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La guigne

27 novembre 2021. En 2017, je ne sais pas ce qu’il s’est passé au juste, mais c’est un peu comme si la Grande Faucheuse avait fait un strike. Sûre qu’elle s’est saisie à trois doigts d’une énorme boule appelée Mort et qu’elle l’a balancée un peu au hasard, pulvérisant tout le monde. Ensuite elle a déplié les genoux et observé le carnage. Je me suis rendue à tellement d’enterrements que j’avais l’impression de vivre dans un funérarium, entourée de fleurs au parfum oppressant et de me nourrir essentiellement de sandwichs mous à la salade de crabe.

Cette année, j’ai décidé de battre mon record et je suis sur la bonne voie avec une visite par semaine.

Tout ça pour te dire que, le jour où j’ai dû faire passer Etoile au contrôle technique, j’avais les nerfs à fleur de peau. Le type s’est approché de moi avec un air soupçonneux. Il faut reconnaître que ma voiture est sacrément déglinguée. Ces derniers mois, il m’a fallu plusieurs accrochages successifs avant de constater que je n’étais plus apte à conduire. D’abord, je suis sortie de chez Mélanie en arrachant mon rétroviseur dans un panneau de signalisation quand un lampadaire m’a foncé dessus alors que je faisais ma marche-arrière, réduisant en bouillie tout mon pare-choc. Surprise par le bruit de tôle froissée, je me suis mise à pleurer sur le bas-côté de la route. J’ai roulé comme ça quelque jours, mais comme mon pare-chocs faisait flap flap dans le vent, j’ai fini par le fixer avec un morceau de corde, un beau travail tout en finesse. Quelques semaines plus tard, j’ai foncé dans un muret. J’allais acheter un pot de compote de pommes à la pompe essence et je m’étais garée un peu de travers parce que je n’en n’avais pas pour longtemps, sans voir que j’empêchais l’accès à la machine à regonfler les pneus. Un homme est arrivé et, comme de bien entendu, il voulait regonfler ses pneus pile à ce moment-là. J’ai regagné ma voiture et, la manoeuvre pour me sortir de là n’étant pas simple, le type me regardant d’un air appuyé et légèrement courroucé, j’ai fait du grand n’importe quoi, jusqu’à ce que j’entende un nouveau bruissement de tôle, cette fois à l’avant. L’homme qui regonflait ses pneus m’a dévisagée comme si j’étais demeurée, chose que je ne suis nullement, et j’ai filé à toute berzingue loin de la station Q8, à nouveau en pleurs.

Au contrôle technique, donc, le type observe ma voiture en miettes et il me crie : “Regardez-moi ça : encore une marche arrière mal engagée, à ce que je vois… Alors, ma petite dame ?! On vient ici sans même prendre la peine de faire réparer sa carrosserie ?! Qu’est-ce que vous croyez ? Vous vous dites que le Monsieur va être sympa et vous la faire passer ? Vous pensez que je vais vous faire une fleur, c’est ça ?!” Moi, penaude, je ne sais pas quoi lui répondre et, s’il y a bien un truc qui m’ennuie, Gary, c’est que l’on me prête des intentions que je n’ai pas. Comme je te l’expliquais, j’étais déjà patraque, au bord des larmes, avec tous ces morts autour de moi, alors, me sentant agressée, je me suis mise à pleurer. L’homme était super emmerdé. Il m’a dit : “Mais alors Madame, qu’est-ce qu’il y a ? C’est la guigne, en ce moment ? Ca, quand c’est la guigne, c’est la guigne. Mais ne vous tracassez pas trop. Regardez, elle n’a rien, votre voiture. Juste un phare à changer. Ce n’est pas grand chose, ça, hein ? En dessous, tout est impeccable. Rien à dire. C’est bien, ça, non ? Et vous n’allez quand-même pas aller au garage pour ça, ce serait trop bête : ça vous coûterait plus cher que le prix de votre voiture. Je vois que vous l’avez attachée vous-même ? C’est pas mal fait, vous êtes une bonne bricoleuse, à ce que je vois”.

Et Etoile est passée les doigts dans le nez. Moi, je suis allée me moucher sur le parking puis j’ai redémarré.

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Et donc, j’ai pris le bus

Un matin où je relevais le courrier (ce n’est pas vrai, c’est toujours ma sœur qui s’en charge), j’ai reçu dans mes paperasses une sommation à présenter la Queen Elisabeth au contrôle technique endéans les cinq jours.

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Normalement, on a un mois pour se retourner, mais je soupçonne :

  • Petit a : mon facteur de travailler en état d’ébriété avancée.
  • Petit b : ma voisine du rez-de-chaussée de rétention de courrier.

Les deux sont fondés, mais je vous expliquerai cela plus tard, on ne va pas en faire un fromage.

Le problème, voyez-vous, c’est que je partais le lendemain sous les Tropiques.

J’ai donc envoyé Père faire le boulot chiant à ma place.

J’étais allongée sous les palmiers quand il m’a envoyé la nouvelle : mon mirifique bolide ne passait pas le contrôle technique et le garagiste a déclaré sa mort cérébrale le 2 novembre 2017 à 10h22.

J’ai écrit à Père : « Il est vraiment méchant, le Monsieur qui lui a fait rater son examen » et Père m’a répondu sans ambages : « Ta voiture est une poubelle ».

« C’est pas vrai, d’abord »

Le temps d’en retrouver une nouvelle (et de me prostituer ou de vendre un rein pour pouvoir m’en acheter une), j’ai dû prendre le bus.

C’est moche, de devoir en arriver là, mais je n’avais pas vraiment d’autre choix.

Ce qui est bien, c’est qu’il y a un bus qui passe pile devant chez moi. Mais comme il n’y en a que quatre par jour, c’est mieux d’être en phase avec lui.

Le premier jour, je devais aller travailler à Pétaouchnok et faire une correspondance à Namur-city.

D’abord, j’ai manqué faire une crise d’apoplexie quand le chauffeur m’a dit combien coutait un trajet.

Si on paie cette somme au quotidien, à ce rythme là, concrètement, on peut rouler en limousine.

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« Je viens acheter mon pain »

Ensuite, tragique phase de ce récit, le deuxième bus que je devais prendre à Namur a eu une quarantaine de minutes de retard.

Une habituée de cette ligne m’a expliqué que c’était un problème permanent et elle semblait prendre cela avec beaucoup de philosophie car quand je lui ai demandé ce que pensait son employeur de ses retards quotidiens elle a répondu : « J’arrive quand j’arrive ». Ce qui, littéralement parlant est une vérité vraie.

Quarante minutes, tout de même.

Le thermomètre de la gare indiquait zéro degré, ce qui faisait trop peu pour moi qui revenais de mon voyage en Grèce et, en sus, je voyais le temps s’égrener et se dissoudre dans le cosmos alors que je recevais une classe le matin.

Comme de bien entendu, je suis arrivée en même temps que les enfants.

Le regard fou, la buée sortant de la bouche, j’ai couru derrière eux en m’agitant comme une poule sans tête. « Asseyez-vous là, enlevez vos manteaux, je vais installer les chaises et vous choisir des histoires par hasard, sans avoir eu le temps de préparer quoi que ce soit, mais ce n’est pas grave,  »

« A la one again », tel est mon credo.

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« Et là, la main de l’enfer leur arrache les viscères « 

Le deuxième jour, je ne voulais plus que ce genre de stress m’arrive donc j’ai décidé de prendre les devants en prenant un bus plus tôt.

En me penchant sur l’horaire, j’ai convulsé en voyant, écrit en lettre de sang, l’heure de passage dudit bus : 6h12.

6h12 du matin. Rendez vous compte.

Autant dire que je prends un bus de nuit.

A cette heure là, seuls les boulangers, les travailleurs de Glaverbel et Babette la chouette sont au taquet.

D’ailleurs, en parlant de Babette, je l’entendais hululer sinistrement en attendant mon bus, seule, de nuit, et en rase campagne. Ambiance et cotillons.

Quand je suis arrivée au boulot, l’heure ne commençait même pas encore par un 7. Je commence à 8. J’ai lancé le chauffage, il faisait noir comme dans un cul, les rayonnages ressemblaient à des ombres flippantes, je luttais pour ne pas me rendormir, je voulais ma couette, je voulais pleurer, je voulais ma voiture, je voulais un café et un cachet de speed.

Le troisième jour, je suis revenue du bureau par le bus de 17h30.

Je termine à 16h30.

Donne-moi une heure en pleine ville sans but précis et je mute en Cristina Cordula qui aurait reçu la carte Gold de Pretty woman.

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« Mais non ma chérie, t’as quand-même pas acheté tout ça ??? »

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Une fois les  achats terminés, je suis montée dans le bus avec mes sacs.

Je me suis sentie vieille. Genre « la quarantaine me guette et je suis une Madame », je veux dire une adulte, en comparaison avec le reste des usagers qui avait une moyenne d’âge de 16 ans.

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« Han mais t’es trop une vioque, quoi »

Avant de prendre ce bus, je n’avais encore jamais remarqué que j’étais une adulte et ça m’a fait comme un choc. Mais je n’ai pas vraiment eu le temps de m’attarder sur ce constat parce que le bus, au lieu de passer par toutes les petites rues de tous les petits villages qui précèdent le mien, filait en ligne droite et, au moment où ma rue est apparue, il l’a dépassée et a continué sur la chaussée.

Il faut savoir que je vis dans les alpages, au presque somment d’une rue qui monte de manière très escarpée pendant des kilomètres et des kilomètres.

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« Je dois rejoindre Pierre le chevrier »

D’un bond j’ai déboulé sur le chauffeur qui a crié en sursautant et en faisant une petite embardée. « Vous m’avez fait peur », m’a-t-il dit en me lançant un regard courroucé.

« Vous ne passez pas rue des fonds-de-bouteilles ? » lui ai-je demandé, courroucée moi aussi.

« Ah mais non », m’a-t-il précisé. Il fallait descendre à Dave-city et prendre un autre bus qui, lui, fait les petites routes. « Mais comment pouvais-je le savoir ? » ai-je demandé.

« Il fallait me le demander » a répondu Marcel.

A ces sages paroles je suis restée un instant bouche bée.

Puis j’ai repris mes esprits et je lui ai dit : « Jetez-moi ici ».

Et même si la situation était critique (j’étais fort loin de chez moi, il faisait noir comme dans un trou-de-pète et le chauffeur allait me jeter sur le bas côté d’une chaussée fort fréquentée) j’étais contente d’avoir pu placer une phrase de « La cité de la peur » dans un contexte de vie (presque) normal.

jetez moi ici

Je sentais que le chauffeur avait une dose certaine de compassion parce qu’il m’a demandé : « Mais comment allez-vous faire ? ».

« Je vais faire appel à un ami« .

Décidément, je plaçais beaucoup de répliques célèbres.

appel à un ami

Quand Marcel s’est arrêté sur le bas-côté, il ne m’a pas dit « Vous êtes le maillon faible, au revoir », parce que tout le monde ne peut pas avoir autant de répartie que moi et puis, je crois que je l’aurais mal pris.

Il m’a par contre demandé si j’avais un téléphone. Et j’ai répondu un oui triomphant.

Je sentais que Marcel avait besoin d’être rassuré sur mon sort.

Le bus a donc continué sa route sans moi et je me suis retrouvée là, au beau milieu de nulle part, par ce froid et par cette nuit.

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« Vous êtes le maillon faible. Au revoir »

Heureusement l’histoire s’arrête ici parce que Caro était chez elle et qu’elle est venue me quérir devant les grilles de la société de nettoyage des eaux usées, où je l’attendais piteusement, sous la lumière des phares des voitures qui passaient devant moi en m’éclaboussant dans l’indifférence la plus totale.

Tout cela pour vous narrer que j’ai pris le bus pendant près de trois semaines inoubliables. Et que non, PLUS JAMAIS je ne vivrai sans voiture.

C’est que j’ai passé l’âge de ce genre de connerie, voyez-vous.

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Ce n’est pas vrai que je n’avais plus pris le bus depuis mes 15 ans :

La preuve ici.

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Le jour où ma voiture a subi une petite intervention chirurgicale

Cet article fait suite à celui-ci

Tel « L’homme qu tombe à pic », Père est arrivé avec sa clé à molette.

Comme il devait se coucher sous la voiture mais qu’il pleuvait toujours à seaux, il m’a demandé si je pouvais lui trouver une vieille couverture.

Je lui ai donné celle de Happy-le-chien. Seulement, Happy-le-chien se demandait pourquoi je prêtais sa si importante loque en charpie couverture. Donc, il est venu inspecter.

Le tableau était le suivant : Belle-Maman et moi, nous nous tenions bien à l’abri sous un grand parapluie et (telles des ouvriers communaux) nous observions Père qui s’était glissé sous la voiture et qui ne pouvait pas empêcher Happy-le-chien de lui lécher la figure.

De temps en temps, il disait : « Ciseaux » ou « Scalpel » en faisant ressortir sa main de sous la Queen. Nous lui tendions alors les bouts de ficelle dont il avait besoin pour rattacher les pièces qui s’étaient échappées de là-dessous.

Quand il a eu terminé, il s’est relevé tant bien que mal. Courbaturé et trempé par la pluie, il a déclaré : « Et dire que je pensais avoir un jour la paix« .

J’ai eu la vague impression que cette phrase s’adressait à moi et concernait toutes les situation abracadabrantes dans lesquelles j’ai dû le plonger depuis le jour de ma naissance.

Mais je n’en suis pas certaine.

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Ma première panne de voiture

Cela s’est passé comme ça. Je rentrais de ma répétition de théâtre et je chantais avec allégresse « Solide comme un roc » en conduisant ma Queen Elisabeth quand j’ai ouï un bruit.

Mais comprenez-moi bien : un bruit qui n’était ni la voix suave de Nadiya ni la pétarade habituelle de ma voiture. Un bruit suspect.

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« Y’a comme un bruit »

Je décidai de me ranger sur le bas côté afin de vérifier ce qui clochait. C’était on ne peut plus clair : le pot d’échappement portait bien son nom : il s’était échappé. Enfin, en partie. Il raclait le sol, ce qui expliquait le bruit métallique assourdissant.

J’hésitai. Le mieux aurait été de la laisser là afin de ne pas continuer à rouler en traînant sous moi un morceau de carcasse. Je n’étais qu’à quelques kilomètres de la maison mais il faisait nuit, il pleuvait comme vache qui pisse et j’étais en rase campagne. L’option de rentrer à pieds, je la sentais moyen-moyen.

Ce n’est pas grave, me suis-je dit. Je n’ai qu’à jouer mon joker « appel à un ami ». Après tout, à quoi servirait d’avoir des amis si on ne peut pas les faire sortir de chez eux en pyjama pour venir nous chercher sous la pluie au beau milieu des champs de fraises ?

Seulement, comme vous vous en doutez déjà, je n’avais PAS pris mon téléphone avec moi. Sinon, ça aurait été trop simple, voyez-vous.

J’ai donc pris la seule option qui s’offrait à moi : continuer à conduire le plus lentement et le plus prudemment possible jusqu’à la maison de Mère (car je fais actuellement du home-and-dog-and-cat-and-garden-sitting, ce qui sera certainement le sujet d’articles suivants).

Comme j’étais perturbée émotionnellement par cette traversée bruyante, je sonnai chez Alain-le-voisin pour lui demander conseil.

En guise de conseil, Alain-le-voisin m’effraya. Il me dit : « On mais ça, c’est une dépanneuse qu’il te faut. » Puis il me dit des choses encore plus effrayantes comme : « Tu es assurée ? Tu as droit à une assistance ? » (Alain-le-voisin est banquier). Je lui ai répondu un « Euh… » extrêmement laconique. Sur quoi il a ajouté : « Ça va être très cher, Nathaliochka ».

Je suis rentrée chez moi. Un peu hébétée, j’ai appelé Père pour lui faire part de mon problème. Il m’a dit : « Je vais venir demain matin. Je vais réfléchir à ce qu’il faut faire. On va essayer de trouver une solution pour remorquer la Queen. En attendant, la nuit porte conseil. »

Rassurée, je suis montée me coucher.

Et là, je me suis dit : « En fait, peut-être que ma voiture a envie de faire un tour en voiture. C’est vrai, quoi. Pourquoi, sous prétexte qu’elle en est une, elle ne pourrait pas en faire? » .

Je me suis endormie, bien décidée à faire ce plaisir à la Queen Elisabeth.

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« Allez, la Queen ! En voiture, Simone ! »

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Ma première voiture

Le 19 novembre 2013.

Voilà une date qui fut marquée d’une pierre blanche dans ma « Légende Personnelle ».

Ce jour là, contre toute attente et après six années d’un apprentissage douloureux, j’obtins mon permis de conduire.

Mon monde entier s’en souvient encore.

C’était il y a un an.

La nouvelle, telle une déflagration, s’étendit aux quatre coins de ma famille, de mes amis et de ceux qui suivent de près ou de loin mes péripéties.

A l’époque, Père fut ébahi de voir que, lorsque j’annonçai ma réussite sur Facebook, le nombre de « J’aime » fut faramineux.

C’est bien simple, le premier homme qui a marché sur la lune eut bien moins de retentissement médiatique (et bien moins de mérite) que moi.

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Mon permis fusée, ce sera pour plus tard.

Père décréta même, non sans une pointe d’ironie, que si chaque personne qui avait aimé mon statut me filait 10 €, je pourrais m’acheter une Lamborghini.

Mais ce n’était pas au programme.

Pendant un an, j’ai continué à prendre le train. J’ai lu des romans confortablement installée sur ma banquette en skaï.

Régulièrement, j’empruntais la voiture de Jean-Chri (Beau-Papa).

Comme elle se fait vieille et qu’elle schlingue à un tel point qu’on dirait qu’il l’utilise pour des transports illégaux de chacals en rut, de blaireaux enragés et de poneys sauvages qui auraient croupi sous la pluie, j’avais moins de scrupules à la bousiller.

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« Pouah. Ça puire, Messire »

Et je suis assez satisfaite du bilan de cette première année.

  • D’abord, un camion m’est rentré dedans (mais là, je n’y étais pour rien).
  • Ensuite, j’ai sauvagement arraché un des clignoteurs en reculant dans un poteau .
    Je suis descendue du véhicule afin de récupérer l’objet qui gisait sur le sol et je me suis écriée, devant les collègues ébahies qui me regardaient faire ma manœuvre « J’ai arraché un phare ! ».
  • Et enfin, j’ai pu affiner au fil des mois ma technique de « parcage-carambolage » qui consiste à faire des créneaux sans trop tenir compte des autres véhicules.

Parfois même, Caro me prêtait sa Batmobile.

Une Confiance (aveugle) en sa sœur aînée lui faisait dire que, quand bien même j’aurais un accident, ce n’était que du matériel.

J’aurais pu le prendre mal. Mais elle parlait de la tôle de sa voiture, omettant au passage que j’aurais pu y rester.

Grâce à cette voiture supersonique qui glisse sur les routes, j’ai pu prendre de l’assurance et m’engager dans les virages avec un aplomb inédit.

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En bref, pendant un an, je me suis fait la main sur la voiture des autres.

Hasard de l’existence, c’est un an pile poil après l’obtention de mon permis de conduire que je vous annonce cette autre grande nouvelle : je me suis acheté ma première voiture.

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Belle-Maman est venue la voir avec moi.

Elle l’a inspectée sous toutes les coutures, puis elle s’est plantée sur le sol, les pieds écartés, les bras croisés. Bien campée, elle a dit « Elle est nickel. Si tu ne la prends pas, c’est moi qui la prends ».

Comme le revendeur l’observait, visiblement impressionné, ne pouvant plus se raccrocher à ses éternels clichés du genre « les femmes et la mécanique », elle lui dit « Je suis commissaire technique pour les voitures de rallye ». Ce qui, dans le langage de Belle-Maman, voulait dire « N’essaye surtout pas de m’entuber, petit merdeux ».

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« Il manque un boulon »

Ma voiture est la Reine des voitures.

Et ce n’est pas qu’une métaphore.

C’est une réalité.

Car elle est bardée de drapeaux anglais : sur le toit et sur les poignées de portes.

Du coup, Adèle l’a surnommée « Queen Elizabeth », ou La Queen pour les intimes.

Ces drapeaux, c’est un peu comme si son Maître précédent avait flashé sur une Mini mais qu’il n’avait pas eu les moyens et que, du coup, il avait customisé une Citroën.

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J’aime bien, c’est discret comme moi.

Et puis, ça peut justifier que je roule à gauche. « C’est ma conduite anglaise, voyez-vous ».