Sur la simplicité involontaire

Avec notre société de consommation, la simplicité volontaire a assurément de beaux jours devant elle.

quitter le système

Mais je sens qu’avec les problèmes techniques en série que je viens de me coltiner (et encore, j’ai oublié de vous dire que ma chasse d’eau coulait et que pour pouvoir la réparer j’ai dû suivre une formation accélérée en plomberie au Forem), je vais pouvoir lancer le concept de simplicité involontaire.

seul au monde

Comme pour chaque concept lié à ce début de siècle (Je suis HP, je suis vegan, j’ai un TDAH, je pratique la pleine conscience et je mange bio, le tout avec zéro déchet) il faut suivre quelques préceptes.

Ce sont ces préceptes que je m’applique à vous exposer aujourd’hui.

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Pour vivre dans la simplicité involontaire, il faut que plusieurs objets importants lâchent en un laps de temps assez court.

Frigo, chasse d’eau, voiture, ordinateur. Et dans la nouvelle voiture : éclat dans le pare-brise, phare avant, pneu avant,  : JE GAGNE HAUT LA MAIN, essayez toujours de me concurrencer.

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Home sweet home

Etre trop pauvre pour pouvoir les remplacer au pied levé.

Si vous avez assez de fric pour vous payer simultanément un frigo, une voiture et un ordinateur, passez votre chemin, la simplicité involontaire ne signifie absolument rien pour vous.

Etre créatif.

Pour remplacer ma voiture, j’ai pris le bus. Cela peut paraître simple mais ça ne l’est pas forcément.

Mon frigo est devenu une planche de celui de ma sœur. Quant à mon congélateur, j’utilisais mon appui de fenêtre quand il gelait.

Mon ordinateur est celui de ma sœur aussi. Enfin, je veux dire l’inverse : j’utilise celui de Caro quand j’ai besoin d’utiliser un ordi.

Ce qui nous amène au point essentiel : Avoir une sœur qui prête ses affaires et qui vit à côté de chez vous. (La mienne remplit les deux critères).

Yo, frangine, je serai toujours là pour toi

Etre de nature »bonne pâte », ou, dit plus simplement « être détendu du bulbe ».

Si vous êtes du genre à piquer une crise de nerf dès que votre ordinateur est trop lent, cette expérience de vie n’est tout simplement pas faite pour vous. Elle épuiserait vos nerfs et, par extension, ceux de votre entourage.

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J’emmerde la simplicité involontaire

Vivre quand tout lâche

Contrairement à ce qu’indique le titre de cet article, je ne vais pas vous parler de Patricia Kaas, mais de moi, pour ne pas changer.

Ou plutôt de ce qui m’arrive. Ou plutôt de ce qui arrive aux objets qui m’entourent.

patricia kaas« Vivre quand tout lâche, quand tout clache »

J’ai la sale impression que le Règne-technologique se met à partir en couille sévère.

Paranoïa ?

Je ne pense pas.

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Tout a commencé le jour où le garagiste du contrôle technique a décrété que la Queen-Elisabeth, ma voiture, avait trépassé. Mais ça, vous vous en souvenez. J’avais dû prendre le bus et tout et tout.

Par les temps qui courent (femme moderne, working girl), il est difficile de survivre sans voiture donc je m’en suis racheté une.

Enfin, pour être exacte, mes parents me l’ont offerte pour essayer que je m’arrête de pleurer (ça s’appelle : l’éducation).

Moi qui ai toujours cru que la Queen Elisabeth était TOUT POUR MOI, j’ai constaté, en acquérant ma nouvelle voiture, que je retournais bien vite ma veste.

Le revendeur m’a dit : « Vous verrez, elle a même le bluetooth » et maman a répondu « A mon avis elle ne sait pas ce que c’est. Tu sais ce que c’est, Natha ? » « Non » « Je t’expliquerai ».

J’ai dit à Père : « J’aime tellement ma nouvelle voiture ! Quand je monte une côte, elle va jusqu’au-dessus ! Et quand j’appuie sur le frein, elle freine tout de suite. Et figure-toi qu’elle a la direction assistée ! ».

Face à tant de modernité, j’ai bien vu que Père restait coi.

Mathilde m’a dit : « Oh, c’est chouette, je ne suis pas obligée de tenir la portière côté passager en ayant peur de tomber sur la route. Et puis, il faut dire ce qui est : tu roules mieux depuis que tu as Etoile ».

Etoile, vous l’aurez compris, c’est le nom de ma nouvelle voiture.

C’est Caro qui a constaté que c’était écrit à l’arrière et que donc, c’était certainement son nom.

Mère n’aime pas ce nom. Elle a dit très sèchement : « Ah non, hein Natha, PAS ETOILE ». Elle prenait tellement à cœur le choix du nom de ma voiture qu’on aurait presque dit qu’on débattait du choix du prénom de mon enfant à naître.

On l’appellera Adolphe

Adèle, quant à elle, a dû elle aussi se racheter une voiture car celle de son père (l’emblématique Evinrude) a rendu l’âme.

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Elle s’est acheté la même que moi (sale copieuse) mais version modèle supérieur (sale prétentieuse). Et sur la sienne, il était aussi inscrit « Etoile » (drôle de nom pour un garage), donc on a surnommé nos voitures « Grande Ourse » et « Petite Ourse ».

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Quelques jours après l’acquisition de cette merveille, je suis allée conduire Aglaé je ne sais où et elle m’a dit : « Regarde, marraine : il y a un éclat dans ton pare-brise. Oh, et même deux « .

C’est vrai qu’il y avait eu de la grêle le lendemain de mon achat.

D’ailleurs, j’en avais bien chié des barres parce que c’est à ce moment là que je me suis rendu compte que mes essuies-glace ne fonctionnaient pas super bien.

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Léon de Grêle

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Ensuite, mon frigo s’est mis à faire des bruits de tondeuse en pleine nuit.

J’ai essayé de faire abstraction, mais ce n’était pas évident parce que, comme je vis dans un studio, mon lit est en ligne directe avec ledit frigo, ou presque.

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Quand j’ai commencé à me réveiller en pleine nuit en sueur parce que je rêvais que Léguman roulait en voiture dans mon frigo et qu’il appuyait sur les gaz de rage parce qu’il ne parvenait pas à faire ses créneaux, j’ai compris qu’il était temps que je le débranche (le frigo, pas Léguman. Ni mon cerveau).

Si vous ne connaissez pas Léguman, vous ne pouvez peut-être pas concevoir ce que cela a d’horrible, mais croyez-moi, ça la fout vraiment mal.

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J’ai donc expliqué le problème à mon propriétaire en lui demandant s’il voulait bien remplacer mon frigo mais il a répondu : « Achetez-vous un nouveau frigo, comme ça il sera à vous ».

Ce qui tombe bien, parce que j’ai toujours rêvé de m’acheter un frigo.

Mon propriétaire est donc venu avec son frère et ils ont emmené mon frigo dans un  lieu sûr, un lieu où il ne troublerait plus le sommeil d’autrui.

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Seulement voilà : je suis pauvre.

Alors Caro a décidé de me prêter momentanément une planche de son frigo. J’y dépose donc mes affaires et, chaque fois que j’ai besoin de quelque chose, je passe chez ma voisine (qui n’en n’a jamais marre de me voir) et je lui tends mon aliment bien à vue pour lui prouver que c’est bien quelque chose qui m’appartient et que je ne suis pas encore en train de lui dérober de la nourriture.

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C’est MA brique de lait

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Aussi, un jour, dans la nuit noire et obscure, un automobiliste m’a fait des appels de phare. Je n’ai pas trop su ce qu’il voulait jusqu’à ce que je comprenne le lendemain, quand un gentil monsieur qui venait en sens inverse s’est arrêté et a baissé sa vitre pour me prévenir qu’un de mes phares ne fonctionnait plus.

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Après, Donovan s’est mis à faire des siennes.

Donovan, c’est mon ordinateur.

Il déconnait tellement que je suis allée le conduire chez le réparateur. Je lui ai expliqué qu’il s’appelait Donovan ainsi que tout ce qui n’allait pas dans son comportement (des problèmes évidents de désobéissance).

Le réparateur a rempli une petite fiche listant tous les problèmes. Sur sa fiche, il a même inscrit : « Cet ordinateur s’appelle Donovan ».

Quelques jours plus tard, le réparateur m’a appelée en me disant : « C’est plus grave que prévu, Mademoiselle : votre ordinateur a un problème de disque dur. ça demanderait 250 euros de réparation ».

Que pouvais-je faire ? Une accro à l’ordi comme moi ? J’ai dit « OK, emmenez-le au bloc ».

Puis Adèle, qui entendait ma conversation et qui s’y connait bien mieux que moi m’a dit : « Tu sais Natha, je crois que tu peux considérer que Donovan a un cancer du cerveau et qu’on ne peut plus rien pour lui. Il faut abréger ses souffrances. Il faut le débrancher. Et t’en acheter un nouveau ».

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J’ai retéléphoné au type en disant que je changeais d’avis, qu’avec ma famille on en avait pas mal discuté et que l’on pense que Donovan n’aurait pas voulu souffrir plus longtemps. J’ai demandé s’il fallait signer une décharge mais le type a répondu, le plus sérieusement du Monde : « C’est comme vous voudrez, Mademoiselle. Mais ça fera quand-même 30 euros ».

Alors chaque soir j’emprunte le Mac de Caro pour vous rédiger cette belle chronique.

Et non, ma sœur n’en n’a pas marre de toujours tout me prêter. Parce qu’elle est habituée à le faire depuis toute petite.

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Je donnerais ma chemise à cette Sainte Enfant

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Enfin, mardi, Maryline, la-femme-de-ménage-de-la-bibliothèque-de-Flawinne, est venue me trouver en me disant : « Le pneu de ta voiture est sacrément dégonflé. Je me demande même s’il n’est pas crevé ».

Je suis allée voir, et c’est vrai qu’il n’avait pas bonne mine. Il était raplapla. Ce qui est quand-même le comble pour un pneu.

 Je suis allée jusqu’à la pompe à essence la plus proche et j’ai garé Etoile pile à côté de la-machine-qui-regonfle-les-pneus. Là, un immense abattement m’a submergée car j’ai réalisé que, malgré que Jean-Chri m’ait expliqué à peu près 72 fois comment on procédait pour regonfler un pneu, je ne m’en souvenais plus.

Je suis restée là les bras ballant pendant un temps incalculable. J’ai pensé à ce film « Rubber » qui met en scène un pneu qui tue des gens et j’ai décidé qu’il ne fallait pas que je termine de façon aussi surréaliste. Que gonfler un pneu de voiture devait sensiblement être la même chose que gonfler un pneu de vélo, mais en plus gros.

Mais je suis assez loin d’être bricoleuse et le résultat de mon essai ne me satisfaisait pas, donc, les mains pleines de cambouis, je suis allée faire ma poule crevée chez le pompiste qui s’est proposé de m’aider, moi, jeune demoiselle en péril.

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Je pense que lui aussi est en péril

Là, le petit pompiste freluquet a confirmé le verdict de Maryline, à savoir que mon pneu était crevé.

Et moi aussi je me suis sentie crevée.

Dégonflée.

Aussi à plat qu’une vieille chambre à air.

Pneu mieux faire

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Enfin, tout cela pour vous dire que

j’en ai marre que Patricia Kaas mes affaires dès que j’ai le dos tourné.

toutcasser.gifVivre quand tout lâche

Ma première panne de voiture

Cela s’est passé comme ça.

Je rentrais de ma répétition de théâtre et je chantais avec allégresse « Solide comme un roc » en conduisant ma Queen Elisabeth quand j’ai ouï un bruit.

Mais comprenez-moi bien : un bruit qui n’était ni la voix suave de Nadiya ni la pétarade habituelle de ma voiture. Un bruit suspect.

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« Y’a comme un bruit »

Je décidai de me ranger sur le bas côté afin de vérifier ce qui clochait.

C’était on ne peut plus clair : le pot d’échappement portait bien son nom : il s’était échappé. Enfin, en partie. Il raclait le sol, ce qui expliquait le bruit métallique assourdissant.

J’hésitai. Le mieux aurait été laisser là ma voiture afin de ne pas continuer à rouler en traînant sous moi un morceau de carcasse. Je n’étais qu’à quelques kilomètres de la maison mais il faisait nuit, il pleuvait comme vache qui pisse et j’étais en rase campagne. L’option de rentrer à pieds, je la sentais moyen-moyen.

Ce n’est pas grave, me suis-je dit. Je n’ai qu’à jouer mon joker « appel à un ami ». Après tout, à quoi servirait d’avoir des amis si on ne peut pas les faire sortir de chez eux en pyjama pour venir nous chercher sous la pluie au beau milieu des champs de fraises ?

Seulement, comme vous vous en doutez déjà, je n’avais PAS pris mon téléphone avec moi. Sinon, ça aurait été trop simple, voyez-vous.

J’ai donc pris la seule option qui s’offrait à moi : continuer à conduire le plus lentement et le plus prudemment possible jusqu’à la maison de Mère (car je fais actuellement du home-and-dog-and-cat-and-garden-sitting.

Comme j’étais perturbée émotionnellement par cette traversée bruyante, je sonnai chez Alain-le-voisin pour lui demander conseil. En guise de conseil, Alain-le-voisin m’effraya. Il me dit : « On mais c’est une dépanneuse qu’il te faut. » Puis il me dit des choses encore plus effrayantes comme : « Tu es assurée ? Tu as droit à une assistance ? » (Alain-le-voisin est banquier). Je lui ai répondu un « Euh… » extrêmement laconique. Sur quoi il a ajouté : « Ça va être très cher, Nathaliochka ».

Je suis rentrée chez moi. Un peu hébétée, j’ai appelé Père pour lui faire part de mon problème. Il m’a dit : « Je vais venir demain matin. Je vais réfléchir à ce qu’il faut faire. On va essayer de trouver une solution pour remorquer la Queen. En attendant, la nuit porte conseil. »

Rassurée, je suis montée me coucher. Et là, je me suis dit : « En fait, peut-être que ma voiture a envie de faire un tour en voiture. C’est vrai, quoi. Pourquoi, sous prétexte qu’elle en est une, elle ne pourrait pas en faire? » .

Je me suis endormie, bien décidée à faire ce plaisir à la Queen Elisabeth.

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« Allez, la Queen ! En voiture, Simone ! »

Le lendemain matin, tel « L’homme qui tombe à pic », Père est arrivé avec sa clé à molette.

Comme il devait se coucher sous la voiture mais qu’il pleuvait toujours à seaux, il m’a demandé si je pouvais lui trouver une vieille couverture.

Je lui ai donné celle de Happy-le-chien. Seulement, Happy-le-chien se demandait pourquoi je prêtais sa si importante loque en charpie. Donc, il est venu inspecter.

Le tableau était le suivant : Belle-Maman et moi, nous nous tenions bien à l’abri sous un grand parapluie et (telles des ouvriers communaux) nous observions Père qui s’était glissé sous la voiture et qui ne pouvait pas empêcher Happy-le-chien de lui lécher la figure.

De temps en temps, il disait : « Ciseaux » ou « Scalpel » en faisant ressortir sa main de sous la Queen. Nous lui tendions alors les bouts de ficelle dont il avait besoin pour rattacher les pièces qui s’étaient échappées de là-dessous.

Quand il a eu terminé, il s’est relevé tant bien que mal. Courbaturé et trempé par la pluie, il a déclaré : « Et dire que je pensais avoir un jour la paix« .

J’ai eu la vague impression que cette phrase s’adressait à moi et concernait toutes les situation abracadabrantes dans lesquelles j’ai dû le plonger depuis le jour de ma naissance.

Mais je n’en suis pas certaine.

Qui c’est ? C’est le plombier

L’ évier de ma cuisine était bouché.

Mais quand je dis bouché, je ne dis pas charcutier (Wohooo!).

J’ai tout essayé pour le déboucher : utiliser cette bonne vieille ventouse qui atomise vos fringues parce qu’elle envoie de l’eau dégueulasse partout, empuantir mon studio en faisant bouillir de l’eau vinaigrée, tuer des bébés phoques en balançant des litrons de Destop.

Mais rien à faire, l’eau restait dans le fond de l’évier, sans même faire mine de vouloir s’évacuer.

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Mon propriétaire m’a dit : « Je vais venir vous déboucher ça ».

Je l’ai attendu deux mois.

Deux mois durant lesquels j’ai fait ma vaisselle dans ma salle de bains, le dos en ruine.

Quand mon propriétaire est enfin venu faire la réparation, il m’a téléphoné pour me dire : « Je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu. Mais je suis impressionné. Parce qu’il y avait dans vos tuyaux un bouchon long de plusieurs mètres. J’imagine que ça doit être une forme d’usure naturelle, due à 15 ans d’accumulation, mais c’était tout de même impressionnant, je tenais à vous le dire. »

Quand j’ai raconté ça à ma filleule, elle m’a dit, le plus naturellement du monde : « Mais enfin, marraine, réfléchis un peu. Ce sont probablement tes invités qui jettent le contenu de leur assiette dans ton évier dès que tu as le dos tourné. »

Et ce qui m’inquiète le plus dans cette histoire, c’est que pour pouvoir avoir une idée aussi saugrenue… elle a déjà dû y penser.

Ou même… le faire, non ?

Perverse jeunesse.

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Il pleut dans ma chambre

Ce soir là, il a beaucoup plu.

Rien de plus normal, me direz-vous, car le coup du destin a fait que je vis en Belgique.

Mais même pour un ressortissant du plat pays, il pleuvait trop. Des trombes d’eau s’abattaient. Il tombait des hallebardes, des torrents. En gros, il pleuvait comme vache qui pisse.

Je venais de rentrer de mon marathon de step (deux heures de step d’affilée sous les directives d’un coach tortionnaire).

Les muscles endoloris, shootée aux endorphines et grisée par mon exploit, je m’apprêtais à m’étendre sur ma couche pour une douce nuit bien méritée quand j’ai entendu un bruit. Un bruit que mon cerveau reptilien, conscient d’un danger imminent, a immédiatement qualifié de « suspect« .

On aurait dit qu’il venait du dehors. Mais rien ne me permettait d’affirmer ou d’infirmer cette hypothèse car la fenêtre de ma chambre est placée très en hauteur par rapport au sol.

Le bruit suspect a continué.

Je vous l’ai dit, j’avais les muscles endoloris. J’étais tellement rouillée que j’avais l’impression d’être le bonhomme de fer dans le magicien d’Oz.

Mais ma curiosité était plus forte que ma tétraplégie, c’est pour vous dire.

Pour assouvir ma soif d’en savoir plus sur ce qui se passait au dehors et me hisser à la fenêtre, il me fallait retirer la télévision qui se trouve sur le meuble blanc, repousser ledit meuble contre le mur et l’escalader.

J’ai soulevé la télé dans le but de la poser sur le sol. Mais j’ai sous-évalué son poids et, comme mes bras étaient en mousse, ils ne répondaient pas à mon cerveau. La télé s’est explosée sur le sol. J’ai poussé le meuble blanc contre la fenêtre, et j’ai tenté « l’Ascension du Meuble Blanc ».

On aurait dit une guenon arthritique qui tentait de grimper dans son arbre.

Du haut de mon perchoir, j’ai contemplé les ruines de ma télé.

Puis j’ai enfin pu regarder ce qu’il se passait par la fenêtre.

J’entendais Noé Clouer son Arche.

Une sorte d’Arche version moderne qui abriterait les quelques espèces qui traînent la patte dans les environs de Lustin-les-bains. Je me suis demandé s’ils allaient embarquer Babette la chouette, Cujo et le Chien-Jaune. J’ai espéré que la réponse soit oui.

Mais quelle ne fût pas ma stupéfaction quand je sentis que mes mains, crispées sur le rebord de la fenêtre afin de m’éviter une chute qui me réserverait le même sort que ma télé, baignaient dans une immense flaque.

C’est seulement à cet instant que je remarquai que de l’eau ruisselait le long de mon mur, en une petite cascade régulière, un petit Niagara pour Playmobil qui se divisait au sol en une multitude de petits ruisseaux et de petites rivières.

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Je ne suis pas née de la dernière pluie. J’ai su que cela remettait en cause l’étanchéité de ma fenêtre.

Au même moment, Caro a déboulé chez moi.

Si elle était étonnée de me voir en culotte, debout sur mon meuble, les deux mains agrippées au rebord de la fenêtre, elle n’en n’a rien laissé transparaître.

Je lui ai dit, comme pour me justifier : « Il pleut dans ma chambre ». Et elle m’a répondu : « Il pleut dans mon lit ». On a souri, malgré la situation critique. Parce que nos phrases nous ont évoqué une chanson de Charles Trenet que Père nous a chanté toute notre enfance. Ou disons plutôt que, comme sa connaissance des chansons est toujours limitée, il nous en chantait cette phrase, juste cette phrase  avec laquelle il nous rabâchait les oreilles à longueur de temps. (Il faut avoir déjà entendu Père chanter pour pouvoir se faire une idée du taux de pénibilité que cela représente).

Je me suis rendue dans l’appartement de Caro. Au plafond, une petite « Henriette la gouttelette » se formait tout doucement.

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Elle semblait rassembler ses forces et, une fois prête, elle se jetait avec une grande précision sur l’oreiller de ma sœur. Ce jeu semblait beaucoup l’amuser car elle recommençait l’opération encore et encore.

« Toi tu as Henriette la gouttelette, mais moi, j’ai une vraie chute du Niagara à domicile » ai-je décrété, avec un soupçon d’angoisse dans la voix.

Je suis retournée chez moi. J’ai sorti mon torchon et mon seau et j’ai espongé les rivières, les torrents et les cascades qui dévalaient sur mon mur.

Je suis remontée sur le meuble, mon seau à la main, ce qui augmentait encore un peu la difficulté de l’ascension. Je l’ai placé sous la partie du plafond qui coulait. Pour redescendre, j’ai tenté le saut de l’ange : me jeter du haut de mon meuble jusqu’à mon lit. Ce fut un saut sans grâce mais efficace, qui m’a fait prendre à nouveau conscience de la grande douleur qui logeait dans mes muscles.

Je me suis couchée. Bien déterminée à mettre de côté pour la nuit au moins ce problème d’inondations, j’ai fermé les yeux. Normalement, j’excelle dans l’art de reporter les problèmes au lendemain, mais mes yeux se sont rouverts. Et mes oreilles, aussi. Car elles captaient le « plic » « plic » « plic » régulier des gouttes qui tombaient dans le fond du seau en plastique.

Immédiatement, je sus que la nuit allait être longue.

Le lendemain matin, même si la pluie avait cessé, mon seau continuait à se remplir en goutte à goutte, inexorablement. En fait, l’eau s’était accumulée et formait une poche énorme que mon plâtras avait de plus en plus de mal à retenir. Jusqu’à ce qu’il cède totalement.

J’ai appelé mon meilleur ami. Non pas qu’il eut été d’une quelconque utilité concernant un problème technique aussi grave, mais pour me soutenir moralement. Sébastien est donc arrivé.  A peine avait-il franchi le hall qu’il s’écria : « C’est chiant ce bruit de goutte à goutte. Comment tu fais pour supporter ça ? Moi je ne pourrais jamais. » Et il s’est emparé  d’une éponge qu’il a jetée dans le fond du seau.  A l’instant où il fit cela, Le-Plus-Beau-Silence-du-Monde-Entier se fit dans ma chambre et, si je n’avais pas été aussi incapable de lever les bras, je me serais jetée dans les siens, emplie de Reconnaissance Éternelle.

Pour aller travailler, j’avais calculé. J’avais à peu près huit heures d’autonomie. Huit heures avant que le seau ne se remplisse à ras-bord et ne déborde.

Huit heures. C’est bien, huit heures. C’est une journée de travail. Je pouvais partir dans une paix relative. Arriver à la bibliothèque et vivre une journée normale.

C’est-à-dire :

Ouvrir ma boîte de Spécial K au chocolat, les manger en lisant mes mails et en essayant de ne pas renverser de lait dans mes touches de clavier. Continuer à réfléchir aux  portraits chinois que nous avions commencé à dresser avec mes collègues « Et toi, si tu étais un fromage, lequel serais-tu ? ». M’entendre dire que je suis un fromage de chèvre aux raisins car c’est original, un rien excentrique et sucré à l’intérieur.

Et puis rentrer chez moi, vider le seau, enfiler mes affaires de sport, filer suer sang et eau à la zumba, rentrer chez moi, me dégeler une pizza pour reprendre les calories perdues pendant la zumba en regarder un épisode de « Girls », revider le seau, jeter l’éponge au fond, et puis dormir dormir d’un sommeil profond et sans rêves.

Tout était planifié selon le Plan Magique de l’Existence Parfaite.

 Le lendemain, j’avais les synapses en ébullition.

Comme je mets un point d’honneur à les reposer au maximum, j’ai quitté le bureau à midi, non sans avoir omis de donner à mes collègues mon avis sur « Qui d’après moi est un Babybel et qui d’après moi serait plutôt un « Vache qui rit ».

Quand je suis arrivée devant la maison, elle était assiégée. Des ouvriers flamands musclés avaient garé de grosses camionnettes sur le trottoir.

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Ils avaient posé des échelles un peu partout sur la façade pour parvenir au toit et avaient installé des petits plans de travail un peu partout. Ils sciaient des matériaux dans un bruit infernal. Je les saluai de mon plus doux sourire de biche, celui que je réserve à une gent masculine très particulière. Pas de doute, ils semblaient aux anges.

Et moi aussi, parce qu’apparemment le propriétaire avait entendu mes appels désespérés et vindicatifs et avait enfin donné l’ordre que l’on s’occupe de mon mini Niagara d’intérieur. (Je sais pertinemment que cette tournure de phrase peut porter à confusion mais ne nous égarons pas).

J’entamai courageusement la montée de mes trois étages sans ascenseur. Je m’installai à ma table, me fit griller une petite tartine sur laquelle j’étendis une tranche de gouda d’un jaune mordoré mirifique qui me fit saliver.

Puis il y eut bruit.

On marchait sur le toit.

Normal, me direz-vous. Mais s’il y a bien un truc qui peut m’angoisser, c’est d’imaginer des types sexy marcher sur un toit incliné à 100 mètres au dessus du sol sans être assurés et, de surcroît, juste au-dessus de ma petite table paisible garnie de tartines rôties.

Je me sentais moyennement bien. Puis j’ai entendu quelque chose (ou quelqu’un ?) déraper et au même moment, ce quelque chose (ou quelqu’un ?) a entamé une chute libre depuis le toit jusqu’au sol, en passant par ma fenêtre.

En fait, ils balançaient des morceaux de toit par terre.

Mais mon adrénaline a implosé, a fait un tour rapide dans mon organisme, m’a soulevé le cœur et m’a laissé pantelante, ma tartine à la main.

C’en était trop.

Si je restais à demeure l’après-midi, sûr que mes synapses, loin de se reposer, allaient disjoncter et faire de moi un être irritable au plus haut degré.

Je redescendis les trois étages et trouvai refuge chez Adrien, qui me dit : « Oui, passe, je suis justement en train de pêcher le poisson sur ma terrasse » (Il utilisait des Chipitos comme appâts, mais ça, c’est une autre histoire)

 

On s’accroche.

Alors que j’étais au volant de la voiture de Beau-père, m’apprêtant à quitter Namur afin de me rendre à la capitale, le drame que chacun redoute tant est survenu : j’ai eu un accident.

En réalité, le mot « accrochage » serait plus réaliste et collerait mieux à la situation. Mais mon sens de l’exagération étant parfois exacerbé, je préfère dire accident. (D’ailleurs, cette propension à en faire des tonnes était si forte dans mon enfance que mes parents m’avaient surnommée « Hollywood banana », mais on s’éloigne du sujet)

Un camion m’est rentré dans l’arrière-train.

Avec tout son chargement.

Et là, je n’exagère pas. Tout ça parce que j’ai pilé net en vue de laisser sortir un bus de son arrêt.

Le chauffeur s’est arrêté et, comme j’étais sous le choc, j’ai enclenché le mode « Je ne suis qu’une faible femme qui vient d’obtenir son permis, conduit une voiture qui n’est pas la sienne et ne sait même pas quelles paperasses il faut remplir » Je lui ai même dit « Je sais juste qu’ils sont roses, les papiers ».

Le jeune homme, tout tremblant (car je le mettais en émoi ?) a donc galamment rempli les papiers pour moi. Il m’a dit « Signez en bas ».

Plus tard – c’est-à-dire après avoir : annoncé à beau-père que j’avais amoché sa voiture, appelé S. pour qu’il me plaigne, été jusqu’à Bruxelles en tremblant et en me faisant klaxonner par tout le monde parce que j’avais « perdu confiance en ma conduite », je me suis rendue compte qu’en fait :

–   C’est le camionneur qui était en tort parce qu’il n’a pas à rentrer dans l’arrière-train des faibles femmes, du moins sans leur consentement

–    Ses mains ne tremblaient pas devant ma beauté déstabilisante, mais plutôt parce qu’il avait abusé du whisky dès le matin, ou parce qu’il était nouveau dans sa société et qu’il causait déjà un accident, ou encore parce qu’il en provoque à peu près tous les trois jours.

–   Il m’avait fait signer un aveu de culpabilité.

Avouez que pour une première, c’est assez éclatant.

Et rassurons-nous, « Il y a eu plus de peur que de mal ».

Enfin, ça c’est moi qui le dis. Je ne crois pas que ce soit de l’avis du coffre de la voiture…

accidentok

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