Comment j’ai fait tomber mon téléphone dans les égouts d’Athènes

Je sais, mon titre est accrocheur, et peut-être même trop car il dévoile une partie du suspense, mais en tant que chroniqueuse professionnelle, j’ai appris que l’important, c’est d’avoir un titre accrocheur.

Suivi d’un récit captivant.

Je vais tenir mon public en haleine

Ce matin, seul jour où je pouvais dormir car je suis en congé, mon réveil a sonné à 6h45 (la faute à moi-même qui avais oublié de le désactiver), m’extirpant d’un rêve vraiment trop chelou où j’étais kidnappée par un groupe de talibans sexy

talibans
Je crois qu’on va la relâcher, la Grognasse

(Cherchez pas, même Jung ne peut rien pour moi).

Parlez-moi de votre enfance, nathaliochka

En plus, je vous raconte tout ça, mais ça n’a strictement rien à voir avec le récit qui va suivre.

J’ai checké mon téléphone et là, j’aperçois que Facebook souhaite partager un souvenir avec moi.

C’est gentil, Facebook, mais il s’agit tout de même d’un souvenir légèrement humiliant.

Vous vous en douterez grâce au titre, il s’agit du jour où j’ai fait choir mon téléphone dans les égouts d’Athènes.

telephoneegout

« Comment Diantre as-tu pu réussir une chose pareille, Nathaliochka ? », me demanderez-vous si vous n’étiez pas là ou, plus simplement, si vous ne me connaissiez PAS DU TOUT.

« C’est un art », vous répondrais-je en toute humilité.

Le fait est que nous étions parties avec « les copines » en voyage à Athènes. Les copines, ce sont les copines du cours de peinture avec qui nous vivons de grandes épopées pleines de soleil, de retsina et de peinture à l’huile.

Les Caryatides des temps modernes

Nous nous étions installées dans un marché aux puces pour dessiner.

Mère et moi avions les pieds en compote, donc nous avons décidé de nous asseoir sur le rebord d’un trottoir.

Nous avions installé notre mini campement : un sac à dos, des plumiers, des carnets, en bref, tout un joyeux bordel et quand je me suis relevée pour je ne sais quelle raison, mon sac à dos s’est relevé aussi, sac à dos sur lequel était posé mon téléphone. Le sac à dos, quant à lui, vous vous en doutez, était posé sur des grosses grilles d’égouts, mais ça, évidemment, je ne l’avais pas vraiment enregistré.

Et là, ce fut le drame.

Mon téléphone périclita dans les égouts.

J’ai fait un grand « Aaaah » suivi d’un silence (le silence du choc) et je suis restée prostrée quelques secondes, ce qui a fini par alerter Mère qui, lâchant son pinceau, m’a demandé : « Mais qu’est-ce qu’il t’arrive, Natha ? ».

D’un doigt tendu je lui ai indiqué mon téléphone.

Il se trouvait plusieurs mètres plus bas, dans le seul égout sec de toute la ville (ce qui est important dans ce récit), sa chute ayant été amortie par un tas de feuilles mortes. D’énormes grilles en fer bouchaient l’entrée, alignées de manière trop régulière pour que l’on puisse y glisser la main, et encore moins le bras.

Je crois que Mère a dit sa phrase fétiche : « Oui mais Natha ! » et qu’elle a essayé de passer la main alors qu’on voyait tout de suite que c’était perdu d’avance.

En quelques secondes à peine, un tas de beaux athéniens nous a encerclé.

Aidons cette cruche belge

Ils ont rapidement évalué la situation et ont décidé de nous venir en aide.

L’un d’entre est parti en courant et est revenu illico presto, brandissant un archet de violon qu’il vendait sur son stand, et l’opération sauvetage a commencé.

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C’est à ce moment là que Laurence est arrivée. Elle était extrêmement excitée par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux. Elle a dit : « C’est trop génial ! Je vais tout photographier ! Faire un petit reportage ! »

Elle prenait donc des photos et moi, on m’avait mise sur le côté, il parait que je ne pouvais plus toucher à rien et c’est donc impuissante que j’assistais au spectacle.

Mère et son équipe d’athéniens ont été incroyablement habiles et, alors que je m’apprêtais déjà à dire adieu à mon téléphone, ils l’ont remonté des tréfonds. Coincé entre le bois de l’archet et la corde, il a fait toute ascension sans le moindre accroc et croyez-moi, il y avait seulement une chance sur un millier que cela se déroule aussi parfaitement.

On a un peu sauté de joie, puis on a chaleureusement remercié les athéniens qui m’ont obligée à aller me laver les mains.

Ils sont tous repartis.

Tous sauf un, qui s’était pris d’amour pour moi.

J’ai repris mon carnet de dessins là où je l’avais laissé et, planté à côté de moi pendant des minutes entières, il observait le moindre de mes traits.

Toute fière de provoquer cette fascination artistique chez un beau grec, je m’apprêtais à ranger mon crayon quand il m’a interrompue et m’a fait un grand ‘non non’ avec la main (oui, je sais, il en réclamait encore). Puis il me montre mon dessin en pointant du doigt l’objet que je dessinais en recommençant son ‘non non’ avec la main. Bordel, il avait raison, je faisais une erreur de perspective.

C’est qu’ils sont doués dans tous les domaines, ces bougres d’hommes grecs.

Comment j’ai rencontré Loupiotte le poisson pilote

Je me baignais dans les eaux turquoises et transparentes de la mer Egée, détendue comme on peut l’être en de pareilles circonstances, quand je sentis quelques chose me frôler (me brûler ?) le ventre.

Je pensai aussitôt à cette algue urticante, celle qui avait marqué la cuisse de Catherine C. au fer rouge la veille, et n’y prêtai pas spécialement attention.

Jusqu’à ce que je ressente quelques secondes plus tard la même sensation désagréable.

Cette fois je regarde et vois un petit poisson noir qui nage dans mon sillage.

En deux mouvements de brasse je m’éloigne un peu, mais il est toujours là, à me frôler le ventre.

Je nage encore, cette fois plus vivement, espérant lui échapper.

Mais il n’y a rien à faire, ce poisson semble me persécuter personnellement.

J’utilise alors les moyens du bord, c’est-à-dire que je fais du gros bouillon avec mes pieds tout en nageant très vite, espérant qu’il soit dérangé par les remous.

Il me frôle à nouveau.

Cette fois je cède à la panique et hurle pour tout le rivage « Au secours, je me fais attaquer par un poisson », ce qui ne déclenche aucune réaction, si ce n’est un sourire amusé de Joëlle.

Le poisson, malgré mes cris et mes remous, continue à me suivre où que j’aille (comme on dit dans la cité : « il ne lâche pas l’affaire »).

Cette fois me cris virent à une sorte de panique qui fait se lever Joëlle, de plus en plus étonnée.

«Je te jure, un poison m’attaque », lui dis-je en nageant comme une dératée jusqu’à elle.

Et, voyant son sourcil relevé par l’éternel « Mais qu’est-ce qu’elle nous a encore inventé ? », je lui précise « Regarde si tu ne me crois pas » Et là, elle doit bien reconnaître que oui, ce poisson existe bel et bien, que oui il m’a harcelée depuis le fin fond de l’horizon jusqu’au rivage.

Quand j’ai raconté ma mésaventure à Catherine C., elle s’est contentée de dire « Ça devait être un poisson-pilote. Ils pilotent les baleines, d’habitude. A mon avis il a dû confondre.»

Voilà comment j’ai rencontré Loupiotte, le poisson pilote.

Quant à savoir s’il m’avait agressée ou au contraire sauvée des dents d’un vilain requin en m’obligeant à rejoindre la plage, nous en avons beaucoup débattu sans
pour autant avoir trouvé la réponse à ce mystère…