Transports

Comment j’ai réussi mon permis de conduire

Hier matin, un miracle a eu lieu.

J’ai obtenu mon permis de conduire.

allégresse

A cet instant, si capital de ma vie, je me sens exactement comme une actrice de cinéma quand, à Cannes, on cite son nom.

Parée de ma robe de soirée en lamé et de mon collier de perles, je me lève, étreins mon producteur, verse une larme sans faire couler mon mascara et traverse la foule sous les applaudissements et les crépitements des flashs. Les caméras du monde entier relayent l’info, mes talons se posent délicatement sur le tapis rouge sans que je trébuche dedans. Mon sacre est venu. Je reçois cette immonde statuette qui pèse trois tonnes et assomme la Terre entière de mes remerciements.

« Mazette, c’est lourd »

Comme il est de coutume au Japon, je commencerai par me remercier moi-même.

Car si je ne le fais pas, personne ne le fera pour moi, et puis on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Je loue ici mon courage, ma persévérance, ma confiance et ma conduite exemplaire.

Merci à mon beau-père, Jean-Chri, qui m’a appris à conduire.

D’après mes estimations, il a passé 7322 heures dans sa voiture à me montrer comment elle fonctionne. Il m’a généreusement offert 19329 litres d’essence, m’a montré 179 fois les commandes et a ouvert 33 fois son capot. Le tout, faut-il le préciser, sans jamais se laisser gagner par la peur, la colère ou la lassitude, toujours affublé de ce flegme britannique qui le caractérise si bien, allant même jusqu’à s’endormir pendant les leçons alors que le danger le guettait. Car avec lui, la confiance régnait.

 

Merci à Catherine C., qui a eu l’idée lumineuse que nous passions notre permis ensemble. C’était il y a six ans. Cela fait six ans qu’elle conduit, et six ans qu’elle continue à m’encourager. Ses encouragements oscillant entre les très altruistes « Tiens bon, tu l’auras. Je crois en toi, tu verras, tu obtiendras une liberté incommensurable » et les plus égoïstes « Tu vas l’avoir, oui ?! J’ai besoin que quelqu’un m’aide à aller chercher les garçons au rugby ».

Merci à Mélanie, qui m’a enseigné les marche-arrière grâce à sa méthode si particulière : elle me donnait l’ordre de me positionner sur le halage et me demandait de reculer en ligne droite. Elle disait que ce qui était bien avec sa technique, c’est que je n’avais pas droit à l’erreur sinon c’était la noyade assurée. Il va sans dire qu’elle sortait de la voiture avant que je n’entame ma manœuvre, prétextant qu’elle observait mieux depuis l’extérieur de la voiture.

 

Merci à Sébastien O., qui a repris à zéro les enseignements de Mélanie et passé pas mal de ses après-midis estivales à me montrer des points de repère pour les créneaux dans des parkings de grandes surfaces, sous une chaleur de plomb, nous octroyant de temps en temps des pauses dans des cafés miteux en bord de bitume d’où nous observions les ménagères passer avec leurs caddies en nous empiffrant de croque-monsieur, assis à côté de vieux obèses qui fumaient des clopes au-dessus de nos assiettes.Certains jours, visant mal la route, je roulais dans les jardins privés sans pour autant perturber mon moniteur.

Et en parlant de moniteur, je voudrais aussi saluer et remercier Patrick, mon premier professeur, qui m’enseigna les rudiments de la conduite avec sa méthode si particulière : me dire que j’étais un vrai danger public tout en me caressant la cuisse.

Je n’oublierai pas non plus la famille, les amis, les collègues, et Catherine L., qui, au terme ce nos quelques « répétitions générales », s’écriait toujours : « Ah mais tu conduis super bien ! Je te le donne, moi, ton permis de conduire ! »

 

5 commentaires sur “Comment j’ai réussi mon permis de conduire

  1. J’ai oublié de dire qu’en plus de ça, elle posait un gros sac de bonbons sur le pare-brise et je n’avais le droit d’en avoir que quand je réussissais la manoeuvre

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