Course à pieds·Top moumoute

Je cours pour mes formes

Nous étions dimanche et il était 7h30.

Notez bien : DIMANCHE, SEPT HEURES ET DEMIE.

Mon téléphone a émis un « ding ». C’était Mel-Bichon qui me disait : « Lève-toi, mon bichon, on va courir comme convenu« .

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J’avais convenu quelque chose, moi ? D’aller courir ??? Qui plus est un dimanche matin aux aurores ???

QUE NENNI. C’est absolument impensable.

Surtout pas après qu’elle m’ait raconté qu’elle « entraîne » deux copines (depuis quand Mon-Bichon est-elle devenue coach sportif ?) et que l’une d’entre elle est subitement devenue toute jaune et qu’elle s’est ensuite mise à vomir dans un fossé en déclarant : « C’est vraiment difficile, le sport avec toi ».

Mais elle m’avait réveillée alors je suis sortie de mon lit et, en ouvrant les rideaux, je vois que le ciel est tout cotonneux et qu’il neige.

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Non mais ça ne va pas bien, parfois ?

Seulement voilà. Comme vous avez pu le constater, je suis devenue sportive. Et l’argument qui me motive le plus dans l’obtention de cette nouvelle personnalité, c’est : « Et si je ne vais pas au sport, que ferais-je d’autre de plus intéressant ? »

  •  Manger des œufs à la coque en écoutant la playlist du dimanche et en regardant tomber la neige ?
  • Aspirer la cage d’escaliers à 7h30 pour prouver aux voisines du premier que je suis une fée du logis, contrairement à elles ?
  • Regarder le tapis rose de yoga que Mère m’a donné en me demandant si un jour j’aurai l’énergie de le dérouler et éventuellement de l’utiliser ?

Sur une échelle de valeurs qui m’est propre, ces différents cas de figure ne parvenaient pas à supplanter les immenses bienfaits du sport sur mon organisme (fierté, amincissement, musculature de déesse, boost d’endorphines, amélioration du souffle, combat contre le diabète et l’hypertension, joie dans les cœurs).

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Christian et ses christianettes

Alors oui, j’ai enfilé mes baskets pour aller la rejoindre et je savais qu’à partir du moment où je posais cet acte, je ne pourrais plus lui balancer au visage à chaque minute « Tu es vraiment cinglée », tout simplement parce que je l’étais moi aussi.

C’est sur cette égalité qui nous relie (la folie furieuse) que nous avons entamé notre « running » (on ne dit plus ni course à pieds ni jogging, c’est has-been).

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Saute, Bichon

Quand-même, je voudrais vous préciser qu’il faisait moins six et que je n’ai plus couru depuis des années, c’est important que vous en preniez bonne note.

Je suis arrivée chez Mélanie.

Elle était excitée comme une puce sous amphétamines.

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Elle m’a dit : « On va courir huit kilomètres » (Elle comptait nous faire faire DEUX FOIS le Grand-Tour). J’ai dit « Hors de question ».

On est arrivées dans la forêt.

Il faisait moins cinquante.

On a commencé lentement, en courant tout doucement, comme on me l’a appris (vous souvenez-vous que je suis née dans une famille de sportifs ?).

Chaque fois que j’expirais, la buée qui sortait de ma bouche se transformait en glace et se brisait sur le sol. Chaque fois que j’inspirais, je sentais que mes poumons eux aussi gelaient instantanément. Température ressentie : Moins mille degrés.

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Il y a plus agréable comme sensation, mais j’ai pris sur moi et j’ai fait ce pour quoi j’étais venue : COURIR.

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Il n’y avait personne dans la forêt, si ce n’est une femme qui venait à contresens. Grande, le muscle asséché par la course à pieds, elle courait comme une antilope et elle nous a asséné un « Bonjour » très joyeux auquel j’ai tenté de répondre un émettant un râle de fin de vie.

Mélanie m’explique : « Cette femme, je la croise tout le temps. Je crois que c’est la femme dans Requiem for a dream. Tu vois ? Celle qui prend trop d’amphétamines et qui ne sait plus s’empêcher de courir ».

Je ne vois plus très bien, non, mais ce n’est pas forcément des plus rassurant.

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Et c’est justement pour éviter de me trouver réduite à ça (courir dans les bois un dimanche entier par moins mille sous influence de psychotropes) que j’ai mis rapidement en place une stratégie.

J’ai proposé à Mélanie de rallonger un peu le tour qu’elle me proposait.

Je sais que cela peut sembler à priori contre-productif, mais mon dessein secret était qu’elle se contente de cette façon de faire UNE FOIS le Grand-Tour (+ mon allonge) au lieu de le faire deux fois comme prévu. Vous suivez ?

Je lui ai dit : « On tourne à droite ».

Elle m’a demandé : « Tu sais où on est ? » et je lui ai répondu « Évidemment » avec beaucoup d’aplomb.

Là, elle a raconté des anecdotes qui apparemment prouveraient qu’elle s’est déjà égarée à cause de moi, mais je l’ai laissée inventer des récits rocambolesques.

Je ne reconnaissais pas le chemin.

Au bout d’un moment, je lui ai avoué, mais elle a dit que ce n’était pas grave et puis, pile devant nous s’est annoncée une côte super abrupte et très longue.

escaliers

« C’est bien fait », m’a-t-elle dit en s’attaquant à la pente huit (c’est comme ça qu’on dit dans notre jargon) tel un cabri poursuivi par une bande de loups.

Là je dois bien admettre que mon courage s’est évaporé, ainsi que mon cœur qui se faisait la malle. J’ai marché en soufflant comme une vieille chose. Mélanie m’attendait au-dessus, en courant sur place avec les genoux en l’air et en me disant : « Marche d’un bon pas, mon bichon, allez, hop hop hop ». Et je n’ai rien pu lui répondre, à cause de mon souffle qui partait en couilles, mais ce n’est pas l’envie qui me manquait.

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Elle

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Moi

Quand le terrain est redevenu relativement plat, j’ai repris mon running. J’avais les bras ballants et le visage rougeoyant. Mélanie m’a dit : « Tu as des bonnes couleurs ». Et c’était vrai.

On a recroisé la Madame-Requiem-for-a-dream et j’ai trouvé que c’était un bon présage : ça voulait dire qu’on avait couru assez longtemps pour la croiser plusieurs fois.

J’ai osé dire que je ne pourrais pas envisager la seconde boucle alors on s’est arrêtées au bout de la première.

On est rentrées dans la voiture.

On s’est dit qu’on s’étirerait chez Mélanie, par peur de mourir stalactifiées sur le parking où un vent à décorner des bœufs soufflait avec rage.

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Une fois rentrées, j’ai reçu les félicitations de ma meilleure amie qui, toujours prompte à m’encourager, m’a déclaré d’un ton officiel : « Félicitations, mon bichon. Tu viens de recevoir le badge « Petit bouquetin essoufflé »« .

Et ça, c’est vrai que je l’ai bien mérité.

polochon

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