Société

Inondations

Nous sommes en juillet 2021 et ; comment te dire ; le temps n’est pas au beau fixe. A la pandémie mondiale s’ajoutent des pluies diluviennes.

Je sais ce que tu penses, Gary. Que je suis belge et que dans mon pays, comme le dit si bien mon ami Mathieu (qui est pourtant breton) : « Le ciel est bas et les lunettes de soleil facultatives ».

Sache que c’est un euphémisme. Car, plus encore que d’être bas, il nous est à plusieurs reprises littéralement tombé sur la tête.

Ici, par endroits, l’apocalypse a eu lieu. Des orages ont hurlé dans un ciel noir. Des eaux sont tombées en hallebardes. Des routes se sont transformées en rivières grondantes. Des escaliers se sont mués en cascades. Des coulées de boue ont tout saccagé. Des sols se sont affaissés. Des maisons entières se sont écroulées. Des voitures se sont empilées à des carrefours. Des personnes se sont enfuies. Ont nagé. Ont défoncé des portes pour en sauver d’autres. Des vies si précieuses ont été emportées à tout jamais.

Ici, par endroits, les habitants sont en bottes, crottés de boue de la tête aux pieds. Ils raclent, trient, nettoient, jettent et jettent encore. Des meubles autrefois utiles, des objets futiles, des souvenirs d’une vie, précieux car ayant une valeur sentimentale.

Ici précisément nous avons été épargnées. Nous sommes sorties nus pieds sous la pluie battante et avons déployé pour la troisième fois du mois le nouveau protocole spécial inondations. Notre organisation était bien rodée : creuser une tranchée, déplacer les sacs de sable, ouvrir les avaloirs de la rue, observer et prier, regarder la cuve à mazout se faire immerger pour la troisième fois consécutive et savoir que des semaines de douches froides vont suivre. Mais ce n’est qu’un moindre mal, Gary. Par rapport à ceux qui ont tout perdu. Et il parait que ça raffermit les chairs.

On fait du feu, en juillet, en ayant conscience de notre chance, et je gribouille dans un carnet, des dessins plus tristes qu’à l’habitude, emprunts de nostalgie.

Quelque chose, dans les eaux, parle à mon inconscient, à travers mes rêves. Elles symbolisent depuis toujours mon état émotionnel. Quand j’ai vécu des peines de coeur j’ai beaucoup rêvé de lacs gelés, comme une envie de ne plus rien sentir. Quand Jean-Chri est mort j’ai rêvé de cascades qui emportaient tout le reste de ma famille, comme noyés dans le chagrin. En phases de dépression je rêve d’eaux boueuses.

Mais le Docteur Synapse est parvenu à me faire comprendre que, même si le monde tel qu’on le connaissait est en train de se faire la malle au grand galop, il ne tient qu’à nous de nous tenir alignés, de devenir des roseaux pascaliens qui ploient dans la tempête sans pour autant céder, ni à la peur, ni à la tristesse, ni à la résignation. Simplement en étant nous-mêmes. En ayant des gestes de solidarité.

Et même si nous avons vu le pire, nous avons aussi vu le meilleur. L’entraide, les mains tendues, les bras qui portent, les inconnus se prêtant secours.

C’est cela qu’il faut retenir, mon cher Gary.

Même si je sais que c’est facile à dire quand on est installée peinard en peignoir chez soi après une bonne douche glacée.

Société

Infos

Je n’ai jamais suivi l’actualité. Pas de télé, pas de radio, pas de journaux. Bon, je ne vis pas pour autant sur une île perdue. Je sais qu’il y a une pandémie mondiale, par exemple. Et que Trump va rester sur sa caisse. 
Heureusement, pour me tenir au courant de ce qui se passe dans le monde, Mère me lit les titres de l’actualité qu’elle estime essentiels.

Société

Souffrance du monde moderne, j’ai mangé du Nutella

Je vous avais déjà dit que je souffre de culpabilité morbide, voire mortifère.

Kézako, cher Docteur Freud ?

Eh bien, c’est très simple : Il s’agit d’un sentiment aigu de culpabilité qui ne me quitte jamais, au grand jamais.

Je souffre également de compulsions alimentaires et, vous vous en doutez, cette combinaison des deux névroses donne un terrain idéal pour que l’une nourrisse l’autre, au sens propre comme au sens figuré, un beau cercle vicieux compulsion alimentaire/culpabilité difficile à briser.

Ajoutez à cela une suspicion sévère d’endométriose et PAF : c’est le combo gagnant.

Voilà le tableau : Lundi, souffrant violemment des ovaires ; comme si un Raptor me les broyait pour en faire du carpaccio ; je déambulais, les yeux hagards, dans les rayons du Supermarché à la recherche de sucre, en mode camée accro à la méthamphétamine, les règles appelant la compulsion de sucre, la compulsion de sucre appelant la culpabilité, la culpabilité appelant la souffrance psychique.

En plus, j’étais chez Aldi, pour vous aider à situer le curseur de mon désarroi.

Et là, au détour d’un rayon, j’aperçois L’objet de ma convoitise : un pot de Nutella.

Or ; il se fait qu’au quotidien, j’essaye autant que faire se peut de manger bio, de saison, de limiter mes déchets, mon emprunte carbone (même si je prends souvent l’avion, autre sujet de culpabilité) et tout le tintouin.

C’est dans cette optique là que j’ai décidé, il y a deux ans, de supprimer le Nutella. Adèle vous le dirait : « Manger une cuillère de Nutella, c’est tuer un orang outan ».

Et moi, j’aime bien les orang outans, et toutes les autres bêtes. Quand j’étais enfant, mon héros était le commandant Cousteau, ensuite je me suis intéressée à fond à Jane Goodall. J’ai pleuré quand le bébé chimpanzé s’est laissé mourir de désespoir après le décès de sa mère, j’ai pleuré quand j’ai vu passer des koalas grillés sur mon fil d’actualité et même si parfois je rêve de déposer mon chien et mes trois chats dans une caisse en carton devant la SPA, je ne l’ai pas encore fait. C’est vous dire si j’aime ces saloperies de bestioles.

Et soudain, il était là, tout moelleux, tout sucré, au soi-disant goût de noisettes, et il m’appelait : « Nathaliochka ! C’est dans ton estomac que je veux finir ! ». Ni mes incantations à Greta Thunberg ni ma morale aiguisée n’ont pu empêcher ce qui s’est produit ensuite : je suis passée à la caisse avec mon pot, et je suis revenue, honteuse, dans le BRR (Bureau Rock and roll) où mes collègues se sont sentis navrés pour moi.

D’abord, j’ai trop culpabilisé pour le manger, alors je l’ai laissé là, dans le bureau, où il est resté jusqu’au vendredi, me narguant un peu chaque jour : Et maintenant, même si tu ne me manges pas, le résultat sera le même : tu auras contribué au fléau de la déforestation.

Vendredi, Sophie entre en criant « Shabbat shalom ! » car chaque vendredi, nous faisons shabbat, c’est-à-dire que nous avons le droit de prendre un petit-déjeuner sucré. Là, j’ai mis ma tête dans mes coudes, de désespoir, et j’ai cédé en mangeant des sandwichs mous au Nutella, avec beurre salé en sus, s’il-vous-plait bien.

André m’a dit que je lui faisais penser à l’avocat de la « Guerre des Rose » qui a arrêté de fumer il y a 25 ans et qui garde toujours sur lui une clope dans une boite, pour lui rappeler d’où il revient et qui craque le jour où le divorce de ses clients part trop en sucette (rappelez-vous qu’elle va quand-même jusqu’à servir à son ex-mari son propre chien en ragout, alors parlons-en, de la cause animale).

Ensuite, le téléphone a sonné et André m’a tendu le cornet en disant : « C’est pour toi ». C’était Mélanie qui me disait : « Et alors, mon Bichon ? Il parait que tu manges du Nutella ?! »

« Comment peux-tu être au courant ? » « André m’a envoyé une alerte rouge » « Ah » « Et ta mère est au courant ? » « Non ! Ne lui dis pas, s’il-te-plait » « On verra ». Et, comme pour me punir, ils se sont tous mis à chanter « Aux champs Elysées », ma chanson détestée.

A la pause, je suis allée sur Messenger, où j’avais reçu de la part de Mélanie, quelques jolis gifs dans ce genre-là (je n’ai pas réussi à les retrouver sur le net) :

Le téléphone a de nouveau sonné et là, une voix inconnue déclare qu’elle fait une enquête pour les consommateurs de Nutella et qu’elle aimerait savoir si j’en consomme occasionnellement. J’affirme « Jamais » et j’entends, en arrière-fond, Mélanie crier « Menteuse !!! ».

Puis sa collègue me demande si j’ai déjà entendu parler de réchauffement climatique, de déforestation, des singes qui perdent leur habitat.

Et, pendant ce temps, je ne vous mens pas en vous disant que j’étais en train de prendre des renseignements pour m’inscrire aux sessions de « Je cours pour mes formes », et que la culpabilité m’a fait appuyer sur le bouton « Je valide ma participation ».

Ben oui, il faut bien que la culpabilité ait aussi du bon, parfois.

Je rachèterai ma conduite en allant m’initier à la course à pieds, ce qui promet encore de belles expériences à relater dans ce journal intime.

Société

Le burnout de Sven

La dernière fois que je suis allée chez Ikea avec Adèle, une chose inhabituelle a frappé notre rétine : Le hall d’entrée était salement décoré.

Les motifs fleuris du canapé, repris également sur les murs, nous ont fait penser à un dimanche soir pluvieux chez Mère-grand, quand tu es enfant, que tu as mangé trop de tarte au riz, que le sucre te fait délirer, que tes parents tardent à venir te rechercher, que tu n’as pas fait ton devoir de maths, que le coucou de l’horloge émet un sinistre Dong et que ta Mamy te dit que si tu n’es pas sage, tu finiras par te retrouver sur les murs.

Tout cela nous éloignait dangereusement du célèbre impeccable design suédois que nous vénérons tant.

Il va sans dire que nous avons été à la fois surprises, choquées et déçues.

On s’est demandé ce qui leur était passé par la tête et là, nous avons été frappées par un éclair de génie : Il y a peut-être un stagiaire chez Ikea qui fait un burnout et qui a décidé de couler la boite insidieusement.

Il s’appellerait Sven (sans vouloir faire de stigmatisation, bien entendu).

Quand nous sommes allées à la cantine et que nous avons vu le prix de notre gâteau (1 euro), nous avons eu la confirmation de notre théorie. Si les gâteaux au chocolat ne coûtent qu’un malheureux euro, sûr que c’est Sven qui veut mettre Ikea en déficit.

Et surtout, à la cantine, ils servaient un nouveau plat : Des frites-croquettes. Oui, des croquettes accompagnées de frites, sans même un soupçon de légumes, ce qui est une hérésie pour les suédoises healthy-green-smoothies que nous sommes.

De retour à la maison, j’ai parlé de Sven à pas mal de copines qui ont dit que notre théorie se tenait.

Et puis, vendredi dernier, Adèle avait besoin de cadres pour notre expo et nous sommes reparties chez Ikea en famille (mais sans prévenir Mathilde, qui travaillait, pour ne pas lui faire de peine).

A peine installée dans la voiture, je reçois une photo sur Messenger de Fanny et Marie-France.

« Encore un coup de Sven ? »

Car le Grand Plan Cosmique de l’Existence a fait en sorte que nous allions chez Ikea le même jour.

Je leur réponds en envoyant un cliché du fauteuil qui provoque mon courroux.

(Désolée si vous avez adopté Ektorp. Les goûts et les couleurs, il parait que ça ne se discute pas. Mais si c’est le cas, j’aimerais tout de même que l’on en parle un tantinet).

Et en effet, au restaurant, en portant mon plateau de frites-croquettes, j’entends héler mon prénom et je tombe sur elles. Marie-France m’explique qu’elle est venue jusque-là pour acheter un bureau à son fils, mais qu’hélas le bureau est en rupture de stock et que, pendant qu’elles dégustent un gâteau à un euro, son fils est en train de consciencieusement ranger sa chambre afin de recevoir ledit bureau. Fanny m’explique d’un air cruel : « Mais elle ne l’a pas prévenu que le bureau n’était pas là, pour qu’il continue son rangement ».

Et ce n’est pas tout. Dieu avait vraiment décidé que je serais connue comme un vieux sou chez Ikea, parce que je suis aussi tombée sur les soeurs David, mes nouvelles copines qui m’avaient offert un dinosaure à mon expo. (Suivez un peu, ceci est une saga).

Elles étaient un peu fébriles et elles m’ont expliqué que quand elles étaient venues hier (vivent-elles-là ?), elles avaient vu Sven se cacher en-dessous de son bureau en les apercevant.

Si j’ai bien compris, les plans de cuisine d’Isabelle changent tous les jours et, en sus, elle aimerait y intégrer un petit poulailler pour Doris et Priscilla, ses deux poules imaginaires.

Immédiatement, j’ai compris que le burnout de Sven était dû à mes deux copines, et que c’était donc de leur faute si les canapés Ektorp existent et si on grossit à cause des frites croquettes.

Mais je n’ai rien osé leur reprocher.

Car l’amitié, c’est pouvoir se taire et accepter les autres dans leur immense complexité.

Société

Notre journée Marie-Antoinette : soldes et solde insuffisant

Hier, tous les éléments étaient réunis pour que Noémie, Adèle et moi passions une bonne après midi.

  • On était dimanche.
  • C’était le premier jour des vacances.
  • Accessoirement le premier jour des soldes.
  • Il faisait à tout casser 30 degrés à l’ombre.
  • Le solde de notre carte gold était à son apogée.
  • On n’avait plus rien à se mettre.

Vous me voyez venir ?

Je suis en train de vous dire qu’hier, les axes étaient alignés en un combo gagnant pour passer une journée Marie Antoinette.

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C’est Mathilde et ses amis qui ont inventé le concept de la journée Marie-Antoinette : il s’agit de faire du shopping en buvant du champagne et en mangeant des pâtisseries.

Etant donné que je n’ai fait que grossir ces derniers temps et que ma soeur et ma cousine sont plutôt « vegan pro-ana zéro sugar et gluten free », on a zappé le chapitre bulles et pâtisseries pour se consacrer entièrement à notre art : acheter des fringues.

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Enfin, c’est plutôt leur passion à elles.

Moi je leur ai dit quelque chose qui tombe sous le sens, dans le genre :  » Je ne trouve plus de vêtements à ma taille, je suis pauvre, il fait 50 degrés, alors pourquoi se ruer dans la foule par cette chaleur alors qu’on est si bien ici, à agoniser dans le jardin à la recherche du moindre recoin d’ombre ? ».

J’avais des visions d’horreur.

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Mais les filles sont persuasives, elles ont essayé de me faire croire que tout le monde penserait comme moi et que donc, nous aurions la ville pour nous toutes seules.

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Je ne suis pas dupe, mais je les ai suivies quand même.

Quand on est arrivées en ville, j’ai clairement dû admettre qu’elles maitrisaient leur sujet car il y régnait un calme inhabituel.

On a franchi la première porte coulissante et la fraîcheur de l’air conditionné m’a envahie : j’étais conquise.

J’ai regardé un peu les vêtements.

Tout était beau.

Mais rien à ma taille, devenue trop hors normes.

Je n’osais trop rien dire mais je ne le vivais pas super bien. Je rêvais au jour où je perdrais 20 kilos et je me disais que peut-être plus tard, je pourrais moi aussi participer quand je ferais du shopping. Je me suis donc mise sur le côté en me disant tant pis, je vais les suivre et on passera malgré tout une bonne après midi.

En passant devant une enseigne dont je tairai le nom, j’ai expliqué aux filles : « La dernière fois, j’ai dû aller là pour m’habiller, dans ce magasin de vieilles grosses. Et ça m’a fait un choc d’en arriver là ». Adèle m’a répondu que j’étais bourrée d’aprioris, la preuve : le pantalon dans la vitrine était très beau. Je lui ai répondu, soulagée : « Ah, toi aussi tu le trouves très beau ? J’ai cru que si je portais ça, tu appellerais la brigade de la mode ».

La brigade de la mode, c’est mon ami Mathieu qui l’a inventée, et elle vient vous chercher pour vous emprisonner si vous êtes mal habillée.

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Jamais du brun avec du noir

Elles m’ont convaincue d’entrer et là, tout a été très vite.

Adèle s’ est emparée de plein de pantalons, Noémie a saisi des blouses, et elles m’ont poussée dans la cabine d’essayage à une vitesse vvprime (j’adore cette expression).

Les filles se sont installées. Elles ont dit « Tu vois, on est bien ici. Il n’y a que nous, des coussins pour s’asseoir, la clim et des beaux vêtements ».

J’ai tout essayé et le croirez vous ?

Tout m’allait.

Comme un gant.

Noémie, jambes croisées sur son siège, a déclaré : « Tu dois tout prendre, c’est obligé ».

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Tout prendre ? Moi qui comptais juste acheter un ou deux vêtements… Et en même temps, je n’avais plus rien à me mettre (à part mes vieilleries, dirait Mère) donc j’ai obtempéré.

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Adèle a déclaré d’un ton solennel : « On va te faire découvrir ce que c’est que le shopping extrême ».

Et Noémie a ricané. Un ricanement de petit diable.

Quelque chose dans leur attitude me disait qu’on ne faisait que commencer.

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Arrivée à la caisse, la caissière m’a dit : « Est-ce que vous savez qu’il n’y a rien en solde dans ce que vous avez choisi ? ».

Je lui ai dit « Oui, je sais. Mais comme dirait Sébastien : « L’argent n’est pas un problème » » et j’ai payé avec ma carte Gold.

On a fait encore plusieurs magasins et, à chaque fois, j’ai tout dévalisé parce que les diaboliques me poussaient à la consommation.

Adèle, par contre, ne s’achetait rien, ce qui commençait un peu à nous inquiéter, et on se demandait si elle était malade quand elle est tombée sur une petite merveille.

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On commençait à avoir les pieds en sang et le compte ne banque à l’agonie.

Mentalement, je me demandais combien je pourrais toucher si je revendais un rein et si ça suffirait à rembourser une partie de mes achats quand on est passées devant le bar à smoothies.

Je me disais que j’allais offrir un peu de vitamines aux deux démons qui m’avaient fait me rhabiller de la tête aux pieds quand on a vu ce panneau qui nous a bien fait marrer.

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On a donc siroté nos boissons fraîches sur un banc, ensevelies sous les sacs de courses, épuisées, pauvres, mais heureuses.

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Société

Les raisons pour lesquelles on aime Ikea

Nous sommes bien d’accord : Ikea, c’est le mal.

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Cette enseigne cumule à elle-seule nombre de dérives que nous aimons pointer du doigt (désastre écologique, mondialisation, uniformisation des intérieurs).

Dans un monde où il est de bon ton de boire de l’eau de pluie acide et de tricoter des pulls en poils de lama, Ikea fait tache.

Mais dès qu’il s’agit d’Ikea, il se peut que nous perdions tout sens civique et que nous devenions des traîtres, des vendus, des Judas.

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« J’ai besoin d’un nouveau salon, je crois que je vais craquer mon slip »

Voici donc, en exclusivité pour vous ce soir : Les raisons pour lesquelles on aime Ikea.

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« Ikea, bonne idée »

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Ikea, ce n’est pas seulement un magasin : c’est une destination

On peut s’y rendre en famille au même titre que nous irions au zoo, au cinéma ou dans un parc d’attractions. Ca prend la journée et ça fait le bonheur des petits et des grands.

On peut aller chez Ikea sans rien acheter, juste pour le plaisir de flâner dans les allées.

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A l’entrée, on peut droper les enfants dans les balles et les laisser jouer là pendant nos achats.

C’est du fun à moindre prix. 

On les récupère le soir, exténués et heureux.

Et nous, on a pu faire flamber notre carte gold tranquillou sans même devoir penser à eux. Quiétude.

« Reste bien sage, Donovan. Je viendrai te rechercher le mois prochain »

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On peut s’inventer des vies en testant toutes les pièces du showroom.

« Eh oui, je suis toujours aussi ordonnée »

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Le repas : de délicieuses boulettes de renne, mélange de tripes de chat de gouttière, de carton et de lapin écrasé sur le bord de la nationale. Servies avec des frites suédoises (hérésie pour les belges).

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« Couilles de rennes sur lit de vomi. Bon appétit »

Et en sus, c’est boissons à volonté.

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« Attends, je me fais encore un shot d’eau de sureau »

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Pour bien digérer les boulettes, on s’installe pour faire une méga sieste sur des matelas de compétition.

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Chez Ikea, les meubles portent un prénom de viking.

On s’assied sur Amalrik pour boire son café.

On se douche avec Sven,

on se couche sur Günter,

on fait de beaux rêves avec Ivar.

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« Je prendrai le même version table de nuit »

Grâce à Ikea, tu peux demander à ton mari qu’il te prenne sur Billy sans qu’il rechigne.

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« Y’a pas à dire : c’est du solide, cette étagère »

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A ce propos, j’ai remarqué que Billy peut aussi bien être une étagère qu’un lit ou qu’une tringle à rideaux.

J’imagine que le type qui est chargé de trouver des noms aux meubles a totalement la flemme.

Et puis Billy, ça passe mieux qu’Arnaldur (qui en a une molle).

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« Le nouveau presse-ail je l’appellerais bien Billy »

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Les crayons sont gratuits. Et les mètres ruban en papier.

C’est toujours utile.

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« Là je sens qu’avec du matériel de si bonne qualité, je vais vous pondre un chef d’œuvre »

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Ikea nous réconcilie avec le bricolage.

Rien de plus simple que de monter un de leurs meubles.

Un manchot paralytique y parviendrait. 

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« Le fil rouge sur le fil bleu

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Société

Bref, on est allées chez Ikea

Oui, je suis allée chez Ikea un samedi après-midi pluvieux.

Si vous voulez savoir comment je me suis retrouvée dans ce pétrin, sachez que Caro m’a fait le chantage suivant : « Si tu veux avoir le droit de t’affaler dans mon nouveau canapé, tu vas devoir m’accompagner et donner un coup de main ».

Comme dirait Mélanie : « Aller chez Ikea un samedi après-midi de pluie, c’est un peu comme tirer la boule noire à Koh-Lanta ».

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« Encore pour ma gueule »

Certes, il y avait grand monde et grande cohue dans ce magasin, mais notre mission était assez plaisante car, pour ramener un canapé, il est obligatoire de TOUS les tester. On s’est donc affalées dans toutes sortes de fauteuils en regardant passer les badauds.

« Franchement, vous n’avez rien de mieux à faire un samedi après-midi que d’aller chez Ikea? »

Quand on a enfin trouvé celui qui convenait, on se sentait si bien qu’on décidé qu’on resterait là jusqu’à la fin des temps. Ou du moins jusqu’à ce qu’un vigile nous jette dehors lors de la fermeture.

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« Dehors, les Romanos »

Seulement, la faim s’est très vite fait sentir et nous a extirpées des Kivik.

Comme il est de tradition dans la famille, nous nous sommes sustentées grâce aux fameuses boulettes de renne.

Mais, preuve que le Monde a basculé sur son axe, le plat avait changé.

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« J’hyperventile »

D’abord, le nombre de boulettes n’était plus le même qu’avant.

Ensuite, hérésie parmi les hérésies, des carottes et des haricots garnissaient l’assiette.

On n’a pas apprécié du tout qu’ils ajoutent des vitamines dans notre plat et on l’a bien fait savoir, en s’en plaignant auprès de la caissière qui a haussé les épaules, et en commettant un geste fort prouvant notre mécontentement : nous avons laissé des légumes sur le plateau.

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« Ils sont fous, ces Suédois »

Pour digérer, nous avons fait une micro-sieste sur des coussins, mais je dois bien reconnaître ce n’était pas l’idéal.

Pour une fois, nous n’avons pas perdu trop de temps à déambuler dans les allées et c’est fort heureux, comme vous pourrez le comprendre par la suite.

Nous sommes allées chercher les caisses contenant le canapé.

Comme les paquets étaient très encombrants, nous avons marqué un temps d’arrêt et de réflexion afin d’être bien certaines qu’elles rentreraient toutes dans la voiture de Père.

Selon notre expertise, elles rentraient.

Notre expertise admettait une marge d’incertitude, certes, mais si faible que nous sommes passées à la caisse.

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« Moi je dis que ça rentre »

Sous la pluie battante, nous avons commencé à charger la voiture.

Très vite, nous avons dû admettre que notre expertise avait ses limites, tout comme le coffre de la voiture.

Ce qui était fort fâcheux.

Bien entendu, nous avons imaginé plusieurs combinaisons possibles, mais le résultat restait sans appel : il nous faudrait deux trajets.

La situation était critique, mais elle semblait plaire à un homme qui, au lieu de nous aider à transporter les caisses qui pesaient le poids d’un cheval mort, nous observait, visiblement fasciné par notre entreprise vouée à l’échec, confortablement appuyé sur sa canne.

Nous avons appelé Père.

Pour lui expliquer la situation et lui demander si on pouvait, en sus de sa voiture, lui emprunter sa camionnette.

Père, loin de se gausser de nous, a proposé de nous porter main forte en nous amenant la camionnette, ce qui, quand-même, nous faisait gagner une heure de route (sinon Caro devait faire Liège-Namur avec la voiture puis Namur-Liège avec la camionnette pendant que je l’aurais attendue, assise sur ses cartons sous la pluie, seule sur le parking).

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« Je t’adore, ma petite sœur »

Nous avons cautionné cette initiative et Père a déclaré : « Je démarre tout de suite ».

On s’apprêtait à aller chercher un petit Fanta au distributeur quand soudain, surgies face au vent (glacial), deux vraies héroïnes de tous les temps : Barbara et sa fille.

J’ai crié : « Barbabra ! » et elle nous a dit : « Comment ça va, les filles ? ».

« Mal », qu’on a dit.

Et on lui a expliqué la situation.

Aussitôt, elle a déclaré : « Oh mais moi je vais vous aider. On n’a qu’à mettre une des caisses dans ma voiture et je vous l’amène chez vous ».

Là, avouez que le taux de probabilité pour que Barbara sorte du magasin en même temps que nous et pile à côté est si infinitésimal qu’on lui a déclaré qu’elle était le Messie d’Ikea.

Elle a apprécié.

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Caro lui a demandé : « Tu es certaine que le paquet rentre dans ta voiture ? ».

Barbara, la clope au bec et sans l’ombre d’un soupçon, a répondu : « J’en suis certaine ».

« Par contre, a-t-elle ajouté, il va falloir vider le brol qu’il y a dans mon coffre ».

L’homme nous observait toujours, de plus en plus conquis par la tournure que prenaient les évènements.

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« Ah les femmes »

On a appelé Père pour lui dire de ne pas démarrer parce qu’on avait croisé Barbara et qu’elle allait charger la caisse.

Il a eu l’air dubitatif, parce qu’il a dit : « Ok, mais appelez-moi quand-même si vous en avez besoin ».

On a déchargé le coffre de Barbara. On a soulevé la caisse qui pesait le poids d’un dinosaure.

La caisse était trop grande. Elle ne rentrait pas dans la voiture.

Le vieux du Muppet show souriait de plus en plus.

Une dame nous a dit : « Défaites le carton, vous gagnerez des centimètres ».

On a arraché les cartons à mains nues.

On a gagné que trois millimètres alors qu’il nous manquait quelques centimètres.

On a rappelé Père en lui disant qu’il faudrait quand-même qu’il se rapplique.

Il a dit : « Et si vous échangiez les caisses ? » (parce que dans nos explications il avait compris que la grande caisse rentrait dans notre voiture mais pas dans celle de Barbara). On a crié : « Tu es un génie ! ».

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« Oui je sais »

Caro est allée rechercher sa voiture et l’a amenée sur la zone de chargement.

De là, on a échangé le contenu des deux coffres en transportant à bout de bras des caisses qui pesaient le poids d’un âne obèse.

Le vieux jubilait. Grâce à nous, sa journée était faite.

Là, j’ai eu un flash philosophique car, tout en portant la caisse qui pesait le poids d’un brontosaure j’ai déclaré : « En tout cas on a de la chance que ta voiture ne soit pas à l’autre bout du parking » (full people – samedi pluie – je dois vous le rappeler ?). A ma remarque, les deux autres ont répondu par un sourire crispé.

Grâce à cet échange, les deux caisses rentraient pile poil.

« Facile, Cécile »

Cette fois c’était bon, nous pouvions prendre la route avec les voitures remplies de jolis paquets.

MAIS Caro s’est exclamée : « Et toi Nathaliochka ? Où est-ce qu’on va te mettre ??? ».

C’était vrai, il n’y avait plus de place car on avait dû rabattre tous les sièges.

« Sorry, tu vas devoir rentrer en train »

A cet instant, je crois que le type qui nous observait depuis des années lumière s’est mis à faire une danse de la joie sur le parking. Il jubilait. Il ne se sentait plus. Et il n’essayait même pas de masquer sa satisfaction, ne fût-ce que par égard pour nous.

Une fois encore, Barbara nous a sauvé la mise en me proposant de monter dans sa voiture. Elle me jetterait à lustin-plage avec mon chargement.

Certainement qu’elle ne voudrait plus jamais ô grand jamais entendre parler de moi, mais en cet instant, le joie de ne pas rentrer à pieds sous la pluie était plus forte. Je suis montée dans la voiture.

Mélusine a dit : « Tu sais, maman, tu n’aurais pas dû jouer à l’Ange des parkings-Ikea, parce que maintenant il est tard, et quand je vais rentrer, mes cheveux n’auront pas le temps de sécher avant la nuit ».

Je m’en suis voulu, mais juste un peu. Car j’étais dans une voiture qui me ramenait chez moi.

Sur l’autoroute, Barbara m’a demandé : « Je dois prendre quelle sortie, pour aller chez toi ? ».

Et je ne savais pas.

Mélusine a demandé : « Dis maman, elle ne sait pas où elle habite, ta copine ? Tu crois que c’est normal ? »

Et Barbara lui a répondu : « Mais oui ma chérie, c’est normal, c’est Natha« .

Quand on a fini par trouver ma maison, rien n’était terminé car il fallait monter les caisses qui pesaient le poids d’un semi-remorque jusqu’à l’appartement.

Puis-je vous préciser que nous logeons au troisième étage sans ascenseur ?

Enfin voilà, tout ça pour vous dire que je suis allée chez Ikea.