Joyeuse Sans-Valentin

Rares sont les personnes aussi célibataires que moi.

Je sais, cette phrase sonne un peu bizarre car il n’existe pas de gradation dans le célibat. On l’est ou on ne l’est pas. Mais quand-même : s’il était une discipline sportive, je serais certainement championne olympique et je me pâmerais dans les couloirs de l’existence avec ma médaille en or autour du cou.

Mais le monde est ainsi fait qu’hélas, le célibat a mauvaise presse, en particulier quand il est en CDI comme le mien.


A entendre d’autres célibataires (les autres rares laissés pour compte, les restés-sur-le-carreau), il inspire pas mal de sentiments négatifs tels que la méfiance (38 ans et toujours célibataire, c’est louche), la tristesse (Et dire que tu n’as pas de mannes de chemises à repasser), l’inquiétude (Est-ce contagieux ?) ou l’incompréhension (Mais pourtant tu es belle et intelligente).

A une époque, j’ai pourtant essayé de rentrer dans le moule comme tout le monde. Mais les échecs successifs ont eu raison de ma candeur et j’ai fini par arriver à la septième case : celle de l’acceptation, avant d’être passée au préalable par le choc (Moi, une si belle donzelle, seule ?), le déni (en fait je sors avec Isidore, vous le rencontrerez peut-être un jour), la colère (Bordel de merde), le marchandage (Si vous me trouvez un mec, je jure d’arrêter les chips), la tristesse (c’est trop injuste), la résignation.

Je pense être en partie voire totalement responsable de cet état de fait, m’étant plus souvent qu’à mon tour passionnée pour les invertis en devenir, les enfoireurs affectifs, les hommes mariés en quête de sensations fortes ainsi que ceux qui, vêtus d’une simple peau de chamois, ne demandaient qu’à retourner vivre dans les bois pour entrechoquer des morceaux de silex.

Je ne vais pas vous mentir, cela m’a attristée à une époque.

Je suis même allée consulter une thérapeute. Au départ, j’y allais pour le deuil, mais comme elle me posait des questions sur ma vie affective et qu’elle aimait recourir à des images, je lui ai dit : « J’ai l’impression que ma vie affective est un champ de ruines, un immense champ de désolation, une terre aride sur laquelle plus rien ne pourra jamais plus pousser. Ou alors un champ de bataille. Vous savez, un décor de Syrie dans lequel des corps jonchent le sol. ».

Peu de séances après cette déclaration, elle m’a dit : « Je sens que vous allez mieux. Nous allons pouvoir terminer la thérapie ». Et je suis rentrée chez moi.

Mère a dit : « Je pense que ta psy ne t’aime pas », ce qui a grandement contribué à me remonter le moral.

Ce que je voulais dire, c’est qu’il y a pas mal d’avantages à la vie de célibataire :

Tout d’abord, je n’ai pas d’enfants.

Ce point à lui seul mériterait un article entier. Mais je peux d’ores et déjà dire qu’il n’y a pas un ou plusieurs petits êtres collés à mes basques. Je ne dois donc pas leur donner le bain, ni aller les conduire au foot le dimanche, ni faire les lessives de toute une équipe qui s’est roulée dans la boue.

En lieu et place de cela, je peux consacrer beaucoup de temps à ma créativité.

A moi, les après-midis de scrapbooking et de bullshit-journal.

Je dors en travers de mon lit et je peux faire des moulinets avec mes bras sans éborgner personne.

J’ai la photo de mon chien en fond d’écran de mon téléphone et personne ne me juge pour cela.

Ma tenue d’intérieur est si splendide que même Steve Urkel ferait une attaque.

Je crois encore aux histoires qui terminent bien. Cela fait de moi un être hautement original.

Et surtout, rien ne m’oblige à partager ma nourriture.

Vous voyez bien que c’est top !

Le jour où j’ai découvert le monde du métal

Aujourd’hui, les plombs ont sauté.

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Ding dong

Non, pas ceux-là.

Les vrais plombs.

D’abord, les lumières se sont éteintes.

Puis mon grille-pain a émis une étrange fumée noire.

J’ai cru que ma tartine brûlait. Mais une odeur de cochon grillé a rapidement envahi toute la pièce. J’ai pensé qu’il était curieux que ma tartine sente le porc. Alors je me suis levée de mon tabouret et je suis allée inspecter mon appareil électroménager. Mes tartines étaient saines et sauves. Par contre, quelque chose collait dans le fond. Un objet.

J’ai retourné mon grille-pains afin d’en extraire l’objet, mais il avait fondu sur la résistance.

C’était une lampe de poche.

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Comme c’est étrange, mon cher Watson

Je vous vois déjà venir : vous vous imaginez qu’il s’agit d’une énorme lampe torche et vous vous demandez comment diantre elle a pu atterrir (et rentrer) dans un grille-pain.

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« Mystère et boule de gomme, Mulder »

Je vais vous expliquer :

Il s’agit d’une petite lampe qui sert de pointeur et de porte-clés et qui a la taille d’un petit doigt. Elle était posée sur une étagère qui se trouve au-dessus de mon grille-pain. Preuves que mon récit est PROBABLE, contrairement à ce que m’ont dit mes collègues quand je leur ai expliqué « Ce matin, ma lampe de poche est tombée dans mon grille-pain »

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grille pain

Et d’où me vient cette lampe de poche ? Ca, c’est une autre chouette histoire.

Ce soir là, avec les copines, pour notre PEH (Plan d’Elargissement d’Horizons), on avait décidé de s’inscrire à un blind test.

De métal.

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Alors qu’aucune de nous n’écoute de métal.

Je sais que cela peut sembler intriguant, mais c’est bien ça le concept, après tout : élargir nos horizons. Et nous, on avait naïvement pensé que l’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne.

ouverture d'esprit
Un vrai courant d’air

On a donc uni nos attitudes positives afin de former une équipe. Une team du feu de l’enfer (Vous voyez ? Je commence d’ores et déjà mon immersion en milieu métalleux)

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« Soirée blind test »

Mis à part élargir nos horizons, une soirée PEH a deux autres objectifs : briser les aprioris (ne nous leurrons pas, on en a toujours) et, but ultime, faire LA rencontre d’une vie. Ici : trébucher dans les ABL d’un type barbu qui porte une veste sur laquelle il est écrit en lettres de sang « Fuck Jesus » et qui porte des bagues en forme de dragons.

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« Tu serais dispo vendredi soir ? »

Question aprioris, on pensait qu’on allait se retrouver avec huit autres tables dans un petit café pourrave le long d’une gare de chemin de fer et qu’on écouterait des extraits chantés hurlés par des sauvages et que, tout en observant la faune environnante, une petite mousse bien fraiche à la main, nous écririons de temps en temps dans une colonne « Marylin Manson » ou « les Hanson ».

QUE NENNI.

C’est que c’était du sérieux, cette affaire là.

Nous avions sous-estimé notre adversaire.

Il y avait, dans une immense salle des fêtes, des dizaines et des dizaines de tables. Des centaines de métalleux. Une foule. Un troupeau. Une horde.

Sûr qu’on allait faire tache, mais en gardant notre air le plus naturel, nous parviendrions certainement à nous fondre dans le décor.

« Je vois un tatouage tête de mort »

« Sympa, la petite sauterie »

Il nous fallait un nom d’équipe. En général, on se fait appeler  » Les petits poneys en foufette « , mais on a eu peur qu’on nous jette des bracelets à clous au visage, donc on a opté pour  » Les dark caniches « , ce qui a un peu plus de gueule et de mordant.

« Craignez-nous »

Ceci étant fait, nous avons rejoint la table qui nous était assignée et le jeu a commencé. Ils l’ont annoncé de but en blanc : il y aurait 7000 questions. Pire qu’un examen à l’Université. (Et non, je n’exagère JAMAIS).

Les questions ont commencé à défiler, nous laissant pantoises et silencieuses (chose rare, au demeurant).

Entre chaque manche, les résultats défilaient sur l’écran géant, rendant notre humiliation publique.

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On a un peu ri en notant ça et là « Joe Dassin » ou « Chantal Goya ». Mais en vrai, on ne s’amusait pas tant que ça.

C’est alors qu’ils ont annoncé que la première équipe recevrait des cadeaux, ainsi que la dernière.

Et cela nous a donné le sens du challenge : nous avons décidé d’en faire notre parti en essayant de terminer les dernières.

Et plus on restait les dernières plus on rigolait, ce qui a provoqué des regards de pitié de la part des autres joueurs, qui ne comprenaient pas bien notre trip.

A la fin de la soirée, après avoir rendu 30 pages quasiment vides, on nous a appelées à monter sur le podium car nous avions relevé le défi : être les lanternes rouges.

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« Rentrez chez vous, les grognasses »

Dans le sac, il y avait des CD de chanteurs qu’on ne connaît pas, un beau T-shirt David Bowie (ce qui tombait bien parce que Tina est fan) et, vous vous en douterez, des lampes de poche qui finissent par tomber dans des grille-pain à en faire sauter les plombs.

Comme cela, vous saurez tout sur nos engagements visant à élargir nos horizons

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La banalisation des relations humaines

Il y a quelques années, voyant qu’avec les hommes je prenais des râteaux en série, cultivant de la sorte un célibat fort inquiétant, je suis allée voir une psy.

Contre toute attente, elle ne m’a pas prescrit des petites boules roses, mais m’a prodigué quelques conseils qui me servent toujours à l’heure actuelle (à l’heure où je continue à prendre des râteaux en série).

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« C’est mon karma, je crois »

Dans ces conseils, un en particulier a retenu mon attention.

Il parait que je dois banaliser les relations humaines.

En particulier celles avec les hommes.

Il semblerait que je m’emballe trop, et trop vite.

A moins qu’elle ne l’ait seulement sous-entendu ?

Toujours est-il que j’ai toujours gardé ce concept dans un coin de ma tête : « la banalisation des relations humaines », et que ça m’aide grandement.

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« Epousez-moi, Jean-Pierre »

Du coup, avec Mel et Nel, on a trouvé un nouveau jeu qui nous éclate. Trouver des exemples (criants) de banalisation.

On y joue toujours un peu avant que je ne file à un premier rancard. Ça aide à rester légère et détachée, à ne pas faire de plans sur la comète, à ne pas démarrer sur les chapeaux de roue.

PAR EXEMPLE :

  • Je banalise, mais la chambre du petit, je voudrais qu’elle soit peinte en coquille d’œuf.
  • Je banalise, mais je crois que pour mon anniversaire, il va m’offrir un diamant monté sur une bague.
  • Je banalise, mais on va prendre un chiot.
  • Je banalise, mais j’ai déposé la liste de mariage chez Love-me-and-co
  • Je banalise. Je me demande juste si je rentre dans la robe de mariée que m’a cédée mon arrière-grand-mère.
  • Je banalise. Tu penses que Barbara viendra à ma baby-shower ?
  • Je banalise. Je parle en « nous ». D’ailleurs, nous banalisons.

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« Tout ce pastel me sied bien au teint »

Il est vrai que si je ne veux pas que Scully et Mulder me retrouvent dans mon studio dévorée par mon berger allemand, j’ai tout intérêt à changer d’attitude en me détachant un petit peu de la gent masculine.

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« Punaise, elle a morflé, tout de même »

Ça, par exemple, c’est mieux : 

 

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sandwich

Ce que j’ai omis de dire à ma psy, c’est juste que je trouve dommage de vouloir banaliser ce qui, par essence, est tout sauf banal.

Mais je comprends où elle voulait en venir, bien entendu.

D’ailleurs, je sens que je vais y parvenir.

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Ma première (et dernière) roller parade

Je me sentais emplie d’une énergie positive ce jour-là. Prête à prendre le taureau par les cornes et la vie à bras-le-corps. Un jour idéal pour entamer un bon petit PEH.

Pour rappel : Un PEH, c’est un Plan d’Élargissement des Horizons. Destiné aux célibataires, il consiste à participer à une activité à laquelle nous n’aurions peut-être jamais participé naturellement dans le but justement d’élargir nos horizons et, éventuellement, faire LA rencontre fatidique.

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Extrêmement inspirée, j’ai pensé rejoindre Nel-Bichon à la roller parade du jeudi.

C’est bien, le roller. C’est une activité nouvelle pour moi, sportive, qui permet de se dépenser un peu en s’amusant et en prenant un bon bol d’air avec les copines.

Il faut savoir que Nel a l’habitude de ce genre d’activité. Elle fait du roller toutes les semaines depuis des années et elle ondule sur le bitume comme si elle était née des roulettes greffées aux pieds.

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Roller #mapauseentrecopines

Quant à mon expérience de ce sport, elle est plus limitée.

Enfant, je faisais bien quelques allers et retours avec mes patins à roulettes Fisher Price dans la petite cour devant la maison, mais je ne tombais jamais parce que je marchais au ralenti, en soulevant bien mes pieds comme un cosmonaute qui aurait peur d’abîmer la Lune.

Pour faire du roller, il faut un minimum de matériel. Ne fût-ce qu’une paire de rollers, me direz-vous. Et je pense que des protections chevilles-jambes-genoux-coudes-mains-visage ne seraient pas du luxe non plus, à vrai dire.

En femmes avisées, nous avons décidé de profiter des soldes afin d’acquérir ma panoplie de parfaite patineuse.

Nel, en imminente spécialiste, m’a accompagnée. Elle voulait s’acheter une paire elle aussi, parce que les roues de ses rollers actuels se dévissent et elle pense (sans doute a raison) que ce n’est ni pratique ni sécurisant.

Hystérie dévastatrice des soldes oblige, il ne restait que peu de paires à ma taille, pour ne pas dire qu’il n’en restait qu’une seule. Mais quelle paire ! D’un rose bonbon irisé, ces rollers là ressemblaient un peu à de grosses dragées. Des rollers de Spice girls.

roller rose.png« Mire-moi cette magnificence »

Nel m’a conseillé de les essayer en me promenant un peu dans le magasin. J’ai donc obtempéré.

Mon intention était la suivante : ne pas la ramener et faire un petit tour nonchalant dans les allées du magasin.

Des images qui me parlent !

C’est dingue comme l’équilibre -cet élément qui semble inné- devient rapidement une notion désuète et lointaine, une fois perchée sur ces engins.

J’ai très vite senti que les séances de mon enfance sur mes Fisher-Price à quatre roues et crans d’arrêt ne m’avaient pas suffisamment préparée à affronter la vraie vie d’adulte, celle où l’on doit chausser des bottines roses élevées sur une seule rangée de roulettes très très glissantes.

Vous vous en doutez : il ne m’a pas fallu deux secondes pour choir lamentablement et avec grand fracas parmi les tringles de maillots de foot, elles-mêmes montées sur roulettes.

essayage rollersUn choc violent, conduisant immédiatement à une fesse violette.

Quel sport dangereux.

J’ai croisé les doigts pour que tout se déroule bien et que le circuit ne nous fasse pas passer le long de la Meuse. Car je refuse de déraper et de couler à pic, entraînée par le poids des grosses dragées vissées à mes pieds.

Trois fois hélas, je crains que le «Plan d’élargissement d’Horizons» ne se transforme pour moi en «Réduction de tous les horizons». Car une fois édentée, mon potentiel de séduction diminuera de beaucoup.

30 photos de mecs en shorts dans les années 1970, une tendance oubliée qui rendait les hommes cool

Et puis, étant donné que Nel possède maintenant deux paires de chaussures roulantes, elle a bien voulu m’offrir son ancienne paire. Vous savez, celles dont les roulettes se dévissent…

roller parade

Sachez que j’aurai l’honnêteté de vous raconter la roller parade dans ses moindres détails, malgré tout ce que cela a d’humiliant. Question d’honnêteté intellectuelle.

Déjà, le parcours commençait par un tas de petites rues pavées et escarpées, ce qui n’est pas très chic de la part des organisateurs, vous en conviendrez.

Dès le signal de départ, j’ai pris un fameux retard sur le peloton. J’ai  les ai laissé les autres participants foncer à toute berzingue pendant que j’analysais l’étrange aspect du terrain. Là, j’ai voulu faire un peu d’humour en criant « Faux départ ! », mais personne ne m’écoutait, à part Nel qui essayait de me rassurer en m’expliquant que le sol serait plus praticable un peu plus loin.

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C’est de cette manière qu’en cinq minutes à peine je suis devenue la lanterne rouge.

Les types qui encadraient l’événement se sont mis à me hurler dessus parce que j’étais trop lente à leur goût, que je devais me dépêcher parce qu’ils ont un timing à respecter. (Je croyais que le sport aidait à sécréter des hormones de joie, mais chez certains il semblerait que c’est plutôt de l’agressivité).

Etant donné que je tenais à peine sur mes jambes, il m’a semblé bien difficile d’accélérer la cadence. Ils m’ont donc ordonné (au bout de 5 minutes de trajet, je vous le répète) de monter dans le bus balai, qui venait à peine de démarrer.

Nel, en fidèle amie qui braverait tout pour moi, même le ridicule, m’y a accompagnée. Dois-je le préciser ? Il n’y avait que nous deux dans la camionnette. Et Jean-Claude (le chauffeur), bien entendu.

Jean-Claude nous a déposées un peu plus loin, là où la route était plate et lisse comme un miroir.

Là tout se passait mieux, surtout quand Nel me poussait dans le dos pour éviter les sarcasmes de l’équipe-d’-hommes-agressifs qui nous entourait à nouveau.

Ensuite, comme elle connaît bien le parcours, elle m’a avertie que le chemin allait monter très fort et qu’il serait plus prudent de remonter dans le bus.

Jean-Claude nous a laissées monter, parce qu’il nous connaissait bien. On a bavardé un peu avec lui. Il est chauffeur depuis 22 ans. On est redescendues un peu plus loin, après la route escarpée.

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« A plus, Jean-Claude Duss »

C’est scientifique : toute route qui monte doit redescendre un jour.

Nous avons donc entamé la descente. Je mourais de peur. J’entendais mes genoux jouer des castagnettes.
J’avais des visions de moi ayant fusionné avec un buisson plus bas, ou, pire, avec un lampadaire. Voyant mon air livide, Nel tenta de me rassurer en m’expliquant avec beaucoup d’assurance qu’elle me tiendrait par le pantalon pour éviter que je ne fasse un strike humain un peu plus bas.

Rapidement, mon cerveau évalua la situation : Nel pèse la moitié de moi. C’est une frêle jeune femme alors que je suis une force de la nature (je vous rappelle que je mange beaucoup de dinosaures russes). Voyant que je doutais, elle me rassura en me disant  : « J’ai beaucoup de force, mon bichon ».

C’est donc de cette manière que nous avons descendu la route, Nel positionnée derrière moi, m’agrippant par la ceinture afin de ralentir notre allure. Je ne freinais pas (Nel s’en chargeait) et je fermais les yeux de panique. A ma grande surprise, nous sommes arrivées entières en bas, sans encombres.

Et puis, tout à coup, la route est devenue merveilleuse. Le macadam glissait comme de la soie, mes belles dragées avançaient élégamment sur l’asphalte.

Les derniers (ces loosers) étaient loin derrière moi et nous nous sommes même lancées dans une grande discussion philosophique sur notre dégoût pour les tomates crues.

Seulement voilà : Nel roulait un peu trop vite à mon goût et moi, trop fière pour lui demander de réduire un peu le rythme, j’essayais de l’écouter, de parler, tout en roulant, choses que toutes les vraies rollerwomans font très naturellement, dans le genre « je gère, Albertine ».

Sauf que je ne gérais rien du tout.

Et là, c’est le drame.

Mes roulettes s’emballent, mon corps tangue dangereusement, mes bras font des moulinets, suivis par mes pieds, et je fais exactement ce que l’on m’a dit mille fois de NE PAS faire : tomber en arrière.

Sur l’arrière-train, avec violence.

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Les autres participants filent droit sur moi à toute vitesse en essayant de m’éviter au dernier moment (vous savez, un peu comme ces voitures sur l’autoroute qui se trouvent face à un obstacle : un cadavre de chien, une chaise en bois,…).

Je me relève, un peu sonnée. Je reprends ma course, cette fois plus lentement. Je ressens une douleur qui me vrille l’arrière-train.

Cinq minutes plus tard, les roues d’une de mes dragée se bloque net. Plus moyen d’avancer.
C’est à ce moment là que Jean-Claude Duss arrive avec son bus (car je suis à nouveau la lanterne rouge) et qu’il nous ordonne de remonter avec lui.

Je rappelle tout de même que j’étais là pour rencontrer de beaux jeunes rollermans.

Mais je ne recommande ce PEH à personne car :

– Les beaux rollermans musclés et qui assurent se trouvent à la tête du peloton, ce à quoi il est difficile de parvenir à moins de suivre un entraînement intensif.

– Je ne pense pas non plus que les hommes soient positivement fascinés par cette mine rougeaude que j’affiche dès qu’il me faut bouger les fesses – ce n’est donc pas lors d’un quelconque événement sportif que je rencontrerai un prince.

– Ce n’est pas non plus dans le bus balai que l’on rencontre des princes. On y rencontre plutôt ceux qui n’ont pas une condition physique d’enfer ou un moral d’acier, ou encore ceux qui rencontrent sur leur chemin nombre de problèmes techniques (à éviter).

– Les types de la roller parade, s’ils devaient être représentés sur un plan plus large (planétaire, par exemple), seraient dignes d’être de ceux qui dirigent un état totalitaire, une société où l’on élimine les plus faibles.

Quant à mon arrière-train, il est sévèrement paralysé, et la douleur est atroce.

coccyx-brise-e1472476941815« Bref, j’ai fait du roller »

(Tenter de) sortir du célibat grâce au PEH

Pour rompre son mauvais karma et pouvoir un jour convoler en justes noces, tout célibataire se doit d’appliquer ce que je nomme communément le P.E.H. (Plan d’Elargissement d’Horizon).

Mais qu’est-ce qu’est exactement un PEH ? me demanderez-vous fort à propos.

Un PEH, c’est : Sortir de chez soi au lieu de larver en pantoufles dans un canapé défoncé, un plaid sur les genoux.

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« Ce soir je joue à Farm heroes saga »

Mais pas sortir de chez soi pour aller s’acheter un paquet de clopes ou de chips au paprika, non. Ni sortir de chez soi pour aller s’adonner à son activité préférée, d’ailleurs.

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C’est s’éloigner de chez soi pour sortir de sa zone de confort (canapé et biscuits au chocolat), prendre un peu de risque et  élargir des horizons parfois trop étriqués (canapé et biscuits au chocolat).

Entamer un Plan d’Elargissement d’Horizon, c’est s’inscrire à une activité à laquelle nous ne nous serions pas rendus de notre plein gré. En agissant de la sorte, nous agrandissons notre champ de vision, nous œuvrons à devenir une personne ouverte d’esprit un peu touche-à-tout.

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« Bien-sûr que j’adore le curling ! « 

Vous pourriez rencontrer celui ou celle qui fera chavirer votre cœur dans un stage de poterie ou de macramé.

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« Cessons de tourner autour du pot »

Un PEH contribue surtout à faire de nouvelles connaissances. Mais ne nous leurrons pas et cessons de tourner autour du pot : un PEH a pour objectif d’éventuellement faire LA rencontre fatidique.

« J’ai la banane »

Etant la créatrice certifiée du PEH, j’ai quelques conseils pratiques à vous divulguer afin que cela se passe dans de bonnes conditions :

Petit a : Évitez les passions qui ne conviennent majoritairement qu’à un seul sexe.

Les filles : oubliez ce stage de scrapbooking pour lequel vous hésitez. Il n’y aura aucun homme inscrit et, s’il y en a un, c’est peine perdue, je vous le dis tout de suite.

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« Je crois que je vais coller quelques paillettes autour des photos de mes nouveaux amis »

Petit b : Restez réalistes.

Les hommes : Si peu de femmes s’inscrivent à des initiations à la mécanique et à la carrosserie (voir point 1), il est plus que probable qu’elles ne véhiculent pas le fantasme escompté.

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« Bonnasse et mécanique »

Petit c : Ciblez votre activité

Si vous vous fantasmez sur les hommes qui portent des sarouels et des chaussons en laine bouillie, dirigez-vous vers le bien-être, ou versez carrément dans le new-age. Optez par exemple pour la cuisine des plantes sauvages, le yoga transcendental, la lévitation. Inscrivez-vous à une conférence sur les sept clés de l’Ouverture du Soi ou allez vous promener ce dimanche au Salon des pierres et des cristaux.

Si par contre, ce sont les mecs en polo Lacoste qui vous branchent, optez pour quelques cours de golf.

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« Les hautes chaussettes jaunes : LE fashion faux-pas du moment »

Petit d : Suivez une de vos connaissances dans un de ses domaines de prédilection.

Vous vous sentirez moins seul et c’est avec plus d’assurance que vous ferez vos premiers pas dans ce bal folk ou cette initiation à la cuisine moléculaire.

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« C’est très goûtu »

Attention tout de même à ne pas rester scotché à l’ami en question. A deux, on se sent mieux pour aller vers l’inconnu, mais on à tendance à prendre moins d’initiatives. Pensez à demander à ce beau brun là-bas dans le fond s’il peut vous montrer comment danser la gigue.

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« Plus simple que ça, tu meurs, Poulette »

Petit e : Veillez à votre budget.

N’investissez pas un millier d’euros dans une tenue de patinage artistique si vous pressentez qu’après la troisième mi-temps vous rentrerez chez vous, dégoûtée à tout jamais de la notion même de sport.

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« Ne me lâche pas, Connard »

Petit f : Faites d’une pierre deux coups en vous inscrivant à une activité qui peut vous être utile au quotidien.

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« J’ai fabriqué une niche pour mon chien imaginaire à mon cours d’ébénisterie »

Petit g : Il parait que commencer un PEH en participant à une activité organisée par l’équipe masculine de rugby peut s’avérer tout à fait bénéfique.

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« Dieu du ciel ! Mais votre balle est ovale ?! » (Chat-balle : ok, je sors)

Petit h : Gardez à l’esprit que vous n’aurez pas forcément en commun la passion de votre élu(e).

A moins que vous n’ayez eu une véritable révélation lors de cette journée d’initiation à la philatélie.

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« Je pense qu’on l’a en double, celui-là, mon chéri »


Tupperware Versus Upperware

Quelle ne fut pas la surprise de mes collègues quand je leur ai annoncé de but en blanc : « Ce soir, je me rends à une démonstration Tupperware ».

Il y eut mâchoires tombantes, Il y eut rires, il y eut sarcasmes, il y eut grand remou.

Parce qu’apparemment, je suis tellement rock and roll que m’imaginer à une démonstration Tupperware, c’est un peu comme imaginer Amy Winehouse chez le toiletteur pour yorkshire. Ni plus ni moins.

« Rehab dans ta face »

Je ne vous cache pas que j’aurais préféré me rendre à une rave party ou, plus réalistement à un autre genre de démonstration, du style « Upperware », par exemple.

« Gode Save The Queen »

Mais il faut se faire à l’idée que cette fois c’est bien vrai, la quarantaine me guette, et ce que l’on me propose comme activité un soir de semaine, c’est me présenter un stock de boites en plastique.

ENJOY.

« Danse de la joie »

« Il faut vivre avec l’acceptation de son âge », me suis-je dit.

C’est donc résignée que je me suis rendue à la réunion, en parfaite ménagère que je suis malgré tout.

« Je les ai presque toutes »

Je ne vous raconterai pas comment s’est déroulée ma soirée, sous peine de vous tenir un listing du catalogue et de vous assommer définitivement.

J’irai droit au but, vous avouant avec honte une chose incroyable : je me suis acheté un appareil révolutionnaire qui bat les blancs en neige.

Et, ça, sans vouloir faire de parallèle dégueulasse, jamais je ne l’aurais acquis à une soirée Upperware.

« Je me sens très Miaou-Miaou, ce soir »

« Bats tes blancs tout seul comme un grand, moi je lis « Femmes d’aujourd’hui » »

C’est pas gai

Ce jour là, j’apprends que le mec qui me plait est homo.

Comme c’est la quatrième fois dans l’existence que ça m’arrive (je dois avoir le gaydar défectueux), ça commence à faire beaucoup alors je me mets à pleurer ma misère à l’arrière de la voiture que Nel et Sébastien conduisent.

Insensibles à ma détresse, ils mettent un peu de musique.

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