la boite se céréales en déclarant : « Ben quoi : je fais pipi ! » ?
– Évidemment que je m’en souviens (forcément, cette anecdote fait partie du top 10 des anecdotes familiales). Mais ces yeux ouverts, ça me fait flipper grave.

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Là, prenant à bras le corps mon rôle d’aînée, j’ai décidé de rassurer ma petite sœur.

Je lui ai proposé de googler « somnambulisme » pour avoir des renseignements. « Gougueler ». En voilà une bien mauvaise idée. Peut-être aurais-je dû m’en douter. Car par plusieurs fois déjà, cette curiosité intellectuelle s’est retournée contre moi.

Quelques exemples de googelisations qui ont tourné au vinaigre :
– La fois où Marie-Paule a demandé à Célien de faire une recherche pour élargir son champ de connaissance en matière animale.
– Le jour où j’ai appris à mes dépens que j’étais trypophobe.
– La fois où j’avais un rhume et que Doctissimo m’a prédit que je n’avais plus que quelques heures à vivre.
C’est de cette manière qu’on a appris que les somnambules peuvent :
– Uriner dans les coins.
chienpisse
– Faire la vaisselle.
merlinvaisselle
– Baiser avec des inconnus.
drague
– Conduire en dormant.
dormir-au-volant
– Se défenestrer.
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– Commettre un meurtre.
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Là, Caro a blêmi.
Elle a dit : « Je vais enfermer Nono à clé pour ne pas qu’elle se jette par la fenêtre depuis la cage d’escaliers. Mais de la fenêtre de chez moi, il ne peut rien lui arriver, même en arrachant la moustiquaire, parce que la fenêtre est trop petite pour s’y glisser ».
– Et en ce qui concerne les homicides ?
Ma sœur a réfléchi.
– Je ne sais pas… Tu viendras vérifier si je suis en vie en rentrant de ton boulot ?
– OK, pas de problème.
– Tu sais, Natha, si ça tombe, notre cousine tue des gens toutes les nuits.
– Oui, c’est possible. Et ce qui serait vraiment cool, c’est qu’elle traque les pédophiles pour leur arracher les couilles.
killbill
 On dirait que c’est l’argument qui a rassuré Caro car elle est retournée chez elle.

Samedi.

J’étais toujours aussi vieille et fatiguée.

J’ai regardé « Vendredi tout est permis » en pyjama, tellement heureuse que ma sœur n’ait pas l’air de vouloir m’obliger à « aller à cabaret », comme on dit par ici.

vutélé

Dimanche.

Le matin, c’était le traditionnel défilé de chars.

Le thème de cette année : les sept péchés capitaux.

Je me suis dit : Il n’y a vraiment qu’en Wallonie qu’on peut voir défiler des chars familiaux sur ce genre de thème.

Par exemple :

  • Le char de la colère mettant en scène la révolution française et proposant un petit atelier décapitation.
  • Le char de la luxure transportant un homme travesti en prostituée et ayant déguisé tous les enfants en petits cochons.
  • Une femme déguisée en Ferrero Rocher en train de fumer sa clope et boire une canette de bière.

L’après-midi, j’ai été interpellée par une femme très sympa qui a déclaré être une de mes fans. Du coup, elle voulait me payer à boire. On a un peu discuté.

C’était chouette, j’avais un peu l’impression d’être la Madonna de Lustin, qui ne peut pas faire un pas sans être repérée par la foule en délire.

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Puis Eugénie est venue me retrouver et on a un peu discuté du conflit Israëlo-Palestinien en mangeant des pains saucisse assises sur un talus.

Le soir, on s’est retrouvés entre cousins.

Pour une fois, on est restés calmes.

La nuit, j’ai été réveillée par un quidam qui appuyait sur ma sonnette avec insistance. Il sonnait alternativement chez moi et chez ma sœur. (Ici, je tiens à dire que d’habitude, ma sonnette ne fonctionne pas (simplicité involontaire), mais comme de bien entendu, le jour où on quelqu’un appuie dessus à 4h30, voilà que tout à coup elle se met à fonctionner).

J’ai cru que c’étaient mes cousins qui cherchaient le gîte pour le reste de la nuit. Je me suis donc levée. Caro était déjà sur le palier. Penchée sur le bastingage, elle observait la cage d’escaliers en demandant qui venait là à une heure aussi saugrenue. Elle avait les yeux hagards et l’humeur en pétard.

Un petit jeune homme est apparu. Bourré comme la Pologne, il a déclaré : « Je suis Jean-Guy, un ami de Stéphanie. »

Caro lui a sorti sa grosse voix cassante et lui a rétorqué : « Et si Stéphanie ne te répond pas, tu ne crois pas que c’est parce qu’elle dort ?!! C’est une raison pour sonner à tous les appartements de l’immeuble ??! »

« Pardon » a dit le petit Jean-Guy, un peu penaud.

Il est sorti et on est allées se recoucher.

C’est sur cette note agréable que s’est terminé ce weekend harassant.

Guindaille

Pourquoi vous m’avez vue à maintes reprises traîner dans les bars

Ceux d’entre vous qui ont la télé (contrairement à moi qui vis dans la simplicité involontaire) ont constaté, en regardant les reportages de notre chaîne locale, que j’apparais dans à peu près TOUS les reportages liés aux ouvertures de nouveaux bars de Namur-city.

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Trinquons, My Lord

Oui, c’est vrai, c’est un constat, un fait, vous n’avez pas rêvé, ce n’est ni mon hologramme ni mon double maléfique.

Je ne suis donc pas là pour démentir ces faits ni pour me trouver un alibi, mais pour vous expliquer à quel point il s’agit d’un concours de circonstances.

Mardi soir, nous sommes allées manger un bout en ville avec Mère et les Sœurs. (Notez que noté de la sorte, on dirait un peu que je sors du Couvent, ce qui serait antinomique avec mon récit).

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Allez, tirez sur ce petit joint, Sœur Marie-Thérèse

En sortant du restaurant, Mathilde nous dit : « J’ai des amis qui viennent d’ouvrir un nouveau bar. On va aller boire des cocktails. »

Il était déjà 21h12.

Et moi, à 21h12, je prends mon médicament pour la tension et je vais me coucher (ce qui fait toujours bien marrer Sébastien qui me surnomme « la vieille aux chats »).

Je proteste donc. Non, nous n’irons pas boire des cocktails, je vais me coucher. Mère m’emboite le pas en décrétant qu’elle rentre elle aussi. Mais nous n’avons pris qu’une seule voiture et Caro nous dit : « N’exagérez pas, non plus : il est seulement 21h, on peut bien aller boire un petit verre tranquille. »

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Avions-nous le choix ?

C’est comme cela que nous nous sommes retrouvées au Botanical by Alfonse,  (bar que je recommande plus que vivement, mais là n’est pas mon propos).

Très vite, Mère, grisée par l’ambiance sympa et l’alcool de cerises griottes, a retourné sa veste.

Quand elle a déclaré avec beaucoup d’emphase : « J’en reprendrais bien un petit deuxième, moi », j’ai su que j’étais désormais seule dans l’équipe des vieilles aux chats et que contre celle des piliers de comptoirs, je ne pouvais absolument rien, et qu’il fallait que je fasse ce pour quoi j’étais venue, c’est-à-dire BOIRE DE L’ALCOOL.

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Cela faisait un petit moment déjà que nous étions entourées d’une petite équipe de télé qui faisait un reportage sur le bar en question, mais bon, nous essayions de faire abstraction.

Quand la journaliste est venue demander à Mathilde si elle pouvait l’interroger, elle a décliné l’invitation, renonçant en toute conscience à un futur statut de célébrité locale (en gros, elle savait que tous ses potes allaient se payer sa tronche si elle acceptait).

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Je veux un contrôle total de mon image

Quelques jours plus tard, et par sens de l’amitié uniquement, nous avons inauguré l’espace bar d’un ami antiquaire.

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Et… bien entendu, une équipe de Canal C était à nouveau présente.

Je le répète donc : C’est vraiment un hasard si les deux seuls jours de l’année où je sors, on m’a filmée dans des bars.

trait

Aussi, c’est pour lui faire sa publicité que Chloé et moi avons imaginé quelques mises en scène d’une incroyable créativité.

 

Guindaille

Avoir une sœur de 15 ans

Tradition oblige, vendredi passé, Caro et moi étions chez Père (vendredi-papouni).

La semaine de travail ayant été éprouvante, nous étions affalées dans le canapé, sous un plaid, une petite verveine à la main, nous apprêtant à regarder « Les Reines du shopping » quand Axelle est rentrée de l’école.

affalé« On me parle ? »

Elle avait les joues rosées de celle qui vient du froid et le cheveu en bataille. Elle semblait excitée comme une punaise sous amphétamines. 

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« Nous, on a jamais le cafard »

D’abord, j’ai cru que c’était parce qu’elle avait eu le droit de revenir en bus et qu’elle y avait croisé ses amis Kévin et Brittany et qu’elle avait fumé des clopes avec eux et discuté ensemble du type qui vient de sortir de prison et qui leur fout la trouille à l’arrêt de bus (des fois, sa réalité me fait peur).

Mais je me méprenais.

Elle avait à peine ôté sa veste qu’elle nous a dit : « Je sais ce qu’on va faire le jour de mes 16 ans« .

Ses 16 ans, ce sera le 20 juillet.

univers

« Mon esprit, à ce moment-là »

Qu’elle se projette aussi loin (ici c’est : soir de novembre – vent qui souffle au dehors – bonjour tristesse) pourrait très bien être la preuve qu’elle dispose d’un grand talent d’anticipation mais, croyez-en ma pauvre expérience, une ado de 15 ans qui se projette de la sorte, qui plus est le jour d’une date phare (majorité sexuelle), ça nous prépare une belle pagaille.

Et je voyais bien que Caro, elle aussi, flairait l’oignon, parce qu’elle m’a adressé un regard à l’arcade sourcilière relevée, un regard inquiet empli de méfiance et de points d’interrogation.

Axelle a continué : « On va aller en boite ».

STUPEUR ET TREMBLEMENTS.

Là, pour tenter de gagner des secondes et faire un peu d’esbroufe, j’ai feinté : « En boite de conserve ? »

tupperware

« Ce soir, on sort en boite de Tupperware »

Et elle a répondu l’impensable : « Non, en boite de nuit ».

boite de nuit

« Déca-danse »

Pensez-vous bien : J’ai 37 ans, on était vendredi, j’étais sous un plaid, je buvais un pisse-mémère et, la dernière fois que je suis sortie, je suis rentrée à 22h30.

Autant dire que de là à prétendre que j’aime le scrapbooking et le crochet, il n’y a qu’un pas.

tricot

« Je tricoterais bien un pull pour mon enfant imaginaire »

Et je n’étais pas au bout de mes peines car elle a ajouté : « A Charleroi ».

Puis : « Une soirée techno »

« Où on nous badigeonne de fluo ».

fluo

« T’as vu mon cul ? »

Un grand silence a régné.

Jamais je ne voudrais refuser quoi que ce soit à cette Sainte Enfant.

Alors je l’ai jouée à la cool en déclarant d’un air entendu : « Ok, chérie. On ira en boite à Charleroi dans ta soirée-techno-fluo ».

Elle était ravie. Elle a donné une dernière précision en disant que là-bas, les jeunes de 16 ans ne peuvent boire QUE 4 vodkas.

Caro s’est indignée : « Seulement quatre ???!!! », mais nous ne sommes pas certaines qu’elle ait compris notre sarcasme.

C’est à ce moment qu’un éclair de génie a traversé ma cervelle et je me suis écriée « Oh mais tu sais, Axelle, qui adorerait venir avec nous et ne rater ça pour rien au Monde ? C’est Mélanie. »

Car il n’y a pas de raison que ma meilleure amie échappe à ce futur grand moment de gloire. On est solidaire ou on ne l’est pas. D’ailleurs, c’est connu, il faut toujours emporter une carolo avec soi.

rappeuses« Allez les goumiches, on est dans la place »

Guindaille

Le mariage de Pauline et Bart

Samedi dernier, ma cousine Pauline s’est mariée avec Bart.

Comme il s’agit du premier mariage de cette génération, toute la famille était en ébullition.

Mes cousins se sont mis sur leur 31.

Martin – Matthieu – Esteban

Mes sœurs et cousines aussi.

cousines

Caro – Adèle – Mathilde – Célia

La soirée s’est bien déroulée.

D’abord, il y a eu le verre de l’amitié.

Nous avons bu un petit verre de champagne et trinqué à la santé des jeunes mariés. Certains invités dont je tairai le nom ont bu le contenu de plus d’une coupette. Ils m’ont dit que, comme il s’agissait d’un mariage polonais, ils devaient s’échauffer un peu le gosier avant d’entamer les hostilités.

Puis il y a eu le lancer de bouquet.

Toutes les femmes célibataires se sont rassemblées derrière Pauline et, quand elle a jeté son bouquet loin derrière elle, ce fut l’anarchie totale. Tous les coups étaient permis.

Quand Laurence a vu que le bouquet arrivait près de Caro, elle l’a plaquée au sol afin de la neutraliser.

C’est comme ça que Caro s’est retrouvée les quatre fers en l’air au milieu de la pelouse alors qu’Adèle, triomphante, nous narguait, le bouquet à la main.

rugby-feminin

« Je l’aurai, ce bouquet »

Bien entendu, la vodka coulait à flots et ma famille a eu la prétention de croire qu’elle pourrait rivaliser avec la famille polonaise.

« Santé, camarades »

Mes oncles et tantes ont incendié le dancefloor en inventant des pas bizarres et inquiétants.

 

« Le pas du diable à cornes »

« Le pas de la réanimation cardiaque »

Quand les gens ont commencé à faire la chenille, je me suis discrètement éclipsée dans le jardin.

Il y a des limites à tout.

chenille

« C’est la chenille qui redémarre »

Enfin (seul être sobre parmi les hydraulisés), j’ai pu constater l’ampleur des dégâts et déclarer, d’un ton formel et sans l’ombre d’un doute :

Belgique 0 – Pologne 1

« Allez vous coucher, les enfants »

Guindaille

On est vieilles (et fatiguées)

Le vendredi soir des fêtes de Wallonie,  Adèle envoie un message : « Vous êtes en ville, les sœurs ?! ».

Un peu gênée, je tente un laconique « Non, pas vraiment ».

Adèle s’insurge : « Mais ce n’est pas du tout normal ! ».

Elle trouve que le monde a basculé sur son axe.

Et elle est loin de se douter à quel point.

Dix minutes plus tard, Mel-Bichon appelle : « On descend en ville se jeter quelques petits pekets ? ».

Le cœur en peine, je me sens obligée de modérer ses ardeurs festives en lui faisant un rapide compte-rendu de ma situation : « Je ne peux pas, Mel. Je suis en pyjama« .

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Et Dieu sait que quand on a enfilé son pyjama, c’est que la situation est irréversible. On n’a plus le courage de ré enfiler un jean et un pull, il est trop tard, on a les pieds bien au chaud dans des chaussettes mauves en pilou. « Et puis je suis sous ma couette, avec mon ordi sur les genoux. Je surfe sur « Adopte un mec point com ». En plus, j’ai mangé plein de galettes au chocolat et j’ai super mal au ventre ».

« On est vieilles », me dit Mélanie. « On est des petites joueuses. Avant, on était rock and roll, on s’enfilait des mètres de pecket, on dansait sur les tables jusqu’aux aurores et on rentrait en titubant. Tu te souviens de la fois où tu as vomi dans ta baignoire ? » (elle invente).

« Ceci dit, ajoute-t’elle, je te propose de sortir, mais en fait je suis laminée de fatigue, je dois ramasser le caca du chat et je n’ai pas encore vu le dernier épisode des princes de l’amour. Pour bien faire, il faudrait que j’aille dormir tôt et bon, il est déjà 21 heures, après tout. »