Gangs de goumiches

C’était un dimanche soir habituel au 60, rue des fonds-de-bouteilles.

Par dimanche soir habituel, comprenez que Caro, Steph et moi-même étions vautrées sur le canapé, parées de nos plus belles tenues d’intérieur.

Nous buvions du gin-lavande et grignotions des cookies tout en regardant « Accouchements miraculeux » sur AB3.

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« La péridurale se passe nickel »

Caro et Steph essayaient de me forcer à me lever pour que j’aille leur acheter de la crème glacée quand un cri a retenti dans la nuit.

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Ces cris, nous commençons hélas à bien les connaître.

Ils viennent de chez la voisine du premier.

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Aaaah, la voisine du premier, et sa compagne… Laissez-moi vous les présenter.

C’est un couple passionnel ET passionnant.

Mais pas passionnel comme Roméo et Juliette, non.

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« Vous habitez chez vos parents ? »

Plutôt passionnel comme Fred et Marie.

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« Tu veux mes cinq marionnettes dans ton Guignol ? »

Traduisez : elles se tapent dessus.

Enfin, pour être plus précise, je dirais qu’il y en a une qui tape sur l’autre. Et l’autre, au lieu d’encaisser en silence, se met à geindre, et ça dérange notre quiétude.

« Merde, quoi, allez vous tabasser ailleurs »

Les voisines du premier n’ont pas assez d’espace pour se disputer alors elles préfèrent le faire dans la cage d’escaliers, en claquant les portes, en hurlant, en se frappant et en s’insultant, de préférence en pleine nuit, sinon ce serait moins drôle pour les voisins, comprenez-vous.

Une nuit, lassée par leur cinéma, je suis descendue les deux étages qui nous séparent pour leur signaler avec une précaution extrême (parce que je n’avais pas envie de me ramasser un œil au beurre noir) qu’elles troublaient quelque peu mon sommeil.

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« Ah ouais ?! », que la blonde m’a dit « Eh ben pourtant je fais tout mon possible pour ne pas faire de bruit« .

« Essaye encore » lui ai-je répondu en remontant.

Elle était défoncée jusqu’à la moelle.

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Ma voisine du premier, c’est quelqu’un qui ne craint pas l’incohérence.

Elle prône haut et fort sa passion pour le monde animal en enfermant ses trois chats dans son studio qu’apparemment elle n’habite pas vraiment (je vous expliquerai) et en écrivant en lettres capitales sur des toute-boites faisant la publicité d’un nouveau traiteur installé dans le coin qu’ « ELLE VIVANTE, AUCUN ETRE ANIMAL NE FRANCHIRA SA BOUCHE » tout en démontant la gueule de sa compagne dès que faire se peut.

Oui, ma voisine respecte le règne animal.

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« Je suis vegan mais ça ne m’empêche pas de te cogner »

Aussi, mes voisines du premier ont reçu cette semaine un mot de la part de ma sœur demandant de bien vouloir nettoyer leur rangée d’escaliers, comme stipulé dans le bail dans un souci de bien-vivre-en-communauté.

Mais je crois que le « bien-vivre-en-société », mes voisines du premier se le fourrent bien loin.

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Tout cela, c’était pour vous les présenter.

Mais revenons-en à nos moutons.

Je vous expliquais que nous regardions un documentaire sur Arte en dégustant des brocolis cuits à la vapeur quand les deux tarées du bas se sont mises à crier.

Ça commençait à bien faire, de venir comme ça troubler nos soirées pédagogiques.

J’ai dit aux filles : « Venez, les goumiches, on va se les faire« .

Comme je suis un être d’habitude extrêmement pacifiste, ça les a intriguées. Elles ont voulu voir ça. Alors on est sorties sur le palier.

Chez nous, le dimanche, c’est pas vraiment la fashion-week.

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Stéphanie avait un essuie sur la tête, un peignoir avec des cœurs rose et orange, un pyjama en pilou et des Crocs aux pieds.

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Moi, j’avais un collant troué aux fesses et un vieux pull d’une couleur indéfinissable.

Caro était en dégradé de gris, pipiche jusqu’aux ongles, même pour rester à larver devant Arte.

« Vous cherchez la castagne ? »

« Mais vous allez la fermer, oui ?! » ai-je crié pour ouvrir le bal. « On n’en peut plus de votre boucan ».

Et là, évidemment, pas la peine de vous préciser que c’est carrément parti en vrille.

« On entend que vous, ici. Vous vous disputez sans arrêt, vous gueulez dans tout le bâtiment, vous vous frappez dessus. »

Elles sont montées d’un étage. La petite nerveuse nous a répondu avec agressivité : « Nous ? Nous taper dessus ? Vous rêvez ou quoi ? ON s’AIME A LA FOLIE « .

« Eh bien, justement, je ne pense pas que la folie soit souhaitable.

Mais ce n’est que mon opinion. »

Sa copine était collée contre elle, morte de trouille, et elle essayait vaguement de la retenir, parce qu’elle sentait venir l’oignon. On aurait dit un oiseau pour le chat.

« C’est vous qui déposez des mots ? » a-t-elle aboyé.

« Oui, pour vous demander de nettoyer les escaliers ».

« J’habite pas ici, OK ? »

Voilà ce qu’elle nous répond, la voisine du premier. « J’habite pas ici« .

Là, comprenez notre stupéfaction : notre voisine, qui a un nom sur la sonnette, trois chats qui regardent par la fenêtre, qui prône le véganisme sur des tracts et hurle tous les soirs, n’habite pas là. Mais comme visiblement l’incohérence est son credo, elle nous précise : « Je nettoie la cage d’escaliers toutes les semaines ». Ce qui est fort sympa de la part de quelqu’un qui n’habite pas là, ça, il faut bien le concéder. Puis elle précise : « Je suis femme d’ouvrage, je connais mon métier ».

« Cette cage d’escaliers mérite un petit coup de balai. »

« Si tu n’habites pas ici, alors retourne chez toi », que j’ai lancé, comme ça, à brûle-pourpoint.

Ca a plu à Caro qui a surenchéri : « Toi, femme de ménage ? Rappelle-moi de ne jamais faire appel à tes services ». (Mais c’est vrai que ce sont parfois les cordonniers qui sont les plus mal chaussés).

Stéphanie a dit autre chose qui ne lui a pas plus et là, telle une furie, elle a déboulé vers elle pour lui mettre une pêche. Effrayée, je suis remontée dans mon appartement pour appeler la police. Puis, me rendant compte que je ne connais pas le numéro de la police et accessoirement que mon amie allait se faire démonter la figure, je suis redescendue avec Caro et on a fait bloc.

C’est à ce moment là que Didier, le voisin du bas, est sorti de chez lui et s’est mis en travers de la mêlée pour nous protéger (seul homme dans cet immeuble de goumiches en furie) et s’est mis lui aussi à leur crier dessus, comme quoi il n’en pouvait plus de leur tapage.

A ce stade du récit, il ne manquait plus à notre petite sauterie que Christine-du-rez-de-chaussée, ancienne taularde qu’il ne faut pas chercher, mais je pense qu’elle était absente ce soir-là, sinon, pour sûr, elle nous aurait prêté main forte.

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S’en est suivi une longue et tumultueuse dispute d’où ont émergé les thèmes suivants :

  • Je nettoierai quand ce sera propre / logique, Eric.
  • Si vous n’êtes pas contentes de nous avoir comme voisines, achetez-vous une maison quatre façades / Ben oui, j’en ai les moyens, mais je préfère squatter un studio dans un immeuble pourri.
  • J’ai un métier, moi. Je reste pas à zoner toute la journée / Je n’arrête pas de répéter que bibliothécaire est un métier et je n’ose pas te dire que Caro est psychologue et que Steph est assistante sociale et que du coup, des comme toi, elles en ont maté plus d’une.
  • Vous êtes des branleuses / Ben oui, nous on branle des bites.

Cette dernière phrase, c’est Caro qui l’a prononcée. Et même si c’est un-tout-petit-peu une remarque homophobe, ça nous a bien éclatées. C’était pertinent, cinglant et bien envoyé.

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Seulement, la petite nerveuse s’agitait de plus en plus et le niveau de danger augmentait considérablement. On a donc décidé d’un commun accord que cette discussion constructive pouvait s’arrêter là et on est tous rentrés chez soi, en prenant quand-même bien la peine de s’enfermer à clé.

On entendait qu’elle s’en prenait au pauvre Didier. Elle lui hurlait : « Sors de là. T’as quarante ans (il en a 55) et tu n’oses même pas sortir », tout en essayant de démonter sa porte d’entrée.

Quand elles ont quitté l’immeuble (ça doit être vrai qu’elles n’habitent pas là, finalement) et que le calme est enfin revenu, on a un peu débriefé la bagarre sur Messenger.

« Oh, moi, a déclaré Steph, toute cette violence m’a fait un bien fou. Ça a boosté mon adrénaline ».

C’est vrai que parfois, on s’amuse bien, à Lustin-les-bains.

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