Islande

Islande. Jour 9. La rivière noire

Aujourd’hui, nous sommes restées à la maison.

Nous avons traversé la rue et avons peint la rivière noire.

Je me sentais inspirée.

Comme toutes les prairies sont clôturées, Adèle n’a pas pu randonner. Elle est rentrée bredouille.

Et comme elle avait envie de faire quelque chose de productif, elle a suivi son tout premier cours de peinture.

En plein air en Islande, ça le fait bien.

On est rentrées pour boire une petite soupe qui a spité partout.

On commençait un peu à s’emmêler les pinceaux.

L’après-midi, Adèle a continué son œuvre, grâce aux conseils de Laurence et sous la surveillance experte de Micheline.

Un moment tranquille dans une ambiance « dimanche après-midi devant un épisode de Derrick avec un morceau de tarte au riz».

Si je dis ça, c’est peut-être à cause de la déco de notre pavillon de banlieue.

Pendant que je trainassais dans mon canapé en skaï (souvenez-vous : ambiance épisode de Colombo à la télé, syndrome du dimanche soir, nains de jardin et tueur à la pelle à déneiger) et que les copines apprenaient à Adèle quelques rudiments de peinture, Laurence, Colette et Mère ont emporté avec elles leur baluchon de peinture et sont sorties.

Chose inimaginable vu la température qui régnait dehors.

Un froid à vous glacer la moelle épinière.

« Un peu comme si on ouvrait un congélateur et que l’on entrait dedans », a précisé Adèle.

L’occasion encore d’inventer l’une ou l’autre nouvelle blague météorologique (c’est devenu notre passion).

La matin, dans les mousses, Mère et Anne ont vu foultitude de visages de trolls.

Anne me montrait quelques une de ses photos « Là, tu vois, il y a un troll ». « Ah bon ? » lui répondais-je. « Je ne vois que dalle ». « Mais si ! » s’évertuait-elle « Regarde. Là. Voilà ses yeux. Et là, c’est sa bouche, tu vois ? » « Vraiment pas ».

C’est que je n’ai aucune imagination, voyez-vous. Peut-être que si on me faisait passer un test de Rorschach, je déclarerais « Je vois une tache d’encre ».

Et puis Micheline s’est agacée : « Vous êtes encore dans vos histoires de crolles ? ». Je crois qu’elle aussi a les oreilles un peu bouchées, elle fait des tryphonades.

Et donc, quelques-unes sont parties à la chasse aux trolls.

Elles ont déclaré :

C’était bizarre.

Elles sont revenues avec :

  • Le teint pâle des personnes en état de refroidissement avancé et les dents qui claquent.
  • Quelques clichés que j’ai éhontément dérobé à Laurence pour vous les montrer.
  • Des nouvelles photos de trolls invisibles à deviner.
  • Et une conclusion à ce séjour qui, l’air de rien, commence à toucher à sa fin.

Ce qui est loin d’être faux.

Art

A Amsterdam

Quand ma sœur Adèle était petite, chaque jour à la sortie de l’école maternelle, nous lui demandions ce qu’elle avait fait la journée et, chaque jour, elle nous répondait sur un ton laconique et un brin supérieur : « J’ai peintulé » (genre : lâchez-moi les baskets avec vos questions, cela ne vous regarde pas et, de toute manière, vous ne pouvez pas comprendre).

Du coup, dans la famille, le verbe « peintuler » est devenu célèbre.

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(Yasmeen Ismaïl) – Je peintule

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(Louis Untermeyer) – Je peintule aussi

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Cette année, en septembre, je me suis inscrite à l’Académie, en section peinture. Une nouvelle aventure pour moi.

brumes

(J’en profite pour vous présenter « brumes », ma première toile)

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Enfin, tout cela pour vous dire qu’hier, avec Mère (qui use aussi ses pinceaux (cliquez ICI) nous sommes parties en excursion à Amsterdam avec le cours de peinture.

Au programme : LE Maître des Maîtres, j’ai nommé : Rembrandt.

rembrandt« Rembrandt ?! Oui, c’est moi »

Avant de nous rendre chez José (Merde, c’est quoi encore, le prénom de Rembrandt ? Robert ? James ? Wim ?), nous avion le temps de nous promener un peu dans la ville, de déambuler parmi les canaux et la marijuana en vente libre.

canaux

marijuana

A peine avions-nous entamé notre visite de la ville que je remarquai un phénomène étrange : à chaque endroit où je posais le regard se trouvait DU GOUDA. Du gouda sous toutes ses formes (des roues de gouda, des goudas en tranches, des pointes de gouda) et sous toutes ses couleurs (du gouda aux orties, au paprika, au chili, à la noix de coco (là, pour le coup, je me sens moins prête psychologiquement)).

vitrine-gouda

Vous connaissez mon amour pour le gouda.

Il est tel que mes amis m’ont surnommée « Madame gouda » (« Et comment va Madame Gouda, aujourd’hui ? ») car j’en mange tous les jours depuis plus de vingt ans sans jamais rencontrer la moindre once de lassitude.

LE GOUDA C’EST LA VIE.

Et soudainement, je me retrouvais propulsée au milieu d’un peuple qui a bien compris ce précepte et qui en a fait son crédo.

UN PARADIS.

Mère, voyant que j’hyperventilais, m’a invitée à rentrer dans l’une de ses boutiques, où le gouda, Roi des Rois, est présenté comme un produit de luxe. Et c’est là que nous avons mangé une quiche au gouda et au jambon, parmi les étagères remplies de milliers de goudas scintillants.

boutique-gouda

Ensuite, je me suis acheté un fromage, pour revenir d’Amsterdam avec un petit souvenir. Là, j’ai pu étaler mes grands talents pour le bilinguisme.

bilingue

La vendeuse a précautionneusement recouvert mon fromage d’un joli ruban doré, puis elle l’a emballé dans son écrin : un joli sac pour le transporter.

sac-goudamusee-du-gouda(Le Musée du gouda ? Ce sera pour une prochaine fois. Là, je dois rendre visite à Raoul Rembrandt)

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Vous vous dites certainement que cet article est non seulement inintéressant, mais qu’en plus, il dévoile les intérêts d’un être qui possède un système interne de pondération des valeurs largement défectueux. Cette fille se rend à Amsterdam, dans la maison où a vécu Jean-Claude Rembrandt et dans laquelle il a peint les plus grands chefs d’œuvre de la peinture (qu’elle peut mirer à sa guise) et tout ce qu’elle retient de sa journée, c’est qu’il y a du gouda a chaque coin de rue.

Je vous répondrai deux choses :

D’abord je citerai France Gall qui a dit (deux points, ouvrez les guillemets) : « Le gouda, c’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup ».

Et enfin, je vous déclarerai que, quand on sait que la question que se posait ma prof de peinture lors de la visite de la chambre de Rembrandt c’était « Tu penses qu’ils ont changé les draps du lit ? » en appuyant discrètement un doigt sur les couvertures, il ne faut plus s’étonner de rien.

Moi, je dis ça, je ne dis rien.

rembrandt-2« Sur ma liste de courses j’ai noté du gouda. Signé : Auguste Rembrandt »