Marraine d'exception

J’ai gardé un enfant (2)

Donc, je suis allée chercher Salomé chez elle samedi midi.

J’ai mangé un sandwich là-bas.

Enfin, disons que j’ai partagé MON sandwich, puisque la petite Elsa, cul nu, s’est installée sur mes genoux et a poigné dedans pour le mordre. Elle l’a ensuite reposé sur la table pour boire une grande gorgée dans mon Orangina, et ainsi de suite jusqu’à disparition dudit sandwich.

Même s’il n’existe aucune épreuve aussi extrême sur cette Terre que de partager sa nourriture, j’ai pris sur moi car, comme j’allais garder un enfant, il fallait que je fasse preuve de souplesse et de dévouement.

J’ai déjà assisté plein de fois à des scènes où des adultes donnent sans rechigner le dernier morceau de leur biscuit à un enfant qui le leur réclame, soit par sacrifice, soit parce qu’ils sont « au-dessus de tout cela ».

Personnellement, je me suis toujours insurgée contre ce comportement, car au nom de quoi devrais-je donner ma nourriture ? Juste sous prétexte qu’il s’agit d’un enfant ?

oisillons

Tenez, les moches

D’abord, on est allées chez Mère (qui n’était pas là : vous voyez que j’étais seule avec un enfant) pour profiter de sa piscine.

Comme de bien entendu, c’était le seul jour où il faisait froid, mais Salomé m’a obligée à la suivre.

Elle avait les lèvres bleues, ce qui n’avait rien pour me rassurer, alors j’ai tenté de la blouser en lui disant : « Ok, je te suis, mais je m’assieds sur le flamingo » (vous comprenez ? En théorie, je suis dans la piscine, et en pratique, je ne touche pas la flotte).

bouée

Si, si, c’est bien moi sur la photo

Bien entendu, quand j’ai voulu grimper sur la bouée, j’ai basculé d’une façon fort peu gracieuse dans l’eau glacée.

sauvez willy

Ma filleule, tout de go, a riposté : « C’est bien fait pour toi, Natha. Parce que tu ne voulais pas y aller ».

Ce qui prouve que la cruauté peut habiter ces petits êtres dès le plus jeune âge.

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Après, nous sommes allées voir les chevaux au manège.

Mais ils étaient tous partis en promenade, donc on s’est rabattues sur l’observation des koïs de la mare.

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On leur a fait un petit shooting photos pour pouvoir les dessiner une fois à la maison.

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Ci-dessus : un koï, un scarabée aquatique qui envoie des décharges électriques et un lapin des mers.

Ensuite, on a créé un bracelet en enfilant des perles (quelle galère) et puis, avec ce bracelet, on a joué à cache-objet.

Le soir, je lui avais dit que nous irions manger au restaurant chinois, donc on s’est fait belles (Salomé s’est un peu maquillée. Quant à moi, je suis restée avec ma beauté au naturel).

Quand on est arrivées chez Chen, le restaurant était complet et je n’avais pas réservé donc on s’est retrouvées Gros-Jean-comme-devant sur le perron du restaurant.

Salomé m’a dit : « Ce n’est rien. On pourrait aller manger des sushis ». Ce qui m’a impressionnée de la part d’une petite fille de huit ans. Puis elle est redevenue petite fille en mettant sur un même pied d’égalité la proposition suivante : « Ou alors on va chez Quick. »

Je lui ai dit : « On fait ce que tu préfères. »

Et c’est comme ça que je me suis retrouvée chez Quick, en train de manger son hamburger qu’elle n’a pas daigné toucher (c’est qu’elle a un instinct de survie développé) tout en la regardant jouer dans les balles, fascinée, parce qu’à son âge, je serais restée collée dans les jupes de ma mère sans oser partir à l’aventure dans les toboggans du Quick. C’est peut-être un drôle d’indicateur, mais c’est là que je me suis dit : « Ma filleule va bien ».

Ensuite, elle a voulu retourner chez ma maman (qui était rentrée) et elle a carrément brossé tout le monde dans le sens du poil.

  • Elle a mangé le ramen préparé par Adèle en lui disant que c’était meilleur qu’au restaurant.
  • Elle a demandé à Mère qu’elle lui montre son jardin (qui est sa plus grande fierté) et elles sont parties main dans la main cueillir des fraises pour le dessert.
  • Elle a demandé à Adèle si elle pouvait « lui parler un peu de mode » et elles sont parties explorer son dressing (qui est sa plus grande fierté).

Ensuite, on est rentrées chez moi et elle m’a dit : « Je n’ai pas envie de dormir. Si on faisait une nuit blanche ?! ».

Décidément, elle veut en faire une tradition.

J’étais très fatiguée, mais j’ai eu honte de vouloir aller me coucher avant un enfant de huit ans donc j’ai dit OK et on a regardé un film de gym sur Netflix, confortablement installées dans mon lit.

A minuit dix, j’étais soulagée qu’elle se soit endormie, car du coup, j’ai pu dormir aussi.

Voilà comment s’est déroulée notre journée.

J’ai donc gardé un enfant.

Et, sans vouloir me vanter, je dirais que Françoise Dolto me doit une fière chandelle, parce que je lui ai tout appris.

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Fan des enfants·Marraine d'exception

J’ai gardé un enfant (1)

Oui, je sais : ce titre vous en bouche un coin.

Et pourtant, pour une fois, il n’est ni racoleur ni mensonger : il est simplement vrai.

Car oui, j’ai gardé un enfant.

Pendant un week-end entier.

Disons que j’essaye de ne pas en faire une habitude, mais ce n’est pas pour autant que c’est la première fois que ça m’arrive :

  • Mes petites sœurs sont nées alors que j’étais adolescente et j’en connaissais un rayon grâce à elles.
  • D’ailleurs, c’est moi que mon amie Christine appelait quand sa fille est née pour que je lui donne des conseils. (si, je vous jure).

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  • J’avais 18 ans quand ma filleule Aglaé est née. A cette époque-là, ma tante jouait dans une pièce de théâtre et me confiait donc le bébé qui venait de naître pendant des soirées et nuits complètes.
  • J’ai emmené mon filleul Elias en vacances à Marseille pendant une semaine entière. On a manqué rater le train du retour, mais à part cela, il est rentré en un morceau chez lui, le cœur empli d’un mirifique séjour durant lequel il a embroché des pieuvres.
  • Je suis partie en vacances avec mes amis et leurs enfants.

  • Pas plus tard qu’il y a 15 jours, j’ai gardé mon filleul Félix et son frère pendant que Mel-bichon et Monsieur Fred s’octroyaient une petite sortie. Et j’ai bien géré, y compris quand le petit chou de quatre ans m’a demandé : « Dis Natha, pourquoi mon zizi il se lève ? ».

Alors, quand Salomé (8 ans) m’a demandé de venir passer un week-end chez moi, disons que je me suis sentie suffisamment aguerrie pour pouvoir dire oui.