Cher Stelios

Cher Stelios (1) : A l’aventure !

(Stelios, c’est mon carnet de voyage…Et je l’aime beaucoup parce que j’ai fait plein de petits croquis dedans)

Stelios le carnet et Moustakis le chien

Cher Stelios,

Comme chaque fois que je reviens de Grèce, je m’ennuie un peu du pays. Je me languis d’être au prochain séjour. (Tu m’étonnes).

Alors je me replonge dans tes pages pour m’aider à me souvenir de la beauté sauvage des paysages, du goût amer des olives noires, de la musique entêtante, du cri nocturne des chacals et du bruit de nos fous rires.

L’idée a germé un jour de pluie post-confinement, alors que Laurence et moi étions au summum de notre créativité.

Faire « Dinant-Mirtopotamia » en voiture.

Oui, en voiture. Parce que l’avion, c’est pour les petites joueuses, alors que nous, on est plutôt « Aventurières des temps modernes ».

Tu admettras que c’est un road trip qui envoie du rêve. Qui claque du pâté. Du trou du cul de la Belgique aux fins fonds de la Grèce… Il y aura certainement de quoi remplir tes pages, en allant chatouiller l’anecdote.

Oui, je sais. Tu vas me dire qu’on est PAS Thelma et Louise. Qu’on est Natha et Lolo, et que ça sonne un peu plus prolo. Un peu plus belge. Un peu plus amatrices.

Tu vas même peut-être te mettre à douter de moi et de mes capacités, comme ma famille qui a passé son temps à me faire des remarques désobligeantes. Apparemment, tous s’étonnent que je parte parcourir des milliers de kilomètres en voiture alors que je n’ose pas conduire en dehors de Namur. Mais c’est qu’ils sont étroits d’esprit, Stelios.

Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’on a mis au point des arrangements : c’est Laurence qui conduira et on fera de courtes escales. Je lui chanterai « Mon coq est mort » en ouvrant les fenêtres si elle s’endort. En bref, je ne ferai rien d’autre que lui tenir compagnie. Il parait que je suis de bonne compagnie.

Quand j’ai expliqué mon projet à Père, il a dit : « En tout cas j’espère que tu ne tiendras pas la carte routière ». S’il a dit ça, Stelios, c’est parce que le jour où j’ai dû lui tenir la carte en étant installée sur le siège passager, je l’ai laissée s’envoler par la fenêtre au moment même où je la dépliais et qu’on l’a regardée s’envoler dans les airs en priant pour qu’elle ne retombe pas ouverte sur le pare-brise des voitures qui nous suivaient. Mais ce n’est arrivé qu’une seule fois, et apparemment il a suffi de cet épisode pour briser ma crédibilité aux yeux de tous.

Tu vas aussi me dire que Thelma et Louise, elles, elles se la jouaient bien dans leur décapotable alors que nous, on roule dans une camionnette de tchouks remplie à ras-bord de lits superposés, de chevalets, de matériel de peinture et de plongée. Là-dessus, je ne pourrai pas te donner tort, il est vrai.

Et quand tu ajoutes que elles, au moins, elle avaient un flingue et pas nous, je te répondrai qu’il est certainement plus prudent qu’il en soit ainsi.

C’est vrai qu’on a pas tout ça.

Mais nous, au moins, on a un chihuahua.

Et ça, crois-moi, ça vaut son pesant de cacahuètes.

Cher Stelios, Deuil

Saint Pèlerinage

Cher Jean Chri,

Aujourd’hui, tu aurais eu 60 ans.

Et avec mes 40 qui approchent, on aurait fêté notre centenaire. On aurait passé un été séculaire.

Alors tu comprendras qu’hier, les doigts couverts de sauce, léchant notre plat de mouton jusqu’à la dernière goutte, j’aie parlé à Laurence de cet événement spécial. Elle a confirmé qu’il fallait marquer le coup et a proposé que l’on fasse un pèlerinage en ton honneur.

Je te vois te marrer d’ici. Un pèlerinage ? Pour un mécréant comme toi ? Aurais tu perdu la tête, Natha ?!

Rassure toi. Laurence n’ayant jamais que de bonnes idées, on a fait un pèlerinage d’un genre qui te ravirait. Un pèlerinage féministe.

Quelques haltes importantes : un monastère, un asclépion, une rivière, des côtes d’agneau, pour terminer par une chapelle. Oui, tu entends bien. Une chapelle. Miraculeuse. Sur le toit de laquelle poussent des arbres. Érigée en l’honneur de Sainte Theodora qui n’est pas la moitié d’une aventurière car elle a joué sa Mulan grecque en se travestisant en homme pour aller combattre à la guerre. Tu le vois venir, le trip féministe ? J’ai liké. Même si la pauvresse a terminé avec la tête tranchée. Mais que veux tu… On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs.

Tu seras ravi de savoir que, comme il se doit, on a mis notre réveil. Pour profiter à fond de notre journée. Parce que nous avions UN PROGRAMME.

Nous avons roulé jusqu’à un monastère haut perché qui s’est dévoilé au détour d’un chemin, bien à l’abri dans la montagne.

Ensuite, nous sommes allées nous baigner dans une rivière glacée, telles des nymphes qui n’ont pas froid aux yeux (ni froid nulle part, d’ailleurs).

Ensuite, on s’est régalées de côtes d’agneaux jusqu’à en avoir la panse qui éclate, puis on a repris la route.

Paumée, la route.

Sur laquelle nous étions seules pendant des kilomètres, et sur laquelle poussaient moult arbrisseaux de lauriers roses.

Puisqu’il n’y a pas de hasard, seulement des rendez-vous, nous avons trouvé sur le chemin un tas de chardons géants, fleur que tu aimais tant.

Puis l’ambiance a comme qui dirait changé parce que nous avons traversé une zone industrielle à l’abandon, wagons de charbon pendant des kilomètres, turbines par ci par là et terres en friche à perte de vue, sous un ciel plombé, de préférence.

Puis la chapelle est apparue. Parée de sa miraculeuse coiffe.

Laurence a acheté un petit parfum à l’encens que l’on a baptisé « Odeur de sainteté », puis on a bu un café frappé qui nous a été servi avec un toast à l’ail. Autant te dire qu’il fallait avoir l’estomac bien accroché.

On est revenues par l’autoroute, fatiguées de tous ces virages, non sans une halte sur une aire pour s’acheter du chewing-gum au goût « Rain forest » pour couvrir nos haleines de fennecs aux abois.

Voilà comment nous avons fêté tes 60 ans.

La prochaine fois, je te raconterai le reste du séjour, à rebours, car dans deux jours je retrouve la famille.

Je t’embrasse, je pense à toi.

Islande

Expo « Terre d’Islande »

J’ai essayé de faire un diaporama pour les photos de l’exposition mais bon, ça n’a pas l’air super au point 😉

Islande

Expo : Terre d’Islande

Je sais que la foule en délire n’y tient plus : Nous allons vous révéler les chefs-d’oeuvre réalisés en Terre d’Islande l’été passé.

Une exposition à quatre voix : Mère et moi-même aux pinceaux, Adèle à la photographie, et Catherine-ma-deuxième-maman qui agrémentera l’espace de ses sculptures.

Une aventure familiale à ne pas manquer car ce sera l’occasion de se retrouver autour d’un verre en engouffrant des poignées de cacahuètes enrobées . Puis, de vos doigts gras de paprika, vous pourrez caresser nos oeuvres et éventuellement nous en acheter pour contribuer à notre enrichissement personnel.

Nous vous attendons nombreux !

Islande

Islande. Jour 9. La rivière noire

Aujourd’hui, nous sommes restées à la maison.

Nous avons traversé la rue et avons peint la rivière noire.

Je me sentais inspirée.

Comme toutes les prairies sont clôturées, Adèle n’a pas pu randonner. Elle est rentrée bredouille.

Et comme elle avait envie de faire quelque chose de productif, elle a suivi son tout premier cours de peinture.

En plein air en Islande, ça le fait bien.

On est rentrées pour boire une petite soupe qui a spité partout.

On commençait un peu à s’emmêler les pinceaux.

L’après-midi, Adèle a continué son œuvre, grâce aux conseils de Laurence et sous la surveillance experte de Micheline.

Un moment tranquille dans une ambiance « dimanche après-midi devant un épisode de Derrick avec un morceau de tarte au riz».

Si je dis ça, c’est peut-être à cause de la déco de notre pavillon de banlieue.

Pendant que je trainassais dans mon canapé en skaï (souvenez-vous : ambiance épisode de Colombo à la télé, syndrome du dimanche soir, nains de jardin et tueur à la pelle à déneiger) et que les copines apprenaient à Adèle quelques rudiments de peinture, Laurence, Colette et Mère ont emporté avec elles leur baluchon de peinture et sont sorties.

Chose inimaginable vu la température qui régnait dehors.

Un froid à vous glacer la moelle épinière.

« Un peu comme si on ouvrait un congélateur et que l’on entrait dedans », a précisé Adèle.

L’occasion encore d’inventer l’une ou l’autre nouvelle blague météorologique (c’est devenu notre passion).

La matin, dans les mousses, Mère et Anne ont vu foultitude de visages de trolls.

Anne me montrait quelques une de ses photos « Là, tu vois, il y a un troll ». « Ah bon ? » lui répondais-je. « Je ne vois que dalle ». « Mais si ! » s’évertuait-elle « Regarde. Là. Voilà ses yeux. Et là, c’est sa bouche, tu vois ? » « Vraiment pas ».

C’est que je n’ai aucune imagination, voyez-vous. Peut-être que si on me faisait passer un test de Rorschach, je déclarerais « Je vois une tache d’encre ».

Et puis Micheline s’est agacée : « Vous êtes encore dans vos histoires de crolles ? ». Je crois qu’elle aussi a les oreilles un peu bouchées, elle fait des tryphonades.

Et donc, quelques-unes sont parties à la chasse aux trolls.

Elles ont déclaré :

C’était bizarre.

Elles sont revenues avec :

  • Le teint pâle des personnes en état de refroidissement avancé et les dents qui claquent.
  • Quelques clichés que j’ai éhontément dérobé à Laurence pour vous les montrer.
  • Des nouvelles photos de trolls invisibles à deviner.
  • Et une conclusion à ce séjour qui, l’air de rien, commence à toucher à sa fin.

Ce qui est loin d’être faux.