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Rudy la Bricole

Il faisait beau et nous étions en train de profiter des premiers rayons du soleil sur la terrasse quand Père a observé d’un air attentif la pergola qui se trouvait au-dessus de nous. Il a déclaré : « Je ne sais pas si elle va tenir encore longtemps. Je crois qu’un de ces jours, elle va nous tomber sur la tête ».

« C’est vraiment très rassurant », a répondu Caro, qui a levé les yeux à son tour.

Et en effet, le poids de la glycine était devenu tel qu’elle appuyait de façon inquiétante sur les montants métalliques de la pergola.

« Je vais la réparer » a déclaré Père avec une assurance grave.

Caro m’a soufflé à l’oreille : « D’où est-ce que papa croit qu’il est bricoleur ? C’est Rudy la Bricole, oui ». Et je suis partie d’un grand fou rire un peu hystérique face au nouveau surnom dont elle venait de l’affubler. Nous étions alors loin d’imaginer à quel point ce sobriquet allait déterminer la suite des évènements.

Père était méfiant. « Je vous entends rire » a-t’il dit. Mais vu qu’il est sourd comme un pot de chambre, il n’a pas su ce qui nous faisait glousser ainsi comme deux dindes sous euphorisants.

« La première chose à faire, c’est de prendre les mesures des barres qui soutiennent l’édifice », a-t’il déclaré. Il a alors sorti son mètre ruban, l’accrochant tant bien que mal sur le premier poteau. Bien entendu, quand il l’a déroulé, l’accroche s’est défaite et le mètre s’est enroulé subitement, lui sautant presque en plein visage.

« C’est follement amusant » a déclaré Caro, sirotant sa boisson.

Au bout de trois essais-erreurs de la sorte, j’ai déclaré, pleine d’aménité : « Attends, je vais t’aider, mon petit papou ». Et je suis allée tenir le mètre. Père, en reculant, s’est tapé la tête contre le pot de fleurs suspendu en disant : « Aïe, nom de Dieu » et je lui ai crié : »Mais regarde un peu où tu vas, hein, Rudy la Bricole ».

Caro a ricané. Rudy a dit : « Passons au deuxième poteau ». Il a reculé. J’ai tenu le mètre contre le deuxième piquet. Quand je me suis relevée, ma tête a heurté le pot de fleurs suspendu.

« J’ai un peu l’impression de regarder un sketch de Mister Bean », a dit ma soeur, toujours prompte à la moquerie.

On lui a asséné une sentence bien connue dans la région « Les rwétants n’ont rien à dire ».

Ensuite nous sommes rentrées chez nous, fin de la première étape.

Le lendemain, on reçoit un message un peu inquiétant de Belle-Maman. « Votre père a fait un petit tour à l’hôpital. Rien de grave. Je vous raconterai ». Et pour toute explication, elle joint la photo suivante :

En fait, il s’était mis à remplacer la première barre de la pergola.

Et là, ce fut le drame. La barre métallique est tombée du plafond, l’assommant sur son passage, l’éjectant de la chaise sur laquelle il était perché et le projetant sur le sol.

Heureusement, Axelle, qui était dans sa chambre, a entendu un bruit assourdissant et est descendue dans le jardin. Elle y a trouvé son parrain gisant, immobile, dans une flaque de sang et tenant des propos désarçonnants.

Elle a eu les bons réflexes et a appelé les secours. L’ambulance est montée dans la rue, alertant les voisins, et les secouristes ont commencé à interroger Père sur toutes sortes de choses. « Comment vous appelez-vous ? Quel jour sommes-nous ? Qu’avez-vous mangé hier soir ? ». Père a répondu « Je suis Vincent Sacré. Surnommé « Rudy la Bricole » par mes filles. Nous sommes mardi et j’ai mangé des haricots ». Le secouriste, satisfait par sa réponse a répondu « Ok. On vous embarque quand-même pour vérification » et l’ambulance a redescendu la rue, emmenant le blessé.

A l’hôpital, ils lui ont dit qu’il avait quand-même eu bien de la chance que la barre soir creuse et non pas pleine, que ça l’avait sauvé d’un crâne fracassé. Ils lui ont aussi fait passer un scanner du cerveau et ils ont déclaré que tout était normal de ce côté là, ce qui est un comble quand on connait mon père, mais je préfère croire en la médecine parce que j’avoue que je nous voyais déjà nous rendre à l’hôpital chaque soir, des années durant, répétant inlassablement : « Coucou papa. Nous sommes tes filles, Nathalie et Caroline » et chaque fois il aurait répondu quelque chose comme : « Passe-moi le sel, Rebecca » « J’ai vu un chien saucisse à la cafétéria » ou encore « J’ai de la purée dans les écoutilles ».

J’ai à peine entraperçu cette longue vie pleine de souffrance et de surréalisme, soulagée que son cerveau soit déclaré nickel par des professionnels.

Au téléphone, il m’a dit : « Il faut savoir que le matin-même, je m’étais cogné la tête en ouvrant la portière de ma voiture. C’était une rude journée » et je lui ai répondu « Si ça tombe, c’est ça qui t’a sauvé. C’est peut-être comme le coup du menhir. Tu sais, quand le druide se prend le coup sur la tête et qu’il perd la mémoire, il se souvient de tout au moment où il reçoit un second coup ». Père était très content que son éducation de bédéphile ait porté ses fruits et il m’a répondu « Oui, à mon avis ça fonctionne comme ça, mon Nounou ».

Il faut savoir que quand il était jeune, il s’était déjà cabossé la tête en ouvrant une porte de garage et il en a gardé une cicatrice sur le front, lui rappelant à vie cet épisode dramatique et du coup, sa confusion mentale remonterait peut-être à sa prime jeunesse, mais ça, je me suis bien gardée de lui dire, il était déjà assez secoué comme ça.

Après quelques jours de récupération où il lui était interdit de faire quoi que ce soit, Père a décidé que son grand projet ne devait pas en rester là et il s’est rendu au magasin de bricolage pour acheter de nouvelles barres. Doté d’une force herculéenne, il les a chargées dans sa camionnette (elles rentraient pile poil) et a démarré. Sur la route, il a été contraint de freiner brusquement et, je vous le donne en mille, les barres ont glissé et sont allées s’encastrer dans le pare-brises qui a éclaté en mille morceaux.

C’est très mal, je sais, mais on a ri.

Et notre paternel nous a expliqué d’un air penaud que maintenant, « ses vieux » (comme on a surnommé ses amis du club de marche) l’appellent eux aussi « Rudy la Bricole ».

« Et pourtant, j’ai réalisé de grands travaux dans ma vie » s’est-il justifié.

J’ai vu le haut de la bouche de ma soeur commencer à trembler et j’ai regardé vers le sol afin de ne pas croiser son regard sinon je savais que si on se regardait dans les yeux, on nous perdrait à tout jamais. « Ca vous fait rigoler ? » a-t’il demandé, un rien vexé. Et comme nous aimons Père de tout notre coeur et que nous ne voulons pas briser ses rêves, nous avons répondu un « Non, pas du tout » très assuré, résistant vaillamment à la crise de fou rire qui se profilait.

« Regardez. Le mur, là. C’est moi qui l’ai réparé. C’est vrai que j’ai pas terminé de le mettre en couleur. Mais ça fait son charme ».

« Et là, au-dessus du radiateur, j’aurais peut-être dû mettre une planche en plus. Pour finaliser.

« Mais j’ai aussi réalisé des grands chantiers. Quand vous êtes nées, j’ai moi-même ajouté une chambre à la maison. C’est vrai que j’avais oublié d’ajouter du sable dans le ciment, mais bon… après quarante ans elle tient toujours. C’est le principal, quand-même ».

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C’est l’amour à la plage (d’Amée)

Il faisait tellement chaud. 

Une canicule de Dieu le père.

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Happy-le-chien ressemblait plus à une carpette qu’à un chien. C’est bien simple : il semblait vouloir fusionner avec le carrelage du hall afin que celui-ci lui prodigue un soupçon de fraicheur.

J’ai bu huit verres d’eau d’affilée.

Adèle s’éventait.

Mathilde agonisait dans le canapé.

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On s’est dit : « Et si nous allions jusqu’à la Meuse pour nous baigner avec Toutoute ? » (Toutoute, c’est un des surnoms de Happy-le-chien).

C’était semble-t-il une riche idée, productive et rafraichissante, car nous avons été éduquées à être créatives, à ne pas nous ennuyer, en accord avec Dame Nature.

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On s’est donc rendues à la plage.

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Dit comme ça, je reconnais que ça envoie du rêve.

Mais la plage, à Namur-city, entendons-nous bien, se résume en une prairie jaunâtre calcinée par le soleil et maculée de fientes d’oies et de mégots de cigarette.

Pas grave.

Ce que nous voulions, c’était nous rafraîchir.

Point barre.

Mathilde a tenu à emporter Caroline Receveur.

Caroline Receveur, c’est notre bouée flamand rose.

Notre bouée étant hautement instagrammable, nous lui avons donné le nom d’une influenceuse connue portant par ailleurs le même prénom que notre sœur, ce qui a amené déjà pas mal de phrases miraculeuses quand nous avions lancé le défi de tenir debout sur Caroline.

  • Vas-y Minou, monte sur Caroline.
  • J’espère qu’il va tenir longtemps.
  • Attention à ne pas déchirer Caroline.

On a donc emmené Toutoute et Caroline Receveur dans la voiture.

Mais Caroline prenait toute la place, donc Mathilde s’est retrouvée écrasée en dessous.

Elle tentait de nous donner des indications à propos du chemin à suivre pour arriver à la plage, mais, de un : elle ne voyait pas la route et de deux : nous n’entendions pas ce qu’elle baragouinait écrasée sous l’immense bouée.

Nous sommes quand-même arrivées à bon port.

Les badauds nous regardaient un peu étrangement, certainement à cause de tout notre armada, mais nous n’en n’avions cure.

Adèle a retiré ses chaussures et ses vêtements et elle s’est approchée du bord.

Elle a mis un pied dans l’eau pour prendre un peu la température et là, c’est le drame.

Son pied a glissé et elle est tombée la tête la première dans l’eau, tout en prenant soin de boire la tasse.

Puis sa tête est ressortie et elle a déclaré : « Eh bien voilà : je suis dans l’eau ».

Le soir, on est tombées par hasard sur cette vidéo qui nous a fait bien marrer.

Et puis, hier, Sébastien est venu manger à la maison.

La première chose qu’il nous ai dite, c’est : « Vous avez vu aux infos ? La Meuse est complètement intoxiquée à cause de la chaleur. Elle contient 75% de bactéries, c’est super dangereux. Personne ne peut s’y baigner, c’est strictement interdit. Il y a même un enfant qui est entre la vie et la mort parce qu’il a bu la tasse. »

Là, on est devenues un peu blêmes, et Adèle s’est écriée : « Mais…mais… Je vais mourir ! »

Pour la rassurer, on lui a dit que non, que, comme lui aurait dit son père « ça fera ton immunité ».

Et puis, j’ai ajouté : « De toutes façons, si tu te sens mal, je t’emmène aux urgences ».

Ce qui nous a bien fait rire car une légende urbaine raconte qu’Adèle y a une carte de fidélité (tout ça parce qu’un jour elle a refermé le coffre de sa voiture sur son doigt).

Vous voyez, nous, on est trop yolo, on boit l’eau de la Meuse quasiment à la paille. Même pas peur.

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Le dark lagoon

Ce petit article date de ce printemps mais j’avais oublié de publier. Je m’empresse de réparer cette erreur.

Vous souvenez-vous que nous avons démonté l’étang du jardin de Mère ?

Sachez seulement que si nous détruisons un Empire, c’est pour mieux le reconstruire.

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Eh bien, figurez-vous que j’ai quelques petites anecdotes à vous relater à ce propos :

Catherine-ma-deuxième-maman est venue aider Mère à mettre les bords « de niveau », comme on dit chez nous.

Du haut de son jardin, Alain-le-voisin les observait et il leur a proposé de leur prêter un outil de géomètre. Elles ont accepté. Quand Mère a demandé à Catherine « Tu sais utiliser ça ? », elle lui a répondu « Non, mais je devrais réussir à comprendre comment ça fonctionne ».

Et, de fait, elle est parvenue à l’utiliser.

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Je ne comprends pas pourquoi les gens se tuent à suivre des formations de géomètre alors que c’est si simple.

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La bâche pesait environ cent kilos alors la famille Peers entière a dû s’y coller lors d’une réunion familiale.

Lorsque j’ai demandé à Marianne ce qu’elle pensait de la bâche, elle a répondu : « J’aime bien la couleur ». Un peu comme s’il y avait moyen de la trouver en rose.

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Quand je suis arrivée une après-midi, j’ai trouvé Mathilde, les pieds dans l’eau, en train de déplacer d’immenses cailloux qui avaient l’air de peser le poids d’un cheval mort.

On aurait un peu dit des travaux forcés mais elle avait l’air content, elle en profitait pour parfaire son bronzage.

On s’est souvenues que quand elles étaient petites, lors du remplissage du premier étang, mes sœurs avaient emporté leurs bouées et s’étaient baignées dedans.

Il faisait si chaud que, bien entendu, ça nous a donné envie de réitérer l’expérience.

On s’est donc immergées dans le Dark Lagoon.

On a nagé avec les salamandres qui n’avaient pas l’air le moins du monde perturbées par nos simagrées.

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Mère a ajouté un résident permanent : Boubou.

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Ensuite, pour tenir compagnie à Boubou, Mère est partie acheter 15 poissons rouges.

Elle les a lâchés dans l’étang où ils se sont ébroués allègrement, frétillants comme des gardons.

Le lendemain matin, tous les poissons avaient disparu.

Jason Bourne était revenu. Et il s’était fait un resto gastro du feu de l’enfer.

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Jason Bourne, le retour

Mère était désolée, mais moi j’avoue que j’ai un peu ricané.

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Le surlendemain, Mère est revenue du fond du jardin en courant dans ses bottes en caoutchouc. Les bras en l’air, elle s’écriait : « Les poissons ont ressuscité !!! C’est un miracle !!! »

Et de fait, les 15 poissons rouges étaient étrangement revenus à la vie.

multiplication des pains

Je peux aussi le faire avec du pain, si je veux.

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La semaine suivante, voyant que les poissons-zombies étaient toujours en vie et plein d’allégresse, Mathilde est revenue (cnfr Jacques Brel) avec un grand sachet contenant beaucoup d’eau et… un grand koï.

Petite Beauté l’a inspecté sous toutes les coutures, visiblement intriguée, mais, magnanime, elle a décidé de le laisser en vie et en un morceau.

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On est donc allées conduire Jean-Marie Chan (le frère de Jackie) jusqu’à son nouvel habitat.

C’est ainsi que vivent maintenant, en parfaite harmonie Boubou, Jean-Marie et les poissons rouges.

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Alors ? Elle est pas belle, la vie ?

 

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Un dur labeur

Vous souvenez-vous de ce que vous avez fait jeudi passé ?

Mais siiii !

C’était un jour férié et, comme pour tout bon jour férié qui se respecte, vous vous êtes levée à une heure indécente, puis vous vous êtes allongée sur un transat et, les doigts de pieds en éventail, vous avez siroté du vin blanc en regardant l’Homme cuire un bon steak sur la grille du barbecue.

Saintes-Glaces

MOI PAS.

Parce que Mère avait d’autres projets pour nous.

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Dans les champs de coton

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Sainte-fête-de-la-grosse-glandouille

C’est vrai que j’étais très fatiguée.

Et ce pour des raisons que je ne puis évoquer ici (car elles sont essentiellement professionnelles et, comme je suis un agent communal, je suis tenue au droit de réserve (vous pouvez aussi appeler cela l’obligation de fermer sa grande gueule)).

Alors, quand Caro a toqué à ma porte à 20H30 en me demandant si elle avait droit à une dérogation spéciale lui permettant d’aller dormir si tôt (notre règlement d’ordre intérieur stipule qu’il est interdit d’aller se coucher avant 21 heures), je la lui ai octroyée, pour la simple raison que je voulais qu’elle me fasse pareille dérogation.

Je me suis donc couchée à 20h30.

Je pourrais vous dire que cela ne m’était plus arrivé depuis mes huit ans, mais ce serait totalement faux et vous ne seriez pas dupes car vous commencez à savoir que je suis une vieille-à-la-tisane.

dodo

Le lendemain matin, en me réveillant, j’ai jeté un coup d’œil à mon réveil qui indiquait 8h30.

J’avais fait le tour de l’horloge.

Je me suis levée, j’ai baillé.

Je me suis traînée en pyjama jusqu’à la baignoire.

Mais j’ai oublié de vous dire qu’il n’y a plus de mazout depuis une semaine (simplicité involontaire, encore et encore) et je ne me sentais pas assez en phase avec l’existence pour une énième douche glacée.

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J’ai regardé la pile de vaisselle dans l’évier et j’ai pris la grande décision de la reporter au lendemain, pour les mêmes raisons (mazout en rade).

Je me suis installée devant Netflix et j’ai regardé quelques épisodes de ma série.

baille

Il était bientôt midi.

j’avais la flemme de cuisiner alors j’ai mixé un avocat (degré d’énergie demandée : élevé, maximum de mes capacités) que j’ai accompagné de quelques tranches de saumon (ça ça va, il faut juste ouvrir le paquet).

Cette matinée bien chargée m’a fortement fatiguée alors je suis allée faire une petite sieste pour récupérer un peu.

sieste

Quand je me suis réveillée, trois heures plus tard, j’ai décidé de passer faire un coucou chez Mère.

Adèle regardait une vidéo de koala en s’extasiant.

koala

– Regarde, Natha. Comme c’est mignon ! On a envie de lui faire « des douces ». Mais le problème, si on veut en adopter un, c’est que c’est l’animal qui dort le plus au Monde, supplantant même le paresseux. Il dort 22 heures sur 24.

– Et quand il se réveille, qu’est-ce qui lui reste de sa vie ? Il a à peine deux heures pour faire quoi ? Manger sa banane ?

– Son eucalyptus. Et d’ailleurs, il mange très lentement : au ralenti. (là, elle m’a mimé le koala qui mâchouille très lentement sa feuille d’eucalyptus).

– Et il doit se laver, aussi, j’imagine ?

– Oui, certainement très lentement aussi, d’ailleurs.

– Et après ? Les deux heures se sont écoulées ? Il retourne se coucher ?

– Voilà.

– Eh bien, il est totalement inutile, cet animal. Franchement, ça n’a pas de sens ! La nature n’a pas besoin d’un être aussi inutile que lui.

C’est vrai, quoi, à la fin.

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Comment ma (seule) grasse matinée est partie en fumée

S’il y a bien un truc chiant dans l’existence, c’est que je dois me lever tous les samedis, presque aussi tôt qu’en semaine. Car quand je ne vais pas à l’Académie, je dois travailler, et inversement.

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Imaginez-vous mon bonheur quand j’ai réalisé que ce samedi, pour la seule et unique fois de l’année, j’allais pouvoir faire une grasse matinée ?

blancheneige

La veille, j’avais décliné l’invitation du fréquent « vendredi-cousinade », prétextant que je suis vieille (ce qui est faux) et fatiguée (ce qui est tout aussi faux).

Comme je suis leur aînée et qu’ils ne doivent de ce fait le respect, mes cousins n’ont pas cherché à me persuader (ou alors juste un tout petit peu).

Car le vendredi, (vous le savez déjà peut-être car ceci apparait parfois en filigranes de ce blog), mes cousins mutent et se transforment en gang de chats de gouttière. Ils hantent les bars et le karaoké de la ville, hurlant à la lune, sortant les griffes, transformant leur sang en alcool et faisant saigner les oreilles du tenancier, qui répond d’un air blasé : « C’est mon métier » (mais on sent que quand mes cousins sont là, il regrette profondément son orientation professionnelle et rêve d’endroits plus cléments).

entrechats musique

« Shime bright like a diamond »

Au lieu de cela, j’ai regardé le téléfilm du vendredi soir avec Belle-Maman, ce qui était assez pauvre culturellement parlant, et puis je suis rentrée me coucher, tellement heureuse de ne pas devoir mettre mon réveil.

capitainemarteau

« Au dodo, vieille chose »

Je faisais encore un rêve chelou. Mère venait d’accoucher d’un petit bébé et je portais ma nouvelle petite sœur dans les bras (encore une ?) quand un grand fracas m’a réveillée.

Je ne suis pas dupe, je savais très bien ce qui se tramait : c’était ma sœur qui rentrait avec Esteban.

Ils gueulaient dans les escaliers.

Il faisait clair. Heure approximative : six heures du matin.

Là je me suis dit : Bon, ils me tirent d’un rêve, mais ce n’est pas si grave car ils vont s’écrouler dans l’appartement d’à côté et je ne les entendrai plus avant 15 heures minimum.

Ce qui fut une GROSSE ERREUR DE JUGEMENT DE MA PART.

Déjà la fois passée, Mathieu est rentré chez moi, a chanté quelques phrases de Rihanna dans ma chambre (Shime bright like a diamond) et est reparti comme il était venu.

Ce qui aurait dû m’inciter à être plus prudente et à fermer ma porte à clé.

passepartout

Je ferme toujours à triple tour

Comme de bien entendu, les deux zouaves sont rentrés chez moi.

Esteban s’est jeté sur mon lit en criant : « Ma grande cousine chérie que j’aime ! » et il a jeté ses chaussures en l’air. Il m’a serrée très fort dans ses bras. Son haleine sentait la tequila.

Caro répétait en boucle : « Je suis désolée, je te jure que j’ai essayé de l’en empêcher », mais au fond je sentais bien que tout cela l’amusait follement.

Cela a duré un petit moment, parce qu’Esteban voulait dormir chez moi et Caro essayait de le raisonner.

Puis il a dit : « Je sens que dans quelques jours, une histoire comme celle-là, elle va se retrouver dans le blog de Nathaliochka ».

C’est que c’est un visionnaire, mon cousin.

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Gangs de goumiches

C’était un dimanche soir habituel au 60, rue des fonds-de-bouteilles.

Par dimanche soir habituel, comprenez que Caro, Steph et moi-même étions vautrées sur le canapé, parées de nos plus belles tenues d’intérieur.

Nous buvions du gin-lavande et grignotions des cookies tout en regardant « Accouchements miraculeux » sur AB3.

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« La péridurale se passe nickel »

Caro et Steph essayaient de me forcer à me lever pour que j’aille leur acheter de la crème glacée quand un cri a retenti dans la nuit.

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Ces cris, nous commençons hélas à bien les connaître.

Ils viennent de chez la voisine du premier.

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Aaaah, la voisine du premier, et sa compagne… Laissez-moi vous les présenter.

C’est un couple passionnel ET passionnant.

Mais pas passionnel comme Roméo et Juliette, non.

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« Vous habitez chez vos parents ? »

Plutôt passionnel comme Fred et Marie.

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« Tu veux mes cinq marionnettes dans ton Guignol ? »

Traduisez : elles se tapent dessus.

Enfin, pour être plus précise, je dirais qu’il y en a une qui tape sur l’autre. Et l’autre, au lieu d’encaisser en silence, se met à geindre, et ça dérange notre quiétude.

« Merde, quoi, allez vous tabasser ailleurs »

Les voisines du premier n’ont pas assez d’espace pour se disputer alors elles préfèrent le faire dans la cage d’escaliers, en claquant les portes, en hurlant, en se frappant et en s’insultant, de préférence en pleine nuit, sinon ce serait moins drôle pour les voisins, comprenez-vous.

Une nuit, lassée par leur cinéma, je suis descendue les deux étages qui nous séparent pour leur signaler avec une précaution extrême (parce que je n’avais pas envie de me ramasser un œil au beurre noir) qu’elles troublaient quelque peu mon sommeil.

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« Ah ouais ?! », que la blonde m’a dit « Eh ben pourtant je fais tout mon possible pour ne pas faire de bruit« .

« Essaye encore » lui ai-je répondu en remontant.

Elle était défoncée jusqu’à la moelle.

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Ma voisine du premier, c’est quelqu’un qui ne craint pas l’incohérence.

Elle prône haut et fort sa passion pour le monde animal en enfermant ses trois chats dans son studio qu’apparemment elle n’habite pas vraiment (je vous expliquerai) et en écrivant en lettres capitales sur des toute-boites faisant la publicité d’un nouveau traiteur installé dans le coin qu’ « ELLE VIVANTE, AUCUN ETRE ANIMAL NE FRANCHIRA SA BOUCHE » tout en démontant la gueule de sa compagne dès que faire se peut.

Oui, ma voisine respecte le règne animal.

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« Je suis vegan mais ça ne m’empêche pas de te cogner »

Aussi, mes voisines du premier ont reçu cette semaine un mot de la part de ma sœur demandant de bien vouloir nettoyer leur rangée d’escaliers, comme stipulé dans le bail dans un souci de bien-vivre-en-communauté.

Mais je crois que le « bien-vivre-en-société », mes voisines du premier se le fourrent bien loin.

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Tout cela, c’était pour vous les présenter.

Mais revenons-en à nos moutons.

Je vous expliquais que nous regardions un documentaire sur Arte en dégustant des brocolis cuits à la vapeur quand les deux tarées du bas se sont mises à crier.

Ça commençait à bien faire, de venir comme ça troubler nos soirées pédagogiques.

J’ai dit aux filles : « Venez, les goumiches, on va se les faire« .

Comme je suis un être d’habitude extrêmement pacifiste, ça les a intriguées. Elles ont voulu voir ça. Alors on est sorties sur le palier.

Chez nous, le dimanche, c’est pas vraiment la fashion-week.

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Stéphanie avait un essuie sur la tête, un peignoir avec des cœurs rose et orange, un pyjama en pilou et des Crocs aux pieds.

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Moi, j’avais un collant troué aux fesses et un vieux pull d’une couleur indéfinissable.

Caro était en dégradé de gris, pipiche jusqu’aux ongles, même pour rester à larver devant Arte.

« Vous cherchez la castagne ? »

« Mais vous allez la fermer, oui ?! » ai-je crié pour ouvrir le bal. « On n’en peut plus de votre boucan ».

Et là, évidemment, pas la peine de vous préciser que c’est carrément parti en vrille.

« On entend que vous, ici. Vous vous disputez sans arrêt, vous gueulez dans tout le bâtiment, vous vous frappez dessus. »

Elles sont montées d’un étage. La petite nerveuse nous a répondu avec agressivité : « Nous ? Nous taper dessus ? Vous rêvez ou quoi ? ON s’AIME A LA FOLIE « .

« Eh bien, justement, je ne pense pas que la folie soit souhaitable.

Mais ce n’est que mon opinion. »

Sa copine était collée contre elle, morte de trouille, et elle essayait vaguement de la retenir, parce qu’elle sentait venir l’oignon. On aurait dit un oiseau pour le chat.

« C’est vous qui déposez des mots ? » a-t-elle aboyé.

« Oui, pour vous demander de nettoyer les escaliers ».

« J’habite pas ici, OK ? »

Voilà ce qu’elle nous répond, la voisine du premier. « J’habite pas ici« .

Là, comprenez notre stupéfaction : notre voisine, qui a un nom sur la sonnette, trois chats qui regardent par la fenêtre, qui prône le véganisme sur des tracts et hurle tous les soirs, n’habite pas là. Mais comme visiblement l’incohérence est son credo, elle nous précise : « Je nettoie la cage d’escaliers toutes les semaines ». Ce qui est fort sympa de la part de quelqu’un qui n’habite pas là, ça, il faut bien le concéder. Puis elle précise : « Je suis femme d’ouvrage, je connais mon métier ».

« Cette cage d’escaliers mérite un petit coup de balai. »

« Si tu n’habites pas ici, alors retourne chez toi », que j’ai lancé, comme ça, à brûle-pourpoint.

Ca a plu à Caro qui a surenchéri : « Toi, femme de ménage ? Rappelle-moi de ne jamais faire appel à tes services ». (Mais c’est vrai que ce sont parfois les cordonniers qui sont les plus mal chaussés).

Stéphanie a dit autre chose qui ne lui a pas plus et là, telle une furie, elle a déboulé vers elle pour lui mettre une pêche. Effrayée, je suis remontée dans mon appartement pour appeler la police. Puis, me rendant compte que je ne connais pas le numéro de la police et accessoirement que mon amie allait se faire démonter la figure, je suis redescendue avec Caro et on a fait bloc.

C’est à ce moment là que Didier, le voisin du bas, est sorti de chez lui et s’est mis en travers de la mêlée pour nous protéger (seul homme dans cet immeuble de goumiches en furie) et s’est mis lui aussi à leur crier dessus, comme quoi il n’en pouvait plus de leur tapage.

A ce stade du récit, il ne manquait plus à notre petite sauterie que Christine-du-rez-de-chaussée, ancienne taularde qu’il ne faut pas chercher, mais je pense qu’elle était absente ce soir-là, sinon, pour sûr, elle nous aurait prêté main forte.

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S’en est suivi une longue et tumultueuse dispute d’où ont émergé les thèmes suivants :

  • Je nettoierai quand ce sera propre / logique, Eric.
  • Si vous n’êtes pas contentes de nous avoir comme voisines, achetez-vous une maison quatre façades / Ben oui, j’en ai les moyens, mais je préfère squatter un studio dans un immeuble pourri.
  • J’ai un métier, moi. Je reste pas à zoner toute la journée / Je n’arrête pas de répéter que bibliothécaire est un métier et je n’ose pas te dire que Caro est psychologue et que Steph est assistante sociale et que du coup, des comme toi, elles en ont maté plus d’une.
  • Vous êtes des branleuses / Ben oui, nous on branle des bites.

Cette dernière phrase, c’est Caro qui l’a prononcée. Et même si c’est un-tout-petit-peu une remarque homophobe, ça nous a bien éclatées. C’était pertinent, cinglant et bien envoyé.

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Seulement, la petite nerveuse s’agitait de plus en plus et le niveau de danger augmentait considérablement. On a donc décidé d’un commun accord que cette discussion constructive pouvait s’arrêter là et on est tous rentrés chez soi, en prenant quand-même bien la peine de s’enfermer à clé.

On entendait qu’elle s’en prenait au pauvre Didier. Elle lui hurlait : « Sors de là. T’as quarante ans (il en a 55) et tu n’oses même pas sortir », tout en essayant de démonter sa porte d’entrée.

Quand elles ont quitté l’immeuble (ça doit être vrai qu’elles n’habitent pas là, finalement) et que le calme est enfin revenu, on a un peu débriefé la bagarre sur Messenger.

« Oh, moi, a déclaré Steph, toute cette violence m’a fait un bien fou. Ça a boosté mon adrénaline ».

C’est vrai que parfois, on s’amuse bien, à Lustin-les-bains.

çadéfoule

gang de femmes

trait

Des problèmes de voisinage ? Moi ? JAMAIS.

Pourquoi j’ai traversé la ville en pyjama

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La malédiction des voisins

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Cujo, chien de l’enfer et du chaos

Home sweet home

Hiver 1 – Nathaliochka 0

Hier, j’étais fière.

Parce que je pensais avoir fait la nique à Monsieur Hiver.

« Je te fuck profond, mon grand »

D’abord, j’ai évité les embouteillages qui immobilisaient la ville grâce à des entourloupes que seul un grand cerveau peut élaborer.

Arrivée à la piscine, j’ai eu l’impression d’être la seule survivante de la guerre des flocons qui se livrait dehors. J’ai savouré le fait que j’étais seule dans l’eau turquoise en prenant beaucoup de place avec mes bras.

Ensuite, j’ai laissé ma voiture sur le parking pour pouvoir rentrer avec Caro (Il faut savoir qu’on habite dans une rue dans laquelle Heidi-petite-fille-des-montagnes aurait pu faire ses premiers pas). Axelle a dit : « C’est vrai que c’est plus prudent, parce que tu conduis mal« .

Quand la voiture de ma soeur a entamé la côte sans la moindre glissade, je jubilais presque. « Monsieur Hiver je te nique ta race, parce qu’à part les chaussettes un peu mouillées, je n’aurai ressenti aucun de tes désagréments », pensai-je victorieuse.

En sortant de la voiture, j’ai trouvé que quelque chose clochait. Quelque chose dans l’ambiance qui régnait autour de nous. Un truc indéfinissable.
Et puis là j’ai compris : le quartier entier était plongé dans le noir. Un noir d’encre.

Un silence religieux recouvrait nos chaumières.

Même Babette la chouette fermait son bec.

Nous nous sommes tues devant tant de noir et de silence. Et quand Caro a sorti son trousseau de clés, je lui ai dit, avec un soupçon d’angoisse dans la voix : « Mais comment va-t-on faire pour monter trois étages dans le noir ??? ». Ma sœur, rassurante par son côté pratique m’a répondu : « J’ai une lampe de poche sur mon téléphone ».

Quand on a ouvert la porte, une de nos voisines avait déposé des bougies dans les escaliers, ce qui était certainement très attentionné de sa part mais ça foutait un peu les boules, genre ambiance Amityville.

« Sympa, la déco »

Rentrant chez moi, j’ai souffert d’un aspect de ma personnalité qui me joue parfois des mauvais tours : celui de ne jamais avoir à disposition des objets qui s’apparentent à la vie pratique : je n’ai tout simplement pas de lampe de poche.

D’abord, j’ai râlé un peu contre moi-même. Puis j’ai réalisé que, quand bien même j’en posséderais une par miracle, je resterais de toutes façons ce genre de fille qui ne sait pas où elle l’a rangée et qui doit fouiller un tas de tiroirs à l’aveugle et qui réussirait éventuellement à se blesser les mains contre un objet contondant mais certes pas à dénicher cette putain de lampe.

M’avisant de cet état de fait, je me relaxai un peu (pour autant que faire de la fumée avec la bouche à l’intérieur d’un appartement puisse apporter un quelconque bénéfice relaxant) et décidai d’ouvrir le clapet de mon téléphone afin de bénéficier de sa douce lumière bleutée.

Penserez-vous que j’en rajoute des couches si je vous disais que sur mon écran apparut le message « batterie faible » ?

« Pas de souci », me dis je « ce ne doit pas être extrêmement compliqué de se brosser les dents sans lumière ».

Sauf que si, un peu quand même.

Par exemple pour que le dentifrice atterrisse sur la brosse.

Quand j’ai allumé le robinet, il s’est mis à tourner fou. Il n’y avait pas d’eau non plus.

A ce stade, j’ai émis un râle.

Caro était elle aussi dans sa salle de bains, faisant le même constat que moi.
Je lui parlai à travers la cloison : « Peut-être que si on fait fondre de la neige sur une bougie, on pourra survivre quelques jours ». Elle m’a répondu : « T’es vraiment conne ».

Je crois que le froid la rend agressive.

Je suis allée me coucher.

Que faire d’autre sans électricité, sans chauffage et sans eau ?

J’ai saisi mon ordinateur avec allégresse : sa batterie à lui était chargée. Quand tout va mal, il vous reste au moins Facebook.

On me retrouverait congelée-déshydratée en train de surfer sur les réseaux sociaux.

Belle génération.

Sauf que.

Sauf qu’internet était coupé lui aussi. Evidemment, Madame la Cruche.

Je me suis allongée.

J’ai écouté le silence et j’ai savouré la première nuit sans les sinistres hululements de Babette en sentant mon nez, qui dépassait de ma couette, geler lentement.

hibernatus« On la réveillera dans 100 ans »