Météorologie

les joies du camping : s’adapter à la météo

Lundi, la tenancière du camping s’est dirigée vers nous en déclarant : « Il va pleuvoir. Et il y a 20% de chance qu’il y ait de l’orage. 20%, ce n’est pas beaucoup, mais tout de même…  »

Étrangement, j’ai trouvé cette manière mathématique de présenter les choses rassurante. Comme si la météo pouvait se contenir, se circonscrire aux barrières qu’on lui détermine.

Elle a regardé un peu autour d’elle et elle a ajouté d’un ton plat : « S’il y a des coulées de boue, cela va être embêtant pour vous, parce que votre emplacement est légèrement en pente. », et elle est partie, nous laissant bouche bée.

« C’est dingue ce que cette femme peut être rassurante » a dit Caro.

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Il a plu.

Les autres campeurs se sont réfugiés sous leur auvent.

Nous, on n’en n’avait pas.

On est restées assises sur notre siège en se faisant un petit apéro chips-olives-saucisson- menthe à l’eau.

On s’est mis un point d’honneur à ne pas se laisser intimider par quelques gouttes. Car nous sommes belges, après tout.

La pluie, c’est notre univers quotidien.

 

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Et comme le dit si bien Jean-Chri :

Les voisins nous regardaient avec un drôle d’air.

Nous, on trinquait en défiant l’Univers : « Force et honneur »

« File-moi un peu le saucisson à l’ail »

« Beurk, il ne se marie pas super bien avec mon diabolo menthe ».

Il a plu plus fort. (Ah non, ce n’est pas simple à prononcer).

On s’est jeté un regard de connivence et on a dit : « Maintenant ! ».

On a foncé se mettre à l’abri dans la tente.

Il était assez tôt.

Nous avons passé la fin de la soirée dans la tente.

Caro avait la hantise que la tente perce.

Elle en faisait une névrose obsessionnelle. Elle me répétait toutes les deux minutes : « Ne touche pas la toile ».

J’essayais de lui faire comprendre à quel point sa réaction était disproportionnée par rapport au risque encouru. Je la défiais. J’avançais mon doigt vers la toile en demandant : « Et qu’est-ce qui arriverait si je la touchais? ».

Les 20% de chance pour qu’il y ait un orage se sont transformées en 100% qu’il y ait TROIS orages et des pluies diluviennes.

Durant toute la nuit, les éclairs ont zébré le ciel, provoquant des flashs.

J’essayais de faire de l’humour en prenant la pose et en disant : « S’il vous-plaît, l’Univers, arrête de me photographier. Je veux un contrôle total de mon image. », mais je n’en menais pas large.

Le tonnerre déchirait le ciel.

J’avais peur.

La foudre tombait de tous les côtés.

Je me liquéfiais d’angoisse.

Je sursautais.

J’émettais des cris de pouffiasse effarouchée.

Ma sœur se gaussait de moi.

Elle ricanait en disant « Ah ah ! Je ne savais pas que tu avais peur de l’orage. »

La nuit fut éprouvante.

Le lendemain matin, il pleuvait toujours à torrent.

Alors on a décidé de lever le camp pour fuir cette région à la météorologie aussi similaire à notre pays natal.

Sous la drache, nous avons replié le camp. En dix minutes chrono, la tente était dans la voiture, dégoulinante de boue.

Et nous aussi.

On a foncé droit vers le Sud, sans même se retourner.

 

Thelma And Louise

« Allez Loulou, on débarrasse le plancher »

Home sweet home

Il pleut dans ma chambre

Ce soir là, il a beaucoup plu.

Rien de plus normal, me direz-vous, car le coup du destin a fait que je vis en Belgique.

Mais même pour un ressortissant du plat pays, il pleuvait trop. Des trombes d’eau s’abattaient. Il tombait des hallebardes, des torrents. En gros, il pleuvait comme vache qui pisse.

Je venais de rentrer de mon marathon de step (deux heures de step d’affilée sous les directives d’un coach tortionnaire).

Les muscles endoloris, shootée aux endorphines et grisée par mon exploit, je m’apprêtais à m’étendre sur ma couche pour une douce nuit bien méritée quand j’ai entendu un bruit. Un bruit que mon cerveau reptilien, conscient d’un danger imminent, a immédiatement qualifié de « suspect« .

On aurait dit qu’il venait du dehors. Mais rien ne me permettait d’affirmer ou d’infirmer cette hypothèse car la fenêtre de ma chambre est placée très en hauteur par rapport au sol.

Le bruit suspect a continué.

Je vous l’ai dit, j’avais les muscles endoloris. J’étais tellement rouillée que j’avais l’impression d’être le bonhomme de fer dans le magicien d’Oz.

Mais ma curiosité était plus forte que ma tétraplégie, c’est pour vous dire.

Pour assouvir ma soif d’en savoir plus sur ce qui se passait au dehors et me hisser à la fenêtre, il me fallait retirer la télévision qui se trouve sur le meuble blanc, repousser ledit meuble contre le mur et l’escalader.

J’ai soulevé la télé dans le but de la poser sur le sol. Mais j’ai sous-évalué son poids et, comme mes bras étaient en mousse, ils ne répondaient pas à mon cerveau. La télé s’est explosée sur le sol. J’ai poussé le meuble blanc contre la fenêtre, et j’ai tenté « l’Ascension du Meuble Blanc ».

On aurait dit une guenon arthritique qui tentait de grimper dans son arbre.

Du haut de mon perchoir, j’ai contemplé les ruines de ma télé.

Puis j’ai enfin pu regarder ce qu’il se passait par la fenêtre.

J’entendais Noé Clouer son Arche.

Une sorte d’Arche version moderne qui abriterait les quelques espèces qui traînent la patte dans les environs de Lustin-les-bains. Je me suis demandé s’ils allaient embarquer Babette la chouette, Cujo et le Chien-Jaune. J’ai espéré que la réponse soit oui.

Mais quelle ne fût pas ma stupéfaction quand je sentis que mes mains, crispées sur le rebord de la fenêtre afin de m’éviter une chute qui me réserverait le même sort que ma télé, baignaient dans une immense flaque.

C’est seulement à cet instant que je remarquai que de l’eau ruisselait le long de mon mur, en une petite cascade régulière, un petit Niagara pour Playmobil qui se divisait au sol en une multitude de petits ruisseaux et de petites rivières.

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Je ne suis pas née de la dernière pluie. J’ai su que cela remettait en cause l’étanchéité de ma fenêtre.

Au même moment, Caro a déboulé chez moi.

Si elle était étonnée de me voir en culotte, debout sur mon meuble, les deux mains agrippées au rebord de la fenêtre, elle n’en n’a rien laissé transparaître.

Je lui ai dit, comme pour me justifier : « Il pleut dans ma chambre ». Et elle m’a répondu : « Il pleut dans mon lit ». On a souri, malgré la situation critique. Parce que nos phrases nous ont évoqué une chanson de Charles Trenet que Père nous a chanté toute notre enfance. Ou disons plutôt que, comme sa connaissance des chansons est toujours limitée, il nous en chantait cette phrase, juste cette phrase  avec laquelle il nous rabâchait les oreilles à longueur de temps. (Il faut avoir déjà entendu Père chanter pour pouvoir se faire une idée du taux de pénibilité que cela représente).

Je me suis rendue dans l’appartement de Caro. Au plafond, une petite « Henriette la gouttelette » se formait tout doucement.

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Elle semblait rassembler ses forces et, une fois prête, elle se jetait avec une grande précision sur l’oreiller de ma sœur. Ce jeu semblait beaucoup l’amuser car elle recommençait l’opération encore et encore.

« Toi tu as Henriette la gouttelette, mais moi, j’ai une vraie chute du Niagara à domicile » ai-je décrété, avec un soupçon d’angoisse dans la voix.

Je suis retournée chez moi. J’ai sorti mon torchon et mon seau et j’ai espongé les rivières, les torrents et les cascades qui dévalaient sur mon mur.

Je suis remontée sur le meuble, mon seau à la main, ce qui augmentait encore un peu la difficulté de l’ascension. Je l’ai placé sous la partie du plafond qui coulait. Pour redescendre, j’ai tenté le saut de l’ange : me jeter du haut de mon meuble jusqu’à mon lit. Ce fut un saut sans grâce mais efficace, qui m’a fait prendre à nouveau conscience de la grande douleur qui logeait dans mes muscles.

Je me suis couchée. Bien déterminée à mettre de côté pour la nuit au moins ce problème d’inondations, j’ai fermé les yeux. Normalement, j’excelle dans l’art de reporter les problèmes au lendemain, mais mes yeux se sont rouverts. Et mes oreilles, aussi. Car elles captaient le « plic » « plic » « plic » régulier des gouttes qui tombaient dans le fond du seau en plastique.

Immédiatement, je sus que la nuit allait être longue.

Le lendemain matin, même si la pluie avait cessé, mon seau continuait à se remplir en goutte à goutte, inexorablement. En fait, l’eau s’était accumulée et formait une poche énorme que mon plâtras avait de plus en plus de mal à retenir. Jusqu’à ce qu’il cède totalement.

J’ai appelé mon meilleur ami. Non pas qu’il eut été d’une quelconque utilité concernant un problème technique aussi grave, mais pour me soutenir moralement. Sébastien est donc arrivé.  A peine avait-il franchi le hall qu’il s’écria : « C’est chiant ce bruit de goutte à goutte. Comment tu fais pour supporter ça ? Moi je ne pourrais jamais. » Et il s’est emparé  d’une éponge qu’il a jetée dans le fond du seau.  A l’instant où il fit cela, Le-Plus-Beau-Silence-du-Monde-Entier se fit dans ma chambre et, si je n’avais pas été aussi incapable de lever les bras, je me serais jetée dans les siens, emplie de Reconnaissance Éternelle.

Pour aller travailler, j’avais calculé. J’avais à peu près huit heures d’autonomie. Huit heures avant que le seau ne se remplisse à ras-bord et ne déborde.

Huit heures. C’est bien, huit heures. C’est une journée de travail. Je pouvais partir dans une paix relative. Arriver à la bibliothèque et vivre une journée normale.

C’est-à-dire :

Ouvrir ma boîte de Spécial K au chocolat, les manger en lisant mes mails et en essayant de ne pas renverser de lait dans mes touches de clavier. Continuer à réfléchir aux  portraits chinois que nous avions commencé à dresser avec mes collègues « Et toi, si tu étais un fromage, lequel serais-tu ? ». M’entendre dire que je suis un fromage de chèvre aux raisins car c’est original, un rien excentrique et sucré à l’intérieur.

Et puis rentrer chez moi, vider le seau, enfiler mes affaires de sport, filer suer sang et eau à la zumba, rentrer chez moi, me dégeler une pizza pour reprendre les calories perdues pendant la zumba en regarder un épisode de « Girls », revider le seau, jeter l’éponge au fond, et puis dormir dormir d’un sommeil profond et sans rêves.

Tout était planifié selon le Plan Magique de l’Existence Parfaite.

 Le lendemain, j’avais les synapses en ébullition.

Comme je mets un point d’honneur à les reposer au maximum, j’ai quitté le bureau à midi, non sans avoir omis de donner à mes collègues mon avis sur « Qui d’après moi est un Babybel et qui d’après moi serait plutôt un « Vache qui rit ».

Quand je suis arrivée devant la maison, elle était assiégée. Des ouvriers flamands musclés avaient garé de grosses camionnettes sur le trottoir.

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Ils avaient posé des échelles un peu partout sur la façade pour parvenir au toit et avaient installé des petits plans de travail un peu partout. Ils sciaient des matériaux dans un bruit infernal. Je les saluai de mon plus doux sourire de biche, celui que je réserve à une gent masculine très particulière. Pas de doute, ils semblaient aux anges.

Et moi aussi, parce qu’apparemment le propriétaire avait entendu mes appels désespérés et vindicatifs et avait enfin donné l’ordre que l’on s’occupe de mon mini Niagara d’intérieur. (Je sais pertinemment que cette tournure de phrase peut porter à confusion mais ne nous égarons pas).

J’entamai courageusement la montée de mes trois étages sans ascenseur. Je m’installai à ma table, me fit griller une petite tartine sur laquelle j’étendis une tranche de gouda d’un jaune mordoré mirifique qui me fit saliver.

Puis il y eut bruit.

On marchait sur le toit.

Normal, me direz-vous. Mais s’il y a bien un truc qui peut m’angoisser, c’est d’imaginer des types sexy marcher sur un toit incliné à 100 mètres au dessus du sol sans être assurés et, de surcroît, juste au-dessus de ma petite table paisible garnie de tartines rôties.

Je me sentais moyennement bien. Puis j’ai entendu quelque chose (ou quelqu’un ?) déraper et au même moment, ce quelque chose (ou quelqu’un ?) a entamé une chute libre depuis le toit jusqu’au sol, en passant par ma fenêtre.

En fait, ils balançaient des morceaux de toit par terre.

Mais mon adrénaline a implosé, a fait un tour rapide dans mon organisme, m’a soulevé le cœur et m’a laissé pantelante, ma tartine à la main.

C’en était trop.

Si je restais à demeure l’après-midi, sûr que mes synapses, loin de se reposer, allaient disjoncter et faire de moi un être irritable au plus haut degré.

Je redescendis les trois étages et trouvai refuge chez Adrien, qui me dit : « Oui, passe, je suis justement en train de pêcher le poisson sur ma terrasse » (Il utilisait des Chipitos comme appâts, mais ça, c’est une autre histoire)