Partir en cacahuète, Sport et santé

Le Kho-lanta des Wich-Wach

Il y a une dizaine de jours que je me suis inscrite chez Wich-Wach.

Vous ne connaissez pas Wich-Wach ? Mais si ! La secte des Grosses. Weight Watchers, si vous préférez.

Vu qu’en ce moment, mon charisme est légendaire (j’ai les cheveux longs, le teint bronzé, j’ai perdu un kilo), j’ai fait des émules et ma collègue Bouchon a décidé de s’y mettre aussi.

Ce matin, alors que Sophie et moi étions en train de veiller à ce que les ouvriers placent correctement les nouveaux néons (traduisez : on matait), ladite Bouchon est entrée avec grand fracas et s’est exclamée : « Les filles ! Hier soir, j’ai soulevé des poids ! « 

– Mazel tov ! s’est exclamée Sophie.

Et moi, qui ne fais que penser à convertir tout ce que j’entreprends en nourriture, ai répondu : « Tu sais que si tu veux, tu peux manger tes points ? »

7833 points

– Manger mes poids ? a-t-elle compris. « Mais tu crois quoi ? Que je soulève des petits pois ? Non, hein ! Je te parle d’haltères en fonte, moi ! »

Après ce malentendu, je lui un peu expliqué les grands principes de l’Organisation.

– En fait, il y a trois équipes : les verts, les bleus et les mauves. Tu es quoi, toi ?

– Vert. Et toi ?

– Bleu.

Là, on a senti passer un petit vent glacé. Un vent de compétition. Les bleus contre les verts.

Bouchon a dit : « C’est un peu comme dans Koh-Lanta, quoi »

– Exactement. Sauf que chez eux, il y a les jaunes et les rouges.

– Enfin… De ce que j’en sais, parce que je n’ai jamais regardé Koh-Lanta.

– Moi j’ai juste regardé la demi-finale. C’était fascinant. Il y avait une bonnasse avec des seins en silicone qui a trouvé un poignard alors qu’elle n’est pas passée par la balise et elle était tellement contente que vous savez ce qu’elle a fait ?

– Nooon, ont répondu en chœur Bouchon et Sophie, captivées par mon récit.

– Elle a glissé le poignard dans sa culotte de maillot et s’est roulée dans le sable de contentement.

– Mais c’est dangereux pour sa mimine ! s’est exclamée Sophie.

– Je dirais même très dangereux.

wouh, je le sens passer

– Explosion de silicone ! a-t-elle crié dans la bibliothèque.

– Il parait même que cette fille a reçu des oranges et n’en n’avait jamais vues auparavant, ai-je ajouté.

– Encore un point commun avec les grosses de chez Wich-Wach, a conclu Bouchon.

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Les piliers de la Terre de Ken Follett – Par Kakou, chat fouineur

Aujourd’hui, mon chat Akatek partage son avis sur sa dernière lecture.

Les piliers de la Terre. Page 777

Je viens de m’avaler « Les piliers de la Terre ».

Et j’ai du mérite, parce que c’est quand-même une sacrée brique de plus de mille pages.

Je pourrais faire de l’esprit et vous dire que c’est justement avec ce genre de brique que l’on a bâti les cathédrales mais cela sous-entendrait que je n’ai rien appris de technique pendant ma lecture, ce qui est loin d’être le cas. Parlez-moi de voûtes en plein ceintre, de transepts, de nefs et de choeurs et j’ai l’impression d’avoir été propulsé soit au cours de Madame Epineuse, en début d’après-midi, en pleine digestion, avec rideaux tirés pour les diapos et la petite sieste qui se profile à l’horizon, soit à une promenade en famille, quand ma tante Annette s’exclame : « Allons visiter cette cathédrale d’influence gothique » au moment où tout le monde rêve d’une petite mousse bien fraiche en terrasse.

Certes, Ken nous parle un peu d’architecture et, de ce point de vue-là, il n’échappe pas à la règle : il me fait bailler à m’en décrocher la mâchoire.

Mais l’essentiel de son propos n’est pas là. J’irais même jusqu’à dire que celui qui s’en bat les steaks des cathédrales peut trouver son bonheur dans cette saga. Car c’est une immersion – que dis-je – une plongée dans le Moyen-Age qu’il nous propose ici.

Ne pensant pas au départ être spécialement attiré par cette époque de l’Histoire, je me suis découvert, au fil des pages, une passion pour celle-ci. J’ai reniflé, tel un chat de gouttière, les odeurs dans les ruelles. J’ai observé les costumes, me suis remémoré les us et coutumes, jusqu’à l’organisation de la société.

Je ne vous fais toujours pas rêver ?

Alors j’évoquerai les caractères bien trempés, les personnages hauts en couleur, la grandeur d’âme, la noirceur tapie au creux des Grands Méchants, les femmes de poigne qui ne se la laissent pas raconter, les exploits, les rebondissements, suspense et dénouement.

En bref, une immense épopée qui se laisse dévorer, même par moi qui, comme je suis un chat lent, lit tout doucement.

Guindaille, Partir en cacahuète

J’étais bourrée

Au départ, ce devait être un simple repas tranquille entre collègues.

Nage de poissons ? Ils sont vivants ?!!!

Mais je ne sais pas ce qu’il s’est produit. J’étais crevée et je souffrais depuis plusieurs jours déjà d’une douleur dans l’oreille, et quand le serveur m’a amené mon gin, j’avais l’impression qu’il cautérisait mes ganglions.

Alors il est descendu tout seul, d’une seule traite et, sur la douleur plus fatigue, ça a fait un cocktail détonnant.

Puis j’ai vidé une bouteille de rouge avec Dédé, chose que je ne fais jamais.

Tout cela m’a fait un effet boeuf.

En nous connectant à la 4G, Sophie et moi avons vu que la Myrèse-family était dans le même restaurant que nous alors on s’est levées et on les a cherchés partout et on a pris des photos de nous éméchées devant toutes les tables en demandant : « Vous êtes où ? On est là aussi », devant les serveurs exaspérés par notre cirque.

Bien entendu lls étaient déjà rentrés depuis longtemps. On leur a dit on débarque chez vous ! Mais on ne l’a pas fait car en descendant la route du restaurant, les tournants ont tourné, et ça nous a fait passer l’envie de faire un after.

Arrivée à la maison, j’ai trébuché dans le chat.

Puis j’ai envoyé un message nocturne à Marena Palm en disant : « Meuf, on va se faire un road trip à la Thelma et Louise, un truc du feu de Dieu, tu vas voir ».

A cette heure tardive de la nuit, nul doute que Marena Palm dormait à poings fermés et que le lendemain elle lirait ma missive en se disant « Quel boulet, celle-là ».

Puis j’ai longtemps parlé au chien.

Je lui ai dit : « Il faut que je boive l’entièreté d’un grand verre d’eau. C’est pour le crâne, Doudi. Pour ne pas avoir mal demain ».

Il s’en fichait éperdument, enroulé dans son panier, mais j’ai commencé à lui expliquer que toutes ces considérations étaient loin de concerner le règne animal et comme il ne réagissait toujours pas, j’ai compris que je venais de dire le mot « considération » à mon chien et que, du coup, il était grand temps de vider ce verre d’eau et de rejoindre les bras de Morphée.

Kakou le chat squattait mon lit et il est interdit de maison la nuit mais j’étais trop entamée pour le virer alors je l’ai laissé là et il m’a harcelée comme un petit chaton qui réclame sa maman en me plantant névrotiquement les griffes dans le cou.

Au matin , mon crâne vrillait.

J’ai vu que je m’étais endormie sans avoir vidé mon putain de verre d’eau obligatoire.

J’ai vu que j’avais laissé des messages chelous.

Que de la bave séchait au bord de ma bouche.

Que le chat était étendu sur moi en écharpe.

Que le chien m’observait d’un air désolé.

J’ai toussé un peu. Mes ganglions avaient triplé de volume.

Aussitôt, Mère est entrée dans ma chambre et m’a dit : « ça va ?  » avec de la panique dans la voix.

« Oui, pourquoi ? »

« Tu as toussé »

« Et alors ? »

« Alors ? Tu dois restée confinée chez toi »

« Je suis chez moi »

« Tu vas mourir  » a-t’elle conclu d’un ton sans émotion, puis elle est partie.

Péniblement, je me suis levée et je suis descendue.

Je me suis affalée dans le canapé, à côté d’Adèle.

Le chien est arrivé près de nous, la queue battante.

« Oh, mon petit frère chéri ! « , s’est exclamée Adèle, toute fébrile.

Le chien l’a regardée une seconde.

Puis il a vomi sur le tapis.

A ses pieds.

Une croquette et de la bile.

« Je crois que le chien aussi s’est fait une biture express », ai-je conclu.

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Le bonheur à la clé

Je sais que ce que je vais vous dire va vous en boucher un coin, mais sachez qu’il m’arrive d’aller à la piscine. Oui, parfaitement. Et pas pour mater les hommes musclés depuis la cafétéria, non. Pour y nager. Faire des longueurs. Du sport.

Aussi vrai que je vous le dis.

Ce contexte étant subtilement placé, je voudrais vous raconter ma dernière séance de natation.

Il est sept heures du matin. Dehors, il fait noir comme dans un cul. Quand je sors de ma voiture, un sale petit crachin me postillonne au visage. Je commence le boulot à 8 heures, j’ai donc peu de temps pour gamberger, mais c’est suffisant. Les jours où je fais ça (aller nager un matin d’hiver quand il pleut), j’ai l’impression d’être une belle personne, peut-être même un Etre Supérieur, car seuls les Etres Supérieurs sont capables de tels exploits.

Mais aussitôt arrivée, mon excès de confiance en moi est brisé, étouffé dans l’œuf car il y a un monde fou dans cette piscine.

Des vieux.

Le hall est rempli de vieux qui attendent le feu vert pour pouvoir s’engouffrer vers les cabines. Exactement comme devant la vitrine de chez Phildar, version sportive.

Cela veut dire qu’ils se sont levés encore plus tôt que moi. Et ils ne montrent pas leur carte d’embarquement. Et disent « Bonjour Jeanine ». Ce qui veut dire qu’ils ont un abonnement. Ce qui veut dire qu’ils viennent tous les jours. Ce qui me relègue à une petite amatrice qui vient de temps à autres faire un petit plouf.

Je n’ai rien contre les vieux. Au contraire. J’ai été élevée dans le Respect des Anciens.

Et je vénère ma mamy Tine, qui a la sagesse du Dalaï Lama, l’intelligence d’Einstein, le dénuement de Mère Thérésa. 

Mais que font-ils là à cette heure si étrange ? Ils sont pensionnés, bordel. Ils peuvent venir quand ils veulent. Mais non, il faut qu’ils choisissent les heures de pointe.

Une fois dans les cabines, je profite de l’avantage de ma jeunesse pour doubler la horde de vieux. Je me change en quatrième vitesse, je jette mes vêtements dans le casier, je démarre sur les chapeaux de roues,  traverse en trombe les couloirs, pousse du coude un vicelard qui a décidé de passer dans la douche des femmes et m’apprête à me jeter à l’eau (en temps normal, je peux avoir jusqu’à quatre longueurs d’avance sur eux) quand je me rends compte que j’ai oublié mes lunettes dans mon casier.

Pas grave, je fais demi-tour, plus vive que l’éclair.

Et c’est à ce stade de mon récit que l’affaire part en cacahuète.

Car mon casier ne s’ouvre pas. J’essaye péniblement sans résultat.

Un vieux qui sort de sa cabine me dit : « Ca n’a pas l’air évident » avec le ton condescendant du type qui pense que je suis tellement neuneu que je ne sais même pas tourner une clé. « Vous voyez bien que c’est coincé », lui réponds-je sans que cela l’émeuve le moins du monde car il se barre aussitôt, me laissant seule face à mon désarroi.

Je vais voir la Maîtresse-nageuse (remarquez que la féminisation des noms de métier tient ici sa limite) qui me dit qu’elle ne peut pas sortir de son aire de surveillance, mais elle jette un œil au bassin encore vide et décide quand-même de me venir en aide. Et là, je vous le donne en mille, elle n’y parvient pas non plus.

« Je ne sais pas quoi faire » me dit-elle, désemparée. Et elle ajoute « Je crois que le mieux, c’est de demander à Dédé ».

Je commence à m’énerver. Le truc va se mettre à ressembler à une course contre la montre. Je lui dis : « C’est ça, appelez Dédé. Moi, pendant ce temps-là, je vais nager. Et quand je ressors, avec un peu de chance, Dédé aura décoincé mon casier ».

On va faire comme on a dit

Sur ces entrefaites, sa collègue se pointe. Elle lui explique : « Le casier de Madame est bloqué »

« Ah bon ? » lui répond-elle, d’abord très indifférente. Puis je vois s’activer les rouages de son cerveau et apparait sur son visage un sourcil relevé, signe d’un brin d’amusement machiavélique et elle s’exclame : « Pas avec vos affaires dedans, tout de même ?! ».

Là je suis en piteux état, toute dégoulinante de la douche, toute frigorifiée, et je lui réponds d’un air misérable « Si ». Puis, après un silence : « Sinon ce ne serait pas drôle ».

Là, Jacqueline se marre carrément, faisant fi de toute compassion et elle ajoute : « Je crois que vous allez devoir aller travailler en maillot de bain ».

Je lui réponds « Ou être condamnée à errer dans les couloirs de la piscine ».

Comme Jacqueline a quand-même une once d’humanité, elle vient voir avec moi, s’accroupit devant mon casier, tourne la clé, l’ouvre. « Voilà, Madame. Vous aviez simplement tourné votre clé dans le mauvais sens ».

 J’étais tellement soulagée de ne pas devoir me pointer au bureau en maillot de bain que ça en a effacé la grande honte qui planait sur moi.

A croire que c’était la journée des clés, parce que le soir, Mère est rentrée de son jogging plus essoufflée qu’à l’habitude.

« Que t’est-il arrivé, Mère ? » lui ai-je demandé. « Tu as fait le marathon des sables, ou quoi ? ».

« Non, mais après mon jogging, quand je suis arrivée à ma voiture, j’ai réalisé que j’avais perdu mes clés en cours de route. Donc, je suis retournée dans le bois et j’ai repris le même circuit en sens inverse pour retrouver mon trousseau de clés. Du coup, j’ai couru deux heures au lieu d’une ».

« Et tu as retrouvé tes clés ? »

« Oui. Mais …euh… Comment dire ? Elles étaient tombées devant ma voiture. »

« Tu es en train de me dire que tu as fait une deuxième fois le circuit pour des prunes? »

« Euh…oui. Exactement »

« J’adore cette histoire ! « , me suis-je exclamée en omettant évidemment de lui raconter mon épisode du matin.

Comme quoi, parfois, la clé est la clé du bonheur.

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Dialogue de sourdes

Aujourd’hui c’est vendredi. Avec Sophie et Isabelle, on mange des croissants au beurre que l’on trempe dans du thé vert, pour avoir notre taux d’anti-oxidants.

« J’ai fait un rêve », que je leur dis en faisant tomber des miettes au fond de la tasse.

« Raconte »

« J’étais une sorte de bergère et je devais conduire mon troupeau, mais un troupeau de drôles de bêtes : un mélange entre des moutons et des chèvres à travers des pièces, des couloirs, des maisons, dans le but de les guider vers la liberté.

« Ah » me dit Sophie, qui a l’habitude d’ analyser ma psyché malade. « Je crois que tu as le syndrome de la bergère, mon petit caniche »

« C’est-à-dire ? »

« Peut-être que tu es investie d’une mission de guide »

« Peut-être, mais c’est aussi à cause de Laurence. Hier soir, elle m’a dit que nous étions des bergères des temps modernes »

« Tu sais, a ajouté Isabelle, c’est peut-être aussi parce que tu aimes la Grèce »

J’ai regardé mon croissant. « C’est vrai que j’aime la graisse. Mais j’aime aussi le sucre »

Sophie : « Et les antioxydants »

Isabelle : « Mais non, je parlais du pays : la Grèce. Là-bas, il y a beaucoup de pâtres ».

Moi : Des pâtres ?

Isabelle : Oui, des pâtres grecs

Sophie : Oh ! J’adore les pâtes grecques !

Isabelle : Non, je voulais dire des pâtres grecs. Des pâtres grecs qui mangent des pâtes grecques.

Là, j’ai un peu chanté : « Avec ma gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec et mes cheveux aux quatre vents », en l’honneur de Jean-Chri qui a œuvré à faire ma culture musicale de gauchiste.

Sophie : Et tu devais aller où, avec ton troupeau ?

Moi : Je devais les amener dans une prairie, mais j’avais peur qu’ils ne se fassent écraser sur la route si je les lâchais comme ça et Mère est apparue et m’a dit qu’ils n’avaient rien à craindre parce que la prairie dans laquelle je les libérais était une prairie infinie.

Là, Isabelle s’est levée, en emportant sa tasse de thé.

Nous : « Tu vas où, Isabelle ?

« Je descends chercher un dictionnaire sur la symbolique des rêves. Je vais voir s’ils ont une entrée à « prairie infinie », Ca a l’air grave, cette histoire ».

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Souffrance du monde moderne, j’ai mangé du Nutella

Je vous avais déjà dit que je souffre de culpabilité morbide, voire mortifère.

Kézako, cher Docteur Freud ?

Eh bien, c’est très simple : Il s’agit d’un sentiment aigu de culpabilité qui ne me quitte jamais, au grand jamais.

Je souffre également de compulsions alimentaires et, vous vous en doutez, cette combinaison des deux névroses donne un terrain idéal pour que l’une nourrisse l’autre, au sens propre comme au sens figuré, un beau cercle vicieux compulsion alimentaire/culpabilité difficile à briser.

Ajoutez à cela une suspicion sévère d’endométriose et PAF : c’est le combo gagnant.

Voilà le tableau : Lundi, souffrant violemment des ovaires ; comme si un Raptor me les broyait pour en faire du carpaccio ; je déambulais, les yeux hagards, dans les rayons du Supermarché à la recherche de sucre, en mode camée accro à la méthamphétamine, les règles appelant la compulsion de sucre, la compulsion de sucre appelant la culpabilité, la culpabilité appelant la souffrance psychique.

En plus, j’étais chez Aldi, pour vous aider à situer le curseur de mon désarroi.

Et là, au détour d’un rayon, j’aperçois L’objet de ma convoitise : un pot de Nutella.

Or ; il se fait qu’au quotidien, j’essaye autant que faire se peut de manger bio, de saison, de limiter mes déchets, mon emprunte carbone (même si je prends souvent l’avion, autre sujet de culpabilité) et tout le tintouin.

C’est dans cette optique là que j’ai décidé, il y a deux ans, de supprimer le Nutella. Adèle vous le dirait : « Manger une cuillère de Nutella, c’est tuer un orang outan ».

Et moi, j’aime bien les orang outans, et toutes les autres bêtes. Quand j’étais enfant, mon héros était le commandant Cousteau, ensuite je me suis intéressée à fond à Jane Goodall. J’ai pleuré quand le bébé chimpanzé s’est laissé mourir de désespoir après le décès de sa mère, j’ai pleuré quand j’ai vu passer des koalas grillés sur mon fil d’actualité et même si parfois je rêve de déposer mon chien et mes trois chats dans une caisse en carton devant la SPA, je ne l’ai pas encore fait. C’est vous dire si j’aime ces saloperies de bestioles.

Et soudain, il était là, tout moelleux, tout sucré, au soi-disant goût de noisettes, et il m’appelait : « Nathaliochka ! C’est dans ton estomac que je veux finir ! ». Ni mes incantations à Greta Thunberg ni ma morale aiguisée n’ont pu empêcher ce qui s’est produit ensuite : je suis passée à la caisse avec mon pot, et je suis revenue, honteuse, dans le BRR (Bureau Rock and roll) où mes collègues se sont sentis navrés pour moi.

D’abord, j’ai trop culpabilisé pour le manger, alors je l’ai laissé là, dans le bureau, où il est resté jusqu’au vendredi, me narguant un peu chaque jour : Et maintenant, même si tu ne me manges pas, le résultat sera le même : tu auras contribué au fléau de la déforestation.

Vendredi, Sophie entre en criant « Shabbat shalom ! » car chaque vendredi, nous faisons shabbat, c’est-à-dire que nous avons le droit de prendre un petit-déjeuner sucré. Là, j’ai mis ma tête dans mes coudes, de désespoir, et j’ai cédé en mangeant des sandwichs mous au Nutella, avec beurre salé en sus, s’il-vous-plait bien.

André m’a dit que je lui faisais penser à l’avocat de la « Guerre des Rose » qui a arrêté de fumer il y a 25 ans et qui garde toujours sur lui une clope dans une boite, pour lui rappeler d’où il revient et qui craque le jour où le divorce de ses clients part trop en sucette (rappelez-vous qu’elle va quand-même jusqu’à servir à son ex-mari son propre chien en ragout, alors parlons-en, de la cause animale).

Ensuite, le téléphone a sonné et André m’a tendu le cornet en disant : « C’est pour toi ». C’était Mélanie qui me disait : « Et alors, mon Bichon ? Il parait que tu manges du Nutella ?! »

« Comment peux-tu être au courant ? » « André m’a envoyé une alerte rouge » « Ah » « Et ta mère est au courant ? » « Non ! Ne lui dis pas, s’il-te-plait » « On verra ». Et, comme pour me punir, ils se sont tous mis à chanter « Aux champs Elysées », ma chanson détestée.

A la pause, je suis allée sur Messenger, où j’avais reçu de la part de Mélanie, quelques jolis gifs dans ce genre-là (je n’ai pas réussi à les retrouver sur le net) :

Le téléphone a de nouveau sonné et là, une voix inconnue déclare qu’elle fait une enquête pour les consommateurs de Nutella et qu’elle aimerait savoir si j’en consomme occasionnellement. J’affirme « Jamais » et j’entends, en arrière-fond, Mélanie crier « Menteuse !!! ».

Puis sa collègue me demande si j’ai déjà entendu parler de réchauffement climatique, de déforestation, des singes qui perdent leur habitat.

Et, pendant ce temps, je ne vous mens pas en vous disant que j’étais en train de prendre des renseignements pour m’inscrire aux sessions de « Je cours pour mes formes », et que la culpabilité m’a fait appuyer sur le bouton « Je valide ma participation ».

Ben oui, il faut bien que la culpabilité ait aussi du bon, parfois.

Je rachèterai ma conduite en allant m’initier à la course à pieds, ce qui promet encore de belles expériences à relater dans ce journal intime.

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Les téléfilms de Noël Versus la Vraie Vie

Mel-Bichon et moi, on aime bien les téléfilms de Noël. Elle laisse les enfants à la garderie en disant à Madame Sabrina qu’elle a eu un contretemps. On se remplit des grands verres de gin et on se fout sous un plaid. 

C’est là que Clemsou appelle pour nous proposer de la rejoindre boire un vin chaud au marché de Noël. “On ne peut pas, Clemsou, on a déjà tant de projets et de sollicitations”. 

Clemsou, à qui on ne la fait pas, répond : “Comme je vous comprends, les filles. Moi aussi j’ai un nouveau but dans la vie : c’est rester le plus possible chez moi”. 

On ne se refait pas. On a bientôt 40 ans, il fait froid dehors, et Courtney est en train de faire un tour en calèche avec Derek, ce qui signifie que le moment est décisif.

Mélanie me rassure : “Ne t’inquiète pas, je sais que le suspense est insoutenable, mais je pense que ça finira bien”.

Parlons de ça : le fait que cela se termine bien. Contrairement à la vraie vie, qui se termine mal (la mort) et sans balade en calèche.

Parce que dans les téléfilms de Noël, tout est toujours différent de la vraie vie.

Décortiquons le phénomène.

Dans le téléfilm, l’héroïne porte toujours un prénom mièvre. Du genre Cristal. De préférence avec un “y”. 

Crystal est blonde, mince, elle a le teint frais, elle se fait des boucles au fer à friser chaque matin (où trouves-tu le temps de faire ce genre de choses, Crystal ?) et elle porte des pulls roses en angora.

Dans la vraie vie, il se peut que tu aies des cheveux blancs, que tu sois obèse, que tu tapes sur ton réveil plusieurs fois chaque matin et que du coup tu te retrouves au boulot avec des cernes sous les yeux, un pull informe, la crolle au vent, la gueule de travers.

Il se peut aussi que tu cumules tout cela.

Si, si, je t’assure, c’est plus que vraisemblable.

Crystal est célibataire et ça, c’est à peu près la seule chose que tu aies en commun avec elle. Mais il va sans dire que dans ton cas, c’est louche et dans le sien, c’est juste qu’elle a privilégié sa carrière à ses amours (un peu comme toi, ceci dit). 

Mais l’horloge biologique de Cricri commence à la tarauder, là où toi, tu es carrément périmée et elle réalise qu’elle est peut-être passée à côté d’une valeur essentielle : l’amour à partager autour d’une bonne tasse de chocolat chaud dans laquelle on balance des marshmallows.

Non mais Crystal! Comment fais-tu pour rester si mince ? Moi si je fais ça mon insuline battrait tellement la campagne que le Smur m’embarquerait sur le champ.

Avez-vous remarqué qu’il y a toujours une histoire de soeurs jumelles dans les téléfilms de Noël ? Qui décident de s’échanger leur vie. La vie de Crystal contre celle de Candy.

En vrai : jamais tu n’échangerais ta vie contre celle d’une de tes soeurs. Il y en a une qui a un bébé qui pleure la nuit, une autre qui doit se lever avant six heures du matin pour aller jusqu’à Bruxelles et une autre qui jongle avec des couteaux de cuisine. Bon, vous me direz, vu que tes soeurs ne sont pas tes jumelles, cela ne pourrait pas fonctionner. Je crois que si l’une d’elles se pointait au bureau à ta place, tes collègues se rendraient assez vite compte de la supercherie.

Et si ton mec réalisait subitement qu’il n’existe pas qu’une seule version de toi mais deux, il partirait en courant en hurlant “au secours, pas encore elle !”.

Le héros, quant à lui, s’appelle Brad.

Brad est célibataire, lui aussi. Mais c’est à cause d’un vilain coup du sort. Brad est veuf.

C’est bien, un veuf. Il a été marié, donc il n’a pas de problèmes d’engagement, ce n’est pas de sa faute si sa femme est morte (ou alors on quitte définitivement le conte de Noel pour virer thriller islandais) et comme il a souffert, cela le rend d’autant plus craquant.

Avec un veuf, on se met en mode challenger pour lui rendre le sourire ultrabright qu’il a perdu durant la déroute qu’a été cette épreuve.

Brad porte de longues écharpes sur un grand manteau ouvert et chic.

Dans la vrai vie, je ne pense pas que le prénom Brad coure les rues de Namur-city. Et les veufs trentenaires sont plutôt rares.Tu tombes sans arrêt sur le célibataire chelou resté sur le carreau car il a des soucis d’engagement. Celui qui préfère jouer à la console en bouffant des Chipitos habillé en sarouel.

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Puisqu’il a eu une vie avant toi, Brad-le-veuf a des enfants. Mais attention, pas n’importe quels enfants : des enfants charmants.

Là encore, on sent que le téléfilm essaye de nous rouler dans la farine. Car tout le monde le sait pertinemment : les enfants charmants, ça n’existe pas.

Et en plus, Il y zéro chance pour que tu sortes avec un type qui a des gosses. Charrie pas. Et même s’il y avait la moindre chance que ce soit vrai, ses gosses te hurleraient “T’as rien à dire, t’es pas ma mère”  et tu leur retournerais une tatane dans la tronche pour bien leur faire comprendre que si, c’est quand-même toi qui décide.

Crystal a un chien. Un beau labrador blond qui garde le noeud d’emballage qu’on lui a mis autour du cou.

En vrai : ton chien est censé être blanc mais, à force de s’être roulé dedans, il ressemble à une grande bouse de vache, sans parler de l’odeur. Et si tu essayes de lui mettre du ruban autour du cou, il se roule sur le tapis, faisant tomber la table basse du salon sur laquelle se trouvait un verre qui se brise en mille morceaux et, quand tu te mets à les ramasser, un éclat va se ficher dans ton doigt et te fait souffrir pendant des jours, jusqu’au moment où ton corps l’expulse et que tu t’écries devant tes collègues ébahis : “Je perds un morceau de verre !” (véridique)

Brad, quant à lui, possède un chat. Un chaton qu’il a offert à ses enfants pour leur faire oublier un instant que leur maman est partie dans le ciel. Le chaton a les yeux bleus et ne perd pas ses poils. 

En vrai : Ton chat se jette sur les décorations avec des yeux maléfiques, comme si les guirlandes étaient Le Haut Mal. Et il t’a pété toutes tes boules, y compris les jolies vintage qui te restent de ta grand-mère et auxquelles tu tenais beaucoup. 

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Dans le téléfilm de Noël, Brad décide d’emmener Crystal à la patinoire. 

C’est quoi ce plan de merde ? Il ne peut pas l’inviter à aller siffler du gin au bar du marché, comme tout mec civilisé ? Et profiter du fait qu’elle ait un verre dans le nez pour tenter de la ramener chez lui ?

Non, Brad en a décidé autrement, il se la joue plan romantique à la pati.

Mais bon sang de bois, Brad ! Tu ne réalises pas qu’à la pati, il fait moins mille degrés et que du coup, ça donne des joues rouges et la goutte au nez ?

Je ne sais pas comment fait Crystal pour rester fraîche mais toi, tu renifles en mode marsouin, avec raclements de gorge et tout et tout. Bonjour la romance.

Et ne parlons même pas du fait que personne ne tient sur ses deux quilles, dans une patinoire. C’est un endroit où personne n’est plus allé depuis ses 8 ans, donc niveau équilibre, on fait mieux.Tu vas me dire, c’est peut-être le plan secret de Brad : faire chanceler Crystal pour pouvoir la rattraper dans ses bras. Parce que lui, il tient sur ses deux patins. C’est quoi le truc ? Il s’entraîne seul chaque samedi depuis le décès de sa femme en espérant pécho une meuf le jour où il sera de nouveau prêt à aimer ? Ou essayerait-on à nouveau de nous dire que les hommes tiennent instinctivement debout alors que les femmes sont des petites créatures qui crient : “Tiens-moi, Brady, je sens que je vacille” ?

Toi, si tu tombes sur Brady pour qu’il te ratrappe, autant te dire qu’il vaut mieux qu’il ait de la force dans les bras.

Sophie m’a même raconté qu’à la pati de Namur, ils proposent aux personnes qui ont des problèmes de stabilité de s’accrocher à un grand dinosaure en plastique. Oui, je sais, je te fais rêver, Bradounet.

Après la patinoire, Brad propose d’aller manger des cupcakes dans un salon de thé. 

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Il va falloir qu’on m’explique, ce que c’est, le délire avec les cupcakes. C’est un putain de quatre quarts tout sec sur lequel on tape des colorants roses et des paillettes. Non mais c’est immonde ce truc.

Et dans la vraie vie, dans les salons de thé, il n’y a que des vieilles dames agressives qui se parfument trop, qui portent des peaux de renards autour du cou et qui te font des croche-pieds avec leur canne. Pas vraiment le bon lieu pour un plan drague, quoi.

Et pour couronner le tout, la neige commence à saupoudrer les maisons de ses blancs flocons. Crystal et Brad n’ont même pas froid.

En vrai : Il pleut sans discontinuer et le ciel est d’un gris tellement blafard que tes endorphines se font la malle et que tu pleures dans ton salon en portant tes luminettes qui te donnent un air d’extra-terrestre.


Enfin, je vous dis tout ça, moi, c’est juste pour vous partager mon analyse et vous dire, en résumé, que la vie craint le boudin.

Mais bon, ça, vous le saviez déjà.