Musique

Je veux (crever) tes yeux

Je crois que je suis persécutée par Angèle.

Oui, Angèle la chanteuse. Celle que l’on entend partout, là. La fille de. La sœur de.

Plusieurs personnes ayant d’habitude de bons goûts musicaux me soutiennent Mordicus que « ce qu’elle fait est bien ». Des personnes pourtant dignes de confiance.

Visiblement quelque chose m’échappe, je n’y parviens pas. Sa voix mièvre me donne de l’urticaire.

Après, comme on dit, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Et mon sujet pourrait très bien se terminer là. Sauf que.

Sauf que, comme je vous l’expliquais, je crois qu’elle me persécute.

D’abord, Adèle, étant persuadée que je devais écouter mieux si je voulais passer au-dessus de mes aprioris, m’a fait écouter l’album en entier alors que j’étais enfermée dans sa voiture et que je n’avais aucune échappatoire, ce qui est lâche.

Ensuite, à ma demande, Caro a réglé la radio de ma voiture sur Pure fm. A peine avais-je une fesse posée sur mon siège et la clé enfoncée dans le contact que la voix d’Angèle a retenti.

A partir de ce moment là, je l’ai entendue une fois, deux fois, trois fois, partout, tout le temps.

Dans la salle d’attente du médecin. Dans ma voiture encore. Au supermarché. Dans ma voiture encore et encore.

Je veux crever tes yeux.

A bout de nerf, j’ai remis la radio sur la Première en me disant qu’ils ne la programment jamais et je vous jure qu’ils l’ont passée dans les cinq minutes qui ont suivi.

J’ai crié un « Haaan  » de rage et de désespoir dans ma voiture, au beau milieu d’un carrefour, puis je me suis garée près de la Baie des Teckels (créneau, la frime) et quand je suis entrée, Allen était installé avec les enfants de l’atelier BD du mercredi autour d’une table. Ils écoutaient Angèle pour se donner du cœur à l’ouvrage.

Joëlle a ri. Parce qu’elle sait que je suis persécutée.

Comme je ne veux pas passer pour une Staline de la chanson française, j’ai pris sur moi et je les ai laissé faire pendant plusieurs chansons jusqu’à ce que je cède et que je déboule près d’eux en criant : « Coupez-moi ça ou je vous claque la tête dans la neige ».

Les enfants, impressionnés, ont choisi une autre musique.

A peine avais-je regagné mon tabouret au comptoir (dit comme ça on dirait que je travaille dans un bar) qu’une nouvelle chanson a retenti.

AUX CHAMPS ELYSEES.

Oui.

Vous qui me connaissez si bien savez que c’est la chanson que je déteste le plus au monde, bien avant Angèle et bien avant quoi que ce soit.

Mais Allen ne pouvait pas savoir. Si ?

Et les enfants encore moins.

Joëlle, qui sait que je hais cette chanson, m’a dit : « Tu sais, je crois que quelqu’un a fait une petite poupée vaudoue à ton effigie ».

Et elle a ri.


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