Pourquoi les islandais écrivent-ils des polars ?

Nul besoin d’être une bibliothécaire aussi érudite que moi pour savoir que les islandais excellent dans le genre du polar.

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(Notez à ce propos la similitude sonore entre les mots « polar » et « polaire ». Moi je dis qu’il n’y a pas de hasard).

Maintenant que je suis devenue une experte de l’Islande, je peux vous expliquer pourquoi, même si cela, vous verrez, tombe sous le sens.

En fait, tout s’explique par le désœuvrement.

Un désœuvrement typiquement islandais.

Car en Islande, la vie n’est pas toujours des plus funny-bunny.

Dans ce pays, il y a plus de moutons que d’être humains.

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Dans ce pays, ton plus proche voisin vit à 100 kilomètres et, pour te rendre chez lui, tu dois emprunter en voiture des pistes de cailloux qui te déglinguent les fesses et projettent ta tête dans le plafonnier.

Dans ce pays, ton voisin tond sa pelouse torse nu alors qu’il fait 7 degrés et un vent à te geler la carcasse.

Dans ce pays, les températures oscillent entre 7 et moins mille degrés.

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Dans ce pays, la lumière du jour n’existe pas en hiver.

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Dans ce pays, les bonnets que l’on porte 360 jours par an grattent terriblement.

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Dans ce pays, tu peux porter librement des pulls à jacquards sans que la brigade de la mode ne vienne t’emprisonner.

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Dans ce pays, ils ne sont toujours pas passé à la 4G.

Dans ce pays, tes parents décident de t’appeler Goudmoundour.

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Dans ce pays, les préceptes du feng-shui recommandent :

  • Des nains de jardin qui se paluchent derrière leur bêche. (Ce n’est pas hyper clair sur la photo, mais je vous jure que c’est ce qu’il fait).

  • Des voilettes aux fenêtres.

  • Des hologrammes de loups qui hurlent à la lune.

  • Des morues séchées et des crabes au regard de psychopathe en vitrine. (Mais c’est au musée de la morue, donc ça se tient).

  • Des néons roses dans les restaurants.

Dans ce pays, la seule sortie culturelle possible, c’est justement ledit musée de la morue.

Dans ce pays, les balançoires se balancent toutes seules avec le vent comme dans les films d’horreur.

BONJOUR L’AMBIANCE.

Alors, dans ce climat, il leur reste deux possibilités : se jeter dans un cratère de lave ou, plus acceptable, s‘exprimer.

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Vous imaginez bien que, du coup, les islandais ne vont pas écrire une nouvelle version de la petite maison dans la prairie, non. (Remarquez que mon exemple est justement mal choisi, car il n’y a pas plus dramatique que la vie de Laura Ingalls).

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Ils vont écrire des polars.

Des histoires glauques, avec des meurtres, de l’hémoglobine, des enfants disparus, des tueurs en série.

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Maintenant, grâce à moi, vous comprendrez que ça tombe sous le sens.

Sur ce, je vous souhaite une excellente soirée.

4 réflexions sur “Pourquoi les islandais écrivent-ils des polars ?

  1. Bonsoir, un beau billet, c’est un beau pays mais très sauvage il me semble , alors c’est normal que l’imagination soit très noire! bisous et bonne soirée MTH

  2. Je m’insurge ! Tu as quand même ramené des photos magnifiquement colorées ! Et puis si tu étais allée bien plus au Nord, jusqu’à Siglufjordur, tu aurais pu visiter le musée du hareng, qui est sûrement plus feng-shui que celui de la morue grâce à son vaste panorama des moyens de pêche utilisés entre 1938 et 1954 (j’admire cette précision). Après, j’admets que j’ai découvert Siglufjordur grâce à un auteur de polar islandais (Ragnar Jonasson, honteusement absent de tes trois exemples finaux) mais la question n’est pas là !

    Et puis la version islandaise de la petite maison dans la prairie existe ! C’est certes pas autobiographique parce que Steinunn Johanessdottir n’a pas vécu en 1627, mais ça s’appelle « L’esclave islandaise » et ça nous rappelle le triste mais néanmoins fort méconnu sort des 400 personnes enlevées par les Turcs aux iles Vestmann (ça tu connais, je crois) :

    https://www.babelio.com/livres/Johannesdottir-Lesclave-islandaise-tome-1/947633

    Bon, j’avoue, je ne l’ai pas lu, mais ça m’a l’air encore plus dramatique que les vies de Laura et Marie Ingalls réunie (parce que personnellement je trouve que la vie de Marie est encore plus triste que celle de sa soeur, mais c’est un autre débat).

    Mais je découvre à l’instant que l’héroïne s’appelle Gudridur, donc rien que ça ça vaut la peine !

    1. J’ai en effet vu passer ce roman sur l’esclave des îles Vestmann, mais je ne compte pas spécialement le lire tout de suite parce qu’elle est emmenée en Turquie, je pense, et du coup ça ne se passe pas en Islande…. Par contre, je vais me pencher sur Ragnar Jonasson (enfin… façon de parler)

  3. Pas en Turquie, en Algérie. C’est déjà un peu plus près 🙂

    Par contre, ne te penche pas trop vite sur Ragnar Jonasson, j’ai découvert qu’il n’est pas traduit dans l’ordre en français. Le premier est d’ailleurs toujours inédit…

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