lecture publique

Une bien maléfique matinée

Ce matin, comme chaque matin, les mains dans les poches et des valises sous les yeux, j’ai traversé les ruelles sombres de Namur-city en quête de mon traditionnel pistolet au fromage.

Arrivée devant la devanture de la boulangerie, le volet était fermé, sans même une explication alors que les meubles de la terrasse étaient tout de même déployés. Mystère et boule de gomme.

Vous ne le savez peut-être pas, mais je suis un peu Sheldon Cooper sur les bords et la boulangerie du matin fait partie de mon rituel immuable, alors vous comprendrez que j’ai été fortement perturbée de devoir en changer.

Quoi ? Ma boulangerie est fermée ?

En effet, chaque matin, je vais y quérir un pistolet avec du beurre, du fromage et des œufs.

Et, chaque matin, la nouvelle petite vendeuse se trompe dans ma commande.

Alors, chaque matin, j’arrive au bureau fortement courroucée par cette petite vendeuse et je raconte à mes collègues du bureau rock and roll un épisode de la saga boulangerie. « Et alors ? Aujourd’hui, la petite vendeuse ? Qu’est-ce qu’elle a fait ? » demandent-ils en chœur.

Par exemple, le premier jour, je lui ai dit : « J’aimerais un pistolet à l’ancienne avec du beurre, du fromage et des œufs, s’il-vous-plait ». Elle est partie vers le comptoir à sandwich et elle a demandé : « Vous m’avez dit jambon ? » « Non, juste du fromage » « Et de la mayonnaise ? » « Non, du beurre ». « Avec des crudités ? » « Non, seulement des œufs »

Puis elle est revenue vers sa caisse et elle m’a dit : « ça fera trois euros cinquante » « Combien ? » ai-je dit d’un air outré. « Ah non, pardon, j’avais 3 euros 50 en tête, et quand j’ai une somme en tête, j’ai tendance à la réclamer toute la journée ».

Le lendemain : « Bonjour, je voudrais un pistolet à l’ancienne avec du beurre, du fromage et des œufs, s’il-vous-plait » « Je vous mets du jambon ? » « Non, du fromage » « Et des crudités ? » « Juste des œufs. Oh, et puis, mettez-moi un croissant en plus » « Ok. ça fera 6€20 » « Six euros vingt pour un pistolet et un croissant ?! » « Oh non, pardon, mais aujourd’hui, j’ai six euros 20 en tête ».

Puis je sors dans la rue, j’ouvre mon pistolet : diablerie, elle n’a pas mis les œufs donc je rentre et je lui fait remarquer et elle me dit : « Ah non, on n’a pas d’œufs aujourd’hui » « Vous auriez pu me le dire, non ? » Et ainsi de suite chaque matin, et cette embrouille matinale m’est nécessaire pour bien démarrer ma journée de râlerie sur les chapeaux de roue.

Hier, d’ailleurs, voyant que la petite vendeuse n’était plus là et qu’il y avait une nouvelle vendeuse à la place, j’ai manqué donner mon avis à la patronne en lui disant : « Votre vendeuse n’est plus là ? Vous auriez peut-être dû la garder, parce que je pense qu’elle enrichissait vos caisses », mais je me suis abstenue, et j’ai bien fait car j’ai appris par Chrisitine B., qui était aussi désœuvrée que moi ce matin devant la boulangerie vide qu’ils ont fait faillite et du coup, ma remarque aurait été perçue comme étant largement malaisante.

Du coup, on a dû se rendre dans une nouvelle boulangerie.

 Là, sans doute sous le coup de l’émotion, Christine B. a fait choir tout le présentoir à sucettes, mettant le dawa dans notre nouvelle villégiature.

Ensuite, elle a voulu payer en mettant sa carte d’identité dans le lecteur de cartes de banque et elle a dit : « Je crois que je vais aller me recoucher, moi ».

Mais il est strictement interdit de faire ce genre de choses alors nous sommes allées travailler.

Alors que nous nous apprêtions à raconter à nos collègues leur épisode matinal de la saga boulangerie, la Nouvelle-Sophie est arrivée, un étrange colis au bout du bras. « C’est pour toi » m’a-t-elle annoncé d’un ton officiel. J’ai ouvert un grand sac dans lequel était replié un mirifique costume de Maléfique. « C’est pour votre animation Halloween », a-t-elle spécifié, craignant peut-être que je ne le porte comme habit de jour.

Vu que l’on m’a souvent dit que je ressemblais à Angelina Jolie, j’ai trouvé le choix de ce costume totalement judicieux et je l’ai enfilé immédiatement, excitée comme un coucou.

Cela a fait forte impression sur mes collègues qui arrivaient au compte-goutte et quand Marie-Christine est arrivée, elle m’a demandé : « Tu as une animation aujourd’hui ? » et j’ai répondu « Non, pourquoi ? ».

En bref, je m’amusais follement et, grisée par mon succès, Bouchon m’a ouvert la porte d’entrée afin que j’effraye quelques enfants qui se rendaient vers l’école dans la ruelle sombre. Un homme à vélo a manqué se prendre un muret, et j’ai vu quelques yeux sortir de leurs orbites alors j’ai continué mon tour dans les différents étages de la bibliothèque, jusqu’à semer, l’espace d’une seconde, le doute dans le yeux de Fabienne S. qui a senti son sang se glacer.

En résumé, je crois que demain, on va bien s’amuser.

Une tarte dans ta gueule, sale mioche

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Sur la mentalité de fonctionnaire

Hier, ma collègue Joëlle, qui, comme moi, s’intéresse beaucoup au sport, m’a tendu un papier trouvé dans la salle de sports de sa fille.

Ce papier, c’est une annonce car ils recrutent un coach sportif.

Je vous vois venir : Vous pensez que, comme je suis devenue sportive, je vais postuler.

Ce qui est hautement crédible (je vois que vous me connaissez bien), mais il n’en n’est rien. Je suis bien là où je suis et, quoi que vous en pensiez, le métier de bibliothécaire est lui aussi relativement sportif.

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C’est plutôt que le contenu de l’annonce nous a hérissé le poil.

Voyez plutôt :

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« Vous n’avez pas une mentalité de fonctionnaire ».

Comme le disait si incorrectement mon professeur de néerlandais : « Qu’est-ce que cela peut-il bien vouloir dire ? »

Non mais des fois.

Je vous le demande.

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Le jour où nous nous sommes déguisées en poules

Samedi, avec ma collègue Sophie C., nous participons à une balade contée organisée par un comité de parents sur le thème des oiseaux.

Puisque nous sommes des animatrices prenant notre métier très à coeur, nous avons préparé cet évènement avec le sérieux qui nous caractérise.

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Préfèrerais-tu (3)

A une époque, il y avait des « Préfèrerais-tu » dans les papiers de Carambar. Ma sœur Caroline et moi les compilions, et nous avons surtout gardé en mémoire le fameux « Préfèrerais-tu avoir des sourcils en frites ou une barbe en steak haché ? », que nous essayions d’égaler, voire de surpasser (notre égo ne connait aucune barrière).

Mère, nous entendant souvent jouer à ce jeu, essaya un jour d’y participer.

Nous en étions restées interdites.

 

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Bibliothécaire : un métier sexy ?

Je l’ai dit, je l’ai redit, je le répéterai encore souvent : Oui, bibliothécaire est un MÉTIER.

Au même titre que boucher, dentiste ou chiropracteur.

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Pour devenir bibliothécaire, il faut faire des études de bibliothéconomie. Comme je l’ai précisé un jour dans une quelconque administration.

Mais cela ne s’orthographie pas comme l’employée l’a consigné dans sa fiche, non.

Si je dis que c’est un métier, c’est que j’ai reçu, au bout de trois mirifiques années, un papier attestant que j’ai séjourné, avec mes amis et mes professeurs, dans un orphelinat insalubre construit sur un cimetière indien, que j’ai participé à leurs examens (examens visant une matière la plupart du temps inaccessible à la compréhension humaine mais étant censée nous être limpide) et que, non contente d’y avoir participé, je les ai réussis (haut la main, bien entendu, mais est-ce la peine de le préciser ?)

 

« Ca y est, les gars, on est des gras d’Huez »

Oui, c’est vrai, ma profession inspire (malgré une grande opération « coup de jeune » infructueuse) nombre de stéréotypes.

Une bibliothécaire, c’est une vieille fille qui :

  • N’a pas trouvé de mari et vit chez ses parents
  • Se coiffe avec un chignon
  • Porte des lunettes qui tiennent avec un fil
  • Se vêt d’une jupe qui tombe pile en dessous des genoux
  • Montre une certaine addiction pour les pulls en angora arborant une tête de chat ou de berger allemand.

D’ailleurs, les chats, elle les adore. Et les plantes vertes, aussi.

« Mon p’tit Pacha, viens travailler à la bibliothèque avec Bobonne »

Et puis, elle est obsédée par l’ordre (tout comme moi) et rêve de coucher avec un écrivain célèbre (Sartre ou Camus), et tant pis s’ils ont franchi il y a bien longtemps les barrières de l’au-delà. Car ce n’est pas l’enveloppe corporelle qui importe le plus chez un homme : il faut qu’il phosphore du bulbe rachidien avant tout.

« Jean-Paul, vos écrits m’ont percutée »

Mais j’ai envie de dire : « Détrompez-vous ! Il est sympa, le métier de bibliothécaire ».

Voilà pourquoi.

  • On apprend à plastifier les livres. C’est très pratique. D’ailleurs, chaque mois de septembre, je me coltine les piles de livres scolaires de mes amis qui ont des enfants. Leur technique pour me pigeonner : soit ils me caressent dans le sens du poil en me disant que je suis une experte, soit ils m’amènent de pauvres cahiers martyres couverts d’énormes bulles d’air, et là je dis « Donne-moi ça ».

 

  • On apprend à transformer les lettres en chiffres. Par exemple, A c’est 1, B c’est 2, N c’est 14, … Allez-y, lancez-moi une lettre : je sais vous répondre du tac au tac, c’est très utile dans la vie courante (si,si, je vous jure).

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« Je vous mets au défi »

  • On doit savoir pousser des chariots. Alors là, à charge de revanche contre de permis de conduire que j’ai eu beaucoup de mal à obtenir, avec ces engins, je m’en donne à cœur joie. Je suis même devenue experte dans les créneaux, c’est vous dire.

 

 

 

 

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 « Alors, elle est pas sexy, la lecture publique ? »

  • On apprend à catégoriser le Savoir (qui est infini) et à le faire rentrer dans les cases étriquées du monde des chiffres. Par exemple : les livres sur la sexualité des fourmis rouges d’Australie seront classés en  595-176 (994). (En France, on utilise la Dewey et en Belgique la CDU)

dewey« Ce genre de langage m’excite, Herbert »

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  • L’œuvre de Barbara Cartland n’a plus aucun secret pour nous.

Dame Barbara Cartland« Barbara. Sa vie, son œuvre, son bichon »

  • On côtoye nombre d’enfants pour leur raconter des histoires et établir avec eux un lien de confiance et leur transmettre le goût de la lecture.

« Et à la fin ils meurent tous dans d’atroces souffrances »

Voilà quelques raisons parmi tant d’autres qui font de mon métier un métier cool et sexy.

Et si, malgré tout, vous avez encore quelques doutes quant à la sexytude de cette vocation, demandez à Batman ce qu’il a de prévu cet après-midi.

40de823089c1270b4debe49d8eb9b6a5« ça vous en bouche un coin, hein ? »