Vacancière

Les joies du camping : monter la tente

Comme vous le savez déjà, je viens d’une grande lignée de campeurs.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours passé mes vacances sous une tente.

Notre tente, issue d’un héritage familial clairement communiste, suscitait nombre de réactions d’une virulente jalousie car quelque peu vintage.

Bien entendu, il était hors de question de s’en séparer, car elle était « flambant neuve », et ce ne sont pas les quelques points de couture donnés par-ci par-là qui allaient dire l’inverse.

C’est vrai qu’elle était un peu rafistolée, notre Spatz, mais elle faisait partie de la famille au même titre que les objets qui y étaient associés et, dans les campings, nous ne passions pas inaperçus puisque nous étions la seule famille qui dormions encore dans ces vestiges d’une autre époque.

Mon beau-père, surnommé « le bulgare » par ses amis (justement à cause de son côté rétro (comprenez : sens de la mode lui étant propre, rafistolages en tous genres)) , avait fait du camping une véritable philosophie de vie.

Et comme ce sont des valeurs qu’il m’a transmises, je peux témoigner ici des grandes joies que peuvent procurer le camping.

Parmi ces bienfaits (qui ne sont plus à démontrer) :

  • Un budget accessible
  • L’authenticité
  • La proximité avec la nature


Et s’il est une joie parmi les joies liées au camping, c’est bien celle de monter sa tente.

Se fabriquer un abri avec quelques morceaux de tissu, des tubes et du cordage : voilà qui est fascinant.

Bien entendu, monter une tente est d’une facilité déconcertante.

Voyez plutôt.

Il suffit de poser le fil rouge sur le bouton vert.

A moins que ce ne soit l’inverse ? Le fil vert sur le bouton rouge ?

Tout cela ne vous fait-il pas penser à quelque chose de dangereux ? Du style : un truc qui peut vous péter à la tronche en moins de deux ?

Ça fait quoi si j’appuie là ?

Mais soyez rassurés, monter une tente est sans danger.

Il faut juste un peu de psychomotricité.

Et pour la démonter, c’est encore plus simple.

Un vrai jeu d’enfants.

D’autres joies du camping :

Prendre sa douche

Choisir un bon matelas

S’adapter à la météo

Météorologue

les joies du camping : s’adapter à la météo

Lundi, la tenancière du camping s’est dirigée vers nous en déclarant : « Il va pleuvoir. Et il y a 20% de chance qu’il y ait de l’orage. 20%, ce n’est pas beaucoup, mais tout de même…  »

Étrangement, j’ai trouvé cette manière mathématique de présenter les choses rassurante. Comme si la météo pouvait se contenir, se circonscrire aux barrières qu’on lui détermine.

Elle a regardé un peu autour d’elle et elle a ajouté d’un ton plat : « S’il y a des coulées de boue, cela va être embêtant pour vous, parce que votre emplacement est légèrement en pente. », et elle est partie, nous laissant bouche bée.

« C’est dingue ce que cette femme peut être rassurante » a dit Caro.

boue

Il a plu.

Les autres campeurs se sont réfugiés sous leur auvent.

Nous, on n’en n’avait pas.

On est restées assises sur notre siège en se faisant un petit apéro chips-olives-saucisson- menthe à l’eau.

On s’est mis un point d’honneur à ne pas se laisser intimider par quelques gouttes. Car nous sommes belges, après tout.

La pluie, c’est notre univers quotidien.

 

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Et comme le dit si bien Jean-Chri :

Les voisins nous regardaient avec un drôle d’air.

Nous, on trinquait en défiant l’Univers : « Force et honneur »

« File-moi un peu le saucisson à l’ail »

« Beurk, il ne se marie pas super bien avec mon diabolo menthe ».

Il a plu plus fort. (Ah non, ce n’est pas simple à prononcer).

On s’est jeté un regard de connivence et on a dit : « Maintenant ! ».

On a foncé se mettre à l’abri dans la tente.

Il était assez tôt.

Nous avons passé la fin de la soirée dans la tente.

Caro avait la hantise que la tente perce. Elle en faisait une névrose obsessionnelle. Elle me répétait toutes les deux minutes : « Ne touche pas la toile ». J’essayais de lui faire comprendre à quel point sa réaction était disproportionnée par rapport au risque encouru. Je la défiais. J’avançais mon doigt vers la toile en demandant : « Et qu’est-ce qui arriverait si je la touchais? ».

Les 20% de chance pour qu’il y ait un orage se sont transformées en 100% qu’il y ait TROIS orages et des pluies diluviennes.

Durant toute la nuit, les éclairs ont zébré le ciel, provoquant des flashes. J’essayais de faire de l’humour en prenant la pose et en disant : « S’il vous-plaît, l’Univers, arrête de me photographier. Je veux un contrôle total de mon image. », mais je n’en menais pas large.

Le tonnerre déchirait le ciel.

J’avais peur.

La foudre tombait de tous les côtés.

Je me liquéfiais d’angoisse.

Je sursautais.

J’émettais des cris de pouffiasse effarouchée.

Ma sœur se gaussait de moi.

Elle ricanait en disant « Ah ah ! Je ne savais pas que tu avais peur de l’orage. »

La nuit fut éprouvante.

Le lendemain matin, il pleuvait toujours à torrent.

Alors on a décidé de lever le camp pour fuir cette région à la météorologie aussi similaire à notre pays natal.

Sous la drache, nous avons replié le camp. En dix minutes chrono, la tente était dans la voiture, dégoulinante de boue.

Et nous aussi.

On a foncé droit vers le Sud, sans même se retourner.

 

Thelma And Louise

« Allez Loulou, on débarrasse le plancher »

Vacancière

Les joies du camping : choisir un bon matelas

Quand il a fallu vérifier l’état du matériel de camping, j’ai râlé.

Parce que personnellement, je serais bien partie à la « One-again ».

Jeter tout dans le coffre, sauter par-dessus la portière de la décapotable et filer, les cheveux au vent, le long de la Sixtisixe.

C’était ça, mon programme.

route 66

« Dites six fois : J’ai eu une cystite le long de la Sixtisixe ».

J’ai râlé quand il a fallu gonfler les matelas (même malgré ces nouvelles pompes qui se branchent sur l’allume-cigares et qui ne demandent plus que tu souffles comme une dératée pendant une demie heure jusqu’à cette sensation douloureuse qui te donne l’impression que ton crâne va imploser en milliers de petits bouts de chair).

J’ai râlé aussi quand il a fallu les poser contre le mur le temps de la soirée, pour vérifier s’ils ne se dégonflaient pas.

J’ai un peu moins râlé quand, après le repas moules-frites, on s’est rendues compte que MON matelas se dégonflait et que Belle-Maman, qui a toujours plus d’un tour dans son sac, m’en a prêté un autre en déclarant solennellement : « Tiens, prends celui-là, je viens de l’utiliser, je suis certaine qu’il est en bon état ».

Tout à coup, oui c’est vrai, il faut bien le reconnaître, les plans anticipation de ma petite sœur avaient du bon, et, si je ne l’avais pas écoutée, j’aurais subi un nouvel épisode de ce que j’appelle communément « le karma-matelas ».

Qu’est-ce que le karma-matelas, me demanderez-vous ?

Eh bien c’est très simple et cela peut se résumer en une phrase : Je n’ai jamais dormi sur un matelas pneumatique gonflé toute une nuit.

JAMAIS.

Car je souffre du karma-matelas.

  • Quand j’étais enfant et que je partais en camp scout, je me réveillais chaque matin à même le sol et quand je regardais autour de moi, toutes mes copines dormaient tranquillement sur leur matelas confortable.
  • Plus tard, j’ai opté pour les auto-gonflants. Vous savez, ceux qui ne se gonflent absolument pas et qui vous ruinent le dos. Le résultat était le même. Karma-matelas.
  • L’été passé, sur mon île grecque, mon matelas était si fin et le sol si dur que je ne parvenais pas à admettre que c’était bel et bien sur du sable fin que j’avais posé ma tente et non sur un parking bétonné.
  • Quand je suis partie dans les Calanques, j’avais carrément oublié mon matelas. Des amis, dans leur grande mansuétude, m’ont prêté la couverture de leur chien et j’ai dormi pendant une semaine dans les poils et les odeurs de toutou.

Mais cette fois, grâce à la phase de préparation, j’allais enfin prendre ma revanche, et c’est en paix que je suis partie pour mon périple.

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 » Wééé, trop d’la balle, Loulou, j’ai emmené un matelas gonflé »

SAUF QUE.

(Il y a un « Mais », comme vous vous en doutez).

Sauf que le premier soir, j’ai très vite senti que Belle-Maman (et là il y a deux options) m’avait soit roulée dans la farine ou bien avait été trop confiante.

Car je sentais bien mon matelas se dégonfler, lentement mais sûrement, au fur et à mesure des heures qui passaient.

La première nuit, j’ai réveillé Caro vers trois heures du matin pour qu’elle m’aide à le regonfler, parce que bon, c’est compliqué pour moi de brancher un matelas sur un allume-cigares. Elle l’a fait, parce qu’elle ne peut rien me refuser, mais elle avait honte de réveiller nuitamment tout le voisinage avec ce bruit de soufflerie de sèche-cheveux. Elle a décrété qu’on ne le ferait plus.

La deuxième nuit, j’ai écouté les conseils de Raphaël qui me recommandait d’échanger incognito mon matelas avec celui de ma sœur.

Mais elle s’en est tout de suite rendu compte (parce que le mien était bleu et le sien gris ?) et elle m’a obligée à tout remettre en l’état, prétextant que comme elle s’occupait déjà de tout (conduire, lire la carte, monter la tente, gonfler les matelas) pendant que je baillais aux corneilles, elle avait bien le droit à un minimum de confort.

J’ai donc dû me résigner à subir le karmas-matelas.

Celui avec lequel je suis née, et qui me poursuivra vraisemblablement jusqu’à ma mort.

snoopy campe