London calling

Un matin, ton réveille sonne à 5 heures (violent outrage) et, malgré cela, quand ton pied foule la moquette en pilou, tu te lèves, fraiche comme un gardon. Tu te sens d’humeur très « sex-and-drugs-and-rock-and-roll ». T’as fort envie de briser ta guitare électrique sur le sol devant une foule en délire. Ce syndrome s’appelle le « London calling », et il est difficile voire impossible d’y résister. Le mieux qu’il y ait à faire, c’est y céder et prendre un ticket aller vers la capitale angloise.

C’est précisément ce que nous avons fait, avec les copines de l’Académie (il y avait aussi des hommes, mais dans cet article, une fois n’est pas coutume, le féminin l’emportera) : Un petit citytrip de deux jours pour nous culturer un tantinet.

Le voyage avait bien commencé, parce que, quand Adèle a voulu prendre son siège dans l’Eurostar, un beau jeune homme occupait sa place. « C’est étrange que nous ayons le même siège », ont-ils constaté de concert.

Vous avez le teint pâlot. Vous êtes vegan ? Moi aussi.

Mais lorsque ma sœur a voulu lui dire que c’était très certainement un coup du destin, il a déclaré que nous nous étions trompées de voiture, ce qui était évidemment impossible puisque jamais nous n’aurions pu faire une erreur de ce genre.

Le premier jour, nous avons visité l’expo Sorolla à la National Gallery.

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Sorolla, c’est le peintre préféré de Laurence. Et c’est vrai que le mec, il envoie du gros pâté. Dès la première toile, nous avons été comme aspirées et nous sommes restés calées. La bouche entrouverte, la langue pendante, prostrées, nous gênions le passage, hébétées devant tant de splendeur.

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Jean-Denis nous attend, rentrons à l’Hôtel de la Plage

Très vite, Laurence a commencé à montrer des signes d’hyperventilation. D’un seul coup, son visage est devenue rouge pivoine, comme si son sang était subitement monté jusqu’à sa tête. Elle avait des bouffées de chaleur, des palpitations, l’impression que ses jambes ne la portaient plus, des difficultés à articuler. Etant une éminente spécialiste de la santé mentale, j’ai pu immédiatement diagnostiquer un syndrome de Stendhal et la rassurer : tout cela n’était que passager, une réaction physiologique face à tant de grands chefs-d’oeuvre.

« Vous aimez ? C’est moi qui les ai peints »
Et là, tu vois, ils changent leurs draps de lit

Ensuite, nous avons visité la collection permanente du musée. Autant dire qu’il y avait de quoi faire, avec ses 72 pièces en enfilade.

Vous êtes ici

J’ai croisé un des nénuphars de Monet et j’ai dit à Claude que j’étais désolé de lui dire ça, mais que son tableau faisait bien pâle figure devant les Sorolla, même s’il fallait lui accorder qu’il avait quand-même fait du bon boulot.

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On a aussi vu un tableau de Patenier, qui est un peintre dinantais, ce qui a mis Laurence en émoi car elle souffre de chauvinisme, et c’est vrai que c’était bizarre de trouver une vue de Dinant en plein milieu de Londres.

Dinant, sans son téléphérique

Ensuite, Laurence est venue me dire que le musée abritait « Ophélie », et je me suis mis en tête de la trouver.

Je marche à l’envers

Autant vous dire que c’était un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Nous arpentions les couloirs, errant dans l’immense labyrinthe du musée, passant encore et encore devant les mêmes tableaux dont ceux-ci, posés côte à côte :

« Ce qu’il ne faut pas faire » (tuer des animaux pour les manger)

Et « Ce qu’il faut faire » (manger vegan, bio et de saison).

Mais je n’en démordais pas et voulais à tout prix la voir.

Je commençais à me demander si nous n’étions pas tombées dans une faille temporelle quand on s’est renseignées sur internet afin d’en avoir le coeur net. Ils stipulaient que le tableau se trouvait à la Tate Britain.

Encore un coup dans l’eau

Déçues, harassées, au bout du rouleau, les pieds en compote, le podomètre ayant enregistré 15 632 pas, nous sommes sorties du musée et nous sommes précipitées dans le premier pub venu, où nous nous sommes effondrées sur des banquettes et avons commandé des fish and chips accompagnés de grandes lampées de Guinness pour bien faire passer le tout.

Après, nous avons voulu prendre le métro pour nous rendre à notre hôtel, mais quand Laurence a payé son trajet, la machine a avalé son ticket. Elle est allée voir un technicien qui travaillait là et, au bout d’une longue attente et de moult tergiversations, il lui a ouvert la barrière en disant qu’elle pouvait prendre son métro, et qu’une fois arrivée à destination, pour sortir de la station, il lui suffirait de dire au type « My name is Lawrence », et il saurait qu’il peut lui ouvrir la barrière car il allait appeler son collègue pour le prévenir.

Quand on est arrivés à destination, elle a suivi les instructions et a déclaré au type : « My name is Lawrence ». Il l’a regardée et, après deux secondes de silence, il a dit « Ok », l’air de dire « Je suis ravi de le savoir, mais qu’est-ce que tu veux que ça me fasse », et ce grand moment de solitude nous a fait rigoler comme des baleines à bosse.

Puis le type a dit : « It’s a joke », car en fait il savait très bien de quoi il retournait, mais les anglais sont comme ça, ils veulent nous mettre à l’épreuve en nous testant sans relâche.

On s’est régénérés pendant une nuit entière en dormant sur des matelas mous après avoir pris une douche en pipi de chat glacé et le matin venu, mes jambes avaient l’air de fonctionner de nouveau.

Je marche !

Les plus téméraires ont pris un english breakfast et Laurence a voulu voler une petite miniature de confiture sur la table voisine.

Quand elle a été prise la main dans le sac par la tenancière qui lui a demandé ce qu’elle voulait, elle a sursauté comme si elle avait été prise en flagrant délit de braquage de banque et ce fut un moment magnifique, avec bouffées de chaleur et rougeoiement.

On s’est rendues à la Tate Britain pour aller voir Turner.

Mais pas Tina.

Plutôt Joseph Mallord William. Plus pâlot et plus tourmenté.

Appelez-moi Will

Will Turner, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un peintre de renom qui s’est fendu de quelques petits tableaux et de quelques aquarelles somme toute assez banales pour l’époque et qui, Dieu sait pourquoi, fait encore parler de lui moult décennies après son trépas.

Vous l’aurez compris, pas de quoi casser trois pattes à un faisan, même si je dois bien reconnaître que certaines de ses oeuvres seraient du meilleur effet dans mon hall d’entrée.

Moi je le poserais plutôt dans la cuisine

Ensuite, nous avons visité le reste du musée qui abritait une exposition d’art contemporain qui nous a laissée pantoises, et Laurence a sorti cette grande phrase : « Pour pouvoir comprendre l’art contemporain, il faut sacrément pouvoir lâcher prise ».

Mais ce n’est pas tout, car la Tate Britain accueillait également une expo Van Gogh et nous avons sauté sur l’occasion pour aller contempler les toiles du Maître.

Vincent ? Oui, c’est moi

L’exposition commençait par des gravures de Gustave Doré (allez comprendre pourquoi), et Mère s’est exclamée : « Je ne savais pas que Julien Doré faisait de la gravure ».

Gravure sur bichons

Il y avait un monde de fou dans cette expo. Pire qu’à un concert de rock. Tant de monde qu’il nous était impossible de voir les tableaux de Vince. Du coup, on a pu faire plein de blagues en disant qu’on ne savait pas qu’il y avait autant de monde qui venait écouter Julien Doré, que le public était de plus en plus en délire, et qu’il fallait faire attention aux mouvements de foule. On s’est demandé si Vincent nous ferait une dédicace à la fin de son concert.

Garde-le, ça prendra peut-être un peu de valeur plus tard

Les rares fois où j’y suis parvenue à approcher un peu ses toiles, je les ai trouvées croûteuses et assez vilaines. Mais j’imagine que c’est moi qui n’ai rien compris à son génie, et Adèle et moi nous sommes extirpées de la foule pour aller nous asseoir contre une pilasse bien fraîche en attendant que Mère et Laurence, qui scrutaient le moindre détail, ressortent de cet enfer.

Quand elle est enfin sortie, Laurence a déclaré : « Regarder des toiles de Van Gogh, c’est prendre une sérieuse leçon d’humilité ».

Tu as encore beaucoup à apprendre, Petite.

Avec Adèle, on a trouvé extraordinaire qu’un peintre puisse déplacer autant de foule qu’une rock star et on a imaginé que si on imprimait des grands cadres avec des photos de Bébédoux, on rameuterait encore plus de monde et ou pourrait faire fortune.

Dans le métro, en lisant la presse gratuite, Nico a remarqué que les anglais parlaient de Dinant comme étant « The place to be », signe évident qu’il nous fallait rentrer dans nos chaumières.

Dans le train du retour, j’étais installée à côté du Renifleur-Fou, qui reniflait bruyamment et compulsivement toutes les six secondes, nous mettant les nerfs en pelote.

Mère et Adèle se sont lâchement réfugiées dans la musique en mettant leurs écouteurs, me laissant seule face à l’adversité. Au bout d’un moment, quand les femmes de l’autre côté du couloir me regardaient avec des larmes dans les yeux, j’ai fait acte de bravoure en lui proposant un mouchoir. J’ai cru que tout le wagon allait m’acclamer, mais le Renifleur-Fou a refusé mon aide en disant : « Allergy ». Comme si avoir des allergies pouvait le dispenser de se moucher.

Mais comme la vengeance est un plat qui se mange froid, je me suis mise à puer très fort des pieds.

Ben oui, on avait fait 32 798 pas, après tout.

8 réflexions sur “London calling

      1. Ce qui fera un bon nombre de pas supplémentaires à enregistrer par le podomètre … ! 🙂

        En tous cas avec cet article j’ai appris qu’il ne faut pas confondre Dinan en France et Dinant ( avec un T ) en Belgique ! 🙂

      2. Ah oui, en effet 😉 Et je pense qu’elles sont jumellées

  1. Oh mais c’est dingue, j’ai pourtant lu et relu ce texte, mais sans jamais m’en rendre compte. Bravo, tu as gagné le privilège de nous accompagner en excursion la prochaine fois

  2. qu’est ce que ça fait du bien de te lire pour pouvoir rire de bon cœur! merci natha, car apprendre en s’amusant, c’est jouissif! bises!

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