Le jour où nous nous sommes déguisées en poules

Samedi, avec ma collègue Sophie C., nous participons à une balade contée organisée par un comité de parents sur le thème des oiseaux.

Puisque nous sommes des animatrices prenant notre métier très à coeur, nous avons préparé cet évènement avec le sérieux qui nous caractérise.

Quel vaste sujet que celui des oiseaux…

enfant-poule-retro

Notre première étape a été de choisir quel(s) oiseau(x) nous voulions aborder. Il a été très clair que nous avions une envie folle de nous déguiser. Après mûre réflexion, nous avons décidé que nous serions des poules. Paulette et Ginette. Ou alors Alberte et Roberte. Quelque chose dans ce goût-là.

Dominique M., notre costumière, a démarré au quart de tour. Dès qu’il s’agit de mettre la main à la patte (vous avez saisi mon jeu de mots ?), elle ne se sent plus et devient effervescente.

Nous avons parlé bec, nous avons parlé plumes, nous avons parlé paille. Dans notre habituel délire mégalomaniaque, nous avons même évoqué la reconstitution d’un poulailler géant.

Deux jours plus tard, alors que les préparatifs allaient bon train, je suis rentrée catastrophée dans le Bureau Rock and Roll (BRR). « Sophie, on est dingues ! On s’est trompées ! On ne peut pas se déguiser en poules ! ». « Et pourquoi donc, mon petit canari en sucre ? » m’a-t-elle demandé en pinçant ses lèvres dans son thé bouillant. « mais parce que c’est une balade contée sur le thème des oiseaux, pardi ! « . »Oui. Et alors ? ». « Alors… Les poules… ce ne sont pas des oiseaux ! ».

Il y eut un grand silence.

Immédiatement suivi de regards de connivence entre mes collègues. Des regards qui disaient « Décidément, sa méconnaissance du monde animal est encore plus abyssal qu’il n’y paraissait ».

Spécimen rare de poulpe pondeuse

Le lendemain, Dominique est venue me trouver dans mon bureau en me disant qu’elle était embêtée car elle avait perdu les ballons à gonfler autour desquels elle voulait enrouler le papier mâché qui servirait à faire nos masques. Elle m’a demandé : « Tu n’aurais pas un récipient, comme un bol, qui ferait la circonférence de ta tête ? ».

J’ai aussitôt essayé avec mon bol en grès au fond duquel séchait un restant de soupe au potiron, mais il était trop petit pour ma grosse tête.

« Viens, on va essayer de trouver quelque chose qui pourrait convenir. Et essaye un peu ce loup pour voir si la taille de l’élastique est bonne ».

J’ai enfilé le loup. J’ai voulu le garder pour aller à la recherche d’un objet qui imiterait ma tête et nous avons arpenté tout le bâtiment. Les collègues des autres sections m’ont jeté un regard mi-curieux mi-habitué. Dominique m’a dit : « Tu aimes bien ça, hein, créer un petit effet? »« Oui c’est vrai » ai-je reconnu en la suivant dans les couloirs.

Subrepticement, ma tête commençait à dodeliner. Peu à peu, je sentais l’âme de la poule s’emparer de moi.

Nous sommes arrivées dans la chambre d’Alfred.

La chambre d’Alfred, c’est le palier sur lequel nous allons RANGER tout notre matériel d’animation. Cette pièce porte ce nom car c’est là que vit Alfred le mannequin.

André lui a mis un masque de krampush et quelques vêtements afin qu’il ne se fasse pas arrêter pour attentat à la pudeur.

Quand Dominique a vu Alfred, elle s’est écriée : « Oh mais Alfred fera l’affaire. Il doit avoir à peu près la même tête que toi, non ? », ce qui m’a un peu vexée.

« Tu crois qu’il se démonte ? », a-t-elle demandé.

Aussitôt, elle a commencé à déshabiller Alferd et puis elle lui a dévissé le buste en déclarant solennellement : « Je ne garde que le haut ». Puis elle l’a pris dans ses bras et je l’ai suivie, toujours affublée de mon loup.

C’est de cette étrange façon que nous avons traversé pièces et couloirs afin de remonter jusqu’à son bureau : elle portant Alfred à bout de bras et moi décorée d’un loup.

Dominique a façonné les masques. Nous étions parées.

Voyez comme ce masque de poule sied bien à Alfred.

Moi et André, travaillant d’arrache-pattes

Quelques jours plus tard, nous avions une réunion tardive avec le comité de parents dans la maison de l’un d’eux. Arrivées devant la maison, nous avons toqué. Puis sonné. Puis attendu. Puis ressonné. Contourné le bâtiment. Regardé notre montre.

Il n’y avait personne au lieu de rendez-vous. On avait posé un lapin aux poules.

Dégoûtées parce que nous nous étions déplacées pour rien un soir bien tard, nous avons décidé d’aller boire un verre dans un café du coin au lieu de hurler  « Ouvrez-noooous » sur le trottoir.

Il n’y avait qu’un seul café ouvert dans les environs (Namur-city, un mardi à 20h30), « l’escapade », tenu par des albanais. Celui qui est en face de la friterie au grand dinosaure.

Nous nous sommes installées sur une banquette en skaï et nous avons commandé des Sprite avec des glaçons, même si j’ai décroché il y a des années déjà (ancienne addict au Sprite, j’ai replongé ce soir-là).

vieilles

Trop wopélop.

Dans le fond du café, des grands mâles baraqués jouaient aux fléchettes et perdaient leur crédibilité de mafioso en s’extasiant sur les pirouettes que faisait un petit Jack Russell.

Le tenancier nous a apporté nos verres et un immense ravier rempli de biscuits salés (« des croquettes », dirait Nel), ce qui nous à la fois vexées (« Mais putain, on n’est pas des morfales, quand-même ») et ravies (« Ah, enfin quelqu’un qui ne nous sert pas des portions de tapette »).

De la musique était diffusée assez fort et contrastait avec les images de l’attentat qui passaient sans interruption.

Nous nous sommes un peu insurgées : contre cette barbarie, contre les personnes qui annulent une réunion sans prévenir, contre les Jack Russell qui sont difficiles à dresser, et contre la mort de David Bowie, aussi.

Et puis Pascal Obispo a chanté.

Ma bouche est restée entrouverte quand j’ai vu que Sophie (Sophie la métaleuse) chantait avec lui « Plus que tout au mooonde » avec de beaux aigus et surtout beaucoup de conviction.

J’ai pris peur.

J’ai un peu mordu dans ma paille.

Surtout quand j’ai remarqué qu’elle connaissait TOUTES les paroles de la chanson et qu’elle la chantait avec fougue.

Pour ne pas qu’elle se sente gênée, je l’ai accompagnée de ma voix de star.

Les albanais sont devenus craintifs, mais je crois que le Jack-Russell-Crowe a apprécié notre intervention à sa juste valeur.

Je dis ça parce qu’il a aboyé, signe évident de son contentement.

Ensuite on s’est levées, on a déposé un billet de 5 euros sur le bar et nous sommes sorties.

Dignement.

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.