Saine de corps et d'esprit

En PLS au PPG

Mère est sportive. Elle suit des cours de trail dont elle rentre nuitamment, pleine de boue et trempée comme une soupe en s’écriant : « C’était génial ! On a dû monter et descendre la Citadelle 18 fois et on a sauté dans les flaques. J’ai l’impression d’être une petite grenouille ! ».

« Une grenouille sous amphétamines », tu veux dire ? Lui réponds-je alors, enfournant une bouchée de macaronis gratinés.

En plus de ses cours de trail, elle suit aussi des entrainements de PPG.

PPG, c’est l’abréviation de Préparation Physique Générale et, rien qu’au nom, on sent venir l’embrouille.

Un jour, Mère a emmené sa collègue Cindy avec elle au PPG et Cindy a souffert un tel martyre que le lendemain, elle a refusé de monter les escaliers qui menaient à son bureau, tel un vieux canasson à l’agonie, préférant l’ascenceur.

Je n’ai pas osé rire de Cindy, moi qui aime pourtant me gausser de bien des choses, car Mère m’a déjà expliqué en quoi consistaient les exercices et autant vous dire que ça m’a tout de suite refroidie, si bien entendu, l’on partait du postulat que cela eut pu m’intéresser un tant soit peu.

Mais la période que nous vivons est sombre à bien des égards et ce matin, j’ai décidé de devenir une autre femme, qui fait du sport et prend garde à ce qu’elle mange, histoire de resculpter mon corps de déesse de la fertilité.

Alors, quand Mère nous a dit que son prof donnait une séance en direct, Adèle et moi, toujours promptes à tester de nouvelles expériences, avons dit oui.

On a branché notre coach sur la télévision.

Happy nous a rejointes.

J’ai fait signe au coach.

Mère a dit : « Il ne peut pas te voir, Natha ».

« Ben merde alors. Si j’avais su, je serais restée en pyjama et je n’aurais pas rangé le salon »

« Tu es en pyjama et tu n’as pas rangé le salon »

« Ah oui »

Un bip a retenti.

Top départ.

On a dû trottiner sur notre tapis, de long en large. Avec les genoux en l’air.

Au bout de quelques minutes, Adèle a dit : « Je suis fatiguée ».

Mère a répondu : « Ce n’est que l’échauffement. Continue de trotinner ».

On devait avoir un peu de matériel. Une balle. On en avait pas. On a fait semblant de la taper contre les murs. Un élastique. On en avait pas. Alors on s’est enroulées dans des foulards. Une chaise et un coussin. J’ai trouvé ça cool, de faire du sport avec une chaise et des coussins.

J’ai vite déchanté.

Le chien se demandait ce qui nous arrivait.

Il m’a léché le visage alors que je tentais de faire des abdos.

Il est passé en dessous de moi quand je tentais de faire la planche.

Il a attrapé mon foulard avec ses dents quand je tentais de faire la grenouille ligotée.

Au bout de deux séries, Adèle a renoncé.

Il y en avait quatre.

J’ai tenu bon.

Un bip a retenti.

Fin de la séance.

Je me suis effondrée en Position Latérale de Sécurité sur le tapis du salon.

Happy aussi.

Kakou n’a pas spécialement apprécié la séance.

Quant à moi, je referai du sport sur chaise, c’est sûr et certain.

Sur chaise roulante.

Saine de corps et d'esprit

L’antre de la contamination

Je ne suis pas confinée.

(Vous remarquez que « confiné » ça commence un peu à sonner comme une insulte ?)

je ne suis pas confiné

La bibliothèque est fermée mais nous devons quand-même être sur le pont.

Dit comme ça, ça sonne bien. Ca sonne sens du devoir et mission régalienne (je ne connaissais pas ce mot avant vendredi, mais apparemment, j’ai juré allégeance au Roi). 

Il n’y a que moi que ça choque de savoir que le Roi est sado maso ?

Au début, on nous a même dit que nous serions susceptibles d’être réaffectés ailleurs.

Je me voyais déjà envoyée dans les mouroirs, sans masque, à devoir faire des prises de sang aux malades en leur disant « Pardon si ça fait mal, mais je suis bibliothécaire », n’ayant pour seule expérience que le tournoi de fléchettes auquel j’ai participé au café « Notre maison » de Lustin.

PAF, DANS LE MILLE, EMILE.

Mais en vrai, on a un peu l’impression d’être dans le film « Underground » d’Emir Kusturica, quand on les enferme tous dans un bunker et qu’on leur fait croire que dehors, c’est la guerre et qu’il ne faut sortir sous aucun prétexte, et qu’à l’intérieur, c’est un sacré bordel, ils foutent un fameux dawa.

Au début, tout allait plutôt bien, même si, sans classes et sans crèches, ma mission dans cette bibliothèque allait devoir être un peu déplacée. J’ai donc décidé de commencer à ranger la section jeunesse qui avait été retournée comme un rayon PQ du supermarché, mais on m’a avertie que les livres ne pouvaient pas être touchés avant nouvel ordre, ce qui a réduit mon champ des possibles à peau de chagrin.

Ce n’est rien, j’ai décidé de préparer une animation sur le chat botté en le réécrivant moi-même car je trouve mon style plus fulgurant que celui de Charles Perrault, qui n’a plus rien sorti de neuf depuis des lustres.

Réécrire « Le chat botté » en pleine pandémie, ça a quelque chose de légèrement surréaliste qui est loin de me déplaire.

Mais ensuite, tout est parti en cacahuète.

Mes collègues, qui ne sont déjà pas tout justes à la base, ont commencé à muter en mode « Lapins crétins » et sont totalement devenus ingérables.

Il faut dire que la journée a été loin d’être tranquille.

D’abord, nous avons reçu un mail de la direction donnant des « Consignes pour le personnel vivant ».

What ? Le personnel vivant ?

Et que fait-on des morts ? Sommes-nous vraiment dans une nouvelle réalité à la walking dead ?

Ce n’est qu’ensuite que nous avons compris notre méprise : il était écrit « Pour le personnel vivant (sous le même toit) ». Entre parenthèse. Woh, le coup de stress de malade.

A partir de là, on s’est mis à déphaser sévère.

On se serait même crus enfermés dans une aile psychiatrique, à la « Vol au dessus d’un nid de coucous ».

Des bruits de foreuses, de marteaux et tout le tintouin ont résonné dans le hall d’entrée, deux étages plus bas. Sophie s’est mise à hurler : « On nous enferme dans le bâtiment !!! »

Là, on s’est tout naturellement imaginé que l’on nous avais sacrifiés et ça nous a stressés un max de savoir que nous allions être confinés sur notre lieu de travail, sans nourriture, au milieu des livres contaminés, avec Bérangère le Spectre qui claque les portes (je ne vous l’avais pas encore dit pour ne pas vous inquiéter, mais la bibliothèque est hantée) donc on a crié très fort.

Sophie est allée voir ce qui se passait et elle est remontée en annonçant : « En fait ils sont en train d’installer une pointeuse ».

Relevez-vous l’absurdité de la situation ? Une pointeuse installée lorsque les employés survivants se comptent sur les doigts de la main ? Nous oui.

A midi, Fabibi nous a rejoint à table, épuisée, au bout du rouleau, la langue pendante. « Le téléphone n’arrête pas de sonner. Les gens demandent si on est ouverts. J’ai envie de leur dire : « A votre avis ? » Et quand ils me demandent s’ils devront payer les amandes de retard j’ai envie de dire que oui, ça tombe sous le sens, elles compteront même triple ».

Apparemment, il y a même un type qui a toqué à la porte vitrée et, quand Valeria lui a dit : « Nous sommes fermés ! », il lui a répondu : « Ah bon ?! Bonnes vacances, alors ! ».

Non mais lui il sort d’où ? de sa jungle ? Il n’a ni la télé ni la radio et il se promène dans les rues en se disant qu’elles sont bien désertes. C’est quoi le délire, mec ?!

A cet instant arrive Amandine, qui travaille avec Sophie P. dans un autre bâtiment. « Je suis venue vous dire bonjour ! »

–  Salut ! Tu vas bien ?

– Je commence à disjoncter sérieusement. Je saute sur mon bureau, badigeonnée d’Isobétadine en hurlant « On va tous mourir !!! »

– Et Sophie n’est pas avec toi ?

– Si, mais elle est venue fermer la porte de la baie vitrée pour que je fasse moins de bruit.

– Et elle n’est pas venue nous dire bonjour ?

– Non, elle a dit qu’elle ne voulait pas venir dans l’antre de la contamination.

Voilà ce que nous étions devenus aux yeux des nôtres : des microbes sur pattes confinés dans un grand bâtiment inutile.

Puis, basculant subitement sur un autre sujet, elle a ajouté :

– Je suis une instagrameuse qui a un chevreuil de compagnie.

– Oh c’est trop mignon ! s’est exclamée Sophie en montant anormalement dans les aigus. Le choupinouuu !

– Eh ben il est mort. (silence) Un chasseur lui a tiré une balle dans la tête. (Silence à nouveau).

– Bien, a dit André. Voilà qui nous remonte le moral.

– Quand je pense à ce qui nous attend dans les jours qui viennent, a ajouté Philippe, je me demande si je ne préfèrerais pas être un homard.

Pas sûr

Amandine et moi avons échangé un regard anxieux et, d’une seule femme, avons reculé vers la porte. « Il faut que nous quittions à tout prix cet endroit, me dit-elle. Ou nous allons être happées dans l’univers du chapelier fou ».

Pendant ce temps, j’ai reçu un message de Adèle, qui fait partie de mon second « groupe de confinement », c’est-à-dire ma famille. Elle me dit : « Tu as de la chance de travailler. Maman doit remplir ses formulaires pour la pension en ligne et c’est vraiment l’enfer ici. Satan prend des notes quand maman hurle et jure ».

Pas mal, comme insulte, Marie-Christine. Je la replacerai.

« L’enfer, c’est les autres » disait Jean-Paul Sartre.

Le mec, il savait de quoi il parlait.

Et encore, il n’avait ni ma famille, ni mes collègues.

Et encore, il n’a pas dû être confiné avec eux.

Saine de corps et d'esprit

Le bonheur à la clé

Je sais que ce que je vais vous dire va vous en boucher un coin, mais sachez qu’il m’arrive d’aller à la piscine. Oui, parfaitement. Et pas pour mater les hommes musclés depuis la cafétéria, non. Pour y nager. Faire des longueurs. Du sport.

Aussi vrai que je vous le dis.

Ce contexte étant subtilement placé, je voudrais vous raconter ma dernière séance de natation.

Il est sept heures du matin. Dehors, il fait noir comme dans un cul. Quand je sors de ma voiture, un sale petit crachin me postillonne au visage. Je commence le boulot à 8 heures, j’ai donc peu de temps pour gamberger, mais c’est suffisant. Les jours où je fais ça (aller nager un matin d’hiver quand il pleut), j’ai l’impression d’être une belle personne, peut-être même un Etre Supérieur, car seuls les Etres Supérieurs sont capables de tels exploits.

Mais aussitôt arrivée, mon excès de confiance en moi est brisé, étouffé dans l’œuf car il y a un monde fou dans cette piscine.

Des vieux.

Le hall est rempli de vieux qui attendent le feu vert pour pouvoir s’engouffrer vers les cabines. Exactement comme devant la vitrine de chez Phildar, version sportive.

Cela veut dire qu’ils se sont levés encore plus tôt que moi. Et ils ne montrent pas leur carte d’embarquement. Et disent « Bonjour Jeanine ». Ce qui veut dire qu’ils ont un abonnement. Ce qui veut dire qu’ils viennent tous les jours. Ce qui me relègue à une petite amatrice qui vient de temps à autres faire un petit plouf.

Je n’ai rien contre les vieux. Au contraire. J’ai été élevée dans le Respect des Anciens.

Et je vénère ma mamy Tine, qui a la sagesse du Dalaï Lama, l’intelligence d’Einstein, le dénuement de Mère Thérésa. 

Mais que font-ils là à cette heure si étrange ? Ils sont pensionnés, bordel. Ils peuvent venir quand ils veulent. Mais non, il faut qu’ils choisissent les heures de pointe.

Une fois dans les cabines, je profite de l’avantage de ma jeunesse pour doubler la horde de vieux. Je me change en quatrième vitesse, je jette mes vêtements dans le casier, je démarre sur les chapeaux de roues,  traverse en trombe les couloirs, pousse du coude un vicelard qui a décidé de passer dans la douche des femmes et m’apprête à me jeter à l’eau (en temps normal, je peux avoir jusqu’à quatre longueurs d’avance sur eux) quand je me rends compte que j’ai oublié mes lunettes dans mon casier.

Pas grave, je fais demi-tour, plus vive que l’éclair.

Et c’est à ce stade de mon récit que l’affaire part en cacahuète.

Car mon casier ne s’ouvre pas. J’essaye péniblement sans résultat.

Un vieux qui sort de sa cabine me dit : « Ca n’a pas l’air évident » avec le ton condescendant du type qui pense que je suis tellement neuneu que je ne sais même pas tourner une clé. « Vous voyez bien que c’est coincé », lui réponds-je sans que cela l’émeuve le moins du monde car il se barre aussitôt, me laissant seule face à mon désarroi.

Je vais voir la Maîtresse-nageuse (remarquez que la féminisation des noms de métier tient ici sa limite) qui me dit qu’elle ne peut pas sortir de son aire de surveillance, mais elle jette un œil au bassin encore vide et décide quand-même de me venir en aide. Et là, je vous le donne en mille, elle n’y parvient pas non plus.

« Je ne sais pas quoi faire » me dit-elle, désemparée. Et elle ajoute « Je crois que le mieux, c’est de demander à Dédé ».

Je commence à m’énerver. Le truc va se mettre à ressembler à une course contre la montre. Je lui dis : « C’est ça, appelez Dédé. Moi, pendant ce temps-là, je vais nager. Et quand je ressors, avec un peu de chance, Dédé aura décoincé mon casier ».

On va faire comme on a dit

Sur ces entrefaites, sa collègue se pointe. Elle lui explique : « Le casier de Madame est bloqué »

« Ah bon ? » lui répond-elle, d’abord très indifférente. Puis je vois s’activer les rouages de son cerveau et apparait sur son visage un sourcil relevé, signe d’un brin d’amusement machiavélique et elle s’exclame : « Pas avec vos affaires dedans, tout de même ?! ».

Là je suis en piteux état, toute dégoulinante de la douche, toute frigorifiée, et je lui réponds d’un air misérable « Si ». Puis, après un silence : « Sinon ce ne serait pas drôle ».

Là, Jacqueline se marre carrément, faisant fi de toute compassion et elle ajoute : « Je crois que vous allez devoir aller travailler en maillot de bain ».

Je lui réponds « Ou être condamnée à errer dans les couloirs de la piscine ».

Comme Jacqueline a quand-même une once d’humanité, elle vient voir avec moi, s’accroupit devant mon casier, tourne la clé, l’ouvre. « Voilà, Madame. Vous aviez simplement tourné votre clé dans le mauvais sens ».

 J’étais tellement soulagée de ne pas devoir me pointer au bureau en maillot de bain que ça en a effacé la grande honte qui planait sur moi.

A croire que c’était la journée des clés, parce que le soir, Mère est rentrée de son jogging plus essoufflée qu’à l’habitude.

« Que t’est-il arrivé, Mère ? » lui ai-je demandé. « Tu as fait le marathon des sables, ou quoi ? ».

« Non, mais après mon jogging, quand je suis arrivée à ma voiture, j’ai réalisé que j’avais perdu mes clés en cours de route. Donc, je suis retournée dans le bois et j’ai repris le même circuit en sens inverse pour retrouver mon trousseau de clés. Du coup, j’ai couru deux heures au lieu d’une ».

« Et tu as retrouvé tes clés ? »

« Oui. Mais …euh… Comment dire ? Elles étaient tombées devant ma voiture. »

« Tu es en train de me dire que tu as fait une deuxième fois le circuit pour des prunes? »

« Euh…oui. Exactement »

« J’adore cette histoire ! « , me suis-je exclamée en omettant évidemment de lui raconter mon épisode du matin.

Comme quoi, parfois, la clé est la clé du bonheur.

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La ruine de mon être

La semaine dernière, lassée que Bébédoux en ressorte couvert de nounous de poussière, et pleine d’un allant plutôt rare, je me suis mise à aspirer sous mon lit.

Femme passant l'aspirateur

Preuve que cette activité n’est pas faite pour moi, un vilain bruit d’élastique en caoutchouc qui claque a explosé dans le bas de ma colonne vertébrale, immédiatement suivi d’une douleur telle que j’en ai lâché l’aspirateur et me suis retrouvée à quatre pattes au milieu de ma chambre.

Une petite larme s’est formée au coin de mon œil pendant que l’aspirateur continuait à tourner dans le vide. Réflexe de survie, j’ai voulu appeler Adèle, qui se trouvait un étage plus bas, mais j’en étais incapable, la douleur me coupant le souffle et les cordes vocales.

Plus tard, ma soeur me racontera qu’elle s’enthousiasmait de mon zèle en se disant : « Dis donc, Natha aspire longtemps ! Elle est certainement en train de faire tout l’étage », ce qui eût été d’une grande mansuétude de ma part, mais il n’en était rien.

Elle ignorait que, pendant ce temps, dans l’indifférence générale, figée comme une statue de sel, j’essayais, millimètre par millimètre, de basculer vers le sol, pour finir par me retrouver sur le dos, les quatre fers en l’air telle une tortue renversée paralytique.

Quelques jours plus tôt, c’est Adèle qui s’était retrouvée en grand péril sans que cela ne m’émeuve d’un iota. Elle prenait sa douche dans la salle de bains qui jouxte ma chambre quand un immense fracas a retenti. Me réveillant en sursaut, j’ai tendu l’oreille pour deviner ce qui se passait, mais comme un silence total a suivi, je ne me suis pas inquiétée et je me suis rendormie directement, ignorant que c’est justement ce silence qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Et de fait, Adèle, se penchant pour prendre son savon, s’est évanouie dans sa douche, est tombée en arrière, ce qui a fait basculer la porte de douche qui est sortie de son axe pour aller s’encastrer dans le mur, emportant ma sœur dans sa chute. Pendant que je me rendormais, elle gisait au milieu de la salle de bain, sur la porte de douche qui avait troué un morceau du mur, mais qui, par miracle était restée entière.

Si je m’étais inquiétée et si la porte avait éclaté, j’aurais retrouvé ma sœur morte ensanglantée dans des tessons de verre. Quand j’y pense, au fond, je trouve que j’ai bien fait de ne pas bouger parce que ce spectacle traumatisant m’aurait poursuivie jusqu’à la fin de mes jours.

En attendant, c’était à mon tour de souffrir d’un grand accident domestique sans que cela émeuve quiconque.

William Frederick Yeames (1835-1918), Amy Robsart - 1877

Après un temps qui m’a semblé infini, je suis parvenue à me relever et j’ai entamé la descente de l’escalier, parvenant enfin à alerter Adèle qui est sortie de sa chambre en me regardant me mouvoir comme une momie arthritique.

« Je me suis coincé le dos », ai-je résumé. « En aspirant », ai-je aussitôt précisé pour couper court à ses questions, sachant pertinemment qu’elle allait se moquer. Et c’est ce qu’elle fit immédiatement.

Le soir, nous allions manger chez Mamy Tine. Quand je suis arrivée, je lui ai expliqué mes déboires. Elle s’est levée avec un peu de peine de sa chaise longue et elle m’a dit : « Assieds-toi ici, tu seras mieux ». Je me suis installée sans demander mon reste, aussi lentement qu’un film au ralenti et Adèle m’a dit : « J’espère que tu as honte de prendre la place d’une vieille dame de 89 ans ». Je lui ai dit oui, mais je n’en pensais rien, car la chaise longue était inclinée, et elle avait un grand dossier confortable avec un coussin très moelleux.

C’est le lendemain de mon dernier vendredi de vacances que j’ai eu mon accident d’aspirateur. C’était un jour de grande canicule et je me suis occupée du chien en immergeant sa couverture Mickey dans l’eau fraîche, mais il l’a regardée d’un air méfiant et il est allé s’allonger sur la terrasse, en plein cagnard, comme pour mépriser mes petites attentions. « Ce chien est un trou de balle » a commenté Caro, autre créature faible de ma famille car enceinte jusqu’aux dents.

Avec elle et Axelle, nous avions mis au point un système de rafraichissement à rotation qui consistait à faire quelques brasses dans la piscine, y plonger le crâne, aller se sécher sous l’arbre en lisant un livre, boire de l’eau avec des glaçons, et ainsi de suite jusqu’à la tombée de la nuit.

Mais nous n’avions plus rien à lire, alors nous nous sommes rendues à la bibliothèque. J’étais en vacances depuis trois semaines, j’avais la peau bronzée et je suis arrivée sur mon lieu de travail en short et en clapettes devant Catherine qui suffoquait devant les baies vitrées, entourée de ventilateurs.

Je lui ai raconté que moi je n’avais pas trop chaud parce que je passais mes journées dans la piscine, et, d’après Caro, cela a peut-être pesé lourd dans la balance du destin qui se retourne sur vous en vous croquant le dos si vous narguez vos collègues.

Catherine, qui n’est pas du genre à se laisser faire, m’a déclaré, avec l’air de ne pas y toucher : « C’est ton dernier vendredi de congé. Ca veut dire qu’on se revoit lundi, ça », ce qui est un running gag qui circule autour de ma personne depuis que je travaille à temps-plein et que je dois venir travailler le lundi (suivez un peu, ceci est une saga).

A ce propos, je fais une légère digression pour vous dire que j’étais en train de manger des frites en terrasse avec mes amies quand ma marraine est passée dans la rue et qu’elle m’a dit : « Dis, Natha, tu racontes partout que tu travailles à temps-plein, mais tu sais que c’est la vie normale des gens ?! ». Je referme la parenthèse.

Nous sommes rentrées dans la voiture avec notre pile de livres et, alors que Caro conduisait, je lui ai dit : « Oh, mais on est le dernier vendredi du mois ! Peut-être ai-je été payée ? Je vais aller voir sur mon application ». Quelques jours plus tôt, j’avais dit à ma sœur : « Je me demande combien je vais gagner à temps-plein. Je le saurai au mois d’août », puis j’avais rectifié  » Ah mais non, puisque je n’ai pas travaillé un mois complet » « Ah bon ? Pourtant tu as commencé le premier juillet »  « Oui mais j’ai eu trois semaines de congés ».

Il y a eu un immense silence et Caro a précisé « Tu sais que tu es payée même quand tu es en congé ? En fait, c’est même pour ça que ça s’appelle les congés payés ».

Mais je ne voudrais pas m’attarder trop longtemps sur ce moment qui peut sembler un peu gênant pour moi alors je reviens dans la voiture, au moment même où un chiffre astronomique est apparu comme par magie sur mon compte en banque. « Je suis riche !!! » ai-je hurlé, manquant faire faire une embardée à la pilote. « Ca va, c’est pas la peine de me narguer » a répondu ma pauvre sœur qui travaille à mi-temps et qui a bientôt une bouche de plus à nourrir. « Non mais je veux dire que je suis vraiment riche ! Scandaleusement riche ! » « Combien? » a-t-elle demandé sans craindre la souffrance morale. Et je lui ai donné le chiffre en question, à la virgule près. La voiture a stoppé net. « Descends », m’a-t-elle ordonné. « Tu es un vrai chien de l’enfer ».

D’habitude, je ne suis pas du genre à croire en la théorie de Jean-Noël sur le triple choc en retour. Sa théorie qui dit que si tu provoques le malheur d’autrui, ce malheur te reviendra en triple choc en pleine poire. Et pourtant, ce jour-là, immobilisée sur le dos, scrutant le plafond de ma chambre et essayant d’atteindre le bouton off de mon aspirateur, j’ai comme qui dirait eu le temps de faire pénitence en réfléchissant à la misère que j’avais répandue sur le monde quelques jours auparavant. Triple choc. Trois raisons de souffrir, donc. Ne pas avoir porté secours à Adèle, avoir nargué Catherine avec ma piscine et Caro avec ma fortune, autant de raisons qui ont fait que je me suis retrouvée à souffrir ma race pendant quelques jours, comme une vieille femme approchant redoutablement de la quarantaine.

Pour m’aider à retrouver forme humaine, j’ai décidé de prendre rendez-vous chez l’ostéopathe de la famille, qu’Adèle a surnommé « Kevin le perspicace » parce que Mère, qui tombait tout le temps par terre, est un jour allée le voir et qu’il lui a dit : « Vous avez des problèmes d’équilibre, Madame ».

J’en reviens à l’instant, et c’était une expérience un peu bizarre, parce que j’ai dû me coucher sur une table et que, ainsi allongée sur le dos, je fixais les grandes lampes rondes du plafonnier pendant qu’il appuyait sur mon ventre en disant : « Intéressant », et ça m’a fait penser à l’épisode de X-files où Scully se fait kidnapper par des extra-terrestres et se fait engrosser par eux, mais je sais pertinemment que mon obsession pour cette série a parfois tendance à affecter ma perception de la réalité.

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Je suis devenue une nana Instagram

Hier, Mère est rentrée chafouin.

Elle s’est assise dans le salon d’été, les bras ballants, le regard vide, et elle a chouiné. Elle disait qu’elle n’avait pas le moral, qu’elle avait l’impression de n’avoir pas eu une journée productive, qu’elle n’avait rien fait (ce qui est le summum de la dépravation pour Mère qui souffre d’un Haut Trouble d’Ultra-hyperactivité), et qu’elle avait envie de faire quelque chose, mais elle ne savait pas quoi, elle hésitait entre aller courir et prendre l’apéro.

Ici je laisse un instant de silence parce que vous avouerez que son échelle de valeur craint sévère. Moi, par exemple, comme tout être humain normalement constitué, je n’aurais jamais hésité entre ces deux choses antinomiques : le sport et l’apéro.

J’aurais choisi l’apéro.

Je le précise quand-même au cas où vous ne cerneriez pas super bien ma personnalité.

Mais allez savoir ce qui m’a pris, je m’entends encore dire : « Si tu vas courir, je viens avec toi ».

Ce sont des choses qui peuvent arriver. Certains criminels, par exemple, avouent avoir agi sur un coup de folie, ce moment où tout bascule et où ils ne reconnaissent pas leurs actes.

A ce moment-là, j’ai eu l’impression d’être une autre femme. Une version de moi inversée.

Au lieu de plonger la main dans un bol de cacahuètes enrobées, j’allais devenir une Instagrameuse « body positive » qui enfile ses baskets pour partir faire son footing.

Déjà la veille, Mathilde s’était beaucoup inquiétée pour moi parce que j’ai mangé une carotte crue à la place de mes chips. Ici, je franchissais un nouveau seuil : faire du sport.

On est parties. Mère a crié à Adèle : « A tout à l’heure, on part courir ». Adèle a dit : « On ? » avec angoisse. Mère lui a répondu : « Natha et moi ». Là, Adèle a sorti sa tête de sa chambre et, les yeux ronds comme des soucoupes, elle a dit : « Des extra-terrestres ont kidnappé ma grande sœur et ont pris possession de son corps », et je ne pouvais pas lui en vouloir pour cette remarque parce que je pensais à peu près pareil. Sauf que je sais que quand les extra-terrestres kidnappent des femmes, c’est pour les engrosser afin de mieux coloniser la Terre, pas pour leur faire faire du footing dans les bois.

J’oublie de préciser que je tousse depuis deux jours et que je me shoote à coups de jus de citron histoire d’enrayer la bronchite qui se profile doucement et qu’il il faisait un froid à vous pourfendre les bronches. Mais rien ne pouvait entamer ma nouvelle personnalité d’Instagrameuse, donc j’ai foulé le sol de la forêt d’un pas léger. Traduisez par  » J’ai hissé mon gros cul, traînant la patte et crachant mes poumons, l’aorte prête à rompre ».

Au début, tout allait assez bien, je dois le reconnaître. Il me restait encore quelques acquis de mon dernier entraînement, celui que j’avais fait un an auparavant avec Mélanie. D’ailleurs, Mère a déclaré : « Mais tu te débrouilles bien ! « . Je lui ai répondu, en soufflant comme une forge : « Promets-moi de ne rien dire à Mélanie ». Parce que je savais que si elle apprenait que je me suis « remise à courir », elle allait me harceler jusqu’à faire de moi la femme qui remporte l’ultra trail du Mont-Blanc.

Mère m’a dépassée. Elle courait devant moi et revenait en arrière pour me rejoindre, faisant des allers et retours comme Happy quand il renifle les fougères. Elle m’a fait signe de continuer sur mon chemin alors qu’elle bifurquait afin de faire une plus grande boucle.

Cela faisait presque une demie-heure que je courais et je voyais le point bleu de la veste de Mère s’éloigner de plus en plus de moi jusqu’à disparaître derrière les arbres quand une douleur a vrillé le haut de mon cuissot gauche. Je n’ai pas fait la médecine, mais j’ai suffisamment regardé des bribes de Grey’s anatomy à cause de Caro pour pouvoir affirmer que c’était un claquage. J’ai pensé à la phrase « Préparez le défibrilateur péruvien », qui est une sorte blague qu’on fait avec Mélanie, et j’ai continué à courir, mais en claudiquant un peu, et à chaque pied gauche qui se posait sur le sol, je pensais  » Aïe ».

C’est un claquage, ça ne fait aucun doute

Ayant été élevée dans une famille de sportifs, je connais tous les préceptes du jogging, même sans en avoir pratiqué. Je sais que le dernier tronçon (depuis le gros arbre au coin jusqu’à la voiture), on doit faire un sprint, pour terminer en beauté. Mon beau-père disait : « Pour se décrasser les jambes » et c’est vrai que les miennes étaient sacrément encrassées, tout comme mes bronches déjà affaiblies qui aspiraient l’air froid à grandes goulées.

Bien entendu, j’aurais été incapable de faire ce fameux sprint final, et je tentais plus humblement de simplement rejoindre la voiture quand j’ai entendu que quelqu’un derrière moi courait à grandes enjambées. J’ai pensé au mec chelou que j’avais croisé auparavant et qui faisait des sprints avec son doberman et j’ai tenté d’accélérer le pas, me concentrant sur les « Aïe » réguliers que j’émettais. J’ai pensé à tous ces thrillers islandais dont je m’abreuve. Mon corps, dévoré par un doberman, retrouvé à cent mètres à peine de ma voiture. Mère qui arriverait trop tard pour me sauver, ou qui subirait le même sort un peu plus tard. J’ai accéléré la cadence, sachant pourtant qu’il me rattraperait et que l’issue serait inexorable.

La douleur irradiait dans ma jambe. La présence se rapprochait, jusqu’à me dépasser. C’était Mère. Elle était fraiche comme un gardon. J’ai tenté d’articuler : « Si tu n’en n’as pas assez, tu peux refaire une boucle. Je t’attends ici ». Elle m’a dit : « Oh non, ça va. Il faut que j’en garde sous le capot. » « Moi aussi » ai-je dit, pour donner le change.

Et on est rentrées à la maison. Dans la voiture je lui ai avoué : « Je me suis blessée ». Elle a dit : « Il faut faire un peu de yoga. Des salutations au soleil. Il n’y a rien de tel pour étirer les muscles ».

J’ai déroulé mon tapis de yoga, et quand j’ai commencé ma petite séance de yoga post jogging, je me suis dit que c’était officiel, j’étais devenue quelqu’un d’autre. Quelqu’un de bien. Il ne me manquait plus qu’un jus de chou kale et je passais officiellement de l’autre côté du miroir.

J’avais besoin de parler à quelqu’un. Une personne digne de confiance qui ne connaisse pas Mélanie. J’ai envoyé un petit message à Fanny. Fanny, c’est ma nouvelle copine. On ne se connait pas encore très bien, alors quand elle m’a demandé : « Tu fais quoi de beau ? » et que je lui ai répondu : « Je viens d’aller courir 40 minutes », comme si c’était une chose tout à fait normale, j’ai eu l’impression d’être un imposteur (le mot n’existe pas au féminin, ce qui tombe sous le sens). J’ai d’autant plus savouré mon effet qu’elle semblait très impressionnée. Puis, par souci d’honnêteté intellectuelle, j’ai rétabli la vérité. Quand elle m’a dit : « ça doit faire du bien, de courir » , je lui ai répondu  » Non, absolument pas, en fait. ça fait même beaucoup de mal ». Je marchais comme un canard boiteux et je toussais de plus en plus fort.

Ma jambe de bois s’appelle Smith

Le soir, alors que nous regardions une série, je me suis levée du canapé pour aller ouvrir à Petite-Beauté qui défonçait la baie vitrée pour entrer, et j’ai eu la même démarche qu’aurait eue Quasimodo un soir humide, ce qui a fait glousser Mère.

Me dirigeant douloureusement vers le canapé, je me suis rassise et, à ce moment-là, l’inspecteur de police a demandé à une vieille dame munie d’une cane de lui faire visiter l’étage et elle lui a répondu : « Je ne peux pas, j’ai la guibole qui ne suit plus » et Mère s’est exclamée : « C’est toi !!!! » et elle a ri de façon démoniaque.

Je suis allée me coucher. Trainant la patte, je me suis hissée en haut des escaliers dans une quinte de toux encore plus violente, lacérant mes poumons. J’avais l’impression d’avoir 90 ans.

Mère m’a souhaité bonne nuit. Elle a dit : « Récupère bien des forces, parce que demain, on va courir 50 minutes ».

Saine de corps et d'esprit

Je souffre de culpabilité mortifère

J’ai réussi à perdre deux cartes de banque. Le même jour. La mienne et celle de la Communauté.

J’ai d’abord attendu sans rien faire, espérant peut-être qu’elles allaient réapparaître comme par enchantement. Cela s’appelle le déni et je connais bien cette étape pour en être coutumière.

J’ai tout de même enclenché le plan première urgence en fouillant mes poches de manteaux et mon sac, mais, quelques jours plus tard, j’ai bien dû me rendre à l’évidence : elles avaient disparu (acceptation).

J’ai bien dû l’avouer à Mère, qui est restée étrangement calme. Peut-être parce qu’elle souffre elle aussi d’une culpabilité morbide qui lui fait perdre ou oublier toutes sortes d’objets et qu’elle se trouvait assez mal placée pour émettre un quelconque jugement. Elle m’a même aidée, en me faisant remonter les évènements de ce samedi-là.

C’est de cette manière que j’ai pu établir que la dernière fois que j’avais utilisé la carte hippie, c’était à la librairie pour acheter le cadeau de Tonton Bernie et que la dernière fois que j’avais utilisé la mienne, c’était à la station essence.

J’ai appelé la librairie et ils n’avaient pas ma carte.

Quant à la station essence, il était fort probable qu’elle soit restée là parce que j’avais été mise sous stress.

Un homme est arrivé derrière ma voiture et voulait aller précisément à la même borne que moi alors que les autres pompes étaient disponibles, et ça m’a tellement énervée que j’ai tiré d’un coup sec sur le tuyau et quand j’ai mis l’embout dans le réservoir d’Etoile (ma voiture), il ne rentrait pas. J’avais mis le bec verseur pour camions. Je l’ai raccroché, j’ai repris l’autre, j’étais confuse. Puis j’ai remarqué que le type attendait pour la simple et bonne raison que je m’étais garée en travers de tout et que je lui bloquais l’accès à la pompe suivante, ce qui a rendu ma confusion encore plus grande et il se peut vraiment que j’en aie perdu le sens commun et la carte de banque.

Mais pile après cet incident, je suis allée chez Mel-Bichon et j’ai rangé ma veste convenablement dans son placard, me faisant féliciter par Fred qui a dit : « Tu as vu, Dory ? Même Tata-Natha range correctement ses affaires ».

J’ai donc expliqué à Mélanie que j’avais perdu les deux cartes, dont peut-être une dans son placard à manteaux. Elle m’a dit : « Tu as réussi à perdre deux cartes en un seul jour ? Dont celle de ta mère ? Waw, mon bichon, je suis admirative. Tu es géniale, tu es au top ! « . Et c’est vrai que parfois je me surpasse.

Mais ma carte n’y était pas.

Mère a continuer à m’aider, mais on aurait dit que son Alzheimer avait déteint sur moi car je ne me rappelais plus de rien. Les évènements des derniers jours se mélangeaient. « Quel jour es-tu allée acheter tes draps ? »  » Je ne sais plus ». « C’était avec quel carte ? »  » Je ne sais plus » « Qu’est-ce que tu portais comme veste ? » « Je ne sais plus »  » Qu’est-ce que tu avais comme sac ? » « Je ne sais plus ». Bref, on progressait.

Puis tout à coup, un éclair de génie a foudroyé mon cerveau. « Mon pantalon de peinture ! J’avais mon pantalon de peinture ! » et j’ai monté quatre à quatre les escaliers de ma chambre, me suis jetée sur mon pantalon de peinture qui détenait la carte hippie dans sa poche pleine d’éclaboussures.

Un problème était réglé et j’étais secrètement soulagée d’avoir retrouvé celle-là en premier, histoire de ne pas terminée découpée en rondelles par Mère.

Vu que le mystère reste entier pour la mienne, j’ai décidé d’aller à la banque en commander une nouvelle.

Mais ma banque avait disparu. A la place, il n’y avait plus qu’un grand bâtiment vide.

Alors, ce matin, j’ai décidé d’aller dans une autre agence.

Je suis arrivée franc battant devant une femme bien sympathique à qui j’ai expliqué mes déboires. Elle m’a dit qu’elle allait me faire une nouvelle carte, que c’était une procédure très simple et qu’il suffisait que je lui donne ma carte d’identité. Je lui ai dit : « J’en profite pour vous signaler un changement d’adresse », chose que je n’avais pas encore faite depuis mon déménagement en juillet. « D’accord » me dit-elle, puis elle grimace : « Votre carte d’identité est périmée, je ne sais pas faire le changement d’adresse ». (C’est incroyable comme cette suite de couacs illustre parfaitement bien mon existence).

Puis je vois que la femme a l’air tracassé. Elle me dit : « Je ne trouve pas votre compte. C’est étrange. Comme si vous n’aviez pas de compte chez nous ».

Et là, je vois, sous ma main, un petit carton sur lequel il est écrit « Belfius » et je suis foudroyée de clairvoyance : je suis chez Fortis.

Morte de honte, je n’ose pas lui dire et je réfléchis à toute vitesse à une pirouette qui me sortirait d’affaire, mais je ne trouve pas et je vois cette malheureuse femme qui tente de comprendre ce qui a bien pu se passer, alors je suis au regret de devoir le lui annoncer : en fait, je me suis trompée de banque.

Etrangement, cette femme n’a pas fait des yeux comme des soucoupes en me regardant comme si j’étais un ovni, mais elle a éclaté de rire en me disant : « C’est dommage que vous ne soyez pas chez nous car je trouve que le courant passe bien » et là, j’ai eu envie de transférer tous mes comptes chez elle (enfin, je veux dire mes 800 euros), mais la paperasserie que cela demanderait m’a fait reculer. Je suis repartie et elle m’a dit : « Je crois quand-même que vous êtes un peu surmenée ».

Moi je pense qu’elle a raison. D’ailleurs, je vais en parler à mon employeur.

Parce que si mon surmenage s’additionne à ma culpabilité morbide, moi je dis que ça nous prépare une belle pagaille.

Je souffre de culpabilité mortifère